La dernière Quête d'Hécate thriller magie et épopée
Prologue
Dans un pays, loin du monde des mortels, se trouvait un monde ou la magie régnait en maitre
In a land far from the world of mortals, there was a world where magic reigned supreme.
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| un manoir flottant |
Nichée au coeur de ce paysage exceptionnel se trouvait un somptueux édifice, auréolée de couleurs mystérieuses
Mais que cachait donc cet édifice imposant et quelque peu mystérieux ?
tout y était surprenant, la végétation à nulle autre pareille se fondait dans des couleurs somptueuses et incroyables
Nestled in the heart of this exceptional landscape was a sumptuous building, haloed with mysterious colours.
But what was hidden behind this imposing and somewhat mysterious building?
Pour y accéder, il fallait franchir un portail, que seuls les initiés connaissaient
To access it, one had to pass through a gate, which only the initiated knew
Au loin se dressait un manoir impressionnant au milieu d'un jardin extraordinaire ou rivalisaient les plus incroyables espèces d'arbres et de fleurs que seules les personnes ayant accès à cet endroit pouvaient apprécier.
Far away stood an impressive mansion in the middle of an extraordinary garden where the most incredible species of trees and flowers competed for attention, which only those with access to this place could appreciate.
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| une cour féérique |
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| l'école Violetta |
Les premiers pas dans le hall majestueux étaient saisissants, auréolé d'une lumière indigo l'intérieur de ce manoir respirant le silence, car dans ce monde le silence était plus significatif que le plus virulent des discours.
The first steps into the majestic hall were striking,
bathed
in indigo light, the interior of this mansion exuded silence, for in
this world silence was more meaningful than the most virulent of
speeches.
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| un hall bien impressionnant |
Et là au milieu de ce grand Hall
se trouvait le puits de la puissance et la force du monde de la magie
Telle était la fameuse école de magie Violette
Ou Hécate, notre héroïne avait passé ses premières années, au milieu d'enfants aux dons très particuliers..
And there, in the middle of this great hall,
was the wellspring of power and strength of the world of magic.
Such was the famous Violet School of Magic,
or Hecate, where our heroine had spent her early years, surrounded by children with very special gifts.
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| la force légendaire de la magie |
Introduction
La jeunesse
Hécate
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| Hécate |
Comme la plupart des enfants ayant passé leur enfance à l'institut ceux-ci devaient poursuivre leur voie sous mentorat hors du monde magique, choisissant chacun où ils voulaient se diriger en fonction de leur formation
L'institut leur avait prodigué une solide instruction de base et améliorer leur don naturel. Mais à l'âge de leur majorité, ils devaient faire leur propre choix
Like most children who spent their childhood at the institute, they had to continue their education under mentorship outside the magical world, each choosing where they wanted to go based on their training.
The institute had provided them with a solid basic education and helped them improve their natural gifts. But when they came of age, they had to make their own choices.
Pour
sa part Hécate voulait être libre, et vivre sans contrainte, farouche
solitaire, elle s'y plaisait, s'y confortait, la présence d'autrui
l'agaçait et l'incommodait.
Elle se disait qu'être indépendante lui procurerait toute l'expérience nécessaire à sa vie dans le monde des mortels
Elle pouvait toujours revenir à l'institut en cas de soucis
Hécate avait une passion pour les potions et autres onguents, elle était une guérisseuse
For her part, Hecate wanted to be free and live without constraints. A fierce loner, she enjoyed it and found comfort in it; the presence of others annoyed and inconvenienced her.
She told herself that being independent would give her all the experience she needed for her life in the mortal world.
She could always return to the institute if she had any concerns.
Hecate had a passion for potions and other ointments; she was a healer.
Elle avait trouvé sur un territoire escarpé et sauvage un emplacement qui lui correspondait . La flore y était luxuriante.
Sa modeste maison se situait près d'une petite crique calme et poissonneuse à l'abri des regards et des inopportuns, idéalement située sur une petite péninsule, sans voisinage, la bourgade la plus proche était à 20 min .
Bref un joli départ fait de baignades, récoltes , pêches et tranquillité
She had found a spot that suited her in a rugged and wild area. The flora was lush.
Her modest house was located near a small, quiet cove teeming with fish, sheltered from prying eyes and unwanted visitors, ideally situated on a small peninsula with no neighbours. The nearest village was 20 minutes away.
In short, it was a lovely start to a life of swimming, harvesting, fishing and tranquillity.
Hécate était heureuse et tranquille
Hecate was happy and peaceful.
une arrivée inexpliquée
Ce soir là Hécate etait tranquillement installée à son bureau, rédigeant son rapport sur ces dernières trouvailles

une soirée tranquille

an unexplained arrival
That evening, Hecate was sitting quietly at her desk, writing her report on her latest findings.
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| un rapport bien écrit |
Mais un bruit inexpliqué, détourna son attention
Plus loin dehors, une agitation inattendue, retint son attention
il y avait non loin de chez elle, une maison abandonnée et étrangement solitaire
Hécate n'y avait prêté que peu d'attention, au vu de ce délabrement
Pourtant, cette maison possédait un charme certain mais quelque peu inquiétant
Hécate tout à son attention a sa propre vie, n'avait jamais pu imaginer que quelqu 'un aurait eu l'idée de s'y installer
But an unexplained noise distracted her attention.
Further away, unexpected commotion caught her attention.
Not far from her home was an abandoned and strangely lonely house.
Hecate had paid little attention to it, given its dilapidated state
Yet this house had a certain charm, albeit a somewhat disturbing one
Hecate, focused on her own life, had never imagined that anyone would have thought of moving in there
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| une maison bien mystérieuse |
Attirée par ce remue-ménage incongru, Hécate se décida d'aller voir ce qui se passait+, non sans appréhension
Attracted by this unusual commotion, Hecate decided to go and see what was happening, not with some apprehension.
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| hécate horrifiée |
Et là, à sa grande stupeur, ce qu'elle craignait le plus arriva...
Devant la maison se trouvaient des malles, caisses, et autres, certifiants de l'arrivée imminente de nouveaux voisins
And then, to her utter amazement, what she feared most happened...
In front of the house were trunks, boxes, and other items, confirming the imminent arrival of new neighbours.
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| La maison reconquise |
Finis la tranquillité, le silence et la quiétude de la solitude.
elle allait devoir partager son coin de paradis
Et c'est l'âme en ébullition, déchirée et troublée qu'elle retourna chez elle
Gone were the tranquillity, silence and peacefulness of solitude.
She would have to share her little corner of paradise.
And it was with a soul in turmoil, torn and troubled, that she returned home.
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| désarroi et fin de la tranquillité |
la rencontre
Le lendemain matin Hécate prit une grande résolution, elle alla voir ces nouveaux voisins
Pour leur souhaiter la bienvenue, mais surtout leur faire comprendre que la paix et le silence étaient primordiaux dans ce doux paysage...
Hécate se retrouva face à une jeune femme pas beaucoup plus âgée qu'elle-même

la nouvelle voisine

The next morning, Hecate made a firm decision: she went to see her new neighbours .
to welcome them, but above all to make them understand that peace and quiet were of the utmost importance in this peaceful landscape...
Devant le charme et la gentillesse de sa nouvelle voisine
Hécate se montra, ferme, résolue , du moins c'est ce qu'elle pensait,
Après les présentations d usage Hécate l'averti que la vie ici était calme, lente et solitaire . après tout, pourquoi ne pas noircir le tableau si jamais elle voulait repartir...
After the customary introductions, Hecate warned her that life here was quiet, slow and solitary. After all, why not paint a bleak picture in case
she ever wanted to leave...
*
Mais ce fut pire, Sa nouvelle voisine lui proposa, soi-disant en tout naïveté, qu'Hécate lui donne un coup de main dans ses travaux, pas les gros , mais les petits...
But it was worse than that. Her new neighbour suggested, ostensibly in all innocence, that Hecate give her a hand with her chores—not the big ones, but the small ones.
Après tout, à deux les idées fusaient
Décontenancée Hécate acquiesça, à son grand étonnement.
Taken aback, Hecate agreed, much to her own surprise.
EN repartant à la fin de la journée, Hécate ébahie comprit qu'elle s'était fait tranquillement berner
As she left at the end of the day, a dumbfounded Hecate realised she’d been quietly duped
telle est prise qui croyait prendre
The hunter became the hunted
les mois passèrent
les réparations de la maison avancèrent..
Subtiles, efficients, mais définitifs,
puis vint la confiance qu'apporte la fréquentation journalière d'une personne
Hécate n'a jamais posé de questions sur le passé de Luna, la laissant prendre la décision de le faire le jour où elle serait prêtre
Mais Luna ne le fit jamais...
Work on the house progressed...
Subtle, efficient, yet definitive,
then came the trust that comes from spending every day with someone
Hecate never asked about Luna’s past, leaving it up to her to decide whether to reveal it on the day she became a priest
But Luna never did...
oui la maison prenait tournure
simple, rustique mais vrai
et Luna charmait, composait et apprivoisait Hécate
Yes, the house was taking shape
simple, rustic but genuine
and Luna charmed, soothed and won over Hecate
mais au bout d'une année le résultat fut précis, clair et agréable
ce n'était pas un château, mais c'était une agréable maison où Luna pourrait confortablement y vivre
But after a year, the result was precise, clear and pleasing
It wasn’t a castle, but it was a lovely house where Luna could live comfortably
une agréable rencontre
Par une douce après-midi sur la péninsule, Hécate cueillait avec soin de mystérieuses herbes sauvages, dont les parfums étranges flottaient dans l’air immobile. Absorbée par ses recherches, elle glissait ses doigts entre les feuillages argentés et les fleurs aux teintes obscures, comme si chaque plante murmurait un secret oublié.
On a sweet afternoon on the peninsula, Hecate carefully picked mysterious wild herbs, whose strange scents floated in the motionless air. Absorbed in her research, she slid her fingers between the silvery foliage and the dark-hued flowers, as if each plant were whispering a forgotten secret.
Lorsqu’elle se redressa enfin, une légère brise fit frissonner les branches alentour. C’est alors qu’elle aperçut, à moitié dissimulé derrière le tronc noueux d’un vieil arbre, un petit garçon qui l’observait en silence. Ses yeux sombres semblaient briller d’une étrange lueur, et malgré la douceur du jour, une sensation inexplicable parcourut Hécate, comme si la péninsule elle-même retenait son souffle.
When she finally sat up, a slight breeze made the branches around shiver. It was then that she saw, half hidden behind the gnarled trunk of an old tree, a little boy who was watching her in silence. Her dark eyes seemed to shine with a strange light, and despite the sweetness of the day, an inexplicable sensation ran through Hecate, as if the peninsula itself were holding its breath.
| Weldon |
| premiere rencontre |
Hécate s’approcha de lui avec une infinie douceur, veillant à ne pas effrayer l’étrange enfant caché derrière l’arbre. Plus elle avançait, plus elle percevait dans son regard une curiosité silencieuse, presque irréelle.
Alors, poussée par une impulsion aussi absurde qu’inexplicable, elle esquissa un léger sourire, saisit son balai posé dans l’herbe… et s’éleva soudain dans les airs.
Le petit garçon resta figé une seconde.
Puis son visage s’illumina d’un émerveillement pur. Ses yeux s’écarquillèrent, partagés entre l’incrédulité et la joie, avant qu’un éclat de rire cristallin ne rompe enfin le silence de la péninsule.
La glace venait de se briser.
Hecate approached him with infinite gentleness, careful not to frighten the strange child hidden behind the tree. The more she advanced, the more she perceived in his gaze a silent curiosity, almost unreal.
Then, driven by an impulse as absurd as inexplicable, she sketched a slight smile, grabbed her broom placed in the grass... and suddenly rose into the air.
The little boy remained frozen for a second.
Then his face lit up with pure wonder. His eyes widened, torn between disbelief and joy, before a burst of crystalline laughter finally broke the silence of the peninsula.

héhé
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| on vole!!! |
Ils passèrent le reste de la journée à confectionner le plus hideux bonhomme de neige que la péninsule eût sans doute jamais porté. Sa tête était de travers, ses bras trop longs, et son sourire difforme semblait presque inquiétant… mais cela ne faisait qu’accentuer leurs éclats de rire.
Entre les plaisanteries absurdes, les regards complices et les batailles de neige maladroites, le temps sembla se dissoudre dans la blancheur du paysage. Même le vent glacé paraissait plus doux autour d’eux.
They spent the rest of the day making the most hideous snowman that the peninsula might have ever worn. His head was crooked, his arms too long, and his misshapen smile seemed almost unsettling... but that only accentuated their laughter.
Between the absurd jokes, the complicit glances and the clumsy snow battles, time seemed to dissolve into the whiteness of the landscape. Even the icy wind seemed softer around them.
Et lorsque le silence revenait enfin, il n’avait rien de gênant.
Il était tendre, paisible, presque intime — ce genre de silence rare où deux âmes n’ont plus besoin de parler pour se comprendre.
And when the silence finally returned, there was nothing embarrassing about it.
It was tender, peaceful, almost intimate—that kind of rare silence where two souls no longer need to speak to understand each other.
Pour Hécate comme pour Weldon, cette première neige devint un souvenir précieux, suspendu hors du temps ; l’un de ces instants fragiles et lumineux que la magie elle-même peine parfois à recréer.
For Hecate as for Weldon, this first snow became a precious memory, suspended out of time; one of those fragile and luminous moments that magic itself sometimes struggles to recreate.
Mauvaise surprise
Enthousiasmée par sa rencontre avec Weldon, Hécate brûlait d’envie de le présenter à Luna. Elle était persuadée qu’elles s’entendraient immédiatement ; après tout, Luna percevait souvent la beauté cachée des êtres avant même qu’ils ne parlent.Mais, contre toute attente, rien ne se passa comme elle l’avait imaginé.
Unpleasant surprise
Enthused by her meeting with Weldon, Hecate burned with desire to present him to Luna. She was convinced that they would get along immediately; after all, Luna often perceived the hidden beauty of beings even before they spoke.
But, against all odds, nothing happened as she had imagined.
| la présentation |
Dès l’instant où leurs regards se croisèrent, une tension étrange s’installa dans l’air.
Luna demeura silencieuse, immobile, ses yeux pâles fixés sur le jeune garçon avec une méfiance inhabituelle. Quant à Weldon, son sourire s’effaça presque aussitôt. Quelque chose dans son regard s’assombrit furtivement, comme une ombre glissant sous une eau calme.
| rebontre tendue |
From the moment their eyes met, a strange tension settled in the air.
Luna remained silent, motionless, her pale eyes fixed on the young boy with an unusual distrust. As for Weldon, his smile faded almost immediately. Something in his gaze darkens stealthily, like a shadow slipping under calm water.
| Weldon méfiant |
Hécate tenta de plaisanter pour dissiper le malaise, mais même le vent semblait s’être tu autour d’eux.
La rencontre fut froide. Tendue. Presque irréelle.
Et tandis qu’ils échangeaient quelques paroles polies, Hécate sentit naître au creux de son ventre une inquiétude discrète mais persistante… l’impression troublante que Luna percevait chez Weldon quelque chose qu’elle-même était incapable de voir.
| Hécate désolée |
Hecate tried to joke to dispel the discomfort, but even the wind seemed to have quieted around them.
The meeting was cold. Tense. Almost unreal.
And while they exchanged a few polite words, Hecate felt a discreet but persistent anxiety growing in the hollow of her stomach... the disturbing impression that Luna perceived in Weldon something she herself was unable to see.
| Hécate réconfortant Weldon |
But Hecate did not give up.
Troubled by Luna’s icy attitude, however, she refused to let doubt invade her. It was not his habit to condemn someone for no reason, much less a child whose laughter had lit up that first snow.
Alors, ce soir-là, lorsque les ombres commencèrent à s’étirer contre les murs de la vieille demeure, Hécate chercha Luna.
Elle ne voulait pas la convaincre.
Non.
Elle exigeait simplement de connaître ses motifs.
Pourquoi cette méfiance soudaine ?
Pourquoi ce regard dur, presque inquiet, posé sur Weldon ?
Then, that evening, when the shadows began to stretch against the walls of the old house, Hecate looked for Luna.
She didn’t want to convince her.
No.
She simply demanded to know his motives.
Why this sudden mistrust?
Why this hard, almost worried look on Weldon?
Luna resta silencieuse un long moment, debout près de la fenêtre battue par le vent nocturne. Puis elle finit par murmurer d’une voix inhabituellement grave :
— Certains êtres portent quelque chose d’ancien en eux… quelque chose qui dort encore.
Ces paroles ne firent qu’épaissir le mystère.
Mais Luna resta sur ses positions, fermes et définitives?
Elle ne donna pas réellement les motifs de son rejet de Weldon
Méfiance, jalousie, perte de son contrôle sur Hécate, non elle ne dit rien de tout cela?
Mais Hécate, intuitive le devina .
elle fût vexée, intriguée, Luna aurait-elle des choses à cacher, des secrets que ce petit garçon pourraient troubler, ou d'autres motifs qu'Hécate ne comprennaient pas?
après tout elle ne connaissait rien de Luna, si ce n est son installation mystérieuse sur la péninsule
But Luna remained on her positions, firm and definitive?
She did not really give the reasons for her rejection of Weldon
Mistrust, jealousy, loss of control over Hecate, isn’t she saying anything about all this?
Luna remained silent for a long time, standing near the window battered by the night wind. Then she ends up murmuring in an unusually low voice:
—Some beings carry something ancient within themselves... something that is still sleeping.
These words only deepened the mystery.
But Hecate, intuitive the guess.
she was upset, intrigued, would Luna have anything to hide, secrets that this little boy might disturb, or other motives that Hecate did not understand?
after all she knew nothing about Luna, if it’s not her mysterious installation on the peninsula
Et malgré elle, Hécate sentit un léger frisson lui parcourir l’échine, tandis qu’au loin, sur la péninsule engloutie par la brume, une silhouette solitaire semblait observer la maison depuis les falaises enneigées.
And in spite of herself, Hecate felt a slight shiver run down her spine, while in the distance, on the peninsula engulfed by the mist, a solitary figure seemed to be watching the house from the snowy cliffs.
La convocation
Ce fut à ce moment-là qu'Hécate reçut un message de l'école lui demandant de se présenter pour un meeting et une enquête de la plus haute importance .
Intriguée, mais soulagée...
l air sur la péninsule était devenue lourd et pesant, fini les journées insouciantes de tranquilles camaraderies qu'elle partageait avec Luna, il y avait un ressentiment, comme une gêne de non dit et une certaine distance entre elles .
Hécate ne comprenait pas l'attitude de Luna et Luna ne dévoilait aucun de ses sentiments
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| pure détente |
The convocation
It was at that moment that Hecate received a message from the school asking her to present herself for a meeting and an investigation of the utmost importance.
Intrigued, but relieved...
the air on the peninsula had become heavy and weighing, finished the carefree days of quiet companionship they shared with Luna, there was a resentment, like an embarrassment of unsaid and a certain distance between them.
Hecate did not understand Luna’s attitude and Luna did not reveal any of her feelings
Dans la douce lumière de son salon aux tons pastel, Hécate est assise à son bureau, absorbée par l’écran qui éclaire son visage d’une lueur pâle. Ses doigts flottent au-dessus du clavier, immobiles, comme suspendus entre hésitation et curiosité. Son regard, à la fois concentré et troublé, laisse deviner qu’il ne s’agit pas d’un simple message.
Autour d’elle, tout semble paisible. Les rideaux frémissent légèrement, laissant filtrer une lumière apaisante. Une guirlande lumineuse diffuse une chaleur discrète, presque rassurante. Les objets familiers — livres, carnet, tasse oubliée — reposent dans un silence ordinaire.
Et pourtant… quelque chose a changé.
Sur l’écran, une notification vient d’apparaître.
Une convocation.
Inattendue.
Le temps parait suspendu. Son léger sourire est indéchiffrable — ni tout à fait rassuré, ni réellement inquiet. Ses yeux restent fixés sur les mots, comme si elle cherchait à en percer un sens caché.
Car au-delà de cette simple notification, elle le sent : ce moment marque un basculement.
L’atmosphère tranquille de la pièce s’est imperceptiblement chargée d’un nouveau mystère
In the soft light of her pastel-toned living room, Hecate sits at her desk, absorbed by the screen that illuminates her face with a pale glow. His fingers float above the keyboard, motionless, as if suspended between hesitation and curiosity. His look, both focused and troubled, suggests that it is not a simple message.
Around her, everything seems peaceful. The curtains flutter slightly, letting a soothing light filter through. A string of lights radiates a discreet, almost reassuring warmth. Familiar objects — books, notebook, forgotten cup—rest in ordinary silence.
And yet... something has changed.
On the screen, a notification has just appeared.
A summons.
Unexpected.
Time seems suspended. His slight smile is indecipherable—neither quite reassured, nor really worried. Her eyes remain fixed on the words, as if she were trying to pierce a hidden meaning.
Because beyond this simple notification, she feels it: this moment marks a shift.
The quiet atmosphere of the room was imperceptibly charged with a new mystery
Dans la douceur de son salon baignée de lumière rosée, Hécatre reste figée un instant, comme suspendue entre deux pensées.
elle semble chercher une réponse quelque part au-dessus d’elle — comme si le ciel pouvait lui murmurer ce qu’elle ne comprend pas encore. Ses yeux, grands ouverts, oscillent entre surprise et trouble, tandis que ses lèvres entrouvertes trahissent une émotion naissante, difficile à nommer.
Devant elle, l’écran continue de briller silencieusement.
Le message est là.
Simple… et pourtant chargé de mystère.

la convocation

In
the softness of his living room bathed in pink light, Hécatre remains
frozen for a moment, as if suspended between two thoughts.
Sitting
at her desk, looking up at the ceiling, a hand tucked into her hair,
she seems to be searching for an answer somewhere above her—as if the
sky could whisper to her what she doesn’t yet understand. Her eyes, wide
open, oscillate between surprise and confusion, while her slightly
opened lips betray an emerging emotion, difficult to name.
In front of her, the screen continues to shine silently.
The message is there.
Simple... and yet full of mystery.
In the softness of his living room bathed in pink light, Hécatre remains frozen for a moment, as if suspended between two thoughts.
Sitting at her desk, looking up at the ceiling, a hand tucked into her hair, she seems to be searching for an answer somewhere above her—as if the sky could whisper to her what she doesn’t yet understand. Her eyes, wide open, oscillate between surprise and confusion, while her slightly opened lips betray an emerging emotion, difficult to name.
In front of her, the screen continues to shine silently.
The message is there.
Simple... and yet full of mystery.
Dans cette pièce aux tons pastel, où les guirlandes lumineuses diffusent une chaleur rassurante, quelque chose a changé. L’air semble plus dense, presque vivant, comme si chaque objet retenait son souffle avec elle.
Ce n’est plus une simple notification.
C’est une question sans réponse.
Une invitation qu’elle n’attendait pas.
Et dans ce moment suspendu, entre hésitation et vertige, son monde vacille doucement — prêt à basculer vers l’inconnu.....
Devant elle, l’écran de son ordinateur affiche un message clair, presque trop direct : son rendez-vous est confirmé. L’information est simple, mais son effet ne l’est pas. Ses yeux restent accrochés aux mots, comme si elle espérait y déceler un détail caché, une explication qui n’apparaît pas.
Sa main repose près du clavier, immobile, hésitante. Elle ne tape plus. Elle attend. Elle réfléchit.
In front of her, the screen of her computer displays a clear message, almost too direct: her appointment is confirmed. The information is simple, but its effect is not. Her eyes remain attached to the words, as if she hoped to detect a hidden detail, an explanation that does not appear.
Her hand rests near the keyboard, motionless, hesitant. She no longer types. She waits. She thinks.

moments de calme

Mue par une intuition douce et soudaine,
Hécate prit son arrosoir et descendit vers son petit jardinet.
La terre, l’eau, le silence…
Elle savait que là, quelque chose en elle finirait par se déposer.
Car son cœur, encore troublé, n’avait pas oublié :
c’était la première fois que l’école la convoquait ainsi,
avec une gravité presque solennelle.
Moved by a soft and sudden intuition,
Hecate took her watering can and went down to her small garden.
The earth, the water, the silence...
She knew that there, something in her would eventually deposit.
Because his heart, still troubled, had not forgotten:
it was the first time that the school summoned her like this,
with an almost solemn gravity.

Violetta

Violetta
Quelque chose n’allait pas.
Une tension sourde lui serrait le ventre, comme un avertissement qu’elle ne pouvait ignorer. Malgré tout, elle s’obligea à avancer, chaque pas résonnant trop fort contre le silence anormal qui enveloppait le bâtiment.
Le hall l’engloutit aussitôt.
Elle poursuivit sa marche, raide, contenue, en direction de la salle de conférence. Autour d’elle, des bruits étouffés glissaient le long des murs — trop discrets pour être identifiés, trop présents pour être ignorés. Des silhouettes passaient, floues, presque irréelles, se mouvant avec une lenteur prudente, comme si le moindre geste risquait de briser quelque chose d’invisible.
L’air lui semblait lourd, vicié, chargé d’une attente indistincte.
Ce lieu n’avait plus rien de familier.
Le tumulte qu’elle connaissait avait disparu, avalé par un calme oppressant, artificiel — un silence qui n’en était pas vraiment un, mais plutôt une absence, une suspension.
Hécate ralentit.
Une pensée s’imposa, glaciale : elle n’aurait peut-être pas dû venir.
Elle serra les dents.
Non.
Ce n’était que son imagination. Rien de plus. Juste cette peur tenace, tapie en elle, qui déformait tout.

L'arrivée

The appointment
Hecate stopped in front of the institute.
Something was wrong.
A dull tension gripped her stomach, like a warning she could not ignore. Despite everything, she forced herself to move forward, each step resonating too strongly against the abnormal silence that enveloped the building.
The hall swallowed him up immediately.
She continued her walk, stiff, restrained, towards the conference room. Around her, muffled noises glided along the walls—too discreet to be identified, too present to be ignored. Silhouettes passed by, blurry, almost unreal, moving with a cautious slowness, as if the slightest gesture risked breaking something invisible.
The air seemed to him heavy, vitiated, laden with an indistinct expectation.
This place was no longer familiar.
The tumult she knew had disappeared, swallowed by an oppressive, artificial calm—a silence that was not really one, but rather an absence, a suspension.
Hecate is slowing down.
A thought arose, icy: she perhaps should not have come.
She gritted her teeth.
No.
It was only her imagination. Nothing more. Just this tenacious fear, lurking inside her, that distorted everything.
And yet... she couldn’t get rid of it.

Hécate avance bravement

le coeur de l'école violetta, lasource de la magie


En pénétrant dans la magnifique salle de conférence, habituellement réservée aux réunions officielles et aux situations d’urgence, Hécate sentit immédiatement le poids des regards se poser sur elle.
Les Grands Sages étaient déjà présents. À leurs côtés se tenaient deux hommes qu’elle ne connaissait pas. Le premier, un jeune blond aux grands yeux verts, arborait un sourire presque déplacé, trop léger pour un lieu aussi solennel. Le second, plus grand, brun, aux yeux noirs d’une stabilité troublante, l’observait avec une intensité silencieuse.
À son arrivée, le silence se fit, brutal, presque palpable.
Puis Falballa, grande sage aux cheveux violets, dont la teinte répondait étrangement à celle de ses yeux, prit la parole. Sa voix se voulait douce, chaleureuse, comme pour dissiper la tension.
Mais malgré ses efforts, l’atmosphère demeurait lourde — chargée d’attente, d’étonnement… et d’une suspicion à peine voilée.

Falballa


la salle de conférence

Upon entering the magnificent conference room, usually reserved for official meetings and emergency situations, Hecate immediately felt the weight of the looks on her.
The Great Sages were already present. At their side stood two men whom she did not know. The first, a young blond with large green eyes, wore an almost inappropriate smile, too light for such a solemn place. The second, larger, brown, with black eyes of a troubling stability, observed her with silent intensity.
Upon his arrival, silence fell, brutal, almost palpable.
Then Falballa, a great sage with purple hair, whose shade corresponded strangely to that of his eyes, spoke. Her voice was meant to be soft, warm, as if to dissipate the tension.
But despite his efforts, the atmosphere remained heavy—charged with expectation, astonishment... and a barely veiled suspicion.


le grand livre sacré

D ’abord hésitante, Hécate franchit le seuil, s’efforçant d’adopter une démarche assurée. Mais cette assurance n’était qu’une façade.
Son cœur cognait violemment contre sa poitrine, chaque battement résonnant comme un écho trop fort dans le silence ambiant. Un nœud se resserrait dans son ventre, implacable.
Qu’avait-elle fait… ?

Les grands Sages

Iiinitially hesitant, Hecate crossed the threshold, striving to adopt an assured approach. But this assurance was only a facade.
His heart beat violently against his chest, each beat echoing like an echo too loud in the ambient silence. A knot tightened in his belly, relentless.
What had she done...?

La reunion

L enquête
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| un regard inquisiteur |
Jamais encore elle n’avait été autorisée à y pénétrer.
La vaste table de pierre dominait la pièce, austère et imposante. Autour d’elle siégeaient déjà les figures les plus éminentes : la grande sage Falbala, droite et impénétrable, le grand sage Ember, dont le regard brûlait d’une intensité silencieuse… et deux hommes qu’elle ne connaissait pas encore — Morgyn et Siméon, silhouettes énigmatiques plongées dans une attente lourde de sens.
Devant eux, des documents anciens reposaient, comme porteurs de décisions irrévocables.
Lorsqu’elle avança, tous relevèrent la tête à l’unisson.
Leurs regards la transpercèrent — sceptiques, sévères, presque accusateurs.
Hecate crossed the threshold of the great hall, her breath suspended, caught by the solemnity of the place despite herself.
Never before had she been allowed to enter it.
The
vast stone table dominated the room, austere and imposing. Around her
were already sitting the most eminent figures: the great sage Falbala,
straight and impenetrable, the great sage Ember, whose gaze burned with a
silent intensity... and two men she did not yet know—Morgyn and Siméon,
enigmatic silhouettes plunged into a longing heavy with meaning.
Before them, ancient documents lay, as bearers of irrevocable decisions.
When she advanced, all raised their heads in unison.
Their glances pierced her—skeptical, stern, almost accusing.
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| Mais qui est elle |
Le
cœur d’Hécate se mit à battre comme un tambour de guerre dans sa
poitrine. Pourtant, elle ne vacilla pas. Elle s’avança, chaque pas
résonnant dans le silence pesant, puis prit place à la table, consciente
que rien, désormais, ne serait plus jamais comme avant.
![]() |
| Hécate s avance prudemment |
Hecate’s heart began to beat like a war drum in her chest. Yet she did not waver. She stepped forward, each step echoing in the heavy silence, then took her place at the table, aware that nothing would ever be as before.
Falbala,
d’un geste mesuré, tenta d’apaiser les tensions qui couvaient dans
l’air. Sa voix s’éleva, calme mais chargée d’autorité, pour entamer les
présentations… comme si elle ouvrait la voie à un jugement dont nul ne
connaissait encore l’issue.
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| La présentation |
![]() |
| la reunion commence |
Ce fut le Grand Sage Ember qui prit la parole, exposant avec gravité le dessein de cette enquête sous le regard à la fois vigilant et empreint de sollicitude de Falbala.
Hécate, recueillie, se concentra avec une attention soutenue sur son discours.

La réunion débuter

Ce
fut le Grand Sage Ember qui prit la parole, exposant avec gravité le
dessein de cette enquête sous le regard à la fois vigilant et empreint
de sollicitude de Falbala.
Hécate, recueillie, se concentra avec une attention soutenue sur son discours.

Hécate

In carefully chosen and perfectly measured terms, Ember set forth the purpose of this inquiry, without emphasis or dramatic effect, in a tone that was at once cold, direct, and yet courteous.
Ember expliqua :
Ember expliqua d’une voix basse, presque trop calme pour l’atmosphère pesante qui régnait dans la salle.
Les flammes vacillaient autour d’eux comme si elles réagissaient à chacun de ses mots, projetant sur les murs de longues ombres inquiétantes.
— Ce mariage n’est pas seulement une union…
Un silence tomba aussitôt.
Même les murmures cessèrent.
Le regard d’Ember glissa lentement vers les anciennes runes gravées dans la pierre noire, puis vers les silhouettes réunies autour de la table.
— C’est un pacte.
Au loin, un grondement sourd résonna derrière les vitraux obscurcis par la nuit.
le Grand Sage inspira lentement avant de poursuivre :
— Depuis des siècles, les anciennes familles protègent quelque chose enfoui sous ces terres… quelque chose qui ne doit jamais être réveillé.
Seule demeurait cette étrange lueur dorée derrière les mariés, semblable à un œil observant silencieusement la scène.
— Mais le sceau faiblit…
Et désormais… ils sont obligés de lier leurs lignées pour maintenir la magie en sommeil.
Car au fond de la salle, derrière les statues immobiles et les rideaux noirs, quelqu’un… ou quelque chose… semblait écouter.

le mariage
Ember explained in a low voice, almost too calm for the heavy atmosphere that reigned in the room.
The flames flickered around them as if they were reacting to each of his words, casting long and disturbing shadows on the walls.
—This marriage is not just a union...
A silence fell at once.
Even the whispers ceased.
Ember’s gaze slid slowly to the ancient runes carved in the black stone, then to the silhouettes gathered around the table.
—It’s a pact.
In the distance, a low rumble echoed behind the stained glass windows darkened by night.
the Great Sage breathed in slowly before continuing:
—For centuries, ancient families have protected something buried beneath these lands... something that should never be awakened.
Only this strange golden glow remained behind the bride and groom, like an eye silently observing the scene.
—But the seal weakens...
And now... they are forced to link their lineages to keep magic dormant.
Because at the back of the room, behind the motionless statues and the black curtains, someone... or something... seemed to be listening

Il y a quelque temps, lors de la cérémonie de remariage d’un Grand Alpha des territoires du Nord, Sir Cal.
À ses côtés se tenait une femme plus jeune, enceinte, portant enfin l’héritier tant attendu.
Ember explained:
Some time ago, during the remarriage ceremony of a Grand Alpha from the northern territories, Sir Cal.
By her side stood a younger, pregnant woman, finally carrying the long-awaited heir.

Béata triomphante


tant de regrets
Puis vint la cérémonie du marquage…
Le silence s’était abattu sur la salle entière tandis que les anciennes runes illuminaient lentement les murs de pierre.
Les invités retenaient leur souffle, observant la mariée voilée avancer au centre du cercle sacré, prête à recevoir le sceau ancestral qui unirait leurs destinées pour l’éternité.
Mais au moment où le grand prêtre leva la main pour commencer le rituel…
La jeune femme déchue intervint.
D’un geste brusque, elle brisa l’harmonie de la cérémonie.
Une magie ancienne jaillit aussitôt autour d’elle, violente et dorée, traçant dans les airs des symboles oubliés qu’aucun des invités ne reconnut immédiatement.
Les flammes des braseros explosèrent.
Le vent se leva au cœur même du sanctuaire.
Et sa voix résonna dans une langue interdite, ancienne et glaciale, comme un écho venu d’un autre âge.
Alors l’homme s’effondra à genoux dans un cri de douleur.
La mariée, pétrifiée de terreur, porta ses mains à sa bouche tandis que les convives reculaient dans la panique.
Mais elle…
Elle ne tremblait pas.
Le regard dur, froid et implacable, la jeune femme continuait son incantation avec une détermination terrifiante, comme si ce moment avait été préparé depuis des années.
Et lorsque les dernières runes s’embrasèrent autour d’eux…
Tout le monde comprit que cette cérémonie n’était plus un mariage.
C’était le début d’une guerre.

The silence had fallen on the whole room while the old runes slowly illuminated the stone walls.
The
guests held their breath, watching as the veiled bride moved to the
center of the sacred circle, ready to receive the ancestral seal that
would unite their destinies for eternity.
But at the moment when the high priest raised his hand to begin the ritual...
The fallen young woman intervened.
With a sudden gesture, she broke the harmony of the ceremony.
An
ancient magic immediately sprang up around her, violent and golden,
tracing in the air forgotten symbols that none of the guests recognized
immediately.
The flames of the braziers exploded.
The wind rose in the very heart of the sanctuary.
And his voice echoed in a forbidden language, ancient and icy, like an echo from another age.
Then the man collapsed on his knees in a cry of pain.
The bride, petrified with terror, brought her hands to her mouth while the guests recoiled in panic.
But she...
She wasn’t shaking.
With
a hard, cold and implacable look, the young woman continued her
incantation with a terrifying determination, as if this moment had been
prepared for years.
And when the last runes were burning around them...
Everyone understood that this ceremony was no longer a marriage.
It was the beginning of a war.
Elle accomplit un rite de rejet du lien. Mais ce ne fut pas tant le geste qui glaça l’assemblée que l’incantation en langue sacrée ancienne qu’elle éleva — des mots oubliés, redoutés — pour briser
le lien qu'elle avait eu avec lui

l incantation

She performs a rite of rejection of the bond. But it was not so much the gesture that chilled the assembly as the incantation in ancient sacred language that it raised—words forgotten, feared—to break their bond

rejet

rejet
Puis, sans un regard pour quiconque, sans une larme, elle se détourna.
Et s’enfonça seule dans la nuit.
Digne. Majestueuse. Inébranlable.

le départ
Then, without a look for anyone, without a tear, she turned away.
And sank alone into the night.
Dignified. Majestic. Unwavering.

Et pour conclure son exposé, il prononça ces trois dernières phrases :
— Il faut retrouver cette femme, impérativement.
— Vous mènerez ces recherches tous les trois.
— Cela doit rester discret.
Puis, sans un regard de plus, il se retira, les laissant seuls face à leurs réflexions, abandonnant à Falballa le soin de leur fournir davantage de détails s’ils le souhaitaient.

la conclusion d Ember

And to conclude his presentation, he uttered these last three sentences:
—We have to find this woman, absolutely.
—The three of you will be conducting this research.
—This must remain discreet.
Then, without another glance, he withdrew, leaving them alone to face their reflections, abandoning to Falballa the task of providing them with more details if they wished.

réflexions

La réaction de chacun, après le départ du Grand Sage Ember, fut chaotique.
Non pas à cause de la mission… mais surtout à cause de ce partenariat imposé.
Morgyn et Siméon comprenaient déjà ce que cela impliquait :
la présence d’Hécate, à leurs côtés — ou peut-être entre eux.
Une étrangère.
Une soigneuse.
Une inconnue.
Un élément imprévisible.

Everyone’s reaction, after the departure of the Great Sage Ember, was chaotic.
Not because of the mission... but above all because of this imposed partnership.
Morgyn and Siméon already understood what this implied:
the presence of Hecate, at their side—or perhaps between them.
A stranger.
A healer.
A stranger.
An unpredictable element.
Yet, Hecate says nothing.
Silencieuse, presque figée, elle demeura stoïque.
Aucune protestation.
Aucune question.
Elle absorbait chaque mot, chaque regard, chaque sous-entendu…
et surtout, les conséquences.
Mais derrière ce calme trompeur, son esprit s’agitait.
Une voix intérieure, insistante, presque accusatrice.
Silent, almost frozen, she remained stoic.
No protest.
No questions.
She absorbed every word, every look, every implication...
and above all, the consequences.
But behind this deceitful calm, his mind was stirred.
An inner voice, insistent, almost accusing.

Falbala inquièrz
Falbala laissa leurs réactions se répandre, comme une onde qu’elle ne chercha pas à contenir. Puis, avec une maîtrise presque invisible, elle infléchit le mouvement, les guidant sans heurt vers un salon plus retiré, à l’écart du regard et du tumulte.
Ses yeux, pourtant, ne quittaient pas Hécate.
Calme… trop calme. Froide en apparence, mais traversée de pensées qu’elle seule semblait entendre.

Falbala inquièrz

on se calme

Falbala let their reactions spread, like a wave that she did not seek to contain. Then, with an almost invisible mastery, she inflected the movement, guiding them smoothly towards a more secluded living room, away from the gaze and tumult.
His eyes, however, did not leave Hecate.
Calm... too calm. Cold on the surface, but full of thoughts that only she seemed to hear.
![]() |
| Le deux grands sages ember et Sylversweat |
Alors, elle les guida encore plus loin, vers un lieu plus intime, presque suspendu hors du temps…
Un endroit où, elle en était convaincue, les attendaient le Grand Sage Ember et le Grand Sage Silversweat
Then, she guided them even further, towards a more intimate place, almost suspended out of time...
A place where, she was convinced, the Great Sage Ember and the Great Sage Silversweat were waiting for them
Alors, d’un simple geste, elle ramena le calme.
L’autorité du Grand Sage émanait d’elle à nouveau, impérieuse, presque irrésistible.
Doutes, questions, incompréhensions… tout se dissipa, comme balayé par une force invisible.
Then, with a simple gesture, she restored calm.
The authority of the Great Sage emanated from her again, imperious, almost irresistible.
Doubts, questions, misunderstandings... everything dissipated, as if swept away by an invisible force.
Pourquoi ?
De retour à son petit cottage battu par les vents de la péninsule, elle fut happée par une sensation oppressante — comme si les murs eux-mêmes murmuraient une vérité qu’elle n’était pas prête à entendre.
Tout n’était plus que confusion.

mais qui suis je donc ?

Back to her small cottage battered by the winds of the peninsula, she was caught up in an oppressive feeling—as if the walls themselves whispered a truth that she was not ready to hear.
Everything was just confusion.
En quelques heures à peine, sa vie avait basculé dans l’inconnu. Deux étrangers s’y étaient immiscés, porteurs de secrets, de silences… et d’un regard qui la jugeait sans la connaître. Ils la sous-estimaient — elle l’avait vu dans leurs yeux — et peut-être avaient-ils raison.
Après tout, qui était-elle ?

des recherhes

In just a few hours, her life had turned into the unknown. Two strangers had interfered, carrying secrets and silences... and with a look that judged her without knowing her. They underestimated her—she had seen it in their eyes—and maybe they were right.
After all, who was she?

trop d angoisses

Une simple apothicaire. Une herboriste oubliée du monde, perdue entre landes et embruns, vivant de racines, de remèdes et de solitude.
Alors pourquoi elle ?
A simple apothecary. A herbalist forgotten by the world, lost between moors and sea spray, living on roots, remedies, and solitude.
So why her?

qui suis je donc

Pourquoi se retrouvait-elle mêlée à cette traque obscure — celle d’une femme brisée, humiliée, rejetée… et pire encore : remplacée, comme si son existence même avait été effacée ?
Un frisson glacé remonta le long de son échine.
Non… rien de tout cela n’avait de sens

pourquoi elle

Why did she find herself involved in this obscure hunt—that of a broken, humiliated, rejected woman... and even worse: replaced, as if its very existence had been erased?
An icy chill came up his spine.
No... none of this made any sense.

doutes

Hécate, portée par un courage qu’elle ne se connaissait pas encore, prit la route de l’île des sorcières, là où vivaient ses deux coéquipiers
Hecate, carried by a courage that she did not yet know herself, took the road to the island of witches, where her two teammates lived.
Le vent semblait murmurer à ses côtés, comme témoin silencieux
de sa détermination naissante.
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| la maison des garcons |
The wind seemed to whisper by his side, as a silent witness of his nascent determination.
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| des couleurs automnales |
Elle ne savait pas encore quels mots franchiraient ses lèvres lorsqu’elle les retrouverait. Pourtant, au fond d’elle, les questions brûlaient, vives et indomptables.
Ce n’était pas la femme qu’ils devaient traquer qui hantait ses pensées… mais bien le choix de l’école.
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| un joli paysage |
She did not yet know what words would cross her lips when she found them. Yet, deep down in her heart, the questions were burning, vivid and untamable.
It wasn’t the woman they had to track down that haunted his thoughts... but rather the choice of school.
Pourquoi elle ?
Pourquoi l’avoir désignée, elle, parmi tant d’autres ?
Et à mesure qu’elle avançait, une certitude grandissait en elle : les réponses qu’elle cherchait pourraient bien changer son destin à jamais.
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| l ile aux sorcieres a l automne |
Why her?
Why did you designate her, among so many others?
And as she advanced, a certainty grew in her: the answers she sought could well change her destiny forever.
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| hesitations |
Puis, au détour des rochers battus par les vents, elle l’aperçut.
Silhouette calme face à l’immensité, il pêchait dans l’océan, comme étranger au tumulte du monde.
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| rencontre sur la plage |
Then, at the bend of the rocks battered by the winds, she saw him.
A calm figure facing the immensity, he fished in the ocean, as if foreign to the tumult of the world.
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| il pêche |
C’était Morgyn, le mage aux cheveux d’or et aux yeux verts, profonds comme les eaux qu’il contemplait.
Une aura paisible émanait de lui, presque irréelle.
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| un joli regard |
It was Morgyn, the mage with golden hair and green eyes, deep as the waters he gazed upon.
A peaceful aura emanated from him, almost unreal.
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| Le Beau Morgyn |
Hécate sentit une vague de soulagement l’envahir.
Comparé à l’autre mage, dont la présence était lourde et énigmatique, Morgyn semblait plus accessible… presque rassurant.
Hecate felt a wave of relief wash over her.
Compared to the other mage, whose presence was heavy and enigmatic, Morgyn seemed more accessible... almost reassuring.
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| surprise ! |
Peut-être, enfin, pourrait-elle trouver en lui une oreille attentive.
Peut-être oserait-elle lui confier ses doutes, ses interrogations — et les questions qui, en silence, forgeaient déjà son destin.
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| tentative de discussion |
Perhaps she would dare to confide in him her doubts, her interrogations—and the questions which, in silence, were already forging her destiny.
Ses paroles glissèrent sur lui comme la pluie sur la pierre, sans jamais fissurer le calme distant qui l’enveloppait.
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| discussion difficile |
Despite all his attempts, Morgyn remained impassive.
His words slipped on him like rain on a stone, never cracking the distant calm that enveloped him.
Peu à peu, l’espoir d’Hécate s’éteignit.
Little by little, the hope of Hecate died out.
Ses pas la ramenèrent vers chez elle, tandis qu’un sentiment amer s’insinuait en elle — celui d’une confiance refusée, d’une porte qui ne s’ouvrirait pas.
Et derrière elle, l’océan continuait de rugir, indifférent à sa défaite.
Her footsteps took her home, while a bitter feeling crept into her—that of a rejected trust, of a door that would not open.
And behind her, the ocean continued to roar, indifferent to her defeat.
sur la péninsule
De retour sur la péninsule, le cœur lourd et l’esprit embué, Hécate tenta de renouer avec le fil fragile de ses habitudes auprès de Weldon. Ils partageaient à nouveau ces instants simples — parties de pêche bercées par le clapotis de l’eau, longues promenades sous un ciel changeant, éclats de rire et tendres étreintes — comme pour repousser, l’espace d’un moment, l’ombre qui s’était glissée en elle.
Quelques jours passèrent ainsi, suspendus entre apaisement et malaise. Puis, un matin, Weldon ne vint pas seul. À ses côtés se tenait un homme à la haute stature, dont le regard, d’une acuité presque irréelle, évoquait la morsure d’un glacier.
Avec une fierté tranquille, Weldon présenta son père : Faern.
With quiet pride, Weldon introduced his father: Faern.
Une impression fugace, insaisissable — mais tenace — qu’elle ne parvenait ni à nommer, ni à dissiper
A fleeting, elusive—but tenacious—impression that she could neither name nor dispel
Quelques jours après
En apparence, du moins.
Elle s’efforçait d’intégrer la présence de Weldon à ses journées, de lui faire une place dans ses habitudes. Mais rien ne s’imbriquait vraiment. Luna, elle, refusait toujours. Silencieuse, distante… presque hostile.
Quelque chose clochait.
Few days later
On the surface, at least.
She tried to integrate Weldon’s presence into her daily routine, to make room for him in her habits. But nothing really fit together. Luna, however, always refused. Silent, distant... almost hostile.
Something was off.
Comme si on l’observait.
Pas en permanence. Pas ouvertement.
Mais assez pour ne jamais pouvoir l’oublier.
Elle avait essayé d’ignorer. De rationaliser. De se convaincre que ce n’était que de la fatigue, ou le contrecoup de l’enquête.
Mais la sensation revenait toujours.
Plus précise. Plus insistante.
Jusqu’à devenir impossible à ignorer.
As if we were watching him.
Not permanently. Not openly.
But enough to never forget it.
She had tried to ignore. To rationalize. To convince herself that it was just fatigue, or the backlash of the investigation.
But the sensation always came back.
More precise. More insistent.
Until it becomes impossible to ignore.
Un simple mail. Court. Direct.
Siméon.
Il demandait une entrevue. Un lieu neutre. Rien de plus.
Hécate resta figée un instant devant l’écran.
La surprise la traversa d’abord, brutale. Puis, presque aussitôt… autre chose.
Un soulagement.
Enfin.
Enfin, elle allait pouvoir parler. Dire ce qui n’avait jamais vraiment fait sens. Mettre à plat ses doutes, ses incohérences, cette impression grandissante d’être manipulée.
Parce qu’au fond, une question s’imposait désormais avec une netteté inquiétante :
Que faisait-elle vraiment dans cette enquête ?
Pourquoi l’Institut l’avait-il choisie, elle ?
Et surtout…
Qu’est-ce qu’ils savaient, que personne ne lui avait dit ?
A simple email. Short. Direct.
Siméon.
He was asking for an interview. A neutral place. Nothing more.
Hecate remained frozen for a moment in front of the screen.
The surprise crossed her first, suddenly. Then, almost immediately... something else.
A relief.
Finally.
Finally, she was going to be able to speak. Say what had never really made sense. To put aside one’s doubts, one’s inconsistencies, this growing impression of being manipulated.
Because, deep down, a question was now unambiguously obvious:
What was she really doing in this investigation?
Why did the Institute choose her?
And above all...
What did they know, that no one had told him?
Le rendez vous
Elle pensait retrouver ses deux équipiers.
Mais lorsque la porte grinça, seul Siméon entra.
Il marqua une pause sur le seuil, scrutant la pièce avant de s’approcher. Son manteau sombre encore imprégné de l’humidité extérieure, ses traits tirés, son regard inquiet… il semblait nerveux, mais déterminé.
Il s’assit face à elle.
Il était venu avec des questions.
the appointement
She thought she would find her two teammates.
But when the door creaked, only Simeon entered.
He paused on the threshold, peering into the room before approaching. His dark coat still impregnated with the outside humidity, his drawn features, his worried look... he seemed nervous, but determined.
He sat facing her.
He had come with questions.
Ce qu’Hécate ignorait, c’est que Siméon l’avait aperçue, quelques jours plus tôt, sur l’île aux sorcières. Sous une lumière crépusculaire semblable à celle de ce soir, il l’avait vue discuter avec Morgyn, juste devant chez lui. Une scène brève, mais suffisante pour faire naître le doute.
Siméon était protecteur — trop protecteur. Et ce doute s’était transformé en obsession silencieuse.
Il allait parler.
Siméon was protective—too protective. And that doubt had turned into a silent obsession.
He was going to talk.
Sa voix, d’abord basse, tremblante, gagna en intensité. Elle laissa échapper ses hésitations, ses doutes, ses interrogations… Ses doigts se crispèrent autour de sa tasse tiède.
— J’ai l’impression qu’on m’observe…
Un silence lourd s’installa, à peine troublé par le tintement lointain d’une cuillère contre une porcelaine.
Her voice, at first low and trembling, gained in intensity. She let out her hesitations, her doubts, her questions... His fingers tensed tightly around his warm cup.
—I feel like someone is watching me...
Siméon, pris de court, détourna légèrement le regard. La pluie commençait à tomber dehors, frappant la vitre en fines aiguilles irrégulières.
Décontenancé, il se fit évasif. Il répondit sans vraiment répondre, esquivant, presque agacé. Ce n’était pas ce qu’il avait prévu. Pas du tout.
A heavy silence settled in, scarcely disturbed by the distant tinkling of a spoon against a porcelain.
Simeon, caught short, slightly turned away. The rain began to fall outside, hitting the window in fine irregular needles.
Disconcerted, he became evasive. He replied without really answering, dodging, almost annoyed. It wasn’t what he had planned. Not at all.
But faced with Hecate’s insistence, with this feverish tension that emanated from her, he found himself disarmed.
Ni ce qu’elle vivait. Ni ce qu’il avait vu.
Ni ce qui se mettait en place autour d’eux
Dehors.
Sous la pluie.
Outside.
In the rain.
Il n’était pas venu pour espionner.
Pas au départ.
Mais l’attitude étrange de Siméon avait éveillé ses soupçons. Trop de silences. Trop de secrets.
Il voulait comprendre.
He hadn’t come to spy.
Not initially.
But Simeon’s strange attitude had aroused his suspicions. Too many silences. Too many secrets.
He wanted to understand.
Son regard se durcit.
Que lui cachait-on ?
Pourquoi l’écarter ?
Ils étaient censés être une équipe.
Un éclair zébra brièvement le ciel, illuminant la rue d’une lumière blanche et brutale. Pendant une fraction de seconde, son reflet apparut dans la vitre.
Puis l’obscurité revint.
Déçu. Troublé. Méfiant.
Morgyn recula lentement, puis tourna les talons. Ses pas s’éloignèrent dans le bruit sourd de la pluie.
Il ne laisserait pas cela sans réponse.
His gaze hardens.
What was being hidden from him?
Why dismiss it?
They were supposed to be a team.
A flash of lightning briefly warped the sky, illuminating the street with a brutal white light. For a fraction of a second, his reflection appeared in the window.
Then darkness returned.
Disappointed. Troubled. Suspicious.
Morgyn moved back slowly, then turned on his heel. His steps receded in the dull sound of rain.
He would not leave that unanswered.
Rien, sinon l’image d’une femme méfiante, troublée, qui doutait des véritables raisons de l’école et se savait, ou se croyait, surveillée.
Et en lui, ça grondait.
Nothing, except the image of a mistrustful, troubled woman who doubted the school’s true reasons and knew, or believed, that she was being watched.
And inside him, it was growling.
Morgyn ne saurait rien. Il avait tout prévu. Chaque détail.
…Du moins, c’est ce qu’il croyait.
Car au moment de partir, une certitude s’imposa à lui.
Il parlerait.
The guilt crept in. Discreet, but persistent. A silent betrayal of his friend—so close—and yet, he had kept quiet.
Morgyn wouldn’t know anything. He had planned everything. Every detail.
... At least, that’s what he thought.
Because when he left, a certainty was imposed on him.
He would talk.
Ce qu’il venait de comprendre pouvait tout faire basculer. L’enquête, ses enjeux — tout.
Et Morgyn… Morgyn lui pardonnerait.
Il le fallait.
What he had just understood could turn everything on its head. The investigation, its stakes—everything.
And Morgyn... Morgyn would forgive him.
It had to be.
Froid. Distant. Absorbé par ses recherches. À peine un regard, pas un mot de trop. L’atmosphère était figée, presque oppressante.
Cold. Distant. Absorbed in his research. Barely a look, not a word too much. The atmosphere was frozen, almost oppressive.
Car dans ce contexte… tout changeait.
Pas la quête en elle-même.
Mais tout ce qui l’entourait.
Si Hécate disait vrai, alors ils n’étaient pas seuls.
Because in this context... everything changed.
Not the quest itself.
But everything around him.
If Hecate was right, then they were not alone.
Il n’y avait qu’une seule chose à faire.
Retourner à l’institut.
Poser les vraies questions.
Car traquer une femme aux pouvoirs anciens était déjà dangereux… mais être observé, surveillé — cela signifiait autre chose.
Quelque chose de plus vaste.
De plus organisé.
Siméon leva brièvement les yeux vers Morgyn.
Puis détourna le regard.
Une pensée, fugace, presque instinctive, lui traversa l’esprit
Return to the institute.
Ask the real questions.
Because tracking a woman with ancient powers was already dangerous... but being watched, monitored—it meant something else.
Something larger.
Also organized.
Simeon looked up briefly at Morgyn.
Then looked away.
A thought, fleeting, almost instinctive, crossed his mind...
Sans un mot.
Pire encore, sans même un regard.
Tout bascula.
Morgan le regarda s’éloigner sans comprendre.
Il lui faisait confiance. Il croyait en leur lien…
Ou peut-être voulait-il simplement y croire.
Without a word.
Even worse, without a single look.
Morgan le regarda s’éloigner sans comprendre.
Il lui faisait confiance. Il croyait en leur lien…
Ou peut-être voulait-il simplement y croire.
Morgan watched him walk away without understanding.
He trusted her. He believed in their bond...
Or maybe he just wanted to believe it.
Il ne restait plus que le silence, lourd, et une inquiétude grandissante.
Quelque chose n’allait pas.
Quelque chose se passait — il en était sûr — mais quoi ?
La douleur s’installait, profonde, insidieuse.
Le chagrin, lui, ne faisait que grandir.
Only the silence remained, heavy, and a growing concern.
Something was wrong.
Something was happening—he was sure of it—but what?
The pain settled in, deep, insidious.
Grief, on the other hand, was only growing.
Ignoré.
Pourquoi… ?
Ignored.
Why...?
Trop de questions mais pas de réponses
Leur présence imposait un silence pesant, presque oppressant.
Ils prirent place dans un salon aux lumières tamisées. À peine assis, Siméon exposa tout : les doutes d’Hécate, ses questions, et cette idée troublante — et si quelqu’un d’autre les observait, dans l’ombre ?
Un frisson sembla parcourir l’assemblée.
il demandat des explications. Non… il les exigea.
Their presence imposed a heavy, almost oppressive silence.
They took place in a living room with dim lights. As soon as he was seated, Simeon explained everything: Hecate’s doubts, her questions, and this disturbing idea—and if someone else were to observe them in the shadows?
A shiver seemed to run through the assembly.
he asked for explanations. No... he demanded them.
Y avait-il une vérité dissimulée ?
Quelque chose que l’école avait tu… volontairement ?
Mais les réponses furent floues. Insaisissables.
Les Grands Sages éludaient, contournaient, comme prisonniers d’un secret trop lourd pour être révélé.
Siméon sentit l’angoisse s’insinuer en lui.
Quelque chose n’allait pas.
Was there a hidden truth?
Did you... deliberately have something the school had?
But the answers were unclear. Elusive.
The Great Sages sidestepped, circumvented, as prisoners of a secret too heavy to be revealed.
Siméon felt anxiety creeping in him.
Something was wrong.
Pourquoi cette peur à peine dissimulée ?
Le temps s’étira, lourd et étouffant. Les questions s’accumulaient, mais les réponses, elles, se dérobaient sans cesse.
Lorsqu’il quitta enfin le salon, Siméon n’était plus le même.
Une certitude brûlait désormais en lui.
Il devait parler à Morgyn.
Why this barely concealed fear?
Time dragged on, heavy and suffocating. Questions piled up, but the answers kept eluding us.
When he finally left the drawing-room, Simeon was no longer the same.
A certainty now burned within him.
He had to talk to Morgyn.
Il décrocha.
Les mots qu’il entendit le figèrent.
Un froid glacial lui parcourut l’échine.
Son regard se durcit.
— J’arrive, lâcha-t-il d’une voix sèche.
Puis il raccrocha.
Quelque chose venait de basculer.
He picked up.
The words he heard made him freeze.
An icy cold ran down his spine.
His gaze hardens.
—I’m coming, he said dryly.
Then he hung up.
Something had just switched.
Hécate ?
À l’autre bout du fil, il n’y avait pas seulement une voix. Il y avait la peur. Brute. Vibrante. Presque palpable.
Une respiration hachée. Un souffle court.
Quelqu’un qui vacillait.
Quelqu’un qui appelait à l’aide.
Au bout du fil, un souffle. Irrégulier. Trop rapide.
— Siméon… ?
Il reconnut sa voix immédiatement.
Mais quelque chose n’allait pas.
Hecate?
At the other end of the line, there was not just a voice. There was fear. Raw. Vibrant. Almost palpable.
A broken breath. A short breath.
Someone who was wavering.
Someone calling for help.
On the line, a breath. Irregular. Too fast.
—Simeon...?
He recognized her voice immediately.
But something was wrong.
Un silence.
Puis, à peine un murmure :
— Je crois… que quelqu’un est entré chez moi.
Le temps se suspendit.......
A silence.
Then, barely a whisper:
—I think... someone broke into my house.
Time stood still.......
Hécate était rentrée.
Le cottage était plongé dans un calme étrange. Pas inhabituel… mais différent. Comme si le silence était trop épais.
Puis elle avait vu la porte.
Entrouverte.
Pas grand-chose. Quelques centimètres.
Mais elle savait.
Elle l’avait fermée.
À clé.
Hecate had gone home.
The cottage was plunged into a strange calm. Not unusual... but different. As if the silence were too thick.
Then she had seen the door.
Half-open.
Not much. A few centimeters.
But she knew.
She had closed it.
Locked.
Elle n’avait pas appelé.
Pas encore.
Elle avait poussé la porte.
Lentement.
Une odeur.
Subtile. Indéfinissable. Pas la sienne.
Elle s’était figée sur le seuil.
Écouté.
Rien.
Pas un bruit.
Et pourtant…
She hadn’t called.
Not yet.
She had pushed the door.
Slowly.
A smell.
Subtle. Indefinable. Not hers.
She had frozen on the threshold.
Listened to.
Nothing.
Not a sound.
Un pas.
Puis un autre.
Chaque craquement du parquet résonnait trop fort.
One step.
Then another one.
Every crack of the parquet floor echoed too loudly.
His gaze swept across the room.
Everything seemed to be in place.
Almost.
Un papier.
Par terre.
Puis un autre.
Et soudain, elle les avait vus.
Partout.
Dispersés.
Comme si quelqu’un avait fouillé sans se presser.
Sans peur d’être surpris.
A paper.
On the floor.
Then another one.
And suddenly, she had seen them.
Everywhere.
Scattered.
As if someone had searched without rushing.
Without fear of being surprised.
Son souffle s’était coupé.
Les tiroirs ouverts.
Vidés.
Ses notes étalées.
Ses recherches exposées.
Disséquées.
His breath had been cut off.
The open drawers.
Emptied.
His spread notes.
His research exposed.
Dissected.
Ce n’était pas un désordre.
C’était une lecture.
Quelqu’un avait lu.
Quelqu’un avait pris le temps de comprendre.
It wasn’t a mess.
It was a reading.
Someone had read.
Son regard avait glissé vers l’ordinateur.
Fermé.
Mais pas à sa place.
Décalé.
His gaze had shifted towards the computer.
Closed.
But not in his place.
Offbeat.
Suffisant.
Quelqu’un l’avait touché.
Sufficient.
Someone had touched him.
Elle n’était plus seule.
Pas vraiment.
Pas encore.
Son regard s’était levé.
Vers le fond de la pièce.
Le couloir.
Noir.
Silencieux.
Trop silencieux.
Son cœur battait maintenant trop vite.
Il fallait sortir.
Maintenant.
She was no longer alone.
Not really.
Not yet.
His gaze had risen.
Towards the back of the room.
The corridor.
Black.
Silent.
Too quiet.
His heart was now beating too fast.
We had to go out.
Now.
Un seul nom.
Siméon.
— Dis-moi exactement ce que tu vois.
Sa voix à lui était basse. Contrôlée.
Mais tendue.
— Rien… rien n’a été volé…
Elle déglutit.
— Ils ont… ils ont fouillé. Juste fouillé.
One name.
Siméon.
—Tell me exactly what you see.
His own voice was low. Controlled.
But tense.
—Nothing... nothing was stolen...
She’s swallowing.
—They... they searched. Just searched.
Plus lourd que les autres.
— Hécate…
Il marqua une pause.
— Tu es sûre d’être seule ?
Elle ne répondit pas tout de suite.
Son regard restait fixé sur le couloir.
Sur cette obscurité immobile.
Heavier than the others.
—Hecate...
He paused.
—Are you sure you’re alone?
She did not answer right away.
His gaze remained fixed on the corridor.
On this motionless darkness.
— Je…
Un bruit.
Infime.
Derrière elle.
Comme un déplacement d’air.
Ou un pas retenu.
Sa respiration se brisa.
—I...
A noise.
Tiny.
Behind her.
Like an air displacement.
Or a step held back.
His breath broke.
Elle ne bougea plus.
Ne respira presque plus.
Ses doigts se crispèrent sur le téléphone.
Dans son dos,
quelque chose venait de bouger.
— ok sors, j arrive répond-t-il
She didn’t move anymore.
Hardly breathed again.
His fingers tensed on the phone.
Behind his back,
something had just moved.
— Okay, get out, I’m coming back, he replies.
Lorsque Siméon arriva chez Hécate, il la trouva dehors, visiblement émue, mais le regard dur, presque féroce. Malgré la situation délicate, une force inattendue émanait d’elle — une force qu’il ne lui connaissait pas et qui, à cet instant, le fascinait. Cette jeune femme ne cessait décidément de le surprendre.
When Simeon arrived at Hecate’s house, he found her outside, visibly moved, but with a hard, almost fierce look. Despite the delicate situation, an unexpected force emanated from her—a force he did not know and which, at that moment, fascinated him. This young woman did not stop clearly from surprising him.
Pourtant, au fond d’elle-même, Hécate était loin d’être aussi calme qu’elle le laissait paraître. La colère bouillonnait en elle. On avait violé son intimité, pénétré chez elle, fouillé dans ses affaires… et elle ne comprenait pas pourquoi elle était la cible.
« La double vie du sage Siméon ».
"The double life of the sage Simeon".
Pris de frénésie, celui-ci tenta par tous les moyens de joindre Morgyn, répétant inlassablement :
— Non… non…
Mais le mal était fait.
—No... no...
But the damage was done.
Chacun avançait, prisonnier de ses propres tourments, l’esprit hanté par des pensées qu’aucun mot ne pouvait apaiser.
Everyone moved forward, prisoner of his own torments, the mind haunted by thoughts that no word could appease.
Il avait failli. Il n’avait pas convié son compagnon à partager le fardeau, ni même jugé bon de lui révéler les derniers remous qui agitaient leur monde — comme l’aurait fait tout allié digne de ce nom
He had failed. He had not invited his companion to share the burden, nor even thought fit to reveal to him the last eddies that agitated their world—as any worthy ally would have done.
Ni pour dissimuler une vérité honteuse.
Il s’accrochait à cette idée, fragile comme une flamme vacillante dans la tempête.
Mais désormais, il ne pouvait plus se voiler la face.
It wasn’t by perfidy.
Nor to conceal a shameful truth.
He clung to this idea, fragile as a flame flickering in the storm.
But now he could no longer hide his face.
Et au cœur de ce chaos, une certitude s’imposait : la confrontation serait inévitable.
Et elle serait douloureuse.
Il n’y était pas préparé.
Il ne l’avait jamais été.
And in the midst of this chaos, a certainty was imposed: confrontation would be inevitable.
And it would be painful.
He wasn’t prepared for it.
He had never been.
Pourtant, tout avait éclaté — brutalement, spectaculairement — dans une mise en scène aussi troublante que suspecte.
Yet, everything had exploded—brutally, spectacularly—in a staging as disturbing as it was suspicious.
Seul.
Abandonné sans explication.
Exposé à ces révélations jetées en pâture, déformées, presque profanées.
Une colère sourde s’éveilla en lui.
Alone.
Abandoned without explanation.
Exposed to these revelations thrown into pasture, deformed, almost profaned.
A dull anger aroused in him.
Qui, tapi dans les ténèbres, tirait les fils de cette mascarade… et dans quel dessein ?
Who was benefiting from this shadow cast over them?
Who, lurking in the darkness, was pulling the strings of this masquerade... and for what purpose?
Elle ne mesurait pas encore toute l’ampleur de ce qui avait été déclenché.
Mais une sensation persistante l’envahissait — celle d’avoir été manipulée.
Ce geste qu’elle avait offert, simple et sincère, n’était qu’un éclat de gratitude.
Une lumière discrète en réponse au soutien que Siméon lui avait accordé.
She did not yet understand the full extent of what had been triggered.
But a persistent feeling overwhelmed her—that of having been manipulated.
A discreet light in response to the support that Simeon had granted him.
Rien de calculé.
Et pourtant…
Nothing calculated.
And yet...
Ce qui en résultait était contre-nature.
Une distorsion du réel.
Injuste.
Dangereuse.
Cruelle.
Une œuvre malveillante..
What resulted was unnatural.
A distortion of reality.
Unfair.
Dangerous.
Cruel.
A malicious work.
Il y avait une volonté derrière ces événements.
Une intention.
Semer le doute.
Diviser leur cercle.
Briser leur alliance.
Ou pire encore…
There was a will behind these events.
An intention.
Sow doubt.
Divide their circle.
Break their alliance.
Or even worse...
Car peut-être…
oui, peut-être…
S’étaient-ils aventurés trop près d’un secret ancien, enfoui dans les profondeurs du monde —
un secret que certains étaient prêts à protéger à tout prix.
Même au prix du chaos.
Because maybe...
yes, maybe...
Had they ventured too close to an ancient secret, buried in the depths of the world—
a secret that some were ready to protect at all costs.
Even at the cost of chaos.
celle-ci surgissait des brumes comme un vestige oublié des âges anciens.
Ses murs sombres semblaient absorber la lumière elle-même, et nul souffle ne troublait son silence.
this one emerged from the mists as a forgotten vestige of ancient ages.
Its dark walls seemed to absorb the light itself, and no breath disturbed its silence.
Une certitude froide, implacable, s’abattit sur lui.
A cold, implacable certainty descended upon him.
Morgyn was gone.
Il s’était effacé comme une ombre à l’aube, lui tournant le dos sans même laisser une trace à laquelle se raccrocher.
He had faded like a shadow at dawn, turning his back on her without even leaving a trace to hold onto.
Dire que tout cela n’était qu’un mensonge tissé dans l’ombre — une machination perfide, ourdie par des forces tapies hors de leur vue, tremblantes à l’idée que certains secrets, plus anciens et plus terribles que toute quête d’identité, soient mis au jour.
To say that all of this was just a lie woven in the shadows—a perfidious machination, hatched by forces lurking out of their sight, trembling at the idea that some secrets, older and more terrible than any quest for identity, might be uncovered
Elle comprenait.
She understood.
C’était une rupture dans l’équilibre fragile de leur quête — une dissonance dans le fil du destin.
Et plus troublant encore…
It was a break in the fragile balance of their quest—a dissonance in the thread of destiny.
And even more disturbing...
Leur destinée venait de basculer.
Their destiny had just changed.
Le temps lui-même semblait s’être figé, étiré en une souffrance continue.
Time itself seemed to have frozen, stretched into continuous suffering
Mais rien ne revenait.
Pas même un écho..
But nothing was coming back.
Not even an echo.
Silencieuse.
Presque effacée
Silent.
Almost erased.
She plunged into the investigation with a feverish fervor, as if every page, every symbol, every fragment of truth could repair what had been broken.
But Siméon no longer really saw her.
Il n’était plus qu’une enveloppe.
Et en lui, le vide.
Un gouffre glacé, sans fond, creusé par l’absence de Morgyn.
Une absence qui respirait, qui pesait, qui écrasait.
Il ne pouvait plus fuir.
Il devait le voir.
Le retrouver.
Briser ce silence avant qu’il ne le dévore entièrement.
He was just an envelope now.
And in him, the void.
A bottomless, icy abyss, dug by the absence of Morgyn.
An absence that breathed, that weighed, that crushed.
He couldn’t run anymore.
He had to see him.
To find him.
Break this silence before he devours it entirely.
Et prit la route de l’Institut, porté par un espoir fragile, presque dérisoire — celui que Morgyn s’y trouve encore.
Il y avait été.
Mais trop tard.
And took the road to the Institute, carried by a fragile hope, almost derisory—one that Morgyn is still there.
He had been there.
But too late.
Chadney.
Car au lendemain du scandale… Chadney était venu.
On l’appelait lorsque les fractures devenaient irréparables, lorsque les conflits dépassaient toute rédemption.
Il n’était ni juge, ni sauveur.
Il était la sentence.
Chadney.
Because the day after the scandal... Chadney had come.
His name alone was enough to silence the corridors and bend the will.
It was called when the fractures became irreparable, when conflicts exceeded any redemption.
He was neither judge nor savior.
He was the sentence.
Froid.
Inflexible.
Inévitable.
Cold.
Inflexible.
Inevitable.
Tous.
Dans la salle du Conseil, l’air devint lourd, presque irrespirable, chargé de secrets tus trop longtemps.
Chadney ne demanda pas.
Il exigea.
Les dossiers.
Les recherches.
La femme.
Hécate.
Les véritables desseins de cette enquête.
Rien ne devait lui être caché.
All of them.
In the council chamber, the air became heavy, almost unbreathable, laden with secrets for too long.
Chadney didn’t ask.
He demanded.
The files.
Research.
The woman.
Hecate.
The real purpose of this investigation.
Nothing was to be hidden from him.
Puis, dans un silence absolu, il prononça son verdict.
Il repartirait avec Morgyn.
Aucune discussion.
Aucune opposition.
Seulement la finalité froide d’une décision déjà scellée.
Il alla le chercher lui-même.
Then, in absolute silence, he pronounced his verdict.
He would leave with Morgyn.
No discussion.
No opposition.
Only the cold finality of a decision already sealed.
He went to fetch him himself.
Lorsqu’ils se retrouvèrent, le monde sembla suspendre son souffle.
Il n’y eut pas de mots.
Seulement ce lien, ancien et indestructible, qui se reformait dans le silence — une tendresse grave, presque sacrée, tissée d’une loyauté que rien ne pouvait entamer.
Chadney posa sur lui un regard que nul autre n’aurait su porter.
Et Morgyn, sans résistance, le suivit.
When they met again, the world seemed to hold its breath.
There were no words.
Only that bond, ancient and indestructible, which was reformed in silence—a serious tenderness, almost sacred, woven with a loyalty that nothing could break.
Chadney looked at him in ways that no one else could.
And Morgyn, without resistance, followed him.
Bien sûr.
Chadney.
Le gardien.
Le protecteur.
Celui qui, depuis toujours, veillait sur Morgyn comme sur une flamme qu’il refusait de voir s’éteindre.
Alors il comprit.
Ce n’était pas seulement grave.
C’était irrévocable.
Et face à cela… il n’était rien.
Morgyn lui avait été arraché.
Et désormais, il appartenait à un monde que Siméon ne pouvait plus atteindre.
Of course.
Chadney.
The guardian.
The protector.
The one who always watched over Morgyn like a flame he refused to see go out.
Then he understood.
It wasn’t just serious.
It was irrevocable.
And in the face of that... he was nothing.
Morgyn had been snatched from him.
And now, he belonged to a world that Simeon could no longer reach.
Siméon.
Si proche… et pourtant inaccessible, comme retenu derrière un voile qu’elle ne pouvait franchir.
His mind kept coming back to him.
Siméon.
So close... and yet inaccessible, as if kept behind a veil she could not cross.
Alors, elle prit une décision.
Une décision lourde. Irréversible.
So, she made a decision.
A heavy decision. Irreversible.
Un nettoyeur.
Dans les cercles occultes, cela signifiait bien plus qu’un simple mot. C’était celui que l’on appelait lorsque les choses échappaient à tout contrôle. Celui qui intervenait là où même la magie hésitait à s’aventurer.
Sans certitude, mais guidée par une intuition presque instinctive, elle entra en contact avec lui.
Elle n’insista pas.
A cleaner.
In occult circles, it meant more than just a word; it was the one they called when things got out of hand. The one who intervened where even magic hesitated to venture.
Without certainty, but guided by an almost instinctive intuition, she came into contact with him.
She did not insist.
Son message fut laissé comme une offrande dans l’ombre, suspendu entre deux mondes, libre d’être ignoré… ou accueilli.
sur la peninsule
L’absence y pesait.
Hécate n’était pas là.
Cela n’était pas normal.
Absence was a factor.
Hecate was not there.
This was not normal.
C’est alors qu’il la vit.
Luna.
Elle avançait vers la maison d’un pas calme, presque trop calme.
Le garçon se raidit.
His anxiety gradually turned into frustration, then into a dull anger that he himself did not understand.
That’s when he saw her.
Luna.
She moved towards the house with a calm step, almost too calm.
The boy stiffened.
Mais aujourd’hui, il n’avait pas le choix.
Ravalant son trouble, il fit un pas vers elle.
— Tu sais où est Hécate ?
Sa voix trahissait malgré lui une pointe d’urgence.
But today, he had no choice.
Swallowing his trouble, he took a step towards her.
—Do you know where Hecate is?
His voice betrayed, despite himself, an emergency touch
Et, lentement… elle parut surprise.
And, slowly... she seemed surprised.
Elle ne fut pas annoncée. Elle ne l'etait jamais.
Il apparut.
It was not announced. It never was.
He appeared.
Quelque chose passa entre eux.
Quelque chose d’ancien.
Weldon le sentit aussitôt.
.
Something passed between them.
Something ancient.
Weldon felt it at once.
Trop consciemment.
Or, les enfants ne sont pas dupes des faux-semblants. Ils voient ce que les adultes s’acharnent à dissimuler.
Et Weldon vit.
Too consciously.
However, children are not fooled by false pretenses. They see what adults strive to conceal.
And Weldon lives.
Son père et Luna n’étaient pas étrangers.
Ils jouaient à l’être.
Leurs salutations, d’une désinvolture étudiée, sonnaient creux. Comme un rituel appris, répété… vidé de toute spontanéité.
On lui cachait quelque chose.
Une certitude froide s’installa en lui.
Était-il suspicieux ? Peut-être.
Mais quelque chose, plus profond que la raison, lui murmurait que cette scène était fausse. Entièrement fausse.
His father and Luna were not strangers.
They were playing at being.
Their greetings, of a studied casualness, sounded hollow. Like a learned ritual, repeated... emptied of all spontaneity.
We were hiding something from him.
A cold certainty settled in him.
Was he suspicious? Maybe.
But something, deeper than reason, was whispering to him that this scene was false. Entirely false.
Brutale. Vive.
Brutal. Vive.
Luna n’avait rien à faire là.
Luna had no business there.
Il lut dans l’attitude de son fils comme dans un livre ouvert. Sans brusquerie, avec une douceur presque troublante, il posa sur lui une attention entière, comme pour l’ancrer, l’apaiser.
Il ne regarda Luna qu’à peine.
Trop peu pour être naturel.
Trop peu pour être innocent.
He read in the attitude of his son as in an open book. Without brusqueness, with an almost unsettling gentleness, he placed on him a whole attention, as to anchor it, to calm it.
He barely looked at Luna.
Too little to be natural.
Too little to be innocent.
L’agacement monta, vif, brûlant. L’hostilité silencieuse de l’enfant la piquait plus qu’elle ne voulait l’admettre. Mais ce qui la dérangeait davantage encore, c’était Faern.
Sa retenue.
Sa tendresse.
Cette façon insupportable de céder.
Annoyance mounted, lively, burning. The child’s silent hostility stung her more than she wanted to admit. But what bothered her even more was Faern.
His restraint.
His tenderness.
This unbearable way of giving in.
Son regard se durcit imperceptiblement.
Si ce garçon avait été le sien…
Il aurait appris.
Vite.
Mais il ne l’était pas.
Et cela changeait tout.
His gaze hardens imperceptibly.
If that boy had been his...
He would have learned.
Quickly.
But he wasn’t.
And it changed everything.
chez Chadney
C’était un sanctuaire. Un lieu où l’âme pouvait se délier, où les blessures invisibles trouvaient, lentement, le chemin de la guérison.
Et pourtant, les premiers jours furent lourds.
And yet, the first days were heavy.
Prudents d’abord, puis plus assurés, comme s’ils retrouvaient leur chemin à travers les brumes. Ils parlèrent de la photo, de son écho déformé à travers les réseaux, de cette vérité altérée — peut-être manipulée par des mains invisibles.
Mais ce n’étaient pas les réponses qui comptaient.
Cautious at first, then more assertive, as if they were finding their way through the mists. They talked about the photo, its distorted echo through networks, this altered truth—perhaps manipulated by invisible hands.
But it wasn’t the answers that mattered.
La jeunesse de Chadney et Morgryn
Chez Mamie Bro.
Puis vint Apollinarius.
Then came Apollinarius.
Son arrivée ne fut pas un hasard, mais l’écho d’une promesse ancienne.
Fils de la plus chère amie de Mamie Bro, il portait en lui une histoire lourde — liée à un homme puissant, dangereux, et entouré d’une magie trouble que Mamie Bro n’avait jamais tolérée. Lorsque le malheur frappa, elle tint parole.
His arrival was no accident, but the echo of an ancient promise.
The son of Mamie Bro’s dearest friend, he carried with him a heavy story—one linked to a powerful, dangerous man surrounded by a murky magic that Mamie Bro had never tolerated. When misfortune struck, she kept her word.
Morgyn était encore jeune, mais Apollinarius avait presque l’âge de Chadney. Entre eux, le lien se tissa aussitôt — intense, indiscipliné, vibrant comme une magie incontrôlée.

Leur complicité était bruyante, imprévisible, parfois explosive.
Mais Mamie Bro veillait.
Toujours.
Morgyn was still young, but Apollinarius was almost the age of Chadney. Between them, the bond was immediately woven—intense, undisciplined, vibrating like an uncontrolled magic.
Their complicity was noisy, unpredictable, sometimes explosive.
But Grandma Bro was watching.
Always.
Comme une gardienne silencieuse, elle maintenait l’équilibre de ce petit monde, apaisant les tempêtes, nourrissant les cœurs, rappelant à chacun sa place sans jamais briser leur liberté.
Les deux adolescents étaient turbulents, portés par une énergie brute, presque sauvage — mais jamais irrespectueux.
Et Morgyn, loin d’être laissé dans l’ombre, trouvait sa place au cœur même de ce chaos lumineux.
As a silent guardian, she maintained the balance of this small world, calming storms, nourishing hearts, reminding everyone of their place without ever breaking their freedom.
The two teenagers were turbulent, carried by raw energy, almost wild—but never disrespectful.
And Morgyn, far from being left in the shadows, found his place at the very heart of this luminous chaos.
C’était leur jeunesse, tissée de lumière et de sortilèges silencieux,
une époque où le monde semblait plus doux, presque enchanté…
et où ils étaient tous ensemble
It was their youth, woven with light and silent spells,
a time when the world seemed sweeter, almost enchanted...
and where they were all together
Puis vint le temps où la santé de Mamie Bro commença à vaciller, comme une flamme fatiguée dans le vent. Ses gestes devinrent plus lents, son souffle plus court, et bientôt il ne lui fut plus possible de veiller seule sur les trois garçons.
Then came the time when Mamie Bro’s health began to falter, like a tired flame in the wind. His movements became slower, his breathing shorter, and soon he could no longer watch over the three boys alone.
Alors, dans un déchirement silencieux, elle prit la décision qu’elle redoutait depuis toujours.
Elle les envoya à l’Institut.
Then, in a silent heartbreak, she made the decision she had always feared.
She sent them to the Institute.
Ce choix pesa sur son cœur comme une pierre ancienne. Pourtant, au fond de ses pensées, subsistait une lueur fragile : celle de les voir revenir, aux saisons creuses, emplir à nouveau la maison de leurs voix et de leur vie.
This choice weighed on his heart like an ancient stone. Yet, in the depths of his thoughts, there was a fragile light: that of seeing them return, during the off-season, to fill the house again with their voices and their lives.
Car il n’existait qu’un seul lieu capable de comprendre ce qu’étaient réellement ces enfants — un lieu où l’étrange n’était pas craint, mais étudié, contenu… parfois même cultivé.
L’Institut.
Because there was only one place capable of understanding what these children really were—a place where the strange was not feared, but studied, contained... sometimes even cultivated.
The Institute.
Les garçons, eux, accueillirent la nouvelle comme on reçoit une tempête. Ils furent brisés, d’abord. Perdus. Mais devant l’épuisement grandissant de Mamie Bro, ils comprirent peu à peu que ce départ n’était ni un abandon ni un oubli… mais une nécessité. Une protection déguisée.
The boys, for their part, received the news like a storm. They were broken, at first. Lost. But in front of the growing exhaustion of Mamie Bro, they gradually understood that this departure was neither an abandonment nor an oversight... but a necessity. A disguised protection.
Les premiers mois furent rudes.
Chadney, fidèle à lui-même, se dressa comme un rempart autour de son cadet. Sa vigilance ne faiblissait jamais ; son affection était une armure douce, mais indestructible.
The first months were harsh.
Chadney, true to himself, stood as a bulwark around his younger brother. His vigilance never wavered; his affection was a soft but indestructible armor.
Apolinarius, lui, demeurait proche… en apparence. Toujours présent, toujours tendre dans ses gestes, ses paroles. Pourtant, quelque chose en lui se déplaçait, comme une ombre glissant hors de portée.
Apolinarius, on the other hand, remained close... superficially. Always present, always tender in his gestures and words. Yet something in him was moving, like a shadow slipping out of reach.
Sa passion pour la musique s’intensifia, mais elle changea de nature. Là où elle était autrefois partage, elle devint refuge. Il s’isolait désormais, happé par une solitude étrange — celle des âmes qui entendent des échos que les autres ne perçoivent pas.
His passion for music intensified, but it changed its nature. Where it was once shared, it became a refuge. He was now isolating himself, caught up in a strange solitude—that of souls who hear echoes that others do not perceive.
Puis vinrent d’autres intérêts...
Then came other interests...
Des savoirs murmurés entre les murs anciens de l’Institut. Des disciplines que l’on n’enseignait pas vraiment… mais que l’on n’interdisait pas non plus. Elles existaient dans les marges, dans les silences, dans les regards échangés entre initiés.
Knowledge whispered between the ancient walls of the Institute. Disciplines that were not really taught... but that they were not prohibited either. They existed in the margins, in silences, in the glances exchanged between insiders.
Une magie plus ancienne. Plus discrète. Plus dangereuse, peut-être.
An older magic. More discreet. More dangerous, perhaps.
Elle n’appartenait pas au programme officiel. Elle ne figurait dans aucun manuel. Pourtant, elle appelait.
Et Apolinarius écouta.
She did not belong to the official program. She was not included in any textbook. Yet, she called.
And Apolinarius listened.
C’est alors que tout bascula.
Pas de rupture brutale. Pas d’éclat visible.
That’s when everything changed.
No sudden rupture. No visible splinter.
Seulement une distance.
Un glissement presque imperceptible, comme si une ligne invisible s’était tracée entre lui et les autres.
Only a distance.
An almost imperceptible slip, as if an invisible line had been drawn between him and the others.
Lorsqu’ils revinrent chez Mamie Bro pour les vacances , les trois garçons restaient les mêmes — en apparence. Leurs sourires, leur respect, leur affection n’avaient pas changé.

Mais Mamie Bro, elle, voyait au-delà des apparences.
When they returned to Mamie Bro’s house for hollydays, the three boys remained the same—on the surface. Their smiles, their respect, their affection had not changed.
But Mamie Bro, she saw beyond appearances.
Et pourtant…
Elle ne s’inquiéta pas.
Car, depuis longtemps déjà, elle savait que ce jour viendrait.
And yet...
She didn’t worry.
Because, for a long time already, she knew that this day would come.
Ce que Mamie Bro ignorait encore, c’est que ce Noël serait le dernier qu’ils passeraient tous les quatre sous le même toit, à la lueur du grand feu de tourbe et des guirlandes d’étoiles suspendues aux poutres.
What Mamie Bro still didn’t know was that this Christmas would be the last one they would spend all four under the same roof, in the light of the big peat fire and strings of stars hanging from the beams.
À l’école, une inquiétude sourde rampait dans les couloirs de pierre.
At school, a dull anxiety crept up in the stone corridors
Apolinarius, pourtant l’un des étudiants les plus doués de sa génération, était devenu un sujet d’inquiétude. Il posait trop de questions—des questions qu’aucun apprenti sage n’aurait dû poser à voix haute. Il fouillait dans les vieux grimoires, déchiffrait les marges interdites, observait ce que d’autres préféraient ignorer. Et surtout, il cherchait des réponses que ses maîtres ne voulaient pas... ou n’osaient plus lui donner.
Apolinarius, yet one of the most gifted students of his generation, had become a cause for concern. He asked too many questions—questions that no wise apprentice should have asked out loud. He rummaged through the old grimoires, deciphered the forbidden margins, observed what others preferred to ignore. And above all, he sought answers that his masters did not want... or no longer dared to give him.
Parce qu’il y avait une magie dont on n’a jamais parlé.
Because there was a magic we never talked about.
On la murmurait parfois, entre deux silences, comme le souvenir d’un mal ancien. Des connaissances enfouies depuis des siècles, qu’on apprenait aux enfants à craindre avant même de leur apprendre à comprendre. Il fallait l’enfouir au plus profond de soi, ne jamais prononcer son nom, ne jamais en débattre.
It was sometimes whispered, between two silences, as the memory of an ancient evil. Knowledge buried for centuries, that children were taught to fear even before they learned to understand. It had to be buried deep within oneself, never uttering its name, never debating it.
Un autre Départ
Puis vint l’appel que Mamie Bro redoutait depuis des semaines.
Elle avait pris un risque en accueillant Apolinarius à l’institut… et elle savait que l’école en avait parfaitement conscience. Mais les nouveaux centres d’intérêt du garçon commençaient à inquiéter la direction. Une inquiétude profonde, ancienne presque, que l’établissement ne voulait — ou ne pouvait — plus contenir.
Il fallait trouver une solution.
Et Mamie Bro connaissait déjà cette solution.
C’était précisément pour cela qu’elle la craignait tant.
Then came the call that Mamie Bro had been dreading for weeks.
She had taken a risk by welcoming Apolinarius to the institute... and she knew that the school was perfectly aware of it. But the boy’s new interests were starting to worry management. A deep, almost ancient concern that the establishment did not want—or could not contain anymore.
We had to find a solution.
And Mamie Bro already knew this solution.
That was precisely why she feared her so much.
Elle tenta malgré tout de gagner du temps. Elle rassura les professeurs, négocia avec la direction, tempéra les rumeurs, chercha les mots capables d’apaiser leurs peurs. Mais rien n’y fit.
L’école exigeait désormais une confrontation directe avec le père d’Apolinarius afin d’exposer les faits… ainsi que les conditions imposées pour que le garçon puisse rester à l’institut.
She tried anyway to gain time. She reassured the teachers, negotiated with management, tempered the rumors, and sought words capable of allaying their fears. But nothing was done.
The school now required a direct confrontation with Apolinarius' father in order to expose the facts... as well as the conditions imposed so that the boy can remain at the institute.
Pendant ce temps, les garçons, inconscients de l’ampleur de la tempête qui se préparait, profitaient paisiblement de leur séjour chez Mamie Bro.
Du moins… en apparence.
Car Chadney et Apolinarius n’étaient pas dupes.
Ils voyaient l’inquiétude dans les yeux fatigués de la vieille dame, percevaient ses silences trop longs, ses regards perdus lorsqu’elle croyait être seule.
Les questions devinrent alors plus précises, plus directes.
Ils voulaient savoir ce qui se passait réellement.
Chadney, lui, ignorait tout.
Mais Apolinarius se doutait déjà de la vérité.
Meanwhile, the boys, unaware of the magnitude of the storm that was brewing, were peacefully enjoying their stay at Mamie Bro’s.
At least... on the surface.
For Chadney and Apolinarius were not fooled.
They saw the anxiety in the tired eyes of the old lady, perceived her silences too long, her lost looks when she thought she was alone.
The questions then became more precise, more direct.
They wanted to know what was really going on.
Chadney, however, knew nothing about it.
But Apolinarius already suspected the truth.
Ses recherches avaient été découvertes.
Il ne pouvait s’empêcher de chercher des réponses que personne ne voulait lui donner. Quelque chose l’attirait vers cette magie sombre et énigmatique… une force ancienne, presque vivante, qui semblait murmurer à son esprit dans l’ombre.
Et plus il tentait de lui résister… plus elle l’appelait.
His research had been discovered.
He couldn’t help but look for answers that no one wanted to give him. Something drew him toward this dark and enigmatic magic... an ancient, almost living force that seemed to whisper to his mind in the shadows.
And the more he tried to resist her... the more she called him.
Kanchelsi
L’école finit par contacter Kanchelsi, le père d’Apolinarius.
Kanchelsi…
Un homme dont le nom était synonyme de pouvoir, de force et de puissance.
Mais aussi de secrets, de silence… et de violence.
The school eventually contacts Kanchelsi, Apolinarius' father.
Kanchelsi...
A man whose name was synonymous with power, strength and might.
But also secrets, silence... and violence.
Lorsqu’il arriva à l’institut, il fut accueilli par les Grands Sages eux-mêmes.
Nerveux. Crispés. Inquiets.
When he arrived at the institute, he was welcomed by the Great Sages themselves.
Nervous. Tense. Worried.
L’entretien se déroula dans l’une des hautes salles de pierre de l’école, à l’écart des regards indiscrets. La conversation fut respectueuse, directe et sans détour. On ne cachait rien à Kanchelsi qu’il ne puisse déjà deviner.
Et lui… écoutait.
The interview took place in one of the school’s high stone rooms, away from prying eyes. The conversation was respectful, direct, and straightforward. We weren’t hiding anything from Kanchelsi that he couldn’t already have guessed.
And he... was listening.
Sans un mot.
Sans la moindre interruption.
Patient, immobile, inébranlable, fidèle à lui-même.
C’était là sa plus grande force : ne jamais rien laisser paraître.
Tout entendre. Tout enregistrer. Tout analyser.
Puis seulement… rendre sa sentence.
Et lorsqu’il parla enfin, ce ne fut pas ce qu’attendaient les Grands Sages.
Without a word.
Without the slightest interruption.
Patient, immobile, unshakable, true to himself.
That was his greatest strength: never to show anything.
Hear everything. Record everything. Analyze everything.
Then only... to hand down his sentence.
And when he finally spoke, it was not what the Great Sages expected.
Ils espéraient des compromis.
Des négociations.
Peut-être même des excuses.
Mais il n’y eut rien de tout cela.
Kanchelsi prit son temps avant de répondre, car il avait déjà compris l’essentiel.
They were hoping for compromises.
Negotiations.
Maybe even an apology.
But there was none of that.
Kanchelsi took his time before answering, because he had already understood the essentials.
Apolinarius ne reviendrait pas à l’institut.
Désormais, il se chargerait lui-même de son éducation.
Puis, avant de quitter les Grands Sages, il ajouta d’une voix calme, froide et parfaitement maîtrisée :
— C’est mieux ainsi… pour vos élèves, pour vous… et surtout pour mon fils, dont la soif de connaissance semble visiblement vous déranger.
Le silence qui suivit fut lourd.
Apolinarius would not return to the institute.
From now on, he would take care of his education himself.
Then, before leaving the Great Sages, he added in a calm, cold and perfectly controlled voice:
—It’s better this way... for your students, for you... and especially for my son, whose thirst for knowledge clearly seems to bother you.
The silence that followed was heavy.
Puis Kanchelsi se détourna simplement et quitta la salle avec son calme habituel, cette dignité glaciale et cette constance froide qui rendaient l’homme si difficile à lire… et si terrifiant.
Then Kanchelsi simply turned away and left the room with his usual calmness, that icy dignity and cold constancy which made man so difficult to read... and so terrifying.
L’entrevue avait été brève et discrète.
La plupart des élèves étaient encore auprès de leurs familles pour les fêtes de fin d’année, et peu de personnes surent qu’en cette journée d’hiver, l’institut venait peut-être de laisser partir l’un des êtres les plus dangereux… ou les plus extraordinaires de sa génération.
The interview was brief and discreet.
Most of the students were still with their families for the end-of-year holidays, and few people knew that on this winter day, the institute had perhaps just let go one of the most dangerous beings... or the most extraordinary of his generation.
Kanchelsi contacta finalement Mamie Bro.
Sa voix était calme, posée, parfaitement maîtrisée.
Comme toujours, chacun de ses mots semblait avoir été pesé avec une précision presque inquiétante.
Avec une politesse froide et nuancée, il la prévint qu’il viendrait chercher son fils à la fin des vacances. Tout était déjà organisé : l’éducation d’Apolinarius se poursuivrait désormais loin de l’institut, sous la surveillance de professeurs particuliers soigneusement choisis.
Kanchelsi finally contacted Mamie Bro.
His voice was calm, composed, perfectly controlled.
As always, each of his words seemed to have been weighed with almost disturbing precision.
With a cold and nuanced politeness, he warned her that he would come to pick up his son at the end of the holidays. Everything was already organized: the education of Apolinarius would now continue far from the institute, under the supervision of carefully chosen private professors.
Mamie Bro écouta en silence.
Et sans que Kanchelsi ait besoin de le dire ouvertement, elle comprit.
Tout ce qu’elle avait tant redouté était désormais là.
Présent. Inévitable. Indéniable.
Et, pour la première fois depuis longtemps, elle se sentit impuissante.
Elle avait essayé de protéger Apolinarius du monde…
Mais elle ne pouvait pas le protéger de son propre père.
Mamie Bro listened in silence.
And without Kanchelsi needing to say it openly, she understood.
Everything she had feared so much was now there.
Present. Inevitable. Undeniable.
And, for the first time in a long time, she felt helpless.
She had tried to protect Apolinarius from the world...
But she couldn’t protect him from his own father.
Pourtant, ce que Kanchelsi n’avait pas prévu, c’était l’atmosphère étrange et chaleureuse que Mamie Bro avait réussi à créer autour des trois garçons.
Dans cette maison remplie d’odeurs de bois, de lumière douce et de repas partagés, quelque chose existait que Kanchelsi connaissait à peine.
Une famille.
Et cela le troubla profondément.
However, what Kanchelsi hadn’t planned was the strange and warm atmosphere that Mamie Bro had managed to create around the three boys.
In this house filled with smells of wood, soft light and shared meals, something existed that Kanchelsi barely knew.
A family.
And this troubled him deeply.
Un trouble discret, invisible aux autres, mais réel.
Un sentiment rare… peut-être même unique dans toute son existence.
Car devant lui ne se trouvait plus l’enfant lointain qu’il n’avait vu qu’à de rares occasions.
Apolinarius était devenu un jeune homme.
Et en l’observant, Kanchelsi y reconnut avec une étrange intensité ses propres traits, sa volonté froide, son calme, son contrôle absolu de lui-même.
Cela aurait dû le satisfaire.
A discreet disorder, invisible to others, but real.
A rare feeling... perhaps even unique in his whole existence.
For before him was no longer the distant child whom he had only seen on rare occasions.
Apolinarius had become a young man.
And by observing it, Kanchelsi recognized with a strange intensity his own traits, his cold will, his calm, his absolute control of himself.
That should have satisfied him.
Mais quelque chose d’autre persistait.
Une distance.
Une absence.
Comme s’il contemplait une vie à laquelle il n’avait jamais réellement appartenu.
Et pour la première fois depuis des années, Kanchelsi comprit peut-être ce qu’il avait perdu en restant dans l’ombre.
But something else persisted.
A distance.
An absence.
As if he contemplated a life to which he had never really belonged.
And for the first time in years, perhaps Kanchelsi understood what he had lost by remaining in the shadows.
La rencontre
Chadney avait laissé Morgyn parler.
Instinctivement, il avait compris que lui offrir cette liberté lui ferait du bien. Cela n’effacerait pas la douleur, non… mais au moins lui permettrait-il de déposer une partie du poids qu’il portait.
Chadney had let Morgyn speak.
Instinctively, he understood that offering him this freedom would do him good. It wouldn’t erase the pain, no... but at least it would allow him to deposit some of the weight he was carrying.
Pourtant, l’esprit de Chadney demeurait ailleurs, entièrement focalisé sur ce message.
Quelques lignes seulement, envoyées par Hécate.
Hécate… cette femme dont l’apparition avait provoqué tant de désordre.
Cette femme qui, par sa seule existence, menaçait l’équilibre déjà fragile de plusieurs vies. Volontairement ou non, elle était devenue un problème. Une anomalie impossible à ignorer.
Yet Chadney’s mind remained elsewhere, entirely focused on that message.
A few lines only, sent by Hecate.
Hecate... this woman whose appearance had caused so much disorder.
This woman who, by her very existence, threatened the already fragile balance of several lives. Willingly or not, she had become a problem. An anomaly impossible to ignore.
Avant d’en parler à Morgyn, Chadney devait entendre ses explications. Comprendre ce qu’elle voulait réellement.
Pas des excuses.
Pas des interprétations habilement tournées.
Encore moins les manipulations ou les subterfuges qu’elle pourrait employer pour tenter de reprendre le contrôle de la situation.
Before telling Morgyn, Chadney needed to hear her explanations. Understand what she really wanted.
No excuses.
Not skillfully turned interpretations.
Even less the manipulations or subterfuges she could use to try to regain control of the situation.
Alors il lui répondit.
Il acceptait de la rencontrer et d’écouter ce qu’elle avait à dire… mais selon ses conditions, jamais les siennes.
Il fixa donc un rendez-vous dans un lieu discret, presque anonyme, loin de l’agitation et des regards indiscrets de leur monde. Un endroit neutre, silencieux, où aucun masque social ne pourrait réellement les protéger.
So he answered him.
He agreed to meet her and listen to what she had to say... but on his terms, never his.
So he fixed a date in a discreet place, almost anonymous, far from the agitation and prying eyes of their world. A neutral, silent place where no social mask could really protect them.
Chadney s’attendait à voir apparaître une femme repentante, presque prête à s’excuser des troubles qu’elle avait causés.
Mais ce ne fut pas ce qu’il découvrit.
Face à lui se tenait une femme déterminée.
Pas triomphante.
Pas arrogante.
Simplement sûre d’elle-même.
Son regard était franc, direct, dépourvu de ces faux-semblants et de ces manipulations qu’il redoutait tant.
Chadney expected a repentant woman to appear, almost ready to apologize for the trouble she had caused.
But that was not what he discovered.
In front of him stood a determined woman.
Not triumphant.
Not arrogant.
Just self-confident.
His gaze was frank, direct, devoid of those false appearances and manipulations that he feared so much.
Alors Hécate parla.
Elle évoqua ses doutes concernant sa participation à cette enquête. Cette étrange sensation d’être observée en permanence. L’intrusion dans sa maison, dans ses dossiers personnels… et cette photographie publiée, aussi troublante qu’inexplicable.
Elle avait l’impression d’être tombée dans un piège invisible, enfermée dans une histoire qui la dépassait totalement, dont elle ne comprenait ni les règles ni les véritables enjeux.
Puis elle parla de Weldon.
De ce petit garçon apparu presque de nulle part, qui partageait désormais la plupart de ses fins d’après-midi, comme si leur rencontre avait toujours été destinée à exister.
Elle ne mentionna ni Luna ni Faern, jugeant sans doute ces détails secondaires.
Elle évoqua ensuite son arrivée chez Siméon, persuadée d’y trouver Morgyn également.
Then Hecate spoke.
She mentioned her doubts about her participation in this investigation. This strange feeling of being constantly observed. The intrusion into his home, his personal files... and this published photograph, as disturbing as it is inexplicable.
She felt like she had fallen into an invisible trap, locked in a story that was totally beyond her, whose rules and real issues she did not understand.
Then she spoke of Weldon.
Of that little boy who appeared almost out of nowhere, who now shared most of his afternoons, as if their meeting had always been destined to exist.
She mentioned neither Luna nor Faern, doubtless judging these secondary details.
She then spoke of her arrival at Simeon’s, convinced that she would also find Morgyn there.
Et Chadney fut surpris.
Réellement surpris.
Sous cette avalanche d’informations inconnues, son esprit se mit aussitôt à travailler. Méthodiquement, il assembla chaque détail, calcula les incohérences, décortiqua les faits, reliant entre eux des fragments qui, jusque-là, semblaient sans logique.
Décidément, cette enquête était bien plus complexe qu’il ne l’avait imaginé.
Alors il demeura silencieux, attentif, attendant la suite.
Car il savait instinctivement qu’il y avait une suite.
Et elle vint.
Hécate lui exposa finalement son idée. Une idée étrange, audacieuse… presque irréaliste.
And Chadney was surprised.
Really surprised.
Under this avalanche of unknown information, his mind immediately began to work. Methodically, he assembled every detail, calculated the inconsistencies, dissected the facts, connecting together fragments that, until then, seemed without logic.
Decidedly, this investigation was much more complex than he had imagined.
Then he remained silent, attentive, waiting for what to do.
Because he instinctively knew there was a sequel.
And she came.
Hecate finally explained his idea to him. A strange, daring idea... almost unrealistic.
She needed him.
Of his participation.
Christmas was approaching...
Chadney ne répondit ni oui, ni non.
Il déclara simplement qu’il avait besoin de temps.
Pourtant, au fond de lui, l’idée lui plaisait déjà.
Parce qu’elle était audacieuse. Fragile aussi. Et d’une sincérité désarmante.
C’était précisément cela qui le troublait le plus.
En un instant, il avait compris qui était réellement Hécate : maladroite parfois, peut-être même naïve… mais incapable de mentir sur l’essentiel.
Franche.
Directe.
Sincère.
Chadney did not answer either yes or no.
He simply said that he needed time.
Yet, deep down, he already liked the idea.
Because she was bold. Fragile too. And disarmingly sincere.
It was precisely that which troubled him the most.
In an instant, he understood who Hecate really was: sometimes clumsy, maybe even naive... but unable to lie about the essential.
Frank.
Direct.
Sincere.
Les préparatifs
Les préparatifs de Noel

L’hiver froid et solennel était arrivé sur l’Île aux Sorcières.
Un hiver noble, majestueux, théâtral même.
Le
genre d’hiver qui ne se contente pas de tomber du ciel mais qui entre
dans votre existence avec l’assurance d’un roi venant inspecter ses
terres.
En une nuit, l’île avait disparu sous un manteau blanc éclatant.
Tout était silencieux, lumineux, mystérieux… presque trop parfait.
Même les corbeaux semblaient voler moins fort afin de respecter l’ambiance dramatique.
the preparations for Christmas
The cold and solemn winter had arrived on Witches' Island.
A noble, majestic, even theatrical winter.
The
kind of winter that doesn’t just fall from the sky but enters your life
with the confidence of a king coming to inspect his lands.
Overnight, the island had disappeared under a bright white mantle.
Everything was silent, luminous, mysterious... almost too perfect.
Even the crows seemed to fly less loudly in order to respect the dramatic atmosphere.
Les vieilles sorcières du port avaient immédiatement déclaré :
— Voilà un hiver qui cache quelque chose.
Ce qui, venant d’elles, ne voulait absolument rien dire.
Elles disaient aussi cela des légumes trop frais et des chats polis.
The old port witches had immediately declared:
—This is a winter that hides something.
Which, coming from them, meant absolutely nothing.
They also said this about vegetables that were too fresh and polite cats.
Mais dans la maison de Siméon…
Le silence était mort.
Brutalement.
Sans cérémonie.
Hécate était partout.
PARTOUT.
Elle apparaissait dans une pièce avant même d’avoir quitté la précédente.
Siméon
était convaincu qu’elle utilisait secrètement la téléportation, ou
qu’elle possédait plusieurs versions d’elle-même réparties dans le
cottage.
But in the house of Simeon...
The silence was dead.
Brutally.
Without ceremony.
Hecate was everywhere.
EVERYWHERE.
She appeared in a room even before leaving the previous one.
Siméon
was convinced that she was secretly using teleportation, or that she
had several versions of herself distributed in the cottage.
En moins d’une semaine, elle avait :
— déplacé les meubles ;
— ouvert les rideaux condamnés depuis des décennies ;
— jeté « cette horreur poussiéreuse » qui était, selon Siméon, un fauteuil de collection ;
— installé des guirlandes lumineuses absolument partout ;
— et déclaré que cette maison avait « besoin de joie ».
Ce qui, pour Siméon, ressemblait énormément à une attaque personnelle
Within a week, she had:
—moved the furniture;
—opened the curtains that had been condemned for decades;
—thrown away "that dusty horror" which, according to Siméon, was a collector’s armchair;
—installed fairy lights absolutely everywhere;
—and said that this house "needs joy."
Which, for Simeon, was very much like a personal attack.
Habitué
à cette tranquillité maladive que seuls les vieux garçons obsessionnels
considèrent comme un mode de vie sain, il sentait son univers
s’effondrer.
Avant Hécate, chaque objet avait une place précise.
Maintenant…
Plus rien n’avait de sens.
Ses livres disparaissaient puis réapparaissaient classés « par couleur parce que c’est plus joli ».
PAR COULEUR.
Une femme avait transformé vingt années de classement méthodique en décoration artistique.
Il avait également retrouvé :
— des bougies parfumées dans son bureau ;
— du houx accroché à sa bibliothèque ;
— et, chose plus grave encore, des coussins.
Siméon détestait les coussins.
Il considérait ces objets comme inutiles, décoratifs et profondément suspects.
Naturellement, Hécate en avait acheté douze.
Accustomed
to this unhealthy tranquility that only obsessive old boys consider a
healthy lifestyle, he felt his world crumbling.
Before Hecate, each object had a precise place.
Now...
Nothing made sense anymore.
His books disappeared and then reappeared classified "by color because it is prettier".
BY COLOR.
Une femme avait transformé vingt années de classement méthodique en décoration artistique.
Il avait également retrouvé :
— des bougies parfumées dans son bureau ;
— du houx accroché à sa bibliothèque ;
— et, chose plus grave encore, des coussins.
Siméon détestait les coussins.
Il considérait ces objets comme inutiles, décoratifs et profondément suspects.
Naturellement, Hécate en avait acheté douze.

A woman had transformed twenty years of methodical classification into artistic decoration.
He had also found:
—scented candles in his office;
—holly hanging from his bookshelf;
—and, more importantly, cushions.
Siméon hated pillows.
He considered these objects as useless, decorative and deeply suspicious.
Of course, Hecate had bought twelve.
Il tenta alors de survivre en s’enfermant dans son bureau, prétendant être absorbé par ses dossiers.

He then tried to survive by locking himself in his office, pretending to be absorbed by his files.
Il aurait tellement voulu que Morgyn soit là.
Morgyn aurait su gérer Hécate.
Ou au moins détourner son attention suffisamment longtemps pour sauver quelques meubles.
Mais Siméon refusait de reconnaître ce besoin.
Parce qu’il était fier.
Ridiculement fier.
He would have wanted Morgyn to be there so much.
Morgyn would have been able to manage Hecate.
Or at least distract him long enough to save some furniture.
But Simeon refused to acknowledge this need.
Because he was proud.
Ridiculously proud.
Alors il observait Hécate en silence.
Il la regardait transformer le petit cottage en royaume hivernal enchanté avec l’énergie d’un lutin sous potion magique.
Et parfois…
Malgré lui…
Il souriait.
Très discrètement, évidemment.
Comme un homme surpris en train d’avoir une émotion.
Then he observed Hecate in silence.
He watched her transform the little cottage into an enchanted winter kingdom with the energy of a pixie in a magic potion.
And sometimes...
In spite of himself...
He was smiling.
Very discreetly, obviously.
Like a man caught having an emotion.
Hécate, de son côté, avait pris une décision irrévocable :
Cette année, ils allaient célébrer les fêtes de fin d’année.
De vraies fêtes.
Pas
ces soirées sinistres où Siméon restait assis devant le feu à
contempler ses regrets comme un poète maudit en fin de carrière.
Non.
Elle voulait :
des réconciliations,
des aveux,
des disputes résolues,
des nouveaux départs,
des rires,
du vin chaud,
et probablement beaucoup trop de nourriture.
Siméon, lui, craignait surtout la présence d’êtres humains dans sa maison.
Mais avant tout cela…
Il fallait planter le décor.
Hecate, on the other hand, had made an irrevocable decision:
This year, they were going to celebrate the end-of-year celebrations.
Real parties.
Not
those sinister evenings when Siméon sat in front of the fire
contemplating his regrets like a cursed poet at the end of his career.
No.
She wanted:
reconciliations,
confessions,
resolved disputes,
new beginnings,
laughter,
some mulled wine,
and probably way too much food.
Siméon, for his part, feared above all the presence of human beings in his house.
But before all that...
We had to set the stage.
Et Hécate avait clairement déclaré la guerre à la sobriété.
And Hecate had clearly declared war on sobriety.
La difficile mission de Chaney
De son côté, Chadney s’appliquait consciencieusement à une mission que beaucoup considéraient comme impossible :
Réconforter Morgyn.
Ce qui demandait la patience d’un saint, les nerfs d’un guerrier et probablement une immunité magique contre les soupirs dramatiques.
Morgyn errait dans le cottage comme une âme maudite dans une tragédie romantique particulièrement humide.
Depuis plusieurs jours, il alternait entre :
— contempler la neige avec intensité ;
— ressasser ses souvenirs ;
— et pousser des soupirs si profonds que même les rideaux semblaient déprimés.
L’hiver, ici aussi, prenait lentement sa place.
Le vent frappait doucement les fenêtres, le feu crépitait dans la cheminée, et toute l’atmosphère donnait l’impression qu’un poète mélancolique allait surgir d’un placard à tout moment.
For his part, Chadney was diligently pursuing a mission that many considered impossible:
Comfort Morgyn.
Which required the patience of a saint, the nerves of a warrior and probably magical immunity from dramatic sighs.
Morgyn wandered the cottage like a cursed soul in a particularly damp romantic tragedy.
For several days, he had been alternating between:
—contemplating the snow with intensity;
—dwelling on his memories;
—and to make sighs so deep that even the curtains seemed depressed.
Winter, here too, was slowly taking its place.
The wind was gently hitting the windows, the fire crackled in the fireplace, and the whole atmosphere gave the impression that a melancholic poet would appear from a cupboard at any moment.
Chadney, lui, commençait à fatiguer.
Il avait supporté exactement :
— quatorze monologues existentiels ;
— cinq silences lourds ;
— et une réflexion extrêmement sérieuse de Morgyn sur « la symbolique émotionnelle des flocons ».
À partir de là, il avait décidé d’agir.
— Cette année, annonça Chadney d’un ton calme, il n’y aura pas de fête ici.
Morgyn releva immédiatement la tête.
— Quoi ?
— Nous allons ailleurs.
Le silence qui suivit fut spectaculaire.
Puis Morgyn commença immédiatement un interrogatoire d’une intensité inquiétante.
— Où ?
— Avec qui ?
— Pourquoi ce regard mystérieux ?
— Est-ce dangereux ?
— Dois-je prendre des vêtements élégants ?
— Y aura-t-il des gens ?
— Je déteste les gens.
— Est-ce un piège ?
Chadney was getting tired.
He had endured exactly:
—fourteen existential monologues;
—five heavy silences;
—and an extremely serious reflection by Morgyn on "the emotional symbolism of flakes".
From there, he had decided to act.
—This year, Chadney announced calmly, there will be no party here.
Morgyn immediately raised his head.
—What?
—We are going elsewhere.
The silence that followed was spectacular.
Then Morgyn immediately began an interrogation of disturbing intensity.
—Where?
—With whom?
—Why this mysterious look?
—Is it dangerous?
—Should I bring stylish clothes?
—Will there be people?
—I hate people.
—Is this a trap?
Chadney le regarda avec la lassitude d’un homme ayant élevé un petit frère beaucoup trop théâtral.
— Nous passerons les fêtes chez Siméon.
Morgyn se figea si brutalement qu’on aurait cru qu’un sort venait de le pétrifier.
— … Siméon ?
— Oui.
— Il n’existe heureusement qu’un seul Siméon.
Morgyn tenta immédiatement de paraître neutre.
Ce qui fut un échec catastrophique.
Chadney looked at him with the weariness of a man who had raised an overly theatrical little brother.
—We will spend the holidays at Siméon’s place.
Morgyn froze so brutally that one would have thought a spell had just turned him into a stone.
—... Simeon?
—Yes.
—Fortunately, there is only one Simeon.
Morgyn immediately tried to appear neutral.
Which was a catastrophic failure.
Parce que Chadney le vit :
ce minuscule éclat de joie,
ce regard discrètement ravi,
cette petite panique existentielle parfaitement visible.
Car secrètement…
Morgyn mourait d’envie de revoir Siméon.
Bon.
Peut-être pas mourir.
Mais dramatiquement souffrir en silence, certainement.
Because Chadney saw it:
this tiny burst of joy,
this discreetly delighted look,
this little existential panic that is perfectly visible.
Because secretly...
Morgyn was dying to see Siméon again.
Good.
Maybe not die.
But to suffer dramatically in silence, certainly.
En revanche…
Hécate l’inquiétait profondément.
Cette femme possédait l’énergie imprévisible d’un incendie dans une fabrique de feux d’artifice.
La dernière fois qu’il l’avait vue, elle avait réussi à transformer une discussion sérieuse en chaos émotionnel collectif en moins de dix minutes.
Un record impressionnant.
— Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée… murmura Morgyn.
— C’est précisément pour cela que c’en est une, répondit Chadney.
Puis il utilisa son arme ultime :
La logique.
Une méthode particulièrement cruelle contre laquelle Morgyn était malheureusement très vulnérable.
Avec patience, Chadney lui expliqua qu’il ne pouvait pas continuer à vivre enfermé dans ses regrets comme une vieille veuve gothique attendant la pluie pour pleurer avec plus d’élégance.
Il fallait avancer.
Voir du monde.
Respirer.
Vivre un peu.
However...
Hecate worried him deeply.
This woman possessed the unpredictable energy of a fire in a fireworks factory.
The last time he saw her, she managed to turn a serious discussion into collective emotional chaos in less than ten minutes.
An impressive record.
—I’m not sure if that’s a good idea... Morgyn whispered.
—That’s precisely why it is, Chadney replied.
Then he used his ultimate weapon:
Logic.
A particularly cruel method against which Morgyn was unfortunately very vulnerable.
With patience, Chadney explained to him that he could not continue to live locked in his regrets like an old Gothic widow waiting for the rain to cry more elegantly.
We had to move forward.
See people.
Breathe.
Live a little.
Après une longue résistance dramatique, Morgyn finit par comprendre qu’il était effectivement coincé dans une impasse émotionnelle.
Ce qu’il admit avec la dignité d’un homme qu’on force à reconnaître qu’il a tort.
C’est-à-dire très mal.
After a long dramatic resistance, Morgyn finally understands that he was indeed stuck in an emotional impasse.
What he admitted with the dignity of a man who is forced to admit that he is wrong.
That is to say, very badly.
Plus tard, Chadney envoya finalement un message à Hécate pour confirmer leur venue.
Sa réponse arriva presque immédiatement :
« PARFAIT !!! J’AI PRÉVU DES JEUX, DES DÉCORATIONS ET PEUT-ÊTRE UN CONCOURS DE BISCUITS !!! »

Chadney fixa le message en silence.
Puis il leva lentement les yeux vers Morgyn.
— Je crois… dit-il avec gravité… que nous allons tous mourir.
Later, Chadney finally sent a message to Hecate to confirm their arrival.
His response arrived almost immediately:
«PERFECT!!! I HAVE PLANNED GAMES, DECORATIONS AND MAYBE A COOKIE CONTEST!!!»
Chadney stared silently at the message.
Then he slowly looked up at Morgyn.
—I believe... he said with gravity... that we are all going to die
Les invités surprises
Hécate
contemplait son œuvre avec la satisfaction inquiétante d’un général
venant de remporter une bataille décisive… et prêt à en commencer une
seconde pour le simple plaisir de voir le monde brûler sous des
guirlandes scintillantes.
Le petit cottage de Siméon avait disparu.
The surprise guests of Hecate’s Christmas party
Hecate
contemplated his work with the disquieting satisfaction of a general
who had just won a decisive battle... and ready to start a second for
the simple pleasure of seeing the world burn under sparkling garlands.
Simeon’s little cottage had disappeared.
À sa place existait désormais…
Noël.
Pas un Noël discret et élégant, avec quelques bougies et une couronne raffinée suspendue à la porte.
Non.
Un Noël agressif.
Un Noël conquérant.
Un
Noël capable d’être aperçu depuis l’espace… et probablement signalé par
plusieurs royaumes voisins comme phénomène magique inquiétant.
Des
guirlandes pendaient absolument partout, y compris dans des endroits où
aucune logique humaine n’autorisait la présence de guirlandes.
Un renne mécanique clignotait près de la cheminée avec l’énergie d’une créature possédée..
Not a discreet and elegant Christmas, with some candles and a refined crown hanging on the door.
No.
An aggressive Christmas.
A conquering Christmas.
A
Christmas that can be seen from space... and probably reported by
several neighboring kingdoms as an alarming magical phenomenon.
Garlands hung absolutely everywhere, including in places where no human logic allowed the presence of garlands.
A mechanical reindeer was flashing near the fireplace with the energy of a possessed creature.
Le sapin, gigantesque, semblait avoir dévoré une forêt entière avant de s’installer triomphalement au milieu du salon.
Même les coussins avaient du rouge, du vert et des grelots.
Siméon
observait la scène depuis son fauteuil, une tasse de thé entre les
mains, avec l’expression tragique d’un homme assistant à l’effondrement
lent et irréversible de sa civilisation.
Il n’avait pas encore trouvé la force morale de demander pourquoi il y avait du houx accroché au lustre.
The fir tree, gigantic, seemed to have devoured an entire forest before settling triumphantly in the middle of the living room.
Even the cushions had red, green and bells.
Simeon
watched the scene from his armchair, a cup of tea in hand, with the
tragic expression of a man witnessing the slow and irreversible collapse
of his civilization.
He had not yet found the moral strength to ask why there was holly attached to the chandelier.
Il avait cependant remarqué un détail profondément troublant au milieu de ce chaos festif soigneusement orchestré par Hécate :
La table.
Étrangement simple.
Quatre couverts.
Quatre ?
Siméon fronça légèrement les sourcils.
He had, however, noticed a deeply disturbing detail in the midst of this festive chaos carefully orchestrated by Hecate:
The table.
Strangely simple.
Four place settings.
Four?
Simeon frowned slightly.
Cela
lui paraissait étonnamment peu pour quelqu’un ayant transformé son
cottage en quartier général officiel de la folie hivernale.
Avec un tel déploiement de décorations, il s’était attendu à accueillir au minimum :
douze invités,
trois musiciens,
un elfe ivre,
et peut-être une créature ancienne invoquée accidentellement par excès d’esprit de Noël.
Mais non.
Quatre couverts.
Ce qui, venant d’Hécate, était probablement encore plus inquiétant.
It seemed surprisingly little to him for someone who had turned his cottage into the official headquarters of winter madness.
With such a display of decorations, he had expected to welcome at least:
twelve guests,
three musicians,
a drunk elf,
and perhaps an ancient creature accidentally summoned by excess of Christmas spirit.
But no.
Four place settings.
Which, coming from Hecate, was probably even more worrying.
Hécate était immensément fière de ses décorations.
Elle y avait mis toute son âme… et probablement plusieurs infractions aux règles élémentaires du bon goût.
Hecate was immensely proud of her decorations.
She had put all her soul into it... and probably several violations of the elementary rules of good taste.
Le
petit cottage croulait désormais sous des guirlandes lumineuses si
agressives qu’un voyageur égaré aurait pu croire à l’apparition d’une
nouvelle constellation.
Chaque fenêtre scintillait.
Chaque poutre brillait.
Même la pauvre théière semblait illuminée contre sa volonté.
Et pourtant, malgré ce désastre esthétique d’ampleur mythologique, Hécate jubilait.
Elle
évitait avec une habileté stratégique le regard désapprobateur de
Siméon, qui observait certaines décorations avec l’expression
profondément inquiète d’un homme remettant en question tous ses choix de
vie.
Mais elle tenait bon.

The
little cottage was now crumbling under strings of lights so aggressive
that a lost traveler might have believed in the appearance of a new
constellation.
Each window shimmered.
Each beam shone.
Even the poor teapot seemed to be lit up against her will.
And yet, despite this aesthetic disaster of mythological proportions, Hecate was jubilant.
She
strategically avoided the disapproving gaze of Simeon, who observed
certain decorations with the deeply worried expression of a man
questioning all his life choices.
But she held on.
Après tout… Noël nécessitait des sacrifices.
Parfois même la dignité.
Inquiète
mais enthousiaste, Hécate ajustait les derniers détails — redressant un
renne beaucoup trop grand pour l’entrée et menaçant de s’effondrer sur
le premier innocent venu — lorsqu’elle aperçut soudain Siméon se figer
devant l’évier de la cuisine.
But she held on.
After all... Christmas required sacrifices.
Sometimes even dignity.
Worried
but enthusiastic, Hecate was adjusting the last details—straightening a
reindeer much too large for the entrance and threatening to collapse on
the first innocent person to come—when she suddenly saw Simeon freezing
in front of the kitchen sink.
Complètement immobile.
Une tasse suspendue entre ses mains.
Son regard fixé bien au-delà de la fenêtre.
Hécate fronça légèrement les sourcils puis s’approcha à son tour.
Et là… au bout du chemin enneigé…
se trouvaient Chadney et Morgyn.
Le silence tomba brutalement dans la maison.
Completely immobile.
A cup hanging in his hands.
His gaze fixed well beyond the window.
Hecate frowned slightly, then approached in turn.
And there... at the end of the snowy path...
were Chadney and Morgyn.
The silence fell suddenly in the house.
Même les guirlandes semblaient clignoter moins fort, comme si elles comprenaient qu’il se passait quelque chose d’important.
Hécate observa longuement Siméon.
La surprise.
L’émotion.
L’espoir terrifié qu’il essayait désespérément de cacher.
Alors, avec une douceur inhabituelle, elle vint poser une main sur son épaule.
Elle se pencha légèrement vers lui et murmura à son oreille :
— Joyeux Noël…
Puis, avec un petit sourire satisfait, presque malicieux, elle ajouta plus bas :
—
À toi de jouer maintenant… et essaie d’arranger tout ce magnifique
désastre émotionnel avant que je sois obligée de le faire moi-même.
Even the garlands seemed to flicker less strongly, as if they understood that something important was happening.
Hecate observed Simeon for a long time.
The surprise.
Emotion.
The terrified hope that he was desperately trying to hide.
Then, with an unusual gentleness, she came to place a hand on his shoulder.
She leaned slightly towards him and whispered in his ear:
—Merry Christmas...
Then, with a small satisfied smile, almost mischievous, she added further down:
—It’s your turn now... and try to fix all this beautiful emotional disaster before I have to do it myself.
Les premiers regards furent hésitants.
Les silences, eux, pesaient si lourd qu’ils semblaient étouffer jusqu’au crépitement du feu dans la cheminée.
Personne n’osait vraiment parler.
The first looks were hesitant.
The silences, they weighed so heavy that they seemed to suffocate until the crackling of the fire in the chimney.
No one dared really speak.
Même les décorations d’Hécate paraissaient soudain beaucoup trop bruyantes pour un moment pareil.
Hécate,
miraculeusement consciente qu’elle risquait de ruiner cet instant si
elle ouvrait la bouche, attrapa discrètement Chadney par la manche et
l’entraîna vers le salon.
Un exploit suffisamment exceptionnel pour mériter d’être inscrit dans les annales de l’histoire.
Even the decorations of Hecate suddenly seemed much too noisy for such a moment.
Hecate,
miraculously aware that she could ruin this moment if she opened her
mouth, discreetly grabbed Chadney by the sleeve and dragged him to the
living room.
A feat sufficiently exceptional to deserve to be recorded in the annals of history.
Ils laissèrent ainsi à Siméon et Morgyn les premières minutes de leurs retrouvailles.
Seuls.

Pour Morgyn, ces quelques secondes furent sans doute les plus intenses de toute son existence…
et également les plus dévastatrices.
Car au-delà de l’enquête, des mensonges et des dangers, il y avait autre chose.
Les sentiments.
La confiance brisée.
Les frustrations accumulées.
Le chagrin.
Et ce lien absurde entre eux qui refusait obstinément de mourir malgré tout ce qu’ils avaient traversé.
Morgyn soutint le regard de Siméon avec difficulté.
They thus left to Siméon and Morgyn the first minutes of their reunion.
Alone.
For Morgyn, these few seconds were probably the most intense of all his existence...
and also the most devastating.
Because beyond the investigation, lies and dangers, there was something else.
Feelings.
Trust broken.
The accumulated frustrations.
Grief.
And this absurd link between them that stubbornly refused to die despite everything they had gone through.
Morgyn soutint le regard de Siméon avec difficulté.
Il voulait dire mille choses.
S’excuser.
Se justifier.
Se mettre en colère aussi, peut-être.
Mais aucun mot ne semblait suffisant.
Alors il hésita… avant de déclarer finalement d’une voix ferme, quoique légèrement tremblante :
— Nous aurons le temps de nous expliquer plus tard.
Un silence.
Morgyn supported Simeon’s gaze with difficulty.
He wanted to say a thousand things.
Apologize.
Justify oneself.
Get angry too, maybe.
But no words seemed enough.
Then he hesitated... before finally declaring in a firm, though slightly trembling, voice:
—We’ll have time to explain later.
A silence.
Puis, avec un regard en direction du salon il ajouta :
— Pour l’instant… allons rejoindre les autres.
Et
félicitons les efforts d’Hécate pour cette fête extravagante avant
qu’elle ne décide de rajouter encore des guirlandes au plafond.
Un très léger sourire apparut enfin sur son visage.
— Fêtons Noël comme il se doit.
—For now... let’s go join the others.
And let’s congratulate Hecate on her efforts for this extravagant party before she decides to add more garlands to the ceiling.
A very slight smile finally appeared on his face.
—Let’s celebrate Christmas properly.
......
Les
premiers instants furent hésitants, chargés d’une tension prudente ;
pas franchement hostile, mais suffisamment palpable pour qu’un couteau à
beurre ait probablement pu la découper proprement.
Ils étaient là pour tenter de reconstruire quelque chose de civilisé.
Un contact agréable.
Ou au moins supportable.
Pour les besoins de l’enquête, évidemment.
The
first moments were hesitant, charged with a cautious tension; not
downright hostile, but palpable enough that a butter knife could
probably cut her clean.
They were there to try to rebuild something civilized.
A pleasant contact.
Or at least bearable.
For the purposes of the investigation, obviously.
Absolument
personne n’aurait admis qu’il existait aussi, quelque part sous les
déceptions, les rancœurs et les malentendus accumulés, une minuscule
envie de retrouver cette étrange complicité qu’ils avaient autrefois.
Le repas débuta donc dans une politesse extrêmement appliquée.
Les sourires étaient prudents.
Les conversations soigneusement choisies.
Même les couverts semblaient hésiter à faire trop de bruit.
Puis, lentement… l’atmosphère se détendit.
Absolutely
no one would have admitted that there was also, somewhere under the
accumulated disappointments, resentments and misunderstandings, a tiny
desire to rediscover this strange complicity they once had.
The meal thus began in a highly applied politeness.
The smiles were cautious.
Carefully chosen conversations.
Even the cutlery seemed hesitant to make too much noise.
Then, slowly... the atmosphere relaxed.
À la fin du dîner, quelques rires sincères avaient commencé à apparaître entre deux remarques sarcastiques.
Même
les plaisanteries catastrophiquement stupides d’Hécate réussirent à
provoquer des sourires discrets — ce qui, venant de ce groupe précis,
relevait quasiment du miracle divin.
Et Hécate, encouragée par la complicité confortable de Chadney, redoubla immédiatement d’efforts dans l’absurde.
Siméon,
qui avait jusque-là supporté avec un stoïcisme admirable les
extravagances décoratives d’Hécate — notamment un renne empaillé portant
une écharpe lumineuse et probablement possédé — semblait enfin se
relaxer véritablement.
De temps en temps, il lançait à Morgyn des regards timides… mais sincèrement affectueux.
By the end of dinner, some sincere laughter had started to appear between two sarcastic remarks.
Even
the catastrophically stupid jokes of Hecate managed to provoke discreet
smiles—which, coming from this particular group, were almost a divine
miracle.
And Hecate, encouraged by the comfortable complicity of Chadney, immediately redoubled her efforts in the absurd.
Simeon,
who had hitherto borne with admirable stoicism the decorative
extravagancies of Hecate—notably a stuffed reindeer wearing a bright and
probably possessed scarf—seemed at last to truly relax.
From time to time, he gave Morgyn shy glances... but sincerely affectionate.
Morgyn faisait semblant de ne pas les remarquer.
Personne ne fut dupe.
Morgyn pretended not to notice them.
No one was fooled.
Puis, soudainement, Hécate se leva.
Avec
la dignité dramatique d’une reine annonçant une guerre sainte, elle
posa ses mains sur la table et déclara d’un ton solennel :
— Il est temps… pour la compétition de biscuits de Noël.
Le silence qui suivit fut terrible.
Chadney et Morgyn échangèrent immédiatement un regard désespéré, lourd d’un traumatisme ancien et parfaitement partagé.
Le genre de regard que seuls survivent les vétérans de catastrophes culinaires
Then, suddenly, Hecate stood up.
With the dramatic dignity of a queen announcing a holy war, she placed her hands on the table and solemnly declared:
—It’s time... for the Christmas cookie competition.
The silence that followed was terrible.
Chadney and Morgyn immediately exchanged a despairing look, heavy with ancient trauma and perfectly shared.
The kind of look that only veterans of cooking disasters survive.
Siméon, lui, leva aussitôt une main.
— Je déclare forfait.
— Refusé, répondit Hécate sans même cligner des yeux.
— Je n’ai encore rien fait.
— Tu respires dans cette maison. Tu participes.
Puis,
sans leur laisser la moindre possibilité de fuite, elle les dirigea
vers la cuisine avec l’autorité implacable d’un général menant ses
troupes vers une bataille dont personne ne reviendrait indemne.
Simeon, he raised a hand at once.
—I declare forfeiture.
—Refused, replied Hecate without even blinking an eye.
—I haven’t done anything yet.
—You breathe in this house. You participate.
Then,
without leaving them any possibility of escape, she directed them
towards the kitchen with the implacable authority of a general leading
his troops to a battle from which no one would return unscathed.
Chadney soupira profondément.
Morgyn regardait déjà les sacs de farine comme s’il envisageait une disparition volontaire dans la forêt.
Et Siméon comprit, beaucoup trop tard, qu’Hécate avait préparé cette soirée depuis le début.
Le repas n’était qu’un piège psychologique.
La véritable horreur…
c’étaient les biscuits.
Chadney sighed deeply.
Morgyn was already looking at the sacks of flour as if he were contemplating a voluntary disappearance in the forest.
And Simeon understood, much too late, that Hecate had prepared this evening from the beginning.
The meal was just a psychological trap.
The real horror...
it was the cookies.
les biscuits de Noël
La
compétition de biscuits de Noël fut, au grand bonheur d’Hécate, le
moment le plus mémorable de cette soirée pourtant déjà saturée
d’émotions, de regards silencieux et de phrases presque prononcées.
Et honnêtement…
personne n’aurait pu prévoir un tel niveau de chaos.
The Chritsmas coockies
The
Christmas cookie competition was, to Hecate’s delight, the most
memorable moment of an evening already saturated with emotions, silent
looks and almost pronounced phrases.
And honestly...
no one could have foreseen such a level of chaos.
Au début, tout semblait pourtant relativement maîtrisé.
Relativement.
Morgyn essayait de suivre une recette avec le sérieux dramatique d’un alchimiste préparant un rituel interdit.
Hécate ajoutait des quantités de cannelle manifestement guidées par les voix du destin.
Siméon
observait tout cela avec la résignation tranquille d’un homme ayant
déjà accepté que son cottage ne lui appartienne plus vraiment.
At first, everything seemed relatively controlled.
Relatively.
Morgyn was trying to follow a recipe with the dramatic seriousness of an alchemist preparing a forbidden ritual.
Hecate added quantities of cinnamon, obviously guided by the voices of destiny.
Siméon
observed all this with the quiet resignation of a man who had already
accepted that his cottage no longer really belonged to him.
Quant à Chadney...
Chadney had decided that he was, tonight, a master pâtissier.
Personne ne savait exactement pourquoi.
Lui non plus, probablement.
For
nearly twenty minutes, he worked with a spectacular and totally
unjustified assurance, giving advice to everyone while ignoring half of
the instructions in the recipe.
—La cuisine est un art, he declared with nobility.
— Tu viens de verser du sel à la place du sucre, répondit Siméon.
Chadney a ignoré cette critique avec dignité.
As for Chadney...
Chadney had decided that he was, tonight, a master pastry chef.
No one knew exactly why.
Him either, probably.
For
nearly twenty minutes, he worked with a spectacular and totally
unjustified assurance, giving advice to everyone while ignoring half of
the instructions in the recipe.
—Cooking is an art, he declared with nobility.
—You have just poured salt in place of sugar, replied Siméon.
Chadney ignored this criticism with dignity.
Et puis...
la tragédie est arrivée.
Une odeur suspecte a soudainement envahi la cuisine.
Un crépitement inquiétant a suivi.
Puis une petite flamme est apparue dans le four.
Une
petite flamme qui, en moins de trois secondes, a immédiatement
développé l’ambition déraisonnable de devenir un feu historique.
—OH NON, cria Chadney.
Siméon, étrangement prémonitoire, avait déjà un extincteur dans les bras.
Comme s’il avait attendu précisément ce genre d’événement depuis le début de la soirée.
Ce qui, honnêtement, l’était probablement.
And then...
the tragedy has arrived.
A suspicious smell suddenly invaded the kitchen.
A worrying crackle followed.
Then a small flame appeared in the oven.
A small flame that, in less than three seconds, immediately developed the unreasonable ambition to become a historic fire.
—OH NO, Chadney shouted.
Siméon, strangely prescient, already had a fire extinguisher in his arms.
As if he had been waiting for precisely this kind of event since the beginning of the evening.
Which, honestly, probably was.
À
côté de lui, Hecate et Morgyn levaient déjà la main avec l’enthousiasme
inquiétant de deux mages sur le point de lancer un sort de destruction
massive.
—Ne jette pas de magie sur le four ! s’écria Siméon.
—Trop tard, répondit Hécate avec joie.
Next
to him, Hecate and Morgyn were already raising their hands with the
ominous enthusiasm of two mages about to cast a spell of mass
destruction.
—Don’t throw any magic at the oven! cried Simeon.
—Too late, replied Hecate with joy.
Fort
heureusement — ou tragiquement — le feu fut maîtrisé avant que le
cottage ne disparaisse dans une explosion festive parfumée à la cannelle
brûlée.
Le silence qui suivit fut absolument solennel.
Puis tous les regards se tournèrent vers Chadney.
Seul
au milieu de la cuisine enfumée, les cheveux légèrement noircis par la
fumée et l’ego mortellement blessé, il contemplait avec tristesse ce
qu’il restait de ses fameux biscuits.
Une masse noire.
Compacte.
Potentiellement utilisable comme arme de siège.
Chadney murmura d’un ton offensé :
— Ils étaient presque réussis.
Et ce fut la phrase de trop.
L’éclat de rire fut général.
Fortunately—or
tragically—the fire was contained before the cottage disappeared in a
festive explosion scented with burnt cinnamon.
The silence that followed was absolutely solemn.
Then all eyes turned to Chadney.
Alone
in the middle of a smoke-filled kitchen, his hair slightly blackened by
the smoke and his ego mortally wounded, he contemplated with sadness
what was left of his famous biscuits.
A black mass.
Compact.
Potentially usable as a siege weapon.
Chadney murmured offensively:
—They were almost successful.
And that was the sentence too many.
The outburst of laughter was general.
Un rire sincère, incontrôlable, bruyant.
Le genre de rire qui fait pleurer, respirer difficilement et oublier, l’espace d’un instant, tout le reste.
Même Siméon riait franchement désormais.
Même Morgyn dut s’appuyer contre un mur.
Même Hécate, pourtant responsable d’au moins quarante pour cent du désastre, manqua de tomber de sa chaise.
A sincere, uncontrollable, loud laugh.
The kind of laughter that makes you cry, breathe hard and forget, for a moment, everything else.
Even Siméon laughed frankly now.
Even Morgyn had to lean against a wall.
Even Hecate, who was responsible for at least forty percent of the disaster, almost fell from her chair.
La soirée continua ensuite dans une anarchie festive parfaitement assumée.
Il y eut le déballage des pulls de Noël.
Des pulls atroces.
Absolument monstrueux.
Un pull clignotait.
Un autre jouait une chanson de Noël terrifiante dès qu’on bougeait le bras.
Celui d’Hécate possédait manifestement des grelots enchantés impossibles à arrêter.
Siméon fixa longuement son propre pull avant de déclarer, d’un ton très calme :
— Je pense que ceci constitue une attaque personnelle.
Personne ne le contredit.
The evening then continued in a festive anarchy perfectly assumed.
There was the unpacking of the Christmas sweaters.
Atrocious sweaters.
Absolutely monstrous.
A sweater was flashing.
Another played a terrifying Christmas song as soon as we moved our arms.
That of Hecate clearly had enchanted bells impossible to stop.
Simeon stared at his own sweater for a long time before declaring, in a very calm tone:
—I think this is a personal attack.
No one contradicts him.
Et bien des années plus tard, ils se souviendraient encore de cette soirée absurde, excentrique et incroyablement chaleureuse.
La soirée où ils avaient ri ensemble pour de vrai.
La
soirée où, entre des biscuits carbonisés, un quasi-incendie magique et
des pulls de Noël criminellement laids, quelque chose s’était réparé
entre eux.
Et ce fut sur cette fragile mais précieuse complicité retrouvée qu’ils poursuivirent ensuite leur enquête.
Plus soudés qu’auparavant.
Et légèrement traumatisés par les talents culinaires de Chadney.
And many years later, they would still remember this absurd, eccentric and incredibly warm evening.
The evening when they had laughed together for real.
The
evening when, between charred biscuits, a magical near-fire and
criminally ugly Christmas sweaters, something had mended between them.
And it was on this fragile but precious complicity found that they then continued their investigation.
More close-knit than before.
And slightly traumatized by Chadney’s cooking skills.
le secret
ce
que Chadney ne savait pas — et ne saurait probablement jamais, à moins
qu’un démon farceur ne décide un jour de vendre l’information contre un
muffin — c’était qu’Hécate avait très discrètement triché.
Pas énormément.
Juste… magiquement.
what Chadney didn’t know and would never know is that Hecate had used a spell to make her cookies, but Simléon and Morgyn had seen...
Faern et Luna
Pendant ce temps, sur la péninsule, l’hiver s’était installé en silence.
Un hiver froid, immobile, qui étouffait les chemins sous le givre et faisait taire jusqu’aux oiseaux nocturnes.
Et dans cette quiétude trompeuse, Luna avançait.
Meanwhile, on the peninsula, winter had settled in silence.
A cold, motionless winter that choked the paths under the frost and silenced the night birds.
And in this deceptive tranquility, Luna moved forward.
Toujours calculatrice.
Toujours dangereusement patiente.
Depuis
des semaines, elle cherchait à s’approcher du monde obscur et secret de
Faern — cet homme ombrageux au regard dur, père du très agaçant Weldon,
ce garçon que Hécate avait eu la malencontreuse idée d’introduire dans
leurs vies.
L’absence d’Hécate arrangeait Luna d’une manière presque insultante tant elle lui était profitable.
Pour la première fois depuis longtemps, elle se surprenait même à croire que le destin cessait enfin de se moquer d’elle.
Alors elle avançait, lentement.
Méticuleusement.
Still calculating.
Always dangerously patient.
For
weeks, she had been trying to get close to the dark and secret world of
Faern—this shadowy man with a harsh gaze, father of the very annoying
Weldon, the boy whom Hecate had the unfortunate idea to introduce into
their lives.
The absence of Hecate arranged Luna in an almost insulting way, so much was it beneficial to her.
For the first time in a long time, she even surprised herself to believe that destiny had finally stopped mocking her.
Then she moved forward, slowly.
Meticulously.
Un mot après l’autre.
Un regard après l’autre.
Une présence discrète glissée dans les failles d’un homme habitué à la solitude.
Elle
ajustait son emprise avec une précision glaciale, cherchant à affaiblir
peu à peu l’attachement féroce que Faern portait à cet enfant qu’il
protégeait avec une jalousie presque animale.
Et cela fascinait Luna.
Cet instinct paternel.
Cette loyauté absurde.
Cette faiblesse déguisée en force.
Elle ne comprenait pas encore ce lien… mais elle comptait bien le briser.
One word at a time.
One look after another.
A discreet presence slipped into the cracks of a man accustomed to solitude.
She
adjusted her grip with a glacial precision, seeking to weaken little by
little the fierce attachment that Faern had to this child whom he
protected with an almost animal jealousy.
And that fascinated Luna.
That paternal instinct.
This absurd loyalty.
This weakness disguised as strength.
She didn’t yet understand this link... but she did intend to break it.
Pourtant, malgré toute sa maîtrise, Luna sentait parfois poindre une sensation plus humiliante encore que l’échec :
celle d’être pathétique.
Car
plus elle cherchait à s’imposer dans l’univers sombre de Faern, plus
cet homme lui échappait comme une ombre entre les doigts.
Mais cela n’avait pas d’importance.
Pas encore.
D’abord, elle devait assurer son influence.
Enraciner son pouvoir.
Prendre sa place.
Et ensuite…
Ensuite seulement, elle réglerait le problème de cet enfant encombrant.
Yet, despite all her mastery, Luna sometimes felt a feeling even more humiliating than failure:
that of being pathetic.
Because
the more she tried to impose herself in the dark world of Faern, the
more this man escaped her like a shadow between her fingers.
But it didn’t matter.
Not yet.
First, she had to ensure her influence.
Entrench one’s power.
Take his place.
And then...
Only then would she solve the problem of this bulky child.
De son côté, Faern laissait Luna s’approcher.
Il la regardait revendiquer, avec une ambition presque fiévreuse, un territoire qui ne lui appartiendrait jamais…
mais dont l’espoir la consumait lentement.
Car
derrière son masque d’indifférence parfaite, derrière cette froideur
maîtrisée qui semblait rendre chaque émotion impossible, Faern
poursuivait un tout autre objectif.
Ce n’était pas Luna qu’il désirait.
C’était son savoir.
La magie ancienne qu’elle portait en elle comme une lame encore mal forgée.
Un pouvoir immense, instable, dangereux… qu’elle n’était pas encore capable de maîtriser seule.
For his part, Faern let Luna approach.
He watched her claim, with an almost feverish ambition, a territory that would never belong to him...
but whose hope slowly consumed her.
Because
behind his mask of perfect indifference, behind this controlled
coldness that seemed to make every emotion impossible, Faern pursued a
completely different goal.
It wasn’t Luna he wanted.
It was his knowledge.
The ancient magic she carried inside her like a blade still poorly forged.
An immense power, unstable, dangerous... that she was not yet able to control alone.
Et ce pouvoir-là intéressait profondément Faern.
Parce qu’il avait fait une promesse.
Parce qu’un marché avait été conclu dans l’ombre.
Parce qu’il existait des dettes que même les monstres ne pouvaient ignorer.
Tout cela… pour protéger l’enfant qu’il gardait jalousement loin des griffes du monde.
Alors Faern jouait son rôle avec une patience terrifiante.
Il se laissait approcher.
Séduire.
Observer.
And this power deeply interested Faern.
Because he had made a promise.
Because a deal was made in the shadows.
Because there were debts that even the monsters could not ignore.
All this... to protect the child he jealously kept away from the clutches of the world.
So Faern played his role with terrifying patience.
He was letting himself be approached.
Seduce.
Observe.
Il
prétendait participer aux calculs impitoyables de Luna, nourrissant
volontairement ses illusions, laissant croire qu’elle avançait, qu’elle
gagnait du terrain, qu’elle finirait peut-être par franchir les
murailles invisibles qui entouraient son existence.
Mais Faern savait.
Il savait qu’elle fouillait dans son passé.
Qu’elle questionnait les mauvaises personnes.
Qu’elle cherchait désespérément une porte vers le véritable cœur de son monde.
La Confrérie.

Cette présence obscure tapie derrière les ombres, derrière les pactes, derrière les silences.
Et Luna ne cherchait pas Faern pour lui-même.
Elle voulait atteindre ce qui se trouvait derrière lui.
He
claimed to participate in Luna’s ruthless calculations, deliberately
feeding her illusions, suggesting that she was moving forward, gaining
ground, and perhaps eventually crossing the invisible walls that
surrounded her existence.
But Faern knew.
He knew that she was digging into his past.
That she questioned the wrong people.
That she desperately sought a door to the true heart of her world.
The Brotherhood.
This dark presence lurking behind the shadows, behind the pacts, behind the silences.
And Luna wasn’t looking for Faern for himself.
She wanted to reach what was behind him.
Faern n’était pas dupe.
Pourtant, malgré cela, il continuait à jouer ce jeu dangereux avec un calme presque cruel.
Non pas pour mesurer l’intrépidité de Luna.
Ni même son désespoir.
Cela lui importait peu.
Car Luna, en vérité, ne l’intéressait pas.
Mais son pouvoir…
Son pouvoir, lui, valait largement qu’on mente, qu’on manipule…
et qu’on laisse une femme croire, un peu trop longtemps, qu’elle contrôlait encore la partie.
Faern was not fooled.
Yet, despite this, he continued to play this dangerous game with an almost cruel calm.
Not to measure Luna’s intrepidity.
Not even his despair.
It didn’t matter to him.
Because Luna, in truth, did not interest him.
But his power...
His power, he was more than worth lying, manipulating...
and let a woman believe, a little too long, that she was still in control of the game.
La stratégie de Faern
Faern avançait avec cette lenteur maîtrisée propre aux prédateurs patients.
Se
rapprocher de Luna avait d’abord semblé être le chemin le plus sûr vers
son objectif ; une approche discrète, presque élégante, où chaque mot,
chaque regard, chaque silence avait été calculé avec soin.
Faern moved forward with the controlled slowness characteristic of patient predators.
Getting
close to Luna seemed at first the safest way to reach her goal; a
discreet, almost elegant approach, where every word, every look, every
silence had been carefully calculated.
Mais quelque chose avait changé.
L’Institut, d’ordinaire si froid et méthodique, remuait désormais avec une agitation inquiétante.
Les
recherches s’intensifiaient autour de cette femme capable de manipuler
cette langue oubliée… et surtout cette magie ancienne que même les
érudits les plus expérimentés craignaient encore de nommer à voix haute.
But something had changed.
The Institute, usually so cold and methodical, was now moving with an alarming agitation.
The
research intensified around this woman capable of manipulating this
forgotten language... and above all, this ancient magic that even the
most experienced scholars still feared to name aloud.
Et cela ne pouvait signifier qu’une chose.
Luna n’agissait pas seule.
Derrière
sa douceur presque candide, derrière ses hésitations savamment jouées
et ses airs de femme égarée, quelqu’un se tenait dans l’ombre.
Quelqu’un qui la guidait.
Quelqu’un qui lui enseignait.
Ou pire encore… quelqu’un qui l’utilisait.
Cette pensée troubla Faern plus qu’il ne voulait l’admettre.
And that could only mean one thing.
Luna was not acting alone.
Behind
her almost candid gentleness, behind her skillfully played hesitations
and her lost womanlike appearance, someone stood in the shadows.
Someone who was guiding her.
Someone who was teaching him.
Or even worse... someone who used it.
This thought troubled Faern more than he would admit.
Car
dans son plan initial, la proie n’était qu’une femme solitaire, perdue
au bout d’une péninsule battue par les vents, n’ayant pour seule
compagnie qu’une étrange jeune femme passionnée de plantes et
d’herboristerie.
Rien de plus.
Pas un cercle caché.
Pas une organisation ancienne.
Pas des regards invisibles posés sur lui dans l’obscurité.
Et pourtant… depuis quelques jours, Faern avait cette sensation persistante.
Celle d’être observé.
Comme si, à chaque fois qu’il approchait de Luna, quelque chose approchait également de lui.
Because
in his initial plan, the prey was only a solitary woman, lost at the
end of a peninsula battered by winds, having for only company a strange
young woman passionate about plants and herbalism.
Nothing more.
Not a hidden circle.
Not an ancient organization.
Not invisible looks on him in the dark.
And yet... for the past few days, Faern had this persistent sensation.
That of being observed.
As if, every time he approached Luna, something also approached him.
Il devait se renseigner.
Forger de nouvelles alliances.
Prévoir chaque possibilité avant qu’un imprévu ne se transforme en catastrophe… ou pire encore.
Car plus Faern avançait dans cette affaire, plus l’ombre autour de Luna semblait s’étendre bien au-delà d’elle-même.
Alors,
avec cette désinvolture calculée qui le caractérisait si bien, il prit
une décision peut-être naïve… ou terriblement dangereuse.
He had to look into it.
Forge new alliances.
Foresee every possibility before something unexpected turns into a catastrophe... or worse.
Because the more Faern advanced in this affair, the more the shadow around Luna seemed to extend far beyond herself.
So, with this calculated casualness that characterized him so well, he made a decision perhaps naive... or terribly dangerous.
Contacter quelqu’un de la Confrérie.
Pas
le Grand Dirigeant — une telle initiative aurait attiré bien trop
d’attention — mais un homme suffisamment proche du pouvoir pour faire
remonter un message sans éveiller les soupçons.
Contact someone from the Brotherhood.
Not
the Great Leader—such an initiative would have attracted far too much
attention—but a man close enough to power to spread a message without
arousing suspicion.
Un artiste.
Un célèbre concertiste dont le nom résonnait dans les plus grandes salles du continent.
Respecté. Admiré.
Un homme à la réputation irréprochable, à la vie parfaitement ordonnée, presque austère.
Du moins… en apparence.

Car les meilleurs masques étaient souvent portés par ceux qui vivaient sous les applaudissements.
An artist.
A famous concertist whose name resonated in the biggest concert halls of the continent.
Respected. Admired.
A man with an irreproachable reputation, a perfectly ordered life, almost austere.
At least... on the surface.
Because the best masks were often worn by those who lived under applause
Car les meilleurs masques étaient souvent portés par ceux qui vivaient sous les applaudissements.
Faern le contacta donc avec prudence, utilisant un ancien canal de communication que peu connaissaient encore.
Le message était bref, froid et volontairement incomplet.
Il demandait un rendez-vous discret.
Secret.
Dans un lieu public, loin de leurs cercles habituels, loin des regards capables de reconnaître un visage ou une voix.
Un endroit où ils pourraient parler librement.
Ou du moins… essayer.
Because the best masks were often worn by those who lived under applause.
Faern therefore contacted him with caution, using an old communication channel that few still knew about.
The message was brief, cold and deliberately incomplete.
He was asking for a discreet appointment.
Secret.
In a public place, far from their usual circles, far from the eyes capable of recognizing a face or a voice.
A place where they could talk freely.
Or at least... try.
Faern
voulait exposer ses découvertes, ses doutes, les incohérences qu’il
avait relevées autour de Luna et de cette magie ancienne qu’elle
manipulait avec une aisance de plus en plus troublante.
Mais surtout, il voulait des noms.
Des informations.
Des contacts.
La
moindre trace permettant de comprendre qui se cachait réellement
derrière cette femme au sourire calme et aux silences trop parfaits.
Car désormais, une pensée refusait de quitter son esprit.
Et si Luna n’était pas la clé du problème…
Mais seulement la porte par laquelle quelque chose d’autre cherchait à entrer ?
Faern
wanted to expose his discoveries, his doubts, the inconsistencies he
had found around Luna and this ancient magic that she manipulated with
an ever more unsettling ease.
But above all, he wanted names.
Information.
Contacts.
The slightest trace allowing to understand who was really hiding behind this woman with a calm smile and too perfect silences.
Because now, a thought refused to leave his mind.
What if Luna wasn’t the key to the problem...
But only the door through which something else was trying to enter?
.....
Ce soir-là, lorsque Faern rentra chez lui, contrarié et inquiet, une sensation oppressante pesait déjà sur ses épaules, comme si l’ombre elle-même l’avait suivi jusqu’à sa demeure.
Dans la chambre voisine, Weldon, son fils, était penché sur ses devoirs avec une application presque irréelle. Le silence de la maison n’était troublé que par le froissement des pages et le grincement discret d’une plume. Une scène paisible… trop paisible.
That evening, when Faern went home, upset and worried, an oppressive feeling already weighed on his shoulders, as if the shadow itself had followed him to his house.
In the next room, Weldon, his son, was bent over his homework with an almost unreal application. The silence of the house was disturbed only by the rustling of the pages and the discreet creaking of a feather. A peaceful scene... too peaceful.Faern détourna le regard et se dirigea lentement vers sa chambre.
Alors cela recommença.
Une émotion brutale, étrangère, monta en lui avec une violence suffocante. Une colère froide. Primitive. Vivante.
Il connaissait cette fureur.
Faern looked away and moved slowly towards his room.
Then it started again.
A brutal, foreign emotion ascended within him with suffocating violence. A cold anger. Primitive. Alive.
He knew this fury.
Depuis toujours, elle sommeillait quelque part dans ses entrailles, tapie dans les profondeurs obscures de son être, attendant le moindre instant de faiblesse pour déferler. Une rage ancienne, presque ancestrale, qui ne ressemblait pas à celle des hommes ordinaires. D’ordinaire, sa volonté suffisait à la contenir, à l’enchaîner dans les ténèbres de son esprit.
Mais cette fois…
Cette fois, quelque chose était différent.
La colère était plus vaste.
Plus affamée.
Moins contrôlable.
Elle grondait en lui comme une créature enfermée derrière une porte trop fragile.
She had always been sleeping somewhere in her womb, lurking in the dark depths of her being, waiting for the slightest moment of weakness to break loose. An ancient, almost ancestral rage, which did not resemble that of ordinary men. Ordinarily, her will was enough to contain her, to bind her in the darkness of her mind.
But this time...
This time, something was different.
The anger was broader.
Hungrier.
Less controllable.
She growled inside him like a creature shut up behind a door that was too fragile
Son rendez-vous ne s’était pas déroulé comme il l’avait espéré. Certes, son interlocuteur l’avait écouté avec attention, promettant de transmettre ses inquiétudes à qui de droit. Pourtant, derrière les paroles polies et les faux serments de prudence, Faern avait perçu autre chose.
De la négligence.
Pire encore… une forme d’indifférence.
Le ton employé avait été trop léger. Trop informel face à ce qu’il avait révélé.
Et cela l’effrayait davantage que le reste.
Avait-il choisi le bon messager ?
Le bon intermédiaire pour porter ses avertissements jusqu’à la confrérie ?
Faern connaissait pourtant leurs règles.
La discrétion.
La patience.
Le silence absolu.
His appointment did not go as he had hoped. Of course, his interlocutor had listened to him attentively, promising to pass on his concerns to the appropriate person. Yet, behind the polite words and false oaths of caution, Faern had perceived something else.
Negligence.
Even worse... a form of indifference.
The employee’s tone had been too light. Too informal regarding what he had revealed.
And that scared him more than anything else.
Had he chosen the right messenger?
The right intermediary to bring his warnings to the brotherhood?
Faern knew their rules.
Discretion.
Patience.
Absolute silence.
Mais dans sa confusion, dans cette inquiétude grandissante qui lui dévorait l’esprit depuis plusieurs nuits, il avait franchi les limites imposées par l’ordre.
Et maintenant, tandis que la rage obscure pulsait dans ses veines comme un poison ancien…
Une pensée insupportable s’imposa à lui.
Et s’il avait déjà commis une irréparable erreur ?
But in his confusion, in this growing anxiety that had consumed his mind for several nights, he had crossed the limits imposed by the order.
And now, as the dark rage pulsed through her veins like ancient poison...
An unbearable thought came to him.
What if he had already made an irreparable mistake?
La nuit de tous les cauchemards
Ce soir-là, lorsque Faern rentra chez lui, contrarié et inquiet, une sensation oppressante pesait déjà sur ses épaules, comme si l’ombre elle-même l’avait suivi jusqu’à sa demeure.
Dans
la chambre voisine, Weldon, son fils, était penché sur ses devoirs avec
une application presque irréelle. Le silence de la maison n’était
troublé que par le froissement des pages et le grincement discret d’une
plume. Une scène paisible… trop paisible.
the night of all nightmares
That evening, when Faern went home, upset and worried, an oppressive feeling already weighed on his shoulders, as if the shadow itself had followed him to his house.
In the next room, Weldon, his son, was bent over his homework with an almost unreal application. The silence of the house was disturbed only by the rustling of the pages and the discreet creaking of a feather. A peaceful scene... too peaceful.Faern détourna le regard et se dirigea lentement vers sa chambre.
Alors cela recommença.
Une émotion brutale, étrangère, monta en lui avec une violence suffocante. Une colère froide. Primitive. Vivante.
Il connaissait cette fureur.
Faern looked away and moved slowly towards his room.
Then it started again.
A brutal, foreign emotion ascended within him with suffocating violence. A cold anger. Primitive. Alive.
He knew this fury.
Depuis
toujours, elle sommeillait quelque part dans ses entrailles, tapie dans
les profondeurs obscures de son être, attendant le moindre instant de
faiblesse pour déferler. Une rage ancienne, presque ancestrale, qui ne
ressemblait pas à celle des hommes ordinaires. D’ordinaire, sa volonté
suffisait à la contenir, à l’enchaîner dans les ténèbres de son esprit.
Mais cette fois…
Cette fois, quelque chose était différent.
La colère était plus vaste.
Plus affamée.
Moins contrôlable.
Elle grondait en lui comme une créature enfermée derrière une porte trop fragile.
She
had always been sleeping somewhere in her womb, lurking in the dark
depths of her being, waiting for the slightest moment of weakness to
break loose. An ancient, almost ancestral rage, which did not resemble
that of ordinary men. Ordinarily, her will was enough to contain her, to
bind her in the darkness of her mind.
But this time...
This time, something was different.
The anger was broader.
Hungrier.
Less controllable.
She growled inside him like a creature shut up behind a door that was too fragile
...
Le doute
Son
rendez-vous ne s’était pas déroulé comme il l’avait espéré. Certes, son
interlocuteur l’avait écouté avec attention, promettant de transmettre
ses inquiétudes à qui de droit. Pourtant, derrière les paroles polies et
les faux serments de prudence, Faern avait perçu autre chose.
De la négligence.
Pire encore… une forme d’indifférence.
Le ton employé avait été trop léger. Trop informel face à ce qu’il avait révélé.
Et cela l’effrayait davantage que le reste.
Avait-il choisi le bon messager ?
Le bon intermédiaire pour porter ses avertissements jusqu’à la confrérie ?
Faern connaissait pourtant leurs règles.
La discrétion.
La patience.
Le silence absolu.
The doubt
His
appointment did not go as he had hoped. Of course, his interlocutor had
listened to him attentively, promising to pass on his concerns to the
appropriate person. Yet, behind the polite words and false oaths of
caution, Faern had perceived something else.
Negligence.
Even worse... a form of indifference.
The employee’s tone had been too light. Too informal regarding what he had revealed.
And that scared him more than anything else.
Had he chosen the right messenger?
The right intermediary to bring his warnings to the brotherhood?
Faern knew their rules.
Discretion.
Patience.
Absolute silence.
Mais
dans sa confusion, dans cette inquiétude grandissante qui lui dévorait
l’esprit depuis plusieurs nuits, il avait franchi les limites imposées
par l’ordre.
Et maintenant, tandis que la rage obscure pulsait dans ses veines comme un poison ancien…
Une pensée insupportable s’imposa à lui.
Et s’il avait déjà commis une irréparable erreur ?
But
in his confusion, in this growing anxiety that had consumed his mind
for several nights, he had crossed the limits imposed by the order.
And now, as the dark rage pulsed through her veins like ancient poison...
An unbearable thought came to him.
What if he had already made an irreparable mistake?
La pluie frappait doucement les vitres et la lumière jaune de sa lampe dessinait autour de lui un fragile refuge contre l’obscurité.
Puis il entendit les pas de son père.
The rain hit the windows gently and the yellow light of his lamp drew around him a fragile refuge from the darkness.
Then he heard his father’s footsteps.
Non.
Ces pas-là étaient lourds. Traînants. Désespérés.
Comme si chaque mouvement coûtait un effort immense à l’homme qui avançait dans le couloir.
Weldon les entendit s’arrêter devant sa porte.
Son cœur eut un léger sursaut d’espoir.
Faern venait toujours le voir le soir.
Toujours.
Il s’asseyait près de lui, l’écoutait raconter sa journée d’école, ses théories absurdes sur les dinosaures, ses disputes avec Hécate, ses découvertes, ses peurs d’enfant.
C’était une habitude immuable. Une certitude.
Mais cette nuit-là… rien.
No.
Those footsteps were heavy. Treacherous. Desperate.
As if each movement cost an immense effort to the man who was advancing in the corridor.
Weldon heard them stop at his door.
His heart had a slight burst of hope.
Faern always came to see him in the evening.
Always.
He would sit by him, listen to him recount his school day, his absurd theories about dinosaurs, his arguments with Hecate, his discoveries, his childhood fears.
It was an unchanging habit. A certainty.
But that night... nothing.
Le petit garçon baissa les yeux, étrangement déçu.
Alors il retourna à sa rédaction qu’il devait terminer pour le lendemain.
Il avait choisi comme sujet les dinosaures — sa passion absolue du moment, juste après les aventures qu’il vivait avec Hécate.
Mais Hécate avait disparu depuis plus d’une semaine.
Bien sûr, elle répondait à ses messages.
Toujours gentiment.
Toujours avec cette étrange douceur moqueuse qui la caractérisait.
Mais jamais elle ne disait où elle était.
Ni ce qu’elle faisait.
Ni pourquoi elle était partie si brusquement.
Et cela inquiétait Weldon plus qu’il ne voulait l’admettre.
The little boy looked down, strangely disappointed.
Then he went back to his essay that he had to finish by the next day.
He had chosen dinosaurs as his subject—his absolute passion of the moment, just after the adventures he was having with Hecate.
But Hecate had been missing for more than a week.
Of course, she was answering her messages.
Always nicely.
Always with that strange mocking sweetness that characterized her.
But she never said where she was.
Nor what she was doing.
Nor why she left so abruptly.
And this worried Weldon more than he would admit.
Un son venant de la chambre de son père.
Weldon se figea.
A sound coming from his father’s room.
Weldon froze.
Pas des gémissements non plus.
C’étaient… des grognements.
Des sons profonds. Rauques. Inhumains.
Comme si quelque chose respirait dans l’obscurité avec une colère monstrueuse.
Comme si la nuit elle-même s’était mise à gronder derrière cette porte.
No moans either.
Those were... grunts.
Deep sounds. Raucous. Inhuman.
As if something breathed in the darkness with monstrous anger.
As if the night itself had started to rumble behind that door.
Mais malgré la peur, il s’approcha.
Avec cette confiance aveugle et absolue qu’un enfant offre à celui qui l’a toujours protégé.
La porte de la chambre était entrouverte.
Weldon posa timidement la main dessus… et regarda à l’intérieur.
Son père était assis au bord du lit.
Mais ce n’était plus vraiment son père.
But despite the fear, he approached.
With this blind and absolute trust that a child offers to the one who has always protected him.
The bedroom door was half-open.
Weldon timidly placed his hand on it... and looked inside.
His father was sitting on the edge of the bed.
But it wasn’t really his father anymore.
Ses épaules tremblaient sous une rage si violente que l’air lui-même paraissait vibrer autour de lui.
Une fureur ancienne. Primitive.
Quelque chose de colossal, enfoui depuis trop longtemps… et qui cherchait maintenant à sortir.
Alors Weldon resta figé sur le seuil.
Le sol sembla se dérober sous ses pieds.
Son cœur s’arrêta un instant.
Une terreur glaciale envahit tout son corps ; son sang se figea dans ses veines, et son esprit devint soudain incapable de comprendre ce qu’il voyait.
Il aurait dû fuir.
Retourner dans sa chambre.
Se cacher sous sa couverture.
Attendre que la colère de son père disparaisse avec la nuit.
Mais ses jambes refusaient de bouger.
Et ses yeux, immenses de peur, restaient fixés sur cette silhouette assise dans l’obscurité…
Sur cet homme qu’il aimait plus que tout.
Et qui, sous ses yeux, semblait lentement devenir autre chose.
His shoulders trembled under a rage so violent that the air itself seemed to vibrate around him.
An ancient fury. Primitive.
Something colossal, buried for too long... and now trying to get out.
Then Weldon remained frozen on the threshold.
The ground seemed to hide beneath his feet.
His heart stopped for a moment.
An icy terror invaded his whole body; his blood froze in his veins, and his mind suddenly became incapable of understanding what he saw.
He should have fled.
Go back to your room.
Hide under his blanket.
Waiting for his father’s anger to disappear with the night.
But his legs refused to move.
And her eyes, immense with fear, remained fixed on this figure sitting in the darkness...
On this man he loved more than anything.
And which, before her eyes, seemed to be slowly becoming something else.
Et Weldon comprit.
Compris avec cette lucidité brutale que seuls connaissent les êtres frappés par une terreur trop grande pour être niée.
Toute l’horreur de la situation lui apparut d’un seul coup.
Ce n’était plus simplement son père en colère.
C’était un monstre.
Une créature hagarde, déformée par une rage si absolue qu’elle semblait avoir consumé jusqu’à son humanité.
Son visage était pâle, presque cadavérique ; ses traits tiraillés par une souffrance indescriptible.
Ses yeux…
Ses yeux étaient les pires.
Vides.
Complètement vides.
Et pourtant remplis d’une fureur intolérable.
Une haine si profonde, si ancienne, qu’elle paraissait venir d’un endroit que le monde des hommes n’aurait jamais dû connaître.
And Weldon understood.
Understood with that brutal lucidity which only beings struck by a terror too great to be denied know.
All the horror of the situation appeared to him at once.
It wasn’t just his angry father anymore.
He was a monster.
A haggard creature, deformed by a rage so absolute that it seemed to have consumed its humanity.
His face was pale, almost cadaverous; his features strained by an indescribable suffering.
Her eyes...
His eyes were the worst.
Empties.
Completely empty.
And yet filled with an intolerable fury.
A hatred so deep, so ancient, that it seemed to come from a place that the world of men should never have known.
Les ombres grimpaient lentement sur les murs, vivantes, rampantes, comme attirées par cette colère monstrueuse qui débordait de son corps.
Weldon sentit son souffle se briser dans sa poitrine.
Il ne reconnaissait plus l’homme qui lui racontait des histoires le soir.
Plus celui qui corrigeait patiemment ses devoirs ou déposait une main rassurante sur ses cheveux lorsqu’il faisait des cauchemars.
Cette chose-là… n’avait plus rien d’humain.
Puis les yeux du monstre se posèrent sur lui.
Et pendant une seconde atroce, interminable…
Weldon eut la certitude terrifiante que cette créature ne savait même plus qui il était.
The shadows slowly climbed up the walls, alive and crawling, as if drawn by this monstrous anger that overflowed from his body.
Weldon felt his breath shatter in his chest.
He no longer recognized the man who told him stories at night.
More the one who patiently corrected his homework or placed a reassuring hand on his hair when he had nightmares.
That thing... was no longer human.
Then the monster’s eyes landed on him.
And for a second atrocious, interminable...
Weldon had the terrifying certainty that this creature no longer even knew who he was.
L'aube
d'une nouvelle vie
.
De retour dans sa chambre
, incapable de supporter plus longtemps cette
abomination, Weldon sentit la peur lui broyer la poitrine.
Ses mains tremblaient lorsqu’il trouva enfin le courage d’envoyer un appel de détresse à Hécate.
— Il s’est passé quelque chose… j’ai peur.
Puis
il abandonna toute dignité, se glissant sous sa couette comme un enfant
traqué par les ombres elles-mêmes, recroquevillé, tremblant de tout son
corps tandis que chaque craquement de la vieille demeure semblait
annoncer un mal tapi dans l’obscurité
Back in his room, unable to endure this abomination any longer, Weldon felt the fear crush his chest.
His hands were shaking when he finally found the courage to send a distress call to Hecate.
—Something happened... I’m scared.
Then
he abandoned all dignity, slipping under his bed like a child hunted by
the shadows themselves, curled up, trembling with his whole body while
every creaking of the old house seemed to announce an evil lurking in
the darkness.
La nuit fut longue.
Terriblement longue.
Les
heures s’étiraient comme des griffes sur les murs, étouffant la maison
dans un silence lourd, presque vivant. Weldon ne dormit presque pas,
prisonnier d’une angoisse froide qui refusait de le quitter.
Quand
enfin l’aube grise se leva derrière les fenêtres, il sortit lentement
de sa cachette, les yeux brûlés par la fatigue, attendant avec une
impatience fébrile l’arrivée d’Hécate.
La maison était silencieuse.
Trop silencieuse.
When the gray dawn finally rose behind the windows, he slowly came out of his hiding place, his eyes burned by fatigue, waiting with feverish impatience for the arrival of Hecate.
La maison était silencieuse.
Trop silencieuse.
Pourtant, au cœur de la nuit, il avait entendu du bruit. Très tôt.
Mais
blotti sous sa couverture, persuadé que le moindre mouvement attirerait
sur lui quelque chose d’innommable, il n’avait pas osé bouger.
Il se souvenait seulement du grondement sourd d’un moteur…
Des claquements de portes…
Puis du bruit d’un véhicule s’éloignant dans les ténèbres mourantes de l’aube.
Son père était parti sans un mot.
The house was silent.
Too quiet.
Yet, in the heart of the night, he had heard some noise. Very early.
But
snuggled up under his blanket, convinced that the slightest movement
would attract something unnamable on him, he had not dared to move.
He only remembered the low rumble of an engine...
Door slamming...
Then the sound of a vehicle moving away in the dying darkness of dawn.
His father had left without a word.
Et étrangement, Weldon ne lui en voulait plus.
Pas cette fois.
Quelque chose avait changé cette nuit-là.
Quelque chose d’invisible, de profond, comme si une porte s’était refermée derrière lui pour toujours.
Il
avait la sensation confuse qu’une page entière de sa vie venait d’être
arrachée, emportée loin de lui dans le froid du matin… sans qu’il puisse
encore comprendre ce que l’avenir, désormais, allait exiger de lui.
And strangely, Weldon didn’t hold it against him anymore.
Not this time.
Something had changed that night.
Something invisible, deep, as if a door had closed behind him forever.
He
had the confused feeling that an entire page of his life had been torn
off, taken away from him in the cold morning... without him being able
to understand what the future, from now on, was going to demand of him.
Ce ne fut pas Hécate qui vint chercher Weldon cette matin-là.
Ce furent Chadney et Morgyn.
Lorsqu’il les vit apparaître devant la maison encore plongée dans la pâleur glaciale de l’aube, Weldon sentit une étrange lassitude l’envahir. Il était inquiet, défait, vidé par la peur qui avait consumé sa nuit entière. Pourtant, au milieu de ce chaos silencieux, une seule pensée demeurait dans son esprit :
Voir Hécate.
Lui raconter ce qu’il s’était passé.
Et entendre enfin une voix capable d’apaiser les ténèbres qui dévoraient son cœur.
It was not Hecate who came to fetch Weldon that morning.
These were Chadney and Morgyn.
When he saw them appear in front of the house still plunged in the icy pallor of dawn, Weldon felt a strange weariness invade him. He was worried, undone, drained by the fear that had consumed his entire night. Yet, in the midst of this silent chaos, only one thought remained in his mind:
See Hecate.
Tell him what had happened.
And finally hear a voice capable of soothing the darkness that devoured his heart.
Alors il partit avec eux sans poser la moindre question.
Le silence qui l’entourait semblait irréel, presque sacré. Weldon avançait mécaniquement, comme porté par une certitude profondément ancrée en lui : quoi qu’il arrive désormais, Hécate serait là.
Présente.
Et elle l’attendait.
So he left with them without asking any questions.
The silence that surrounded him seemed unreal, almost sacred. Weldon moved forward mechanically, as if carried by a deep-seated certainty: whatever happened from now on, Hecate would be there.
Present.
And she was waiting for him.
Chadney observait le petit garçon d’un air grave.
Devant lui se tenait un enfant tremblant, silencieux, les épaules crispées sous le poids d’une peur trop grande pour son âge. Pourtant, dans ses étonnants yeux couleur d’or liquide, brûlait encore quelque chose… une lumière fragile, vacillante, qui refusait obstinément de s’éteindre malgré l’effroi brutal qui l’avait frappé.
Chadney was watching the little boy with a serious look.
Before him stood a trembling child, silent, his shoulders tensed under the weight of fear too great for his age. Yet, in his astonishing eyes the color of liquid gold, something still burned... a fragile, flickering light, which stubbornly refused to go out despite the brutal dread that had struck it.
Morgyn, plus sensible encore à la détresse qui émanait de lui, posa doucement une main rassurante sur son épaule.
Et d’une voix calme, presque protectrice, il murmura :
— Viens… tu es en sécurité maintenant.
Hécate t’attend au cottage.
À ces mots, quelque chose se fissura enfin dans la peur de Weldon.
Comme si, pour la première fois depuis cette nuit maudite, il lui était enfin permis de respirer.
Morgyn, even more sensitive to the distress that emanated from him, gently placed a reassuring hand on his shoulder.
And in a calm, almost protective voice, he whispered:
—Come... you’re safe now.
Hecate is waiting for you at the cottage.
At these words, something finally cracked in Weldon’s fear.
As if, for the first time since that cursed night, he was finally allowed to breathe.
Quand
Hécate découvrit avec horreur le message de Weldon, elle fut saisie
d'une telle panique qu'elle réveilla instantanément l'intégralité du
cottage.
Les murs furent réveillés.
Les meubles furent réveillés.
— Weldon est en danger ! s'écria-t-elle en traversant les couloirs comme une prophétesse annonçant la fin du monde.
Chadney, qui possédait le rare talent de réfléchir avant de courir dans tous les sens, proposa une solution plus pragmatique :
— Peut-être devrions-nous préparer la maison pour son arrivée ?
When
Hecate discovered with horror the message of Weldon, she was seized by
such a panic that she instantly woke up the entire cottage.
The walls were awakened.
The furniture was awakened.
—Weldon is in danger! she cried as she walked through the halls like a prophetess heralding the end of the world.
Chadney, who had the rare talent to think before running in every direction, proposed a more pragmatic solution:
—Maybe we should prepare the house for his arrival?
Cette suggestion était déjà, pour Chadney, un acte d'audace révolutionnaire.
Mais
face à l'angoisse grandissante d'Hécate, qui semblait prête à partir à
la recherche de Weldon à pied, à cheval ou sur le dos d'un dragon si
nécessaire, il finit par céder.
La décision fut donc prise : Morgyn et lui-même iraient chercher le petit garçon.
This suggestion was already, for Chadney, an act of revolutionary audacity.
But
faced with the growing anxiety of Hecate, who seemed ready to go in
search of Weldon on foot, horseback or on the back of a dragon if
necessary, he ends up giving in.
So the decision was made: he and Morgyn would go to fetch the little boy.
Simeon, for his part, watched these preparations with increasing terror.
Simeon, quant à lui, assistait à ces préparatifs avec une terreur grandissante.
Car il connaissait Hécate.
Et c'était précisément le problème.
Hécate
avait déjà réussi à transformer plusieurs réunions tranquilles en
aventures épiques, trois dîners en incidents diplomatiques et une simple
promenade en une quête impliquant un troll, deux chèvres enchantées et
une mystérieuse malédiction dont personne ne comprenait encore
l'origine.
Mais Weldon...
Weldon était une inconnue.
Et cette pensée glaçait le sang de Simeon.
Car si le petit garçon était pire qu'Hécate ?
S'ils étaient deux ?
Deux esprits aventureux.
Deux aimants à catastrophes.
Deux êtres capables de prononcer les mots :
— J'ai eu une idée !
Simeon, for his part, watched these preparations with increasing terror.
Because he knew Hecate.
And that was precisely the problem.
Hecate
had already managed to turn several quiet meetings into epic
adventures, three dinners into diplomatic incidents and a simple walk
into a quest involving a troll, two enchanted goats and a mysterious
curse whose origin no one yet understood.
But Weldon...
Weldon was an unknown.
And this thought chilled the blood of Simeon.
Because what if the little boy was worse than Hecate?
What if there are two of them?
Two adventurous spirits.
Two magnets for disasters.
Two beings capable of pronouncing words:
—I had an idea!
Deux êtres capables de prononcer les mots :
— J'ai eu une idée !
au même moment.
Simeon sentit un frisson lui parcourir l'échine.
Sa maison survivrait-elle à une telle combinaison ?
Les murs survivraient-ils ?
La bibliothèque survivrait-elle ?
Lui-même survivrait-il ?
Il n'en était plus totalement certain.
Two beings capable of pronouncing words:
—I had an idea!
at the same time.
Simeon felt a shiver run down his spine.
Would his house survive such a combination?
Would the walls survive?
Would the library survive?
Would he himself survive?
He was no longer completely certain.
Il voyait déjà sa paisible demeure de mage érudit se transformer en colonie de vacances enchantée.
Les grimoires serviraient de marchepieds.
Les couloirs résonneraient de courses-poursuites.
Les créatures magiques du voisinage commenceraient mystérieusement à disparaître avant de réapparaître coiffées de rubans.
Et quelque part, inévitablement, Hécate déclarerait :
— Oh, ce n'est qu'un petit incident.
Quelques secondes avant une explosion.
He could already see his peaceful dwelling as a learned mage turn into an enchanted summer camp.
The grimoires would serve as steps.
The corridors would resonate with chases.
The magical creatures of the neighborhood would mysteriously begin to disappear before reappearing wearing ribbons.
And somewhere, inevitably, Hecate would say:
— Oh, it’s just a small incident.
Seconds before an explosion.
Les heures passaient beaucoup, beaucoup trop lentement.
Pour Hécate, chaque minute semblait durer environ trois siècles et demi.
Elle
faisait les cent pas dans le cottage, regardait par la fenêtre,
revenait vers la cheminée, retournait à la fenêtre, puis recommençait,
persuadée que cette fois-ci, par miracle, le paysage enneigé aurait
changé depuis les trente secondes précédentes.
Dans son esprit, la situation était déjà catastrophique.
Weldon était certainement terrifié.
Ou traumatisé.
Ou terrifié ET traumatisé.
Peut-être même poursuivi par une malédiction ancestrale, trois loups-garous et un fonctionnaire administratif.
Bref, elle imaginait le pire.
Les heures passaient beaucoup, beaucoup trop lentement.
Pour Hécate, chaque minute semblait durer environ trois siècles et demi.
Elle
faisait les cent pas dans le cottage, regardait par la fenêtre,
revenait vers la cheminée, retournait à la fenêtre, puis recommençait,
persuadée que cette fois-ci, par miracle, le paysage enneigé aurait
changé depuis les trente secondes précédentes.
Dans son esprit, la situation était déjà catastrophique.
Weldon était certainement terrifié.
Ou traumatisé.
Ou terrifié ET traumatisé.
Peut-être même poursuivi par une malédiction ancestrale, trois loups-garous et un fonctionnaire administratif.
Bref, elle imaginait le pire.
Puis soudain...
Trois silhouettes apparurent sous la neige.
Hécate retint son souffle.
Et resta figée.
Then suddenly...
Three silhouettes appeared under the snow.
Hecate held his breath.
And remained frozen.
Car les trois individus qui approchaient ne ressemblaient absolument pas à des survivants d'une terrible épreuve.
Ils marchaient tranquillement.
Ils bavardaient.
Ils riaient même.
Morgyn faisait de grands gestes.
Chadney semblait raconter quelque chose.
Et Weldon les suivait d'un air parfaitement détendu.
Hécate en resta bouche bée.
Devait-elle être scandalisée ?
Soulagée ?
Vexée ?
Reconnaissante ?
Elle ne savait plus.
Elle avait passé plusieurs heures à imaginer son cher petit Weldon en héros tragique d'une ballade funèbre.
Et voilà qu'il revenait comme s'il rentrait d'une promenade dominicale.
Décidément, elle ne comprendrait jamais les hommes.
Jamais.
Because the three individuals who approached did not at all look like survivors of a terrible ordeal.
They walked quietly.
They were chatting.
They even laughed.
Morgyn made big gestures.
Chadney seemed to be telling something.
And Weldon followed them with a perfectly relaxed air.
Hecate was speechless.
Should she have been scandalized?
Relieved?
Upset?
Grateful?
She didn’t know anymore.
She had spent several hours imagining her dear little Weldon as the tragic hero of a funeral ballad.
And now he was coming back as if from a Sunday walk.
Decidedly, she would never understand men.
Never.
Elle était là, tremblante d'émotion, à deux doigts de s'évanouir d'inquiétude.
Et eux arrivaient en discutant probablement de la météo, des biscuits ou d'un sujet tout aussi absurde.
Mais alors que le groupe approchait du cottage, Weldon leva les yeux.
Il aperçut Hécate.
Et toute sa courageuse comédie s'effondra instantanément.
— HÉCATE !
Le petit garçon traversa la neige à toute vitesse et se jeta dans ses bras.
Alors seulement toute sa détresse éclata.
Les larmes arrivèrent.
Les sanglots aussi.
Il s'accrocha à elle comme si le monde entier risquait de disparaître à la seconde suivante.
Pendant tout le trajet, il avait joué les durs.
Il avait été courageux.
Très courageux.
Trop courageux même.
Devant Chadney et Morgyn, il avait refusé de montrer la moindre faiblesse.
Mais Hécate, elle, représentait une faiblesse autorisée.
Alors il enfouit son visage contre son épaule et laissa sortir d'un seul coup toutes les peurs qu'il avait gardées enfermées.
She was there, trembling with emotion, two inches away from fainting with worry.
And they would probably arrive discussing the weather, biscuits or an equally absurd subject.
But as the group approached the cottage, Weldon looked up.
He saw Hecate.
And all his courageous comedy collapsed instantly.
—HECATE!
The little boy raced through the snow and flung himself into his arms.
Only then did all his distress burst out.
The tears came.
Sobs too.
Il s'accrocha à elle comme si le monde entier risquait de disparaître à la seconde suivante.
Pendant tout le trajet, il avait joué les durs.
Il avait été courageux.
Très courageux.
Trop courageux même.
Devant Chadney et Morgyn, il avait refusé de montrer la moindre faiblesse.
Mais Hécate, elle, représentait une faiblesse autorisée.
Alors il enfouit son visage contre son épaule et laissa sortir d'un seul coup toutes les peurs qu'il avait gardées enfermées.
He clung to her as if the whole world was in danger of disappearing at the next second.
During the whole trip, he had played the tough guy.
He had been brave.
Very brave.
Too brave even.
In front of Chadney and Morgyn, he had refused to show the slightest weakness.
But Hecate, she represented an authorized weakness.
Then he buried his face against his shoulder and let out all the fears that he had kept locked up at once.
Derrière eux, Chadney poussa un discret soupir de soulagement.
— Ah, enfin.
— Enfin quoi ? demanda Morgyn.
— Enfin quelqu'un d'autre que nous va gérer les pleurs.
Morgyn hocha gravement la tête.
— C'est vrai que c'est beaucoup moins effrayant quand c'est le problème de quelqu'un d'autre.
À quelques pas de là, Hécate serrait Weldon contre elle comme un trésor retrouvé.
Et personne n'osa lui signaler qu'elle pleurait au moins autant que lui.
Behind them, Chadney let out a quiet sigh of relief.
—Ah, finally.
— Finally what? asked Morgyn.
—Finally, someone other than us will handle the crying.
Morgyn nodded gravely.
—It’s true that it’s much less scary when it’s someone else’s problem.
A few steps away, Hecate held Weldon close to her like a treasure found.
And no one dared to tell her that she was crying at least as much as he was.
Et
parmi toute cette tempête d'émotions, de larmes, de sanglots étouffés,
de soulagement et de tendresse, Siméon observait la scène.
Étrangement calme.
Beaucoup trop calme.
Tandis
que le jeune Weldon s'accrochait Hécate comme s'il craignait qu'elle ne
disparaisse à nouveau dans la neige, tandis que celle ci le serrait
contre lui avec une infinie douceur, Siméon assistait au spectacle avec
une sérénité presque inquiétante.
Ses mains étaient tranquillement enfouies dans les poches de son manteau.

Son regard allait du petit garçon en pleurs à Hécate, attendri.
Puis il leva les yeux vers le ciel gris.
—
Eh bien... murmura-t-il avec un calme déconcertant. Nous sommes passés
du « petit contretemps » à la catastrophe émotionnelle en moins de dix
minutes. C'est un nouveau record.
And among all this storm of emotions, tears, muffled sobs, relief and tenderness, Siméon observed the scene.
Strangely calm.
Much too quiet.
While
the young Weldon clung to Hecate as if he feared that she might
disappear again in the snow, while Hecate held him close to her with an
infinite gentleness, Simeon attended the spectacle with an almost
disturbing serenity.
His hands were quietly buried in the pockets of his coat.
His gaze went from the little boy in tears to Hécate.
Then he looked up at the gray sky.
—
Well... he murmured with a disconcerting calm. We went from "small
setbacks" to emotional catastrophe in less than ten minutes. That’s a
new record.
No one listened to him.
Weldon pleurait toujours.
Hécate essayait de le rassurer.
Et
Siméon, seul être encore doté d'une once de sang-froid, contemplait
avec une résignation presque philosophique le désastre qui arrivait.
Car il connaissait parfaitement la prochaine étape.
Hécate.
Lorsqu'elle apprendrait ce qui venait de se passer, il ne resterait probablement plus grand-chose du calme de cette journée.
Siméon poussa un profond soupir.
— Oui... confirma-t-il pour lui-même. Le véritable désastre n'a même pas encore commencé.
Hecate was trying to reassure him.
And
Simeon, the only person still with an ounce of composure, contemplated
with almost philosophical resignation the disaster that was coming.
Because he knew perfectly well the next step.
Hecate.
When she heard what had just happened, there probably wouldn’t be much left of the peace of that day.
Simeon let out a deep sigh.
—Yes... he confirmed to himself. The real disaster hasn’t even started yet.
Et contre toute attente, ce fut Morgyn qui s'approcha de lui.
Simeon leva vers lui un regard tragique.
Le regard d'un homme qui venait d'apercevoir son avenir.
Et qui n'aimait absolument pas ce qu'il voyait.
Morgyn attrapa doucement ses mains glacées.
— Ne t'inquiète pas.
Simeon cligna des yeux.
— Pardon ?
— On va tous gérer.
Simeon regarda Morgyn.
Puis Hécate qui pleurait.
Puis Weldon qui pleurait.
Puis Chadney qui essayait discrètement de ne pas être impliqué.
*
Simeon looked at him with a tragic gaze.
The gaze of a man who had just glimpsed his future.
And who absolutely did not like what he saw.
Morgyn gently grabbed his icy hands.
— Don’t worry.
Simeon blinked.
— Sorry?
—We’ll all manage.
Simeon looked at Morgyn.
Then Hecate, who was crying.
Then Weldon who was crying.
Then Chadney, who was discreetly trying not to be involved.
— "On va tous gérer" quoi exactement ?
— Tout.
— C'est-à-dire ?
— Les émotions.
— Il y en a beaucoup.
— Oui.
— Beaucoup beaucoup.
— Oui.
— Énormément.
— Oui.
Simeon leva les yeux vers le ciel.
Ou du moins vers les nuages, puisqu'ils étaient dehors.
Une main sur la tête, il inspira profondément.
— Morgyn...
— Oui ?
— Il y a cinq minutes, Hécate était prête à déclarer la guerre au royaume entier.
— C'est vrai.
— Et Weldon vient de fondre en larmes dans ses bras.
— C'est également vrai.
— Et tu crois vraiment que nous allons gérer ça ?
Morgyn lui adressa son plus beau sourire.
—"We’ll all handle it" what exactly?
—Everything.
—That means?
—Emotions.
—There are many of them.
—Yes.
—Many, many.
—Yes.
—Enormously.
—Yes.
Simeon looked up to the sky.
Or at least towards the clouds, since they were outside.
A hand on his head, he breathed in deeply.
—Morgyn...
—Yes?
—Five minutes ago, Hecate was ready to declare war on the entire kingdom.
—That’s true.
—And Weldon just burst into tears in her arms.
—That’s true, too.
— And do you really believe that we will handle this?
Morgyn gave him his most beautiful smile.
Le sourire lumineux, optimiste et absolument irresponsable de quelqu'un qui n'avait aucune idée de ce qui allait arriver.
— Non.
Simeon pâlit.
— Non ?
— Pas du tout.
Puis Morgyn lui tapota l'épaule.
— Mais nous allons faire semblant avec beaucoup de conviction.
Étrangement, cette réponse n'apaisa absolument pas Simeon.
The bright, optimistic and absolutely irresponsible smile of someone who had no idea what would happen.
—No.
Simeon turned pale.
—No?
—Not at all.
Then Morgyn patted his shoulder.
—But we will pretend with a lot of conviction.
Strangely, this answer did not appease Simeon at all.
...
Il avait remarqué que, depuis l'arrivée du petit protégé d'Hécate, absolument tout allait de travers.
Pourtant, Weldon était un enfant charmant. Discret. Poli. Silencieux au point qu'on oubliait parfois sa présence. Mais ce qui troublait Chadney n'était pas son tempérament exemplaire. Non.
C'étaient ses yeux.
Deux étranges flammes d'or liquide qui semblaient danser dans ses prunelles.
Ce n'était assurément pas un enfant ordinaire.
He had noticed that since the arrival of Hecate’s little protégé, absolutely everything was going wrong.
Yet, Weldon was a charming child. Discreet. Polite. Silent to the point that one sometimes forgot his presence. But what troubled Chadney was not his exemplary temperament. No.
Those were his eyes.
Two strange flames of liquid gold that seemed to dance in his eyes.
Car il fallait remettre de l'ordre dans un chaos devenu proprement pantagruélique.
L'enquête n'avançait guère.
Hécate, dont les pouvoirs magiques semblaient pourtant se renforcer de jour en jour, obtenait désormais des résultats dignes d'une apprentie sorcière ayant acheté son premier grimoire la veille.
Because it was necessary to restore order in a chaos that had become properly pantagruelian.
The investigation was making little progress.
Hecate, whose magical powers seemed to be growing stronger by the day, was now getting results worthy of an apprentice witch who had bought her first grimoire the night before.
Ses visions se soldaient par des non-sens tellement absurdes qu'une cartomancienne de foire aurait refusé de les interpréter par peur du ridicule.
Même Siméon ne comprenait plus ses propres prophéties.
Le plus inquiétant était que ses sombres prédictions semblaient malgré tout se réaliser.
Sa maison ne ressemblait plus à un quartier général d'enquêteurs compétents, mais au terrain de jeu favori d'un esprit ancien, narquois et particulièrement taquin.
Les objets disparaissaient pour réapparaître dans des endroits impossibles.
Les portes s'ouvraient seules.
Les grimoires changeaient de place.
Une théière avait même été retrouvée dans un lustre.
Personne ne savait comment.
Personne n'osa demander pourquoi.
His visions ended in nonsense so absurd that a fairground fortune-teller would refuse to interpret them for fear of ridicule.
Even Simeon no longer understood his own prophecies.
The most worrying thing was that his dark predictions still seemed to come true.
His house no longer resembled a headquarters of competent investigators, but the favorite playground of an old spirit, sly and particularly teasing.
Objects disappeared to reappear in impossible places.
The doors opened by themselves.
The grimoires changed places.
A teapot had even been found in a chandelier.
No one knew how.
No one dared to ask why.
Puis il souriait.
Un tout petit sourire.
Ce qui, étrangement, inquiétait Chadney encore davantage.
Then he smiled.
A tiny smile.
Which, strangely enough, worried Chadney even more.
Pourtant, Weldon semblait enchanté par ce désastre permanent.
Yet, Weldon seemed enchanted by this permanent disaster.
Ils n'essayaient pas de le divertir.
Ils étaient simplement devenus incapables de rester concentrés plus de cinq minutes.
They weren’t trying to entertain him.
They had simply become unable to stay focused for more than five minutes.
Ce
fut au cours d'un bref instant de répit, lorsque le soir étendait
lentement son voile d'ombre sur le monde, que la vérité commença à
émerger.
C'est alors que surgit une révélation aussi inattendue que terrifiante.
Une vérité ancienne.
Une vérité dangereuse.
Une vérité qui aurait sans doute dû demeurer enfouie à jamais.
It was during a brief moment of respite, as evening slowly cast its shadow over the world, that truth began to emerge.
The cottage was bathed in a misleading tranquility. The last twilight still clung to the windows while silence gradually settled in the corridors.
It is then that a revelation arises as unexpected as terrifying.
An ancient truth.
A dangerous truth.
A truth that probably should have remained buried forever.
En pyjama, les pieds nus dépassant à peine des marches, Weldon serrait son ours en peluche contre lui. Depuis le début, personne ne lui prêtait attention.
Toute leur concentration était tournée vers cette mystérieuse femme.
Cette inconnue qui, des années auparavant, avait prononcé dans une langue ancienne une formule interdite afin de rompre le lien sacré qui l'unissait à son compagnon consacré. Un acte impensable, accompli pour permettre à celui-ci de s'unir à une autre femme, celle qui portait désormais son héritier.
Le récit avait plongé la pièce dans un silence pesant.
In his pajamas, bare feet barely protruding from the steps, Weldon hugged his teddy bear tightly. From the beginning, no one paid attention to him.
All their concentration was turned towards this mysterious woman.
This unknown who, years before, had uttered in an ancient language a forbidden formula to break the sacred bond that bound him to his consecrated companion. An unthinkable act, accomplished to allow him to unite with another woman, the one who now carried his heir.
— Moi... j'étais là.
Tous se turent.
— J'ai entendu ce qui s'est passé...
Weldon n'avait pas quitté sa marche.
Ses doigts se crispaient sur son ours en peluche tandis qu'il levait vers eux ses grands yeux couleur de feu liquide.
— Je n'ai pas tout compris... continua-t-il timidement. J'ai vu la dame partir, mais seulement de dos.
Il hésita.
— Par contre... je me souviens de sa voix.
Les adultes se levèrent d'un bond.
Plusieurs chaises raclèrent le sol dans un bruit brutal.
Tous se tournèrent vers lui simultanément.
Le silence qui suivit fut presque douloureux.
Et pourtant, aucun d'eux ne réalisait encore l'importance de cette révélation.
—Me... I was there.
All were silent.
—I heard what happened...
Weldon had not left his walk.
His fingers tensed on his teddy bear as he raised his large liquid fire-colored eyes toward them.
—I didn’t understand everything... he continued timidly. I saw the lady leave, but only from behind.
He hesitated.
—On the other hand... I remember his voice.
The adults leapt to their feet.
Several chairs scraped the ground in a brutal noise.
Et pourtant, aucun d'eux ne réalisait encore l'importance de cette révélation.
Aucun d'eux ne comprenait encore que quelques mots allaient bouleverser tout ce qu'ils croyaient savoir.
Weldon sentit tous les regards braqués sur lui.
Cela sembla le rendre mal à l'aise.
Il serra davantage son ours contre sa poitrine et ajouta d'une voix douce, hésitante :
None of them yet understood that a few words would upset everything they thought they knew.
Weldon felt all eyes on him.
It seemed to make him uncomfortable.
He pressed his bear more tightly to his chest and added in a soft, hesitant voice:
— Je crois que c'était la voix de Luna...
Un battement de cœur passa.
— L'amie d'Hécate.
—I think it was Luna’s voice...
A heartbeat passed.
—Hecate’s friend.
Le sang quitta le visage d'Hécate.
Son corps se figea.
Plus personne ne bougea.
Plus personne ne parla.
The blood left the face of Hecate.
His body froze.
No one spoke anymore.
L'animosité inexplicable entre Luna et Weldon.
Les regards froids.
Les remarques acerbes.
Cette hostilité que personne n'avait réellement comprise.
Et pour la première fois, Hécate sentit naître en elle une peur véritable.
The inexplicable animosity between Luna and Weldon.
The cold glances.
The harsh remarks.
This hostility that no one had really understood.
And for the first time, Hecate felt a true fear born in her.
Cependant,
sur la péninsule de Luna, la disparition de Faern, aussi soudaine
qu'inexplicable, ne suscita chez elle aucune véritable inquiétude.
Non.
Ce qui la troublait réellement était bien plus égoïste : son absence bouleversait tous ses projets.
Car la présence de Faern auprès d'elle n'avait jamais été le fruit du hasard.
Derrière
ses sourires mesurés et ses attentions soigneusement calculées, Luna
poursuivait depuis le début un dessein bien plus sournois. Elle avait
volontairement laissé Faern s'approcher, gagner sa confiance et partager
son intimité dans un seul but : accéder aux secrets qu'il dissimulait
avec tant d'acharnement.
However, on the Luna Peninsula, Faern’s disappearance, as sudden as it was inexplicable, did not cause her any real concern.
No.
What really troubled her was far more selfish: her absence disrupted all her projects.
Because Faern’s presence with her had never been a coincidence.
Behind
her measured smiles and carefully calculated attentions, Luna pursued
from the beginning a far more devious plan. She had willingly allowed
Faern to come closer, gain his trust, and share his intimacy for one
purpose: to access the secrets he was so relentlessly hiding.
Il y avait d'abord cet enfant.
Ce
garçon qu'il protégeait avec une dévotion presque inquiétante. Une
affection si absolue qu'elle dépassait de loin celle qu'un père aurait
pu éprouver pour son propre sang. Faern veillait sur lui comme sur un
trésor ou une arme redoutable. Comme si l'enfant portait en lui quelque
chose de précieux... ou de terriblement dangereux.
First there was this child.
That
boy he was protecting with an almost eerie devotion. An affection so
absolute that it far surpassed what a father could have felt for his own
blood. Faern watched over him like a treasure or a formidable weapon.
As if the child carried something precious... or terribly dangerous.
Puis venait cette autre énigme.
Cette
force obscure qu'elle avait parfois cru apercevoir derrière son regard.
Une puissance ancienne, silencieuse, tapie dans les profondeurs de son
être. Une force dont il n'avait jamais parlé, pas même durant les
moments les plus intimes de leur relation.
Luna avait tenté de percer ses défenses.
Questions
innocentes, confidences feintes, séductions subtiles, manipulations
savamment orchestrées... Elle avait utilisé tous les stratagèmes qu'elle
connaissait sans jamais éveiller ses soupçons.
Du moins le croyait-elle.
À présent qu'il avait disparu, le doute commençait à s'insinuer dans son esprit.
S'était-elle montrée trop curieuse ?
Avait-elle laissé entrevoir ses véritables intentions ?
Faern avait-il découvert ses manigances ?
Ou pire encore...
L'avait-elle gravement sous-estimé ?
Then came this other enigma.
This
dark force that she had sometimes thought she saw behind her gaze. An
ancient power, silent, lurking in the depths of his being. A force he
had never spoken of, not even during the most intimate moments of their
relationship.
Luna had tried to break through his defenses.
Innocent
questions, fake confidences, subtle seductions, cleverly orchestrated
manipulations... She had used all the tricks she knew without ever
arousing his suspicions.
At least she believed it.
Now that he was gone, doubt began to creep into his mind.
Had she been too curious?
Had she hinted at his true intentions?
Had Faern discovered his schemes?
Or even worse...
Had she seriously underestimated him?
Pourtant, avant sa disparition, un détail avait attiré son attention.
Un nom.
Un simple nom qui avait surgi au détour d'une conversation et qu'elle n'avait d'abord pas reconnu.
Mais Luna n'était pas femme à ignorer une piste.
Après plusieurs recherches discrètes, elle avait découvert ce qui se cachait derrière cette identité.
Officiellement,
l'homme était un artiste de renommée mondiale. Un concertiste adulé,
célébré pour son talent exceptionnel et sa carrière irréprochable.
Mais derrière cette façade parfaite se dissimulait une réalité bien plus inquiétante.
Il se nommait Apolinarius des Trois Roys.
A name.
A simple name that had arisen in the course of a conversation and that she had not initially recognized.
But Luna wasn’t a woman to ignore a lead.
After several discreet searches, she had discovered what was hidden behind this identity.
Officially,
the man was a world-renowned artist. A beloved concert artist,
celebrated for his exceptional talent and impeccable career.
But behind this perfect façade was concealed a much more worrying reality.
His name was Apolinarius of the Three Roys.
Et sa famille appartenait à l'une des lignées les plus anciennes, les plus puissantes et les plus redoutées du continent.
Ce n'était pas le genre de famille dont les journaux parlaient.
Aucun scandale.
Aucune rumeur.
Aucune affaire retentissante.
Seulement un silence prudent.
Un silence chargé de crainte.
On
ne prononçait leur nom qu'à voix basse. On évitait les questions. On
changeait rapidement de sujet. Leur influence s'étendait dans des
sphères invisibles au commun des mortels, un monde d'alliances obscures,
de serments anciens et de loyautés inébranlables.
Une famille si discrète qu'elle en devenait presque légendaire.
And his family belonged to one of the most ancient, powerful, and feared lineages on the continent.
That wasn’t the kind of family the papers were talking about.
No scandal.
No rumors.
No big deal.
Only a cautious silence.
A silence charged with fear.
Their
names were only pronounced in a low voice. We avoided questions. We
quickly changed the subject. Their influence extended into spheres
invisible to the common man, a world of obscure alliances, ancient oaths
and unshakable loyalties.
A family so discreet that it became almost legendary.
Et
plus Luna avançait dans ses recherches, plus elle comprenait que Faern
n'était peut-être qu'une pièce d'un jeu infiniment plus vaste.
Un jeu dont Apolinarius des Trois Roys constituait peut-être la clé.
Ses lèvres s'étirèrent en un sourire calculateur.
Oui.
C'était là qu'elle devait frapper.
Comprendre.
Observer.
Découvrir.
S'infiltrer.
Peu importaient les risques.
Peu importaient les conséquences.
Car certaines portes ne s'ouvrent jamais sans sacrifice.
Et Luna était prête à employer tous les moyens nécessaires pour percer les ténèbres qui entouraient cette mystérieuse lignée.
And
the further Luna went in her research, the more she understood that
Faern was perhaps only a piece of an infinitely larger game.
A game in which Apolinarius of the Three Roys was perhaps the key.
Her lips stretched out in a calculating smile.
Yes.
That was where she had to strike.
Understand.
Observing.
Discover.
Infiltrate.
The risks didn’t matter.
The consequences didn’t matter.
Because some doors never open without sacrifice.
And Luna was ready to use any means necessary to pierce the darkness that surrounded this mysterious lineage.
les motifs
Car, aussi loin que remontaient les souvenirs de Luna, toute son existence n'avait été qu'une lente disparition.
Année
après année, elle s'était effacée dans l'ombre éclatante de l'homme
qu'elle avait aimé plus que sa propre vie. Celui que la Déesse de la
Lune lui avait désigné comme compagnon. Celui auquel elle avait offert
une loyauté absolue, un dévouement sans limite et une confiance aveugle.
Elle
connaissait chacun des membres de sa compagnie, leurs familles, leurs
secrets, leurs ambitions et leurs serments. Elle avait contribué à bâtir
leur puissance, à préserver leur unité, à maintenir l'équilibre fragile
qui permettait à leur influence de grandir.
Et pourtant, malgré tous ses efforts, un vide demeurait.
L'héritier.
Celui qu'elle n'avait jamais pu lui offrir.
The facts
For, as far back as Luna’s memories went, her whole existence had been but a slow demise.
Year
after year, she had faded into the glowing shadow of the man she had
loved more than her own life. The one whom the Moon Goddess had
designated as her companion. The one to whom she had offered absolute
loyalty, unlimited dedication and blind trust.
She knew each of
the members of her company, their families, their secrets, their
ambitions and their oaths. She had helped to build their power, to
preserve their unity, to maintain the fragile balance that allowed their
influence to grow.
And yet, despite all his efforts, a vacuum remained.
The heir.
The one she never could give him.
L'héritier.
Celui qu'elle n'avait jamais pu lui offrir.
Les
fausses couches s'étaient succédé comme autant de malédictions
silencieuses, emportant avec elles ses espoirs, sa joie et peu à peu une
partie de son âme. Chaque perte avait creusé davantage le fossé entre
elle et son rêve de devenir la mère de la dynastie qui devait asseoir
définitivement le pouvoir de son époux.
Malgré tout, elle y avait cru.
Jusqu'au bout.
Malgré les chagrins et le désespoir de l'avoir encore une fois déçu
Elle avait vu la distance, de l homme qui dormait auprès d'elle , le dos tourné,
Plus de bras autour d' elle ,de sa taille
Non un froid rejet car elle ne pouvait, malgré leur amour lui offrir ce qu'il désirait le plus et pendant ces nuits solitaires sans le réconfort de son mari et compagnon, Luna , avec la clarté d'une femme
répudiée compris tout ..
l'absence, le rejet et la trahison, depuis des semaines, qu'elle n'avait pas voulu voir, ni enregistré, car son cerveau le lui refusait et pourtant c'était réel, présent...
il y avait autre chose ou...
Jusqu'au jour où apparut une jeune femme.
Belle.
Jeune.
Souriante.
Et derrière ce sourire, infiniment plus calculatrice qu'elle ne le laissait paraître.
En quelques mois seulement, l'inconnue avait accompli ce que les années n'avaient jamais permis : elle avait pris sa place.
Puis elle l'avait effacée.
Comme si Luna n'avait jamais existé.
Comme si son amour, son travail, son sacrifice et sa fidélité n'avaient été que des détails sans importance.
Seule comptait désormais la promesse d'un héritier.
La promesse de la continuité.
La promesse de la légitimité.
Son remplacement avait été brutal.
Silencieux.
Définitif.
Et le plus terrible n'était pas la trahison de l'homme qu'elle avait aimé.
Non.
Le plus terrible était l'indifférence.
L'indifférence de ceux qu'elle avait soutenus durant toutes ces années.
L'indifférence de ceux qu'elle avait aidés.
The heir.
The one she never could give him.
The
miscarriages had succeeded each other as silent curses, taking with
them his hopes, his joy and little by little a part of his soul. Each
loss had deepened the rift between her and her dream of becoming the
mother of the dynasty that was to establish permanently the power of her
husband.
Despite everything, she had believed it.
All the way.
Despite the sorrows and despair of having once again disappointed him
She had seen the distance, of the man who was sleeping beside her, with his back turned,
No more arms around her, about her waist
No
,
A cold rejection because she could not, despite their love, offer him
what he desired most, and during those lonely nights without the comfort
of her husband and companion, Luna, with the clarity of a woman.repudiated including everything .
the
absence, rejection, and betrayal, for weeks, that she had not wanted to
see, nor recorded, because her brain refused it, and yet it was real,
present...
was there anything else or...
Until the day a young woman appeared.
Belle.
Young.
Smiling.
And behind that smile, infinitely more calculating than she let it appear.
In just a few months, the unknown had accomplished what years never allowed: she had taken her place.
Then she had erased it.
As if Luna never existed.
As if his love, his work, his sacrifice and his fidelity had been nothing but trivial details.
Only the promise of an heir now counted.
The promise of continuity.
The promise of legitimacy.
His replacement had been brutal.
Quiet.
Final.
And the most terrible was not the betrayal of the man she had loved.
No.
The most terrible was indifference.
L'indifférence de ceux qui avaient détourné les yeux tandis qu'elle disparaissait peu à peu des mémoires.
Mais tous avaient commis la même erreur.
Ils avaient sous-estimé Luna.
Car Luna n'était qu'un masque.
Un personnage.
Une épouse docile, discrète et dévouée que le temps avait façonnée pour mieux tromper le monde.
Son véritable nom était Némésis de Twi.
Et autrefois, ce nom avait inspiré autant de crainte que de respect.
The indifference of those who had looked away as it gradually disappeared from memories.
But everyone had made the same mistake.
They had underestimated Luna.
Because Luna was just a mask.
A character.
A docile, discreet and devoted wife that time had shaped to better deceive the world.
His real name was Nemesis of Twi.
And in the past, this name had inspired as much fear as respect.
Pendant
des années, elle s'était fondue dans le rôle de la compagne parfaite,
laissant chacun oublier qui elle était réellement. Même l'homme arrogant
qui se croyait au-dessus de tous avait fini par ne voir en elle qu'une
présence familière, acquise pour toujours.
Pourtant, malgré les
mensonges, malgré l'orgueil et les blessures, leur histoire n'avait pas
été entièrement bâtie sur l'illusion.
Il y avait eu de l'amour.
Un amour sincère.
De la passion.
Du désir.
Une dévotion presque sacrée.
Des deux côtés.
Mais cet amour appartenait désormais au passé.
À présent, seule dans les ténèbres qu'elle avait choisies pour refuge, Némésis calculait.
Observait.
Construisait.
Chaque pièce de son œuvre avançait lentement vers son accomplissement.
Elle ne désirait pas retrouver ce qu'elle avait perdu.
Elle ne voulait ni pardon, ni retour.
For
years, she had blended into the role of the perfect companion, letting
everyone forget who she really was. Even the arrogant man who thought he
was above all had ended up seeing in her only a familiar presence,
acquired forever.
Yet, despite the lies, despite the pride and the wounds, their story had not been entirely built on illusion.
There had been love.
A sincere love.
Passion.
Of desire.
An almost sacred devotion.
On both sides.
But that love was now a thing of the past.
Now, alone in the darkness she had chosen for refuge, Nemesis calculated.
Observed.
Built.
Each piece of his work was slowly advancing towards its completion.
She did not want to find what she had lost.
She wanted neither forgiveness nor return.
Seulement une vengeance.
Une
vengeance si vaste, si implacable et si parfaite qu'elle ferait
trembler jusqu'aux fondations de la dynastie qui l'avait rejetée.
Et au centre de ses plans se trouvait Apollinatius des Trois Roys.
Son atout le plus précieux.
Son arme la plus inattendue.
Elle ignorait encore comment toutes les pièces s'assembleraient.
Mais cela importait peu.
Elle finirait par trouver.
Après tout, elle n'était pas seule.
Dans l'ombre, des alliés veillaient.
Des intérêts anciens s'agitaient.
Des pactes oubliés attendaient leur heure.
Et aucun de ceux qui avaient condamné Luna à l'oubli ne soupçonnait encore l'ampleur du désastre qui approchait.
Car la vengeance de Némésis ne cherchait pas à détruire un homme.
Elle visait un royaume tout entier.
Only revenge.
A vengeance so vast, so implacable and so perfect that it would shake the foundations of the dynasty that had rejected it.
And at the center of his plans was Apollinatius des Trois Roys.
His most valuable asset.
His most unexpected weapon.
She still didn’t know how all the pieces would fit together.
But that didn’t matter.
She would find out eventually.
After all, she wasn’t alone.
In the shadows, allies watched.
Ancient interests were stirring.
Forgotten pacts waited for their time.
And none of those who had condemned Luna to oblivion still suspected the magnitude of the disaster that was approaching.
Et aucun de ceux qui avaient condamné Luna à l'oubli ne soupçonnait encore l'ampleur du désastre qui approchait.
Car la vengeance de Luna ( Némésis )ne cherchait pas à détruire un homme.
Elle visait un royaume tout entier.
And
none of those who had condemned Luna '(Némesis) to oblivion still
suspected the magnitude of the disaster that was approaching.
For Nemesis’s vengeance did not seek to destroy a man.
She aimed for a whole kingdom.
Non
pas par soif de pouvoir. Non, cette ambition-là ne l'avait jamais
guidée. Mais parce qu'au fond d'elle-même, Luna savait une vérité
qu'elle ne pouvait fuir : elle avait contribué à le consolider.
Année
après année, choix après choix, elle avait participé à l'édification de
cette puissance qui s'étendait désormais comme une ombre sur le
royaume. Ses conseils, sa loyauté et son dévouement avaient renforcé des
fondations qu'elle croyait autrefois nobles.
À présent qu'elle
contemplait l'œuvre achevée, un étrange malaise étreignait son cœur. Car
certaines forteresses ne sont pas bâties par la force d'un seul homme,
mais par les mains silencieuses de ceux qui l'ont servi.
Et parmi ces mains se trouvaient les siennes.
Une pensée sombre, presque coupable, qui la suivait désormais comme un spectre dans la nuit.
Not
out of a thirst for power. No, that ambition had never guided her. But
because deep down, Luna knew a truth that she could not escape: she had
helped to consolidate it.
Year after year, choice after choice,
she had participated in the building of this power that now extended
like a shadow over the kingdom. Her guidance, loyalty, and dedication
had strengthened foundations she once believed to be noble.
Now
that she was contemplating the finished work, a strange unease gripped
her heart. For some fortresses are not built by the strength of one man,
but by the silent hands of those who have served him.
And among these hands were his.
A dark, almost guilty thought that now followed her like a specter in the night.
...
...
Sur l'Île aux Sorcières, des événements étranges et profondément troublants commençaient à se multiplier.
Pendant
que Luna — ou plutôt Némésis sous son nouveau masque — élaborait
patiemment ses plans pour attirer un séduisant artiste dans ses filets,
notre équipe de choc et le jeune Weldon se retrouvaient confrontés à une
affaire bien plus inquiétante.
Un cambriolage.
Du moins, c'est ce que tout le monde croyait.
Car rien dans cette histoire n'avait le moindre sens.
Le voleur semblait savoir exactement où aller.
Exactement quoi chercher.
Et surtout, exactement ce qu'il devait éviter.
Autant d'éléments qui transformaient ce simple larcin en quelque chose de bien plus inquiétant.
Mais le plus surprenant ne fut pas l'intrusion.
On Witches' Island, strange and deeply disturbing events began to multiply.
While
Luna—or rather Nemesis under her new mask—patiently worked on her plans
to attract a seductive artist into her net, our shock team and the
young Weldon found themselves confronted with a far more worrying
affair.
A robbery.
At least, that’s what everyone thought.
Because nothing in this story made any sense.
The thief seemed to know exactly where to go.
Exactly what to look for.
And above all, exactly what he had to avoid.
So many elements that turned this simple larceny into something much more worrying.
But the most surprising thing was not the intrusion.
Non.
Le véritable choc fut Morgyn.
Le calme Morgyn.
Le sage Morgyn.
L'éternel pacificateur capable d'écouter des heures de disputes sans jamais perdre patience.
Lorsque le mystérieux voyou fut découvert, quelque chose sembla se briser en lui.
Avant même que Siméon ne puisse prononcer une formule, Morgyn traversa la pièce comme une tempête.
Un seul coup.
Un unique coup de poing.
Et le malheureux brigand s'effondra comme une chaussette vide.
Le silence qui suivit fut presque aussi violent que l'impact.
Siméon resta figé.
La bouche ouverte.
Les yeux écarquillés.
Il connaissait Morgyn depuis des années.
Il l'avait vu négocier avec des démons.
Discuter avec des dragons.
Supporter des apprentis catastrophiques.
Mais jamais...
Jamais il ne l'avait vu aussi furieux.
— Par les Ancêtres..., murmura-t-il. Je crois que quelqu'un vient de découvrir la limite de la patience de Morgyn...
Même le brigand inconscient semblait regretter ses choix de vie.
Pourtant, derrière cette scène presque comique, une question bien plus sombre demeurait.
No.
The real shock was Morgyn.
The calm Morgyn.
The sage Morgyn.
The eternal peacemaker capable of listening to hours of arguments without ever losing patience.
When the mysterious hoodlum was discovered, something seemed to break in him.
Even before Simeon could utter a formula, Morgyn ran through the room like a storm.
A single shot.
A single punch.
And the unfortunate robber collapsed like an empty sock.
The silence that followed was almost as violent as the impact.
Siméon remained frozen.
The mouth open.
Wide-eyed.
He had known Morgyn for years.
He had seen him negotiate with demons.
Chat with dragons.
Supporting catastrophic apprentices.
But never...
He had never seen him so furious.
—By the Ancestors..., he murmured. I think someone has just discovered the limit of Morgyn’s patience...
Even the unconscious thief seemed to regret his life choices.
Yet, behind this almost comical scene, a much darker question remained.
Qui était réellement derrière tout cela ?
Hécate, quant à elle, observait les événements avec une méfiance grandissante.
Ce cambriolage avait-il pour but de voler leurs recherches ?
De mettre la main sur un savoir interdit ?
Ou s'agissait-il d'une manœuvre beaucoup plus subtile ?
Une façon de vérifier une information.
Une seule.
La présence de Weldon.
Car malgré la disparition aussi soudaine que mystérieuse de Faern, une certitude demeurait.
Il était toujours quelque part.
Dans l'ombre.
Invisible.
Peut-être même plus proche qu'ils ne l'imaginaient.
Et si quelqu'un envoyait des espions ou des voleurs, ce n'était sans doute pas pour quelques vieux grimoires.
Non.
Quelqu'un cherchait quelque chose.
Ou quelqu'un.
Et Hécate commençait à craindre que ce quelqu'un ne soit précisément le petit garçon que toute l'île semblait vouloir protéger.
Who was really behind all this?
Hecate, for her part, observed events with growing distrust.
Was this heist intended to steal their research?
To lay hold of forbidden knowledge?
Or was it a much more subtle maneuver?
A way to verify information.
Only one.
Weldon’s presence.
Because despite the sudden and mysterious disappearance of Faern, one certainty remained.
He was always somewhere.
In the shadows.
Invisible.
Maybe even closer than they imagined.
And if someone sent spies or thieves, it was probably not for some old grimoires.
No.
Someone was looking for something.
Or someone.
And Hecate began to fear that this someone was precisely the little boy whom the whole island seemed to want to protect.
Pendant
qu'Hécate, Chadney et Morgyn se rendaient au commissariat afin de
déposer une plainte concernant l'étrange cambriolage qui avait secoué
leur paisible demeure, une mission d'une importance capitale fut confiée
à Siméon :
Garder Weldon.
Une tâche qui, sur le papier,
semblait infiniment plus simple que poursuivre des voleurs, déjouer des
complots ou combattre des créatures magiques.
Quelle erreur.
Car
Weldon, encore surexcité par les événements de la journée, avait
décrété que ce serait le moment idéal pour devenir un véritable petit
démon.
Un démon adorable.
Mais un démon quand même.
While
Hecate, Chadney and Morgyn were going to the police station to file a
complaint about the strange burglary that had shaken their peaceful
home, a mission of capital importance was entrusted to Simeon:
Keep Weldon.
A task that, on paper, seemed infinitely simpler than chasing thieves, unraveling plots or fighting magical creatures.
What a mistake.
Because
Weldon, still excited by the events of the day, had decreed that it
would be the ideal time to become a real little demon.
An adorable demon.
But a demon anyway.
Au début, tout semblait normal.
Puis Weldon posa sa première question.
Puis sa deuxième.
Puis sa quinzième.
Puis il décida que les coussins du salon étaient des dragons.
Que le tapis était un marécage maudit.
Que Siméon était un troll des cavernes condamné à payer un impôt en biscuits.
Et que, malheureusement pour lui, les règles du royaume étaient très strictes.
Siméon supporta tout cela avec une dignité remarquable.
Lorsqu'il dut négocier un traité de paix entre trois ours en peluche et une théière prétendument possédée.
Il resta calme.
Lorsqu'il fut contraint de participer à une chasse au trésor imaginaire dans toute la maison.
Il resta calme.
Lorsqu'il passa vingt minutes à chercher un monstre invisible qui s'avéra être son propre chapeau.
Il resta calme.
Enfin... aussi calme que possible.
Pendant ce temps, Weldon s'amusait comme jamais.
Chaque nouvelle idée semblait plus catastrophique que la précédente.
Et chaque fois que Siméon croyait enfin avoir retrouvé un semblant de tranquillité...
— Siméoooon !
Une nouvelle catastrophe imaginaire apparaissait.
At first, everything seemed normal.
Then Weldon asked his first question.
Then his second.
Then his fifteenth.
Then he decided that the living room cushions were dragons.
That the carpet was a cursed swamp.
That Simeon was a cave troll sentenced to pay a cookie tax.
And that, unfortunately for him, the rules of the kingdom were very strict.
Simeon bore all this with remarkable dignity.
When he had to negotiate a peace treaty between three teddy bears and an allegedly possessed teapot.
He remained calm.
When he was forced to participate in an imaginary treasure hunt throughout the house.
He remained calm.
When he spent twenty minutes looking for an invisible monster that turned out to be his own hat.
He remained calm.
Finally... as quiet as possible.
Meanwhile, Weldon was having the time of his life.
Every new idea seemed more catastrophic than the last one.
And every time Simeon thought he had finally found a semblance of tranquility...
—Siméoooon!
A new imaginary catastrophe appeared.
Lorsque
Hécate, Chadney et Morgyn rentrèrent enfin du commissariat, ils
découvrirent une scène qu'aucun d'eux n'était préparé à voir.
Dans son vieux rocking-chair, Siméon était affalé.
Complètement vidé.
Les cheveux en bataille.
Le regard perdu dans le vide.
L'expression
d'un homme qui semblait avoir affronté seul une armée entière de démons
anciens, trois cultes occultes, deux dragons furieux et probablement la
fin du monde.
À côté de lui se trouvait Weldon.
Assis bien sagement.
Les mains sur les genoux.
Le dos parfaitement droit.
Avec le sourire innocent et angélique de quelqu'un qui n'avait absolument rien fait de mal.
Ce qui était évidemment le signe le plus évident de sa culpabilité.
Le petit garçon observait Siméon avec une satisfaction à peine dissimulée.
Comme un général contemplant le champ de bataille après une victoire éclatante.
Un silence s'installa.
Puis Hécate comprit.
Puis Chadney comprit.
Puis Morgyn comprit.
When
Hecate, Chadney and Morgyn finally returned from the police station,
they discovered a scene that neither of them was prepared to see.
In his old rocking chair, Siméon was slumped.
Completely drained.
Messy hair.
The gaze lost in the void.
The
expression of a man who seemed to have faced alone an entire army of
ancient demons, three occult cults, two furious dragons and probably the
end of the world.
Next to him was Weldon.
Sat very quietly.
Hands on knees.
The back perfectly straight.
With the innocent and angelic smile of someone who had done absolutely nothing wrong.
Which was obviously the most obvious sign of his guilt.
The little boy observed Simeon with a satisfaction barely concealed.
Like a general contemplating the battlefield after a brilliant victory.
A silence settled in.
Then Hecate understood.
Then Chadney understood.
Then Morgyn understood.
Et les trois éclatèrent de rire.
Pas un petit rire discret.
Non.
Un véritable fou rire incontrôlable.
Celui qui empêche de respirer.
Celui qui fait pleurer.
Celui qui oblige à s'appuyer contre un mur pour ne pas tomber.
Plus ils regardaient Siméon, plus ils riaient.
Et plus ils riaient, plus Siméon se vexait.
— Je ne vois vraiment pas ce qu'il y a de drôle, déclara-t-il avec toute la dignité qu'il lui restait.
— Bien sûr, répondit Morgyn entre deux éclats de rire. Tu as seulement l'air d'avoir survécu à une invasion démoniaque.
— J'aurais préféré l'invasion démoniaque, marmonna Siméon.
Weldon, lui, conserva son sourire d'ange.
Ce qui déclencha une nouvelle vague de rires.
Et pour la première fois depuis le cambriolage, la maison résonna d'autre chose que d'inquiétudes et de mystères.
Elle résonna de joie.
Même si, au fond de lui, Siméon jurait déjà qu'on ne lui confierait plus jamais la garde de Weldon.
Ou alors avec une prime de risque.
And the three burst out laughing.
Not a discreet little laugh.
No.
A real uncontrollable laugh.
The one who prevents you from breathing.
The one who makes you cry.
The one who forces him to lean against a wall so as not to fall.
The more they looked at Simeon, the more they laughed.
And the more they laughed, the more vexed Siméon.
—I really don’t see what’s funny, he said with all the dignity he had left.
— Of course, replied Morgyn between two bursts of laughter. You only look like you’ve survived a demonic invasion.
—I would have preferred the demonic invasion, muttered Simeon.
Weldon, on the other hand, kept his angel smile.
Which triggered a new wave of laughter.
And for the first time since the burglary, the house echoed with something other than worries and mysteries.
It echoed with joy.
Even if, deep down, Siméon already swore that he would never again be entrusted with the custody of Weldon.
Or with a risk premium.
le concert
De
son côté, Luna avançait avec une patience calculée, se positionnant
méthodiquement dans l'entourage d'Apollinarius. Elle fréquentait son
cercle privé, apparaissait à ses concerts, se montrant toujours présente
sans jamais être envahissante, cultivant l'image rassurante d'une
admiratrice fidèle et attentionnée.
Pourtant, derrière chacun de ses sourires se cachait une prudence presque maladive.
Car
en fouillant les fragments oubliés de la jeunesse d'Apollinarius, elle
avait découvert un détail qui n'en était pas un. L'artiste avait
autrefois vécu auprès de deux personnes bien précises. Deux personnes
qui, aujourd'hui, semblaient consacrer une énergie inquiétante à
enquêter sur elle. Sur sa disparition. Sur cette disparition aussi
spectaculaire que soigneusement orchestrée qu'elle avait mise en scène
lors du remariage de son ancien compagnon.
Afin d'évaluer la
menace, Luna avait envoyé un homme au cottage perdu sur l'Île aux
Sorcières. Une mission simple en apparence : observer, transmettre un
avertissement discret à ses habitants, leur rappeler que des regards
invisibles suivaient chacun de leurs pas.
For
her part, Luna moved forward with calculated patience, methodically
positioning herself in the circle of Apollinarius. She frequented his
private circle, appeared at his concerts, showing herself always present
without ever being intrusive, cultivating the reassuring image of a
faithful and caring admirer.
Yet, behind each of her smiles was an almost pathological prudence.
For
by searching the forgotten fragments of Apollinarius' youth, she had
discovered a detail that was not. The artist had once lived with two
very specific people. Two people who, today, seemed to devote a
disturbing energy to investigating her. On her disappearance. About this
disappearance, as spectacular as it was carefully orchestrated, that
she had staged during the remarriage of her former companion.
In
order to assess the threat, Luna had sent a man to the lost cottage on
Witch Island. A seemingly simple mission: to observe, to transmit a
discreet warning to its inhabitants, to remind them that invisible
glances followed each of their steps.
L'émissaire avait été intercepté avec une brutalité inattendue. Il était revenu les mains vides, blessé dans son orgueil et incapable d'accomplir sa mission.
Pourtant, ce n'était pas son échec qui avait glacé le sang de Luna.
C'étaient les informations qu'il avait rapportées.
Deux variables.
Deux ombres qu'elle n'avait jamais prises en compte.
Deux présences capables de bouleverser tous ses calculs.
Une jeune femme.
Et un enfant.
Rien de plus.
Aucun nom. Aucune certitude.
Seulement des fragments, des impressions et des intuitions.
Mais Luna avait appris depuis longtemps que les vérités les plus dangereuses naissaient souvent de détails insignifiants.
Pour la première fois depuis des années, elle sentit une fissure apparaître dans la toile qu'elle avait tissée avec tant de soin.
The emissary had been intercepted with unexpected brutality. He had returned empty-handed, wounded in his pride and unable to fulfill his mission.
Yet it was not his failure that had chilled Luna’s blood.
That was the information he had reported.
Two variables.
Two shadows that she had never considered.
Two presences capable of disrupting all his calculations.
A young woman.
And a child.
Nothing more.
No name. No certainty.
Only fragments, impressions and intuitions.
But Luna had long ago learned that the most dangerous truths were often born from insignificant details.
For the first time in years, she felt a crack appear in the canvas that she had woven with such care.
Mais son instinct lui soufflait qu'ils n'étaient pas là par hasard.
Et lorsque son instinct murmurait, Luna avait pour habitude de l'écouter.
Désormais, chaque mouvement devrait être pesé avec davantage de précaution.
Car dans les ténèbres qui l'entouraient, quelque chose venait de changer.
Et elle ne savait pas encore si cette jeune femme et cet enfant représentaient une menace... ou le commencement de sa chute.
But his instinct told him that they weren’t there by chance.
And when his instinct was whispering, Luna used to listen to him.
From now on, every move should be weighed more carefully.
Because in the darkness that surrounded him, something had just changed.
And she did not yet know whether this young woman and child represented a threat... or the beginning of her downfall.
Ils étaient tous là.
Réunis dans une alcôve baignée par la lumière dorée des lustres, plongés dans une conversation chaleureuse. Ce n'était pas seulement un groupe échangeant quelques mots de courtoisie ; c'était cette proximité particulière que dégagent les personnes liées par des épreuves partagées, des secrets confiés et une affection sincère. Une complicité profonde, naturelle, impossible à feindre.
Mais ce qui attira immédiatement l'attention de Luna fut une présence qu'elle n'avait pas anticipée.
Hécate.
Une ombre glaciale traversa son regard.
Luna ne s'était pas attendue à voir la femme qu'elle avait jadis utilisée comme un simple pion dans la mise en scène de sa disparition. Sa présence ici n'avait rien d'opportun.
Et plus encore, elle était dérangeante.
Hécate riait.
Hécate souriait.
Et elle était magnifique.
La sauvageonne de la péninsule semblait avoir disparu. La jeune femme solitaire qui passait autrefois ses journées parmi les plantes, les créatures des bois et les vents marins n'existait plus.
À sa place se tenait une femme rayonnante.
Une femme qui connaissait sa valeur.
Une femme qui savait qu'elle était aimée.
Près d'elle se trouvait un homme d'une beauté saisissante. Grand, élégant, doté de vastes yeux clairs où dansaient des éclats d'argent. Le genre d'homme dont l'entrée dans une pièce attirait inévitablement les regards.
Son bras entourait possessivement la taille d'Hécate.
Sa main reposait dans son dos avec une assurance protectrice qui ne laissait aucun doute sur ses intentions.
Parmi eux se trouvait également un jeune homme blond d'une rare beauté. Ses yeux, d'un vert profond semblable aux forêts anciennes, brillaient d'intelligence, de douceur et d'une bienveillance presque désarmante.
À ses côtés se tenait un autre homme aux cheveux bruns. Plus discret, plus réservé peut-être, mais dont l'assurance tranquille témoignait d'une force tout aussi redoutable.
They were all there.
Gathered in an alcove bathed by the golden light of chandeliers, immersed in a warm conversation. It was not only a group exchanging a few words of courtesy; it was this particular closeness that people held together by shared trials, confided secrets, and sincere affection. A deep, natural complicity, impossible to fake.
But what immediately caught Luna’s attention was a presence she had not anticipated.
Hecate.
A cold shadow crossed his gaze.
Luna had not expected to see the woman she had once used as a mere pawn in the staging of her disappearance. His presence here was not appropriate.
And even more, she was disturbing.
Hecate laughed.
Hecate was smiling.
And she was beautiful.
The wild woman of the peninsula seemed to have disappeared. The solitary young woman who once spent her days among plants, woodland creatures and sea winds no longer existed.
In her place stood a radiant woman.
A woman who knew her worth.
A woman who knew she was loved.
Near her was a man of striking beauty. Tall, elegant, endowed with vast light eyes in which silver shimmers danced. The kind of man whose entrance into a room inevitably attracted attention.
His arm possessively wrapped around the waist of Hecate.
His hand rested on his back with a protective assurance that left no doubt about his intentions.
Among them was also a blond young man of rare beauty. His eyes, of a deep green similar to ancient forests, shone with intelligence, gentleness and an almost disarming kindness.
By his side stood another man with brown hair. More discreet, perhaps more reserved, but whose quiet assurance testified to an equally formidable strength.
Les enquêteurs.
Les individus mandatés par l'Institut pour retrouver sa trace.
Ils étaient là.
Tous.
Et ils étaient bien plus proches de leur cible qu'ils ne l'imaginaient eux-mêmes.
Luna détourna lentement le regard.
L'heure était trop critique pour agir.
Pourtant, cette soirée devait être différente.
Elle avait prévu de se rapprocher davantage d'Apollinarius. De réduire encore la distance qui les séparait. De tisser un nouveau fil dans la toile qu'elle construisait autour de lui.
Mais à cause d'eux, elle ne pouvait rien tenter.
Et cela l'irritait davantage qu'elle ne voulait l'admettre.
Une autre chose la contrariait.
La manière dont Apollinarius regardait Hécate.
Ce n'était pas un regard distrait.
Ni un simple regard amical.
C'était un regard attentif.
Curieux.
Intéressé.
Peut-être même davantage.
Et cette possibilité éveillait en elle une émotion sombre qu'elle refusait de nommer
The investigators.
The individuals commissioned by the Institute to find his trace.
They were there.
All of them.
And they were much closer to their target than they themselves imagined.
Luna slowly looked away.
The hour was too critical to act.
Yet, this evening was supposed to be different.
She had planned to get closer to Apollinarius. To further reduce the distance between them. To weave a new thread in the canvas she was building around him.
But because of them, she couldn’t try anything.
And it irritated her more than she wanted to admit.
Something else bothered her.
The way Apollinarius looked at Hecate.
It wasn’t a distracted look.
Nor a simple friendly look.
It was an attentive look.
Curious.
Interested.
Maybe even more.
And this possibility awakened in her a dark emotion that she refused to name.
Non.
Ce fut l'arrivée d'une autre femme.
Une silhouette somptueuse fendit la foule avec l'assurance d'un prédateur entrant sur son territoire.
Sa robe épousait chacun de ses mouvements comme une seconde peau. Son sourire possédait cette douceur dangereuse des créatures qui savent exactement l'effet qu'elles produisent. Chaque regard qu'elle recevait semblait nourrir sa confiance.
Et elle avançait droit vers Apollinarius.
Sans hésitation.
Sans crainte.
Comme si elle savait déjà qu'elle serait accueillie.
Luna se figea.
Son souffle se coupa.
Le temps sembla ralentir autour d'elle.
Car elle connaissait cette femme.
Elle l'aurait reconnue entre mille.
Elle.
La voleuse.
La femme qui lui avait arraché sa vie.
Sa place.
Sa famille.
Son avenir.
La femme dont le souvenir hantait encore les recoins les plus obscurs de son cœur.
Béata.
The investigators.
The individuals commissioned by the Institute to find his trace.
They were there.
All of them.
And they were much closer to their target than they themselves imagined.
Luna slowly looked away.
The hour was too critical to act.
Yet, this evening was supposed to be different.
She had planned to get closer to Apollinarius. To further reduce the distance between them. To weave a new thread in the canvas she was building around him.
But because of them, she couldn’t try anything.
And it irritated her more than she wanted to admit.
Something else bothered her.
The way Apollinarius looked at Hecate.
It wasn’t a distracted look.
Nor a simple friendly look.
It was an attentive look.
Curious.
Interested.
Maybe even more.
And this possibility awakened in her a dark emotion that she refused to name.
However, it was not this that awakened the primal anger lurking in the depths of his soul.
No.
It was the arrival of another woman.
A sumptuous figure cut through the crowd with the confidence of a predator entering its territory.
Her dress hugged her every move like a second skin. His smile possessed that dangerous sweetness of creatures who know exactly the effect they produce. Every look she received seemed to feed her confidence.
And she was advancing straight towards Apollinarius.
Without hesitation.
Without fear.
As if she already knew that she would be welcomed.
Luna froze.
His breath was cut off.
Time seemed to slow down around her.
Because she knew this woman.
She would have recognized her between a thousand.
Her.
The thief.
The woman who had snatched his life away.
His place.
His family.
His future.
The woman whose memory still haunted the darkest corners of her heart.
Béata.
Et tandis que Béata s'approchait d'Apollinarius avec le sourire serein d'une reine entrant dans son royaume, Luna sentit quelque chose de très ancien s'éveiller dans les ténèbres de son âme.
Une rage froide.
Silencieuse.
Et infiniment dangereuse.
And as Beata approached Apollinarius with the serene smile of a queen entering her kingdom, Luna felt something very ancient awakening in the darkness of her soul.
A cold rage.
Silent.
And infinitely dangerous.
Hécate avait besoin de solitude...
Elle ne se comprenait plus.
L'image
de la femme indépendante, forte et parfaitement maîtresse de sa
destinée qu'elle s'était construite au fil des années ne lui
correspondait plus vraiment. Quelque chose avait changé, et cela
l'agaçait profondément.
Une seule solution s'imposait : l'entraînement.
Le
remède était simple. Elle allait prendre son balai magique et partir
voler seule afin de remettre un peu d'ordre dans ses pensées.
Voler, ça, elle savait faire.
Atterrir, en revanche...
C'était une toute autre histoire.
Et quand on disait qu'elle ne maîtrisait pas l'atterrissage, c'était une formulation particulièrement généreuse.
Disons que ses descentes ressemblaient davantage à des négociations musclées avec le sol qu'à de véritables atterrissages.
Certes,
lors de ses envolées les plus enthousiastes, quelques incidents mineurs
survenaient parfois : une haie renversée, deux ou trois poubelles
traumatisées, un épouvantail qui demandait encore réparation morale...
Rien de bien grave.
Enfin, rien de suffisamment grave pour qu'on cesse d'en rire pendant les vingt années suivantes.
Peut-être que voler lui remettrait les idées en place.
Hecate needed solitude...
She no longer understood each other.
The
image of an independent woman, strong and perfectly in charge of her
own destiny that she had built up over the years no longer really suited
her. Something had changed, and it annoyed him deeply.
There was only one solution: training.
The remedy was simple. She would take her magic broom and go flying alone in order to put some order in her thoughts.
Flying, that’s what she knew how to do.
Landing, on the other hand...
That was a whole other story.
And when it was said that she didn’t master landing, that was a particularly generous formulation.
Let’s say that his descents were more like muscular negotiations with the ground than real landings.
Of
course, during his most enthusiastic flights, a few minor incidents
sometimes occurred: an overturned hedge, two or three traumatized
garbage cans, a scarecrow that still required moral reparation...
Nothing very serious.
Finally, nothing serious enough to stop us from laughing about it for the next twenty years.
Maybe stealing would put his ideas back in place.
Ou peut-être que voler la tête en bas serait encore plus efficace.
Après tout, son cerveau semblait déjà fonctionner à l'envers ces derniers temps.
Quelques minutes plus tard, les habitants du village levèrent les yeux vers le ciel avec perplexité.
— C'est normal, une sorcière qui vole à l'envers ?
— Aucune idée.
— Et qui crie ?
— Encore moins.
— Et qui se dirige droit vers le clocher ?
— Ah non, ça, par contre, je crois que ce n'est pas normal.
Hécate traversa le ciel telle une étoile filante particulièrement maladroite.
— JE CONTRÔLE LA SITUATION !
hurla-t-elle.
Maybe stealing would put his ideas back in place.
Or maybe stealing upside down would be even more effective.
After all, his brain already seemed to be working backwards lately.
A few minutes later, the inhabitants of the village looked up to the sky with perplexity.
—Is it normal for a witch to fly upside down?
—No idea.
—And who is shouting?
—Even less so.
—And who’s heading straight for the bell tower?
— Oh no, that’s not normal, I think.
Hecate crossed the sky like a particularly awkward shooting star.
—I CONTROL THE SITUATION!
she screamed.
Pour les habitants de cette partie du monde, plus rien ne pouvait véritablement les stupéfier.
Au
fil des années, ils avaient vu tant de choses étranges, absurdes et
parfois franchement inquiétantes qu'ils avaient fini par développer une
remarquable résistance à l'incongru.
Alors voir une femme traverser le ciel sur un balai magique n'avait rien d'exceptionnel.
La voir voler la tête en bas non plus.
Quelques
villageois levèrent distraitement les yeux vers Hécate qui filait dans
les airs, les cheveux pendant dans le vide et les bras agités dans tous
les sens.
— Encore des essais.
— Hum.
— Une nouvelle tactique pour nous protéger, sans doute.
— Certainement.
— Tu crois qu'elle sait ce qu'elle fait ?
— J'espère pour elle.
Personne ne sembla davantage préoccupé.
-Une
vieille dame arrosa tranquillement ses fleurs tandis qu'Hécate passait
au-dessus de sa maison dans un cri qui ressemblait beaucoup à de la
panique.
— Je CONTRÔLE LA SITUATION ! cria Hécate
— C'est bien, ma petite ! répondit la vieille dame sans même lever les yeux.
Puis chacun reprit ses occupations comme si de rien n'était.
Après
tout, dans un village où Morgyn avait déjà transformé la fontaine en
soupe à la citrouille par erreur, une sorcière volant à l'envers
relevait presque de la routine.
Presque.
For the inhabitants of this part of the world, nothing could really amaze them anymore.
Over
the years, they had seen so many strange, absurd and sometimes frankly
disturbing things that they ended up developing a remarkable resistance
to the incongruous.
So seeing a woman cross the sky on a magic broom was nothing special.
Seeing her fly upside down either.
Some
villagers looked up absentmindedly at Hecate, who was spinning in the
air, her hair hanging in a vacuum and her arms restless in every
direction.
—More tests.
—Hmm.
—A new tactic to protect us, no doubt.
— Certainly.
—Do you think she knows what she’s doing?
—I hope for her sake.
No one seemed more concerned.
-An old lady quietly watered her flowers while Hecate passed above her house in a cry that sounded very much like panic.
—I CONTROL THE SITUATION! shouted Hecate
—That’s good, my little one! the old lady replied without even looking up.
Then everyone resumed their activities as if nothing had happened.
After
all, in a village where Morgyn had already turned the fountain into
pumpkin soup by mistake, an upside-down flying witch was almost routine.
Almost.
l inquiétude d'apolinarius
Apolinarius attendait.
Dans
son manoir ancestral, niché au cœur d'une contrée aussi sinistre
qu'oubliée, où les vents incessants glissaient entre les pierres
noircies en portant des murmures lugubres et inquiétants, il patientait
dans un calme presque dérangeant.
La convocation familiale ne tarderait plus.
À
travers le monde, les rumeurs enflaient. La presse à scandale, les
chroniques mondaines et les innombrables marchands de potins se
délectaient de son nom, étalant au grand jour une prétendue vie privée
dont ils ne connaissaient rien. Chaque jour apportait son lot de
nouvelles spéculations, de mensonges embellis et de fausses révélations
destinées à satisfaire un public avide de drames.
Apolinarius was waiting.
In
his ancestral manor, nestled in the heart of a region as sinister as
forgotten, where the incessant winds slid between the blackened stones
carrying murmurs gloomy and worrying, he patiently waited in an almost
disturbing calm.
The family summons would not take long.
Around
the world, rumors grew. The tabloid press, the social chronicles and
the innumerable gossip merchants reveled in his name, making public a
so-called private life of which they knew nothing. Every day brought new
speculations, embellished lies and false revelations intended to
satisfy an audience eager for drama.
Pourtant, malgré la réputation farouche de sa famille pour la discrétion et l'anonymat, Apolinarius demeurait serein.
L'avalanche de rumeurs et les déformations grotesques de son existence l'amusaient presque.
Il savait que son père était furieux.
Son grand-père davantage encore.
Mais leur colère ne visait pas sa vie privée.
Non.
Ce qui les irritait était l'attention soudaine qu'elle suscitait.
L'intérêt excessif.
L'insistance.
L'apparition, trop opportune pour être innocente, de cette allégation absurde.
Quelqu'un avait orchestré cela.
Mais qui ?
Et surtout, dans quel but ?
Ces
questions tournaient sans cesse dans son esprit. Pourtant, connaissant
sa famille, il était certain d'une chose : la réunion à venir ne
porterait pas sur les provocations d'une femme ni sur les ragots du
moment.
Elle concernerait les véritables motifs de cette attaque publique.
Car c'était bien une attaque.
Subtile.
Calculée.
Dangereuse.
Et lui en avait été la cible idéale.
La proie facile.
Le visage que l'on exposait pour atteindre quelque chose de bien plus vaste.
Cependant, Apolinarius savait où trouver de l'aide.
Ou plutôt auprès de qui.
Il lui restait seulement à trouver le courage de la demander.
Yet, despite his family’s fierce reputation for discretion and anonymity, Apolinarius remained serene.
The avalanche of rumours and grotesque deformations of his existence almost amused him.
He knew that his father was furious.
His grandfather even more.
But their anger was not aimed at his privacy.
No.
What irritated them was the sudden attention it drew.
Excessive interest.
The insistence.
The appearance, too timely to be innocent, of this absurd allegation.
Someone had orchestrated this.
But who?
And above all, for what purpose?
These
questions were constantly turning in his mind. Yet, knowing his family,
he was certain of one thing: the upcoming meeting would not be about a
woman’s provocations or the gossip of the moment.
It would concern the real motives of this public attack.
Because it was indeed an attack.
Subtle.
Calculated.
Dangerous.
And he had been the ideal target.
The easy prey.
The face that was exposed to achieve something much larger.
However, Apolinarius knew where to find help.
Or rather from whom.
He only had to find the courage to ask for it.
Chadney.
Son ami depuis toujours.
Son compagnon d'âme depuis leur plus tendre enfance.
Mais le voudrait-il encore ?
Lui restait-il suffisamment d'affection pour répondre à son appel ?
Car ce qu'Apolinarius avait aperçu lors du concert n'avait guère nourri son espoir.
Chadney semblait davantage captivé par la jeune femme qui l'accompagnait.
Une très jolie jeune femme.
Et
la manière dont il l'entourait de son bras, protecteur et possessif à
la fois, les regards tendres qu'il lui adressait, les sourires qu'il
croyait dissimuler...
Tout cela avait laissé dans le cœur d'Apolinarius une inquiétude plus froide que les vents hantant les terres de son manoir.
Peut-être arrivait-il trop tard.
Peut-être que la place qu'il avait autrefois occupée dans le cœur de Chadney appartenait désormais à quelqu'un d'autre.
Chadney.
His friend since always.
His soulmate since their earliest childhood.
But would he still want it?
Did he have enough affection left to answer his call?
For what Apolinarius had seen at the concert had hardly nourished his hope.
Chadney seemed more captivated by the young woman who accompanied him.
A very pretty young woman.
And
the way he wrapped his arm around her, protective and possessive at the
same time, the tender looks he gave her, the smiles he thought he was
hiding...
All this had left in the heart of Apolinarius a worry colder than the winds haunting the lands of his manor.
Maybe it was too late.
Perhaps the place he once held in Chadney’s heart now belonged to someone else.
Il savait que tout n'avait pas toujours été parfait.
Plus
particulièrement durant son bref séjour à l'Institut, cette période
trouble où les blessures invisibles avaient parfois pris le pas sur les
mots et les gestes sincères.
Pourtant, les années qu'il avait partagées avec Chadney sous le regard bienveillant de Mamie Bro n'étaient pas une illusion.
Elles avaient été réelles.
Les éclats de rire.
Les confidences murmurées à la lueur du soir.
L'affection.
La tendresse.
Tout cela avait existé.
Il en était convaincu.
Du moins, il l'avait toujours été.
Car
depuis quelque temps, un sentiment plus sombre s'était insinué dans son
esprit comme une ombre rampant sous une porte mal fermée.
Une incertitude.
Une hésitation douloureuse qui frôlait la déception.
He knew that everything had not always been perfect.
More
particularly during his brief stay at the Institute, that troubled
period when invisible wounds had sometimes taken precedence over sincere
words and gestures.
Yet the years he had shared with Chadney under the benevolent gaze of Mamie Bro were not an illusion.
They had been real.
The laughter.
Confidences whispered in the evening light.
Affection.
Tenderness.
All of this had existed.
He was convinced of it.
At least, he had always been.
For some time, a darker feeling had crept into his mind like a shadow crawling under a door that was not properly closed.
Uncertainty.
A painful hesitation that bordered on disappointment.
Et peut-être même la trahison.
Sa propre trahison.
Jamais celle de Chadney.
Non.
La faute, si faute il y avait, lui appartenait peut-être entièrement.
Avait-il inconsciemment cherché à provoquer cette distance ?
Avait-il voulu, par orgueil, par peur ou par désespoir, obtenir une preuve définitive de son abandon ?
Cherchait-il à confirmer sa désertion ?
Pire encore...
Son désintérêt ?
Cette pensée lui serrait la poitrine avec une cruauté silencieuse.
Et si Chadney ne s'était jamais éloigné ?
Et
si c'était lui qui avait passé des années à construire autour de son
cœur des murs si hauts qu'il ne distinguait plus la vérité ?
Ses mains tremblaient.
Non par crainte de la réaction de sa famille.
Le
jugement de son père, la colère de son grand-père ou les interrogations
des siens ne représentaient rien face à ce qui l'attendait réellement.
Ce qui l'effrayait était infiniment plus terrible.
La réaction de son propre cœur.
De son âme.
De cette réalité qu'il croyait inébranlable depuis l'enfance.
Car
si ses certitudes venaient à s'effondrer, alors il ne saurait plus
distinguer ce qui avait été vrai de ce qu'il avait simplement espéré.
Et cette perspective était bien plus terrifiante que toutes les tempêtes qui hurlaient autour de son manoir.
And maybe even the betrayal.
His own betrayal.
Never Chadney’s.
No.
The fault, if there was one, perhaps belonged entirely to him.
Had he unconsciously sought to provoke this distance?
Had he wanted, out of pride, fear or despair, to obtain definitive proof of his abandonment?
Was he trying to confirm his desertion?
Even worse...
His disinterest?
This thought pressed her chest with silent cruelty.
What if Chadney never walked away?
What if he was the one who had spent years building walls so high around his heart that he could no longer discern the truth?
His hands were shaking.
Not out of fear of his family’s reaction.
His
father’s judgment, his grandfather’s anger or the questions of his own
people meant nothing compared to what was really waiting for him.
What frightened him was infinitely more terrible.
The reaction of one’s own heart.
Of his soul.
Of this reality that he believed unshakable since childhood.
For
if his certainties were to collapse, then he would no longer be able to
distinguish between what had been true and what he had simply hoped
for.
Son ami depuis toujours.
Son compagnon d'âme depuis leur plus tendre enfance.
Mais le voudrait-il encore ?
Lui restait-il suffisamment d'affection pour répondre à son appel ?
Car ce qu'Apolinarius avait aperçu lors du concert n'avait guère nourri son espoir.
Chadney semblait davantage captivé par la jeune femme qui l'accompagnait.
Une très jolie jeune femme.
Et
la manière dont il l'entourait de son bras, protecteur et possessif à
la fois, les regards tendres qu'il lui adressait, les sourires qu'il
croyait dissimuler...
Tout cela avait laissé dans le cœur d'Apolinarius une inquiétude plus froide que les vents hantant les terres de son manoir.
Peut-être arrivait-il trop tard.
Peut-être que la place qu'il avait autrefois occupée dans le cœur de Chadney appartenait désormais à quelqu'un d'autre.
For if his certainties were to collapse, then he would no longer be able to distinguish between what had been true and what he had simply hoped for.
His friend since always.
His soulmate since their earliest childhood.
But would he still want it?
Did he have enough affection left to answer his call?
For what Apolinarius had seen at the concert had hardly nourished his hope.
Chadney seemed more captivated by the young woman who accompanied him.
A very pretty young woman.
And
the way he wrapped his arm around her, protective and possessive at the
same time, the tender looks he gave her, the smiles he thought he was
hiding...
All this had left in the heart of Apolinarius a worry colder than the winds haunting the lands of his manor.
Maybe it was too late.
Perhaps the place he once held in Chadney’s heart now belonged to someone else.
Kandésit stratège
Les
turbulences médiatiques provoquées par Apolinarius et cette énigmatique
jeune femme avaient plongé Kanchésis dans une colère froide et
redoutable. Ce n'était pas son fils qui préoccupait le puissant homme
d'affaires, mais les répercussions que ces rumeurs pouvaient avoir sur
ses intérêts, ses alliances et l'empire qu'il avait mis des décennies à
bâtir.
Dans l'ombre de son bureau, tandis que les flammes
vacillantes des braseros projetaient des silhouettes inquiétantes sur
les murs, il examinait chaque détail de cette affaire avec une attention
implacable. Rien de tout cela ne lui semblait spontané. Derrière le
scandale, il percevait la main invisible d'un adversaire patient, rusé
et parfaitement informé.
Une seule question méritait désormais son attention.
The
media turmoil caused by Apolinarius and this enigmatic young woman had
plunged Kanchesis into a cold and fearsome anger. It was not his son who
worried the powerful businessman, but the repercussions that these
rumors could have on his interests, his alliances and the empire he had
spent decades building.
In the shadow of his office, while the
flickering flames of the fire pits cast eerie silhouettes on the walls,
he examined every detail of this affair with a relentless attention.
None of this seemed spontaneous to him. Behind the scandal, he perceived
the invisible hand of a patient opponent, cunning and perfectly
informed.
Only one question now deserved his attention.
Une seule question méritait désormais son attention.
À qui profitait cette attaque aussi soudaine que perfide ?
Car
dans les jeux de pouvoir, les coïncidences n'existaient pas. Chaque
rumeur était une arme, chaque révélation un coup calculé, et chaque
scandale dissimulait un véritable bénéficiaire. Quelque part, tapi dans
les ténèbres, quelqu'un observait les remous avec satisfaction,
attendant que le chaos accomplisse son œuvre.
Et Kanchésis était bien décidé à découvrir son identité avant que cette mystérieuse machination ne déploie tous ses effets.
Who was benefiting from this attack, which was as sudden as it was perfidious?
Because
in the power games, coincidences did not exist. Every rumor was a
weapon, every revelation a calculated blow, and every scandal concealed a
true beneficiary. Somewhere, lurking in the darkness, someone was
watching the turmoil with satisfaction, waiting for the chaos to
accomplish its work.
And Kanchésis was determined to discover his identity before this mysterious machination unfolded all its effects.
Les ordres de Kanchésis furent brefs, glacials et sans la moindre place pour la discussion.
Premièrement : découvrir la vérité sur cette mystérieuse jeune femme.
Qui était-elle réellement ?
D'où venait-elle ?
Et surtout, pour qui agissait-elle ?
Car
Kanchésis refusait de croire qu'une inconnue ait pu provoquer un tel
tumulte sans l'appui d'une main plus puissante dissimulée dans l'ombre.
Les pions n'agissaient jamais seuls ; quelque part, un joueur avançait
ses pièces avec une prudence calculée.
Deuxièmement : avoir une conversation avec son fils.
Une véritable conversation.
Pas
celle d'un père inquiet pour son enfant, mais celle d'un stratège
exigeant des réponses. Apolinarius savait-il seulement dans quel piège
il s'était laissé entraîner ? Était-il victime d'une manipulation ou,
pire encore, complice d'un jeu dont il ignorait encore les véritables
enjeux ?
Troisièmement : informer son propre père de l'évolution de la situation.
Cette
affaire dépassait désormais le simple scandale médiatique. Une odeur de
complot flottait derrière les rumeurs, subtile et insaisissable, comme
une brume noire rampant entre les fondations de leur puissance.
Where did she come from?
And above all, for whom was she acting?
Because
Kanchesis refused to believe that a stranger could have caused such an
uproar without the support of a more powerful hand hidden in the
shadows. Pawns never acted alone; somewhere, a player advanced his
pieces with calculated prudence.
Second: have a conversation with your son.
A real conversation.
Not
that of a father worried about his child, but that of a strategist
demanding answers. Did Apolinarius even know in what trap he had been
led astray? Was he the victim of manipulation or, worse still, an
accomplice in a game whose real stakes were still unknown to him?
Third: inform his own father of the evolution of the situation.
This
affair was now more than just a media scandal. A scent of conspiracy
floated behind the rumors, subtle and elusive, like a black mist
creeping between the foundations of their power.
When the orders were conveyed, a heavy silence filled the room.
Lorsque les ordres furent transmis, un lourd silence envahit la pièce.
Au-delà des fenêtres obscurcies, la nuit semblait retenir son souffle.
Quelqu'un avait osé frapper leur famille.
Et
Kanchésis était déterminé à découvrir qui tirait les ficelles avant que
les ténèbres ne referment complètement leur emprise sur cette étrange
affaire.
When the orders were conveyed, a heavy silence filled the room.
Beyond the darkened windows, the night seemed to hold its breath.
Someone had dared to hit their family.
And
Kanchesis was determined to discover who was pulling the strings before
the darkness completely closed its grip on this strange affair.
Ce que Kanchésis découvrit le figea sur place.
Pendant
un long moment, il demeura immobile devant l'écran, relisant les mêmes
informations encore et encore, comme s'il espérait y trouver une erreur.
Mais il n'y en avait aucune.
Cette femme n'était pas une inconnue surgie du néant.
Elle était la compagne d'un de ses plus anciens rivaux.
Un
homme aussi influent que controversé, dont le passé était jalonné de
scandales, de conflits et de mystères jamais totalement élucidés.
What Kanchésis discovered the frozen on the spot.
For
a long time, he stood motionless in front of the screen, rereading the
same information over and over again, as if hoping to find an error.
But there was none.
This woman was not an unknown born of nothingness.
She was the companion of one of his oldest rivals.
A man as influential as controversial, whose past was punctuated by scandals, conflicts and mysteries never fully elucidated.
Ce que Kanchésis a découvert sur place.
Pendant
longtemps, il est resté immobile devant l’écran, relayant les mêmes
informations encore et encore, comme s’il espérait trouver une erreur.
Mais il n’y en avait pas.
Cette femme n’était pas une inconnue née du néant.
Elle était la compagne d’un de ses plus anciens rivaux.
Un
homme aussi influent que controversé, dont le passé était ponctué de
scandales, de conflits et de mystères jamais entièrement élucidés.
Et alors que Kanchesis reliait les fils de cette toile étrange, une sensation de froid s’est glissée dans son esprit.
Cette affaire est allée bien au-delà du simple scandale médiatique.
What Kanchésis discovered on the spot.
For
a long time, he remained motionless in front of the screen, relaying
the same information over and over again, as if hoping to find a
mistake.
But there was none.
This woman was not a stranger born of nothingness.
She was the companion of one of his oldest rivals.
A man as influential as controversial, whose past was punctuated by scandals, conflicts and mysteries never fully elucidated.
And as Kanchesis connected the threads of this strange canvas, a cold sensation crept into his mind.
Ce jour-là, Hécate reçut une nouvelle convocation de l'Institut.
Elle s'y rendit sans enthousiasme, le pressentiment glacé qu'une page était sur le point de se tourner pesant sur ses épaules.
Le verdict l'attendait déjà.
L'Institut mettait officiellement fin à sa collaboration sur l'enquête.
Les parties concernées avaient été informées.
L'affaire était close.
Résolue.ou presque...
Non grâce à elle.
Non grâce aux semaines de recherches, aux risques pris ou aux vérités qu'elle avait déterrées.
Tout s'était joué à travers les révélations d'un enfant.
Et tandis que les mots défilaient sous ses yeux, Hécate sentit le sol se dérober.
Elle se retrouvait seule face à une succession de vérités douloureuses.
La trahison de Luna.
L'espoir fugace qu'avait fait naître une main chaleureuse et possessive au creux de son dos.
Et, derrière ces illusions, une réalité bien plus sombre.
Une réalité où elle n'avait jamais été qu'un outil.
Un pion déplacé sur un échiquier de pouvoir, de manipulations et de secrets.
Un dommage collatéral utile tant que l'on avait besoin d'elle.
Puis oubliable.
Remplaçable.
Désormais, sa présence n'était plus souhaitée.
Plus nécessaire.
Plus importante.
Un goût amer envahit sa bouche.
Il était temps de reprendre sa vie.
De se choisir elle-même, enfin.
De laisser derrière elle les regrets, les sentiments inavoués et les chagrins qui s'accrochaient encore à son cœur.
On that day, Hecate received a new summons from the Institute.
She went there without enthusiasm, the icy feeling that a page was about to turn on her shoulders.
The verdict already awaited him.
The Institute was officially ending its collaboration on the investigation.
The parties concerned had been informed.
The case was closed.
Resolved. or almost...
No thanks to her.
No thanks to the weeks of research, the risks taken or the truths she had unearthed.
Everything had been decided through the revelations of a child.
And as the words flashed before her eyes, Hecate felt the ground slip away.
She found herself alone facing a succession of painful truths.
Luna’s betrayal.
The fleeting hope that a warm and possessive hand had given birth to in the hollow of his back.
And, behind these illusions, a much darker reality.
A reality where she had never been anything but a tool.
A moved pawn on a chessboard of power, manipulation, and secrets.
A useful collateral damage as long as we needed her.
Then forgettable.
Replaceable.
From now on, his presence was no longer desired.
No longer necessary.
More important.
A bitter taste invaded his mouth.
It was time to get on with his life.
To choose herself, at last.
To leave behind the regrets, unspoken feelings and sorrows that still clung to her heart.
C'est alors qu'elle les aperçut.
Ensemble.
Chaleureux.
Soudés.
Comme si rien au monde ne pouvait les atteindre.
Comme si elle n'avait jamais réellement fait partie de leur histoire.
Quelque chose se fissura en elle.
Silencieusement.
Sans éclat.
Sans colère.
Son cœur se brisa.
Alors Hécate détourna le regard.
Elle ne dit rien.
Ne demanda aucune explication.
Ne réclama aucune justice.
Elle partit.
Déjà prête à faire ses adieux.
À Weldon.
À Morgyn et Siméon.
À l'Île aux Sorcières qui, durant quelques semaines seulement, avait réussi à devenir un foyer.
That’s when she saw them.
Together.
Warm.
Welded.
As if nothing in the world could reach them.
As if she had never really been part of their story.
Something cracked in her.
Silently.
Without radiance.
Without anger.
His heart broke.
Then Hecate looked away.
She doesn’t say anything.
Asked for no explanation.
Did not claim any justice.
She left.
Already ready to say goodbye.
To Weldon.
At the Witches' Island which, for only a few weeks, had managed to become a home.
Ce qu'Hécate ignorait encore, c'est que d'autres décisions étaient en train d'être prises dans l'ombre.
Des décisions capables de bouleverser bien davantage que son propre destin.
Pour
assurer la sécurité de Weldon, Chadney venait de solliciter l'aide de
l'École afin d'obtenir sa garde et de le protéger des menaces qui
continuaient de rôder.
Et ailleurs, dans les profondeurs de l'Institut, Apolinarius poursuivait sa propre enquête.
Car
derrière la démonstration outrageusement théâtrale de séduction dont
avait fait preuve l'étrange inconnue lors du concert, il percevait
quelque chose de plus inquiétant.
Quelque chose qui ne relevait ni du hasard ni du désir.
Quelque chose qui avait été soigneusement préparé.
Et dont les conséquences commençaient à peine à se dévoiler.
What Hecate did not yet know was that other decisions were being made in the shadows.
Decisions that can change much more than one’s own destiny.
To
ensure the safety of Weldon, Chadney had just sought help from the
School in order to secure his custody and protect him from continuing
threats.
And elsewhere, in the depths of the Institute, Apolinarius continued his own investigation.
Because
behind the outrageously theatrical display of seduction shown by the
strange stranger at the concert, he perceived something more worrying.
Something that was neither by chance nor desire.
Something that had been carefully prepared.
And whose consequences were just beginning to be revealed.
Lorsque la nouvelle leur parvint, Morgyn et Siméon l'accueillirent dans un silence inhabituel.
Ni l'un ni l'autre ne cherchèrent à contester la décision de l'Institut.
À quoi bon ?
L'affaire était terminée.. ou peut être commencait elle vraiment ?
Le rôle d'Hécate dans cette histoire appartenait désormais au passé.
Pourtant, derrière leur calme apparent se cachait une véritable tristesse.
Car
si Hécate avait bouleversé leur quotidien, si elle avait parfois semé
le chaos dans un équilibre soigneusement construit au fil des années,
elle l'avait toujours fait avec sincérité.
Avec honnêteté.
Avec cette franchise désarmante qui lui était propre.
Ils ne pouvaient pas lui retirer cela.
Sa présence avait agi comme une pierre jetée dans les eaux tranquilles de leur existence.
Et les vagues provoquées avaient changé bien plus de choses qu'ils ne l'auraient imaginé.
Elle leur avait rappelé une vérité qu'ils avaient fini par oublier.
La routine.
L'habitude.
Le confort du quotidien.
Tout cela avait lentement remplacé les rêves, les surprises et les élans spontanés qui avaient autrefois façonné leur vie.
Avec son caractère entier, excessif et imprévisible, Hécate avait forcé chacun d'eux à regarder cette réalité en face.
Lorsque la nouvelle leur parvint, Morgyn et Siméon l'accueillirent dans un silence inhabituel.
Ni l'un ni l'autre ne cherchèrent à contester la décision de l'Institut.
À quoi bon ?
L'affaire était terminée.
Le rôle d'Hécate dans cette histoire appartenait désormais au passé.
Pourtant, derrière leur calme apparent se cachait une véritable tristesse.
Car
si Hécate avait bouleversé leur quotidien, si elle avait parfois semé
le chaos dans un équilibre soigneusement construit au fil des années,
elle l'avait toujours fait avec sincérité.
Avec honnêteté.
Avec cette franchise désarmante qui lui était propre.
Ils ne pouvaient pas lui retirer cela.
Sa présence avait agi comme une pierre jetée dans les eaux tranquilles de leur existence.
Et les vagues provoquées avaient changé bien plus de choses qu'ils ne l'auraient imaginé.
Elle leur avait rappelé une vérité qu'ils avaient fini par oublier.
La routine.
L'habitude.
Le confort du quotidien.
Tout cela avait lentement remplacé les rêves, les surprises et les élans spontanés qui avaient autrefois façonné leur vie.
Avec son caractère entier, excessif et imprévisible, Hécate avait forcé chacun d'eux à regarder cette réalité en face.
When the news reached them, Morgyn and Simeon welcomed it in an unusual silence.
Neither sought to challenge the Institute’s decision.
What’s the point?
The case was over. or perhaps not !
Hecate’s role in this story was now a thing of the past.
Yet, behind their apparent calm was hidden a true sadness.
For
if Hecate had changed their daily lives, if she had sometimes wreaked
havoc on a carefully constructed balance over the years, she had always
done it with sincerity.
With honesty.
With this disarming frankness on his part.
They couldn’t take that away from him.
His presence had acted as a stone thrown into the calm waters of their existence.
And the waves that had been caused had changed more than they would have imagined.
She had reminded them of a truth that they had finally forgotten.
The routine.
Habit.
The comfort of daily life.
All of this had slowly replaced the spontaneous dreams, surprises and impulses that once shaped their lives.
With his full, excessive and unpredictable character, Hecate forced each of them to face reality.
Morgyn, en revanche, observait principalement un autre changement.
Un changement plus discret.
Plus profond.
Celui qui s’est passé chez Chadney’s.
Au fil des semaines, son frère était devenu différent.
Moins calculateur.
Moins distant.
Comme si certaines barrières qu’il avait érigées autour de lui pendant des années avaient commencé à se fissurer.
Peut-être qu’il était devenu plus humain.
Ou peut-être avait-il simplement cessé de lutter contre ce qu’il ressentait.
Mais Morgyn connaissait aussi une vérité que peu pouvaient comprendre.
L’importance qu’Apolinarius avait dans le cœur de Chadney.
Cela n’avait jamais été exprimé par de grandes déclarations.
Jamais à travers une intimité évidente.
Morgyn, by contrast, was mainly observing another change.
A more discreet change.
Deeper.
The one that happened at Chadney’s.
Over the weeks, his brother had become different.
Less calculating.
Less distant.
As if some barriers that he had erected around him for years had started to crack.
Maybe he had become more human.
Or maybe he had simply stopped fighting against what he was feeling.
But Morgyn also knew a truth that few could comprehend.
The importance that Apolinarius had in Chadney’s heart.
This had never been expressed through grand declarations.
Never through obvious intimacy.
Et pourtant, depuis des années, quelque chose d'incroyablement puissant les reliait.
Même séparés.
Même opposés.
Même lorsqu'ils semblaient suivre des chemins incompatibles.
Leur lien demeurait.
Invisible.
Inébranlable.
Le concert n'avait fait que confirmer ce que Morgyn soupçonnait depuis longtemps.
Malgré leurs désaccords.
Malgré leurs querelles.
Malgré toutes les blessures accumulées au fil du temps.
Ces deux hommes restaient profondément attachés l'un à l'autre.
Comme deux astres condamnés à graviter éternellement sur des trajectoires différentes sans jamais réellement pouvoir s'échapper.
Et pendant un instant...
Morgyn avait cru qu'Hécate pourrait changer cela.
Qu'elle pourrait offrir à Chadney un nouveau départ.
Une autre histoire.
Une autre possibilité.
Mais certaines places dans un cœur ne se conquièrent pas.
Elles existent simplement.
Depuis trop longtemps.
Trop profondément.
And yet, for years, something incredibly powerful connected them.
Even separated.
Even opposites.
Even when they seemed to follow incompatible paths.
Their bond remained.
Invisible.
Unwavering.
The concert only confirmed what Morgyn had long suspected.
Despite their disagreements.
Despite their quarrels.
Despite all the injuries accumulated over time.
These two men remained deeply attached to each other.
Like two stars condemned to eternally gravitate on different trajectories without ever really being able to escape.
And for a moment...
Morgyn believed that Hecate could change this.
That she could give Chadney a fresh start.
Another story.
Another possibility.
But some places in a heart cannot be won.
They simply exist.
For too long.
Too deeply.
À quelques pas de lui, Siméon observait son compagnon sombrer dans ses réflexions.
Il reconnaissait ce regard.
Celui que Morgyn arborait lorsqu'il essayait de résoudre des problèmes qui ne lui appartenaient plus.
La séparation d'Hécate était inévitable.
Ils le savaient tous les deux.
Cette parenthèse ne pouvait durer éternellement.
Les chemins finissaient toujours par se séparer.
C'était dans l'ordre des choses.
Et pourtant...
Au fond de lui-même...
Siméon éprouvait un sentiment qu'il n'osait pas formuler.
Une discrète satisfaction.
Presque coupable.
Parce qu'avec le départ d'Hécate, leur maison allait retrouver son calme.
Leurs habitudes.
Leurs soirées tranquilles.
Et surtout parce qu'il allait retrouver Morgyn pour lui seul.
Sans enquêtes.
Sans catastrophes.
Sans sorcière imprévisible surgissant à toute heure du jour ou de la nuit.
Une pensée égoïste, sans doute.
Mais sincère.
Et pour une fois, Siméon décida de ne pas s'en vouloir.
A few steps from him, Siméon watched his companion sink into his reflections.
He recognized this look.
The one that Morgyn wore when he tried to solve problems that no longer belonged to him.
The separation of Hecate was inevitable.
They both knew it.
This parenthesis could not last forever.
The paths always ended up separating.
It was in the nature of things.
And yet...
In his heart of hearts...
Simeon felt a feeling that he dared not express.
A discreet satisfaction.
Almost guilty.
Because with the departure of Hecate, their house was about to regain its calm.
Their habits.
Their quiet evenings.
And especially because he was going to find Morgyn for himself.
Without investigations.
Without disasters.
Without an unpredictable witch who arises at any hour of the day or night.
A selfish thought, no doubt.
But sincere.
And for once, Simeon decided not to blame himself.
Pourtant, Siméon ressentait un malaise qu'il ne parvenait pas à nommer.
Une impression diffuse.
Comme une fissure invisible dans le tableau parfait de leur existence.
Quelque chose changeait.
Quelque chose s'achevait.
Et
si une part de lui éprouvait un certain soulagement à l'idée de
reprendre enfin le contrôle de sa vie, une autre ne pouvait s'empêcher
d'être inquiète.
Morgyn s'y résoudrait-il ?
Accepterait-il réellement le départ de son frère ?
Car Siméon en était presque certain désormais.
Chadney partirait.
Il
ne savait ni quand, ni comment, mais il le sentait avec cette certitude
étrange que certaines vérités portent en elles avant même de se
produire.
Et ce départ ne serait pas anodin.
,Depuis leurs
retrouvailles, ils n'avaient plus vraiment été seuls. Les liens tissés
au fil du temps, les amitiés et les présences familières avaient donné à
leur existence une stabilité qu'ils n'avaient jamais connue auparavant.
ils avaient vécu entourés. Soutenus. Portés même.
Leur monde
avait été rempli de présences, de rires, de disputes absurdes, de portes
qui s'ouvraient sans prévenir et de visages familiers qui donnaient un
sens à leur quotidien.
Cette communauté les avait renforcés.
Légitimés.
Elle avait transformé leur existence solitaire en quelque chose de plus vaste.
Alors que se passerait-il lorsque tout cela disparaîtrait ?
Quand les départs auraient laissé derrière eux des maisons silencieuses et des chemins moins fréquentés ?
Quand il ne resterait plus que lui et Morgyn ?
Siméon aimait Morgyn plus que tout.
Mais parfois, l'amour ne suffisait pas à faire taire les peurs.
Car le silence pouvait être aussi redoutable que le chaos.
Et puis il y avait Weldon.
Toujours Weldon.
L'enfant-tempête.
L'enfant-rire.
L'enfant-catastrophe.
Que deviendrait-il dans ce monde qui semblait soudain perdre ses repères ?
Qui le guiderait ?
Yet, , Simeon felt a malaise that he could not name.
A diffuse impression.
Like an invisible crack in the perfect picture of their existence.
Something was changing.
Something was ending.
And
if part of him felt a certain relief at the idea of finally taking back
control of his life, another could not help being worried.
Would Morgyn resolve himself?
Would he really accept his brother’s departure?
For Simeon was almost certain of it now.
Chadney would leave.
He
knew neither when nor how, but he felt it with that strange certainty
which certain truths carry within them even before they occurred.
And this departure would not be insignificant.
,
Since their reunion, they hadn’t really been alone anymore. The bonds
forged over time, the friendships and familiar presences had given their
existence a stability that they had never known before. they had lived
surrounded. Supported. Even carried.
Their world had been filled
with presences, laughter, absurd arguments, doors that opened without
warning and familiar faces that gave meaning to their daily lives.
This community had strengthened them.
Legitimized.
She had transformed their solitary existence into something larger.
So what would happen when all this disappeared?
When departures would have left behind silent houses and less traveled paths?
When it would only be him and Morgyn left?
Siméon loved Morgyn more than anything.
But sometimes, love was not enough to silence fears.
For silence could be as dreadful as chaos.
And then there was Weldon.
Always Weldon.
The storm-child.
The laughing child.
The disaster child.
What would become of him in this world that suddenly seemed to lose its bearings?
Who would guide him?
Qui canaliserait son énergie dévorante sans jamais l'éteindre ?
Et surtout...
Comment réagirait-il lorsqu'il comprendrait que les personnes qu'il aimait commençaient elles aussi à partir ?
Pour la première fois depuis longtemps, Siméon eut la désagréable sensation que l'avenir avançait vers eux à grands pas.
Et
qu'aucun sort, aussi puissant soit-il, ne pouvait empêcher le temps
d'emporter ceux qui avaient partagé un morceau de leur histoire.
Who would channel their devouring energy without ever extinguishing it?
And above all...
How would he react when he realized that the people he loved were also starting to leave?
For
the first time in a long time, Simeon had the unpleasant feeling that
the future was advancing towards them at great strides.
And that no spell, however powerful, could stop time from taking away those who had shared a piece of their story.
Cette affaire est allée bien au-delà du simple scandale médiatique.
Les noms apparus avant lui appartenaient à une histoire ancienne, remplie de secrets, de blessures et de dettes jamais payées.
Peut-être que la jeune femme n’était pas la cause du problème.
Peut-être que c’était juste un morceau sur le tableau.
Une pièce avancée par une main invisible dont les intentions étaient encore cachées dans l’obscurité.
Et cette pensée était infiniment plus inquiétante que toutes les autres.
This affair has gone far beyond the mere media scandal.
The names that appeared before him belonged to an ancient history, filled with secrets, wounds and debts never paid.
Maybe the young woman wasn’t the cause of the problem.
Maybe it was just a piece on the board.
A room advanced by an invisible hand whose intentions were still hidden in the darkness.
And this thought was infinitely more worrying than all the others
Ce jour-là, Hécate reçut une nouvelle convocation de l'Institut.
Elle s'y rendit sans enthousiasme, le pressentiment glacé qu'une page était sur le point de se tourner pesant sur ses épaules.
Le verdict l'attendait déjà.
L'Institut mettait officiellement fin à sa collaboration sur l'enquête.
Les parties concernées avaient été informées.
L'affaire était close.
Résolue.ou presque...
Non grâce à elle.
Non grâce aux semaines de recherches, aux risques pris ou aux vérités qu'elle avait déterrées.
Tout s'était joué à travers les révélations d'un enfant.
Et tandis que les mots défilaient sous ses yeux, Hécate sentit le sol se dérober.
Elle se retrouvait seule face à une succession de vérités douloureuses.
La trahison de Luna.
L'espoir fugace qu'avait fait naître une main chaleureuse et possessive au creux de son dos.
Et, derrière ces illusions, une réalité bien plus sombre.
Une réalité où elle n'avait jamais été qu'un outil.
Un pion déplacé sur un échiquier de pouvoir, de manipulations et de secrets.
Un dommage collatéral utile tant que l'on avait besoin d'elle.
Puis oubliable.
Remplaçable.
Désormais, sa présence n'était plus souhaitée.
Plus nécessaire.
Plus importante.
Un goût amer envahit sa bouche.
Il était temps de reprendre sa vie.
De se choisir elle-même, enfin.
De laisser derrière elle les regrets, les sentiments inavoués et les chagrins qui s'accrochaient encore à son cœur.
On that day, Hecate received a new summons from the Institute.
She went there without enthusiasm, the icy feeling that a page was about to turn on her shoulders.
The verdict already awaited him.
The Institute was officially ending its collaboration on the investigation.
The parties concerned had been informed.
The case was closed.
Resolved. or almost...
No thanks to her.
No thanks to the weeks of research, the risks taken or the truths she had unearthed.
Everything had been decided through the revelations of a child.
And as the words flashed before her eyes, Hecate felt the ground slip away.
She found herself alone facing a succession of painful truths.
Luna’s betrayal.
The fleeting hope that a warm and possessive hand had given birth to in the hollow of his back.
And, behind these illusions, a much darker reality.
A reality where she had never been anything but a tool.
A moved pawn on a chessboard of power, manipulation, and secrets.
A useful collateral damage as long as we needed her.
Then forgettable.
Replaceable.
From now on, his presence was no longer desired.
No longer necessary.
More important.
A bitter taste invaded his mouth.
It was time to get on with his life.
To choose herself, at last.
To leave behind the regrets, unspoken feelings and sorrows that still clung to her heart.
C'est alors qu'elle les aperçut.
Ensemble.
Chaleureux.
Soudés.
Comme si rien au monde ne pouvait les atteindre.
Comme si elle n'avait jamais réellement fait partie de leur histoire.
Quelque chose se fissura en elle.
Silencieusement.
Sans éclat.
Sans colère.
Son cœur se brisa.
Alors Hécate détourna le regard.
Elle ne dit rien.
Ne demanda aucune explication.
Ne réclama aucune justice.
Elle partit.
Déjà prête à faire ses adieux.
À Weldon.
À Morgyn et Siméon.
À l'Île aux Sorcières qui, durant quelques semaines seulement, avait réussi à devenir un foyer.
That’s when she saw them.
Together.
Warm.
Welded.
As if nothing in the world could reach them.
As if she had never really been part of their story.
Something cracked in her.
Silently.
Without radiance.
Without anger.
His heart broke.
Then Hecate looked away.
She doesn’t say anything.
Asked for no explanation.
Did not claim any justice.
She left.
Already ready to say goodbye.
To Weldon.
At the Witches' Island which, for only a few weeks, had managed to become a home.
Ce qu'Hécate ignorait encore, c'est que d'autres décisions étaient en train d'être prises dans l'ombre.
Des décisions capables de bouleverser bien davantage que son propre destin.
Pour
assurer la sécurité de Weldon, Chadney venait de solliciter l'aide de
l'École afin d'obtenir sa garde et de le protéger des menaces qui
continuaient de rôder.
Et ailleurs, dans les profondeurs de l'Institut, Apolinarius poursuivait sa propre enquête.
Car
derrière la démonstration outrageusement théâtrale de séduction dont
avait fait preuve l'étrange inconnue lors du concert, il percevait
quelque chose de plus inquiétant.
Quelque chose qui ne relevait ni du hasard ni du désir.
Quelque chose qui avait été soigneusement préparé.
Et dont les conséquences commençaient à peine à se dévoiler.
What Hecate did not yet know was that other decisions were being made in the shadows.
Decisions that can change much more than one’s own destiny.
To
ensure the safety of Weldon, Chadney had just sought help from the
School in order to secure his custody and protect him from continuing
threats.
And elsewhere, in the depths of the Institute, Apolinarius continued his own investigation.
Because
behind the outrageously theatrical display of seduction shown by the
strange stranger at the concert, he perceived something more worrying.
Something that was neither by chance nor desire.
Something that had been carefully prepared.
And whose consequences were just beginning to be revealed.
Lorsque la nouvelle leur parvint, Morgyn et Siméon l'accueillirent dans un silence inhabituel.
Ni l'un ni l'autre ne cherchèrent à contester la décision de l'Institut.
À quoi bon ?
L'affaire était terminée.. ou peut être commencait elle vraiment ?
Le rôle d'Hécate dans cette histoire appartenait désormais au passé.
Pourtant, derrière leur calme apparent se cachait une véritable tristesse.
Car
si Hécate avait bouleversé leur quotidien, si elle avait parfois semé
le chaos dans un équilibre soigneusement construit au fil des années,
elle l'avait toujours fait avec sincérité.
Avec honnêteté.
Avec cette franchise désarmante qui lui était propre.
Ils ne pouvaient pas lui retirer cela.
Sa présence avait agi comme une pierre jetée dans les eaux tranquilles de leur existence.
Et les vagues provoquées avaient changé bien plus de choses qu'ils ne l'auraient imaginé.
Elle leur avait rappelé une vérité qu'ils avaient fini par oublier.
La routine.
L'habitude.
Le confort du quotidien.
Tout cela avait lentement remplacé les rêves, les surprises et les élans spontanés qui avaient autrefois façonné leur vie.
Avec son caractère entier, excessif et imprévisible, Hécate avait forcé chacun d'eux à regarder cette réalité en face.
Lorsque la nouvelle leur parvint, Morgyn et Siméon l'accueillirent dans un silence inhabituel.
Ni l'un ni l'autre ne cherchèrent à contester la décision de l'Institut.
À quoi bon ?
L'affaire était terminée.
Le rôle d'Hécate dans cette histoire appartenait désormais au passé.
Pourtant, derrière leur calme apparent se cachait une véritable tristesse.
Car
si Hécate avait bouleversé leur quotidien, si elle avait parfois semé
le chaos dans un équilibre soigneusement construit au fil des années,
elle l'avait toujours fait avec sincérité.
Avec honnêteté.
Avec cette franchise désarmante qui lui était propre.
Ils ne pouvaient pas lui retirer cela.
Sa présence avait agi comme une pierre jetée dans les eaux tranquilles de leur existence.
Et les vagues provoquées avaient changé bien plus de choses qu'ils ne l'auraient imaginé.
Elle leur avait rappelé une vérité qu'ils avaient fini par oublier.
La routine.
L'habitude.
Le confort du quotidien.
Tout cela avait lentement remplacé les rêves, les surprises et les élans spontanés qui avaient autrefois façonné leur vie.
Avec son caractère entier, excessif et imprévisible, Hécate avait forcé chacun d'eux à regarder cette réalité en face.
When the news reached them, Morgyn and Simeon welcomed it in an unusual silence.
Neither sought to challenge the Institute’s decision.
What’s the point?
The case was over. or perhaps not !
Hecate’s role in this story was now a thing of the past.
Yet, behind their apparent calm was hidden a true sadness.
For
if Hecate had changed their daily lives, if she had sometimes wreaked
havoc on a carefully constructed balance over the years, she had always
done it with sincerity.
With honesty.
With this disarming frankness on his part.
They couldn’t take that away from him.
His presence had acted as a stone thrown into the calm waters of their existence.
And the waves that had been caused had changed more than they would have imagined.
She had reminded them of a truth that they had finally forgotten.
The routine.
Habit.
The comfort of daily life.
All of this had slowly replaced the spontaneous dreams, surprises and impulses that once shaped their lives.
With his full, excessive and unpredictable character, Hecate forced each of them to face reality.
Morgyn, en revanche, observait principalement un autre changement.
Un changement plus discret.
Plus profond.
Celui qui s’est passé chez Chadney’s.
Au fil des semaines, son frère était devenu différent.
Moins calculateur.
Moins distant.
Comme si certaines barrières qu’il avait érigées autour de lui pendant des années avaient commencé à se fissurer.
Peut-être qu’il était devenu plus humain.
Ou peut-être avait-il simplement cessé de lutter contre ce qu’il ressentait.
Mais Morgyn connaissait aussi une vérité que peu pouvaient comprendre.
L’importance qu’Apolinarius avait dans le cœur de Chadney.
Cela n’avait jamais été exprimé par de grandes déclarations.
Jamais à travers une intimité évidente.
Morgyn, by contrast, was mainly observing another change.
A more discreet change.
Deeper.
The one that happened at Chadney’s.
Over the weeks, his brother had become different.
Less calculating.
Less distant.
As if some barriers that he had erected around him for years had started to crack.
Maybe he had become more human.
Or maybe he had simply stopped fighting against what he was feeling.
But Morgyn also knew a truth that few could comprehend.
The importance that Apolinarius had in Chadney’s heart.
This had never been expressed through grand declarations.
Never through obvious intimacy.
Et pourtant, depuis des années, quelque chose d'incroyablement puissant les reliait.
Même séparés.
Même opposés.
Même lorsqu'ils semblaient suivre des chemins incompatibles.
Leur lien demeurait.
Invisible.
Inébranlable.
Le concert n'avait fait que confirmer ce que Morgyn soupçonnait depuis longtemps.
Malgré leurs désaccords.
Malgré leurs querelles.
Malgré toutes les blessures accumulées au fil du temps.
Ces deux hommes restaient profondément attachés l'un à l'autre.
Comme deux astres condamnés à graviter éternellement sur des trajectoires différentes sans jamais réellement pouvoir s'échapper.
Et pendant un instant...
Morgyn avait cru qu'Hécate pourrait changer cela.
Qu'elle pourrait offrir à Chadney un nouveau départ.
Une autre histoire.
Une autre possibilité.
Mais certaines places dans un cœur ne se conquièrent pas.
Elles existent simplement.
Depuis trop longtemps.
Trop profondément.
And yet, for years, something incredibly powerful connected them.
Even separated.
Even opposites.
Even when they seemed to follow incompatible paths.
Their bond remained.
Invisible.
Unwavering.
The concert only confirmed what Morgyn had long suspected.
Despite their disagreements.
Despite their quarrels.
Despite all the injuries accumulated over time.
These two men remained deeply attached to each other.
Like two stars condemned to eternally gravitate on different trajectories without ever really being able to escape.
And for a moment...
Morgyn believed that Hecate could change this.
That she could give Chadney a fresh start.
Another story.
Another possibility.
But some places in a heart cannot be won.
They simply exist.
For too long.
Too deeply.
À quelques pas de lui, Siméon observait son compagnon sombrer dans ses réflexions.
Il reconnaissait ce regard.
Celui que Morgyn arborait lorsqu'il essayait de résoudre des problèmes qui ne lui appartenaient plus.
La séparation d'Hécate était inévitable.
Ils le savaient tous les deux.
Cette parenthèse ne pouvait durer éternellement.
Les chemins finissaient toujours par se séparer.
C'était dans l'ordre des choses.
Et pourtant...
Au fond de lui-même...
Siméon éprouvait un sentiment qu'il n'osait pas formuler.
Une discrète satisfaction.
Presque coupable.
Parce qu'avec le départ d'Hécate, leur maison allait retrouver son calme.
Leurs habitudes.
Leurs soirées tranquilles.
Et surtout parce qu'il allait retrouver Morgyn pour lui seul.
Sans enquêtes.
Sans catastrophes.
Sans sorcière imprévisible surgissant à toute heure du jour ou de la nuit.
Une pensée égoïste, sans doute.
Mais sincère.
Et pour une fois, Siméon décida de ne pas s'en vouloir.
A few steps from him, Siméon watched his companion sink into his reflections.
He recognized this look.
The one that Morgyn wore when he tried to solve problems that no longer belonged to him.
The separation of Hecate was inevitable.
They both knew it.
This parenthesis could not last forever.
The paths always ended up separating.
It was in the nature of things.
And yet...
In his heart of hearts...
Simeon felt a feeling that he dared not express.
A discreet satisfaction.
Almost guilty.
Because with the departure of Hecate, their house was about to regain its calm.
Their habits.
Their quiet evenings.
And especially because he was going to find Morgyn for himself.
Without investigations.
Without disasters.
Without an unpredictable witch who arises at any hour of the day or night.
A selfish thought, no doubt.
But sincere.
And for once, Simeon decided not to blame himself.
Pourtant, Siméon ressentait un malaise qu'il ne parvenait pas à nommer.
Une impression diffuse.
Comme une fissure invisible dans le tableau parfait de leur existence.
Quelque chose changeait.
Quelque chose s'achevait.
Et
si une part de lui éprouvait un certain soulagement à l'idée de
reprendre enfin le contrôle de sa vie, une autre ne pouvait s'empêcher
d'être inquiète.
Morgyn s'y résoudrait-il ?
Accepterait-il réellement le départ de son frère ?
Car Siméon en était presque certain désormais.
Chadney partirait.
Il
ne savait ni quand, ni comment, mais il le sentait avec cette certitude
étrange que certaines vérités portent en elles avant même de se
produire.
Et ce départ ne serait pas anodin.
,Depuis leurs
retrouvailles, ils n'avaient plus vraiment été seuls. Les liens tissés
au fil du temps, les amitiés et les présences familières avaient donné à
leur existence une stabilité qu'ils n'avaient jamais connue auparavant.
ils avaient vécu entourés. Soutenus. Portés même.
Leur monde
avait été rempli de présences, de rires, de disputes absurdes, de portes
qui s'ouvraient sans prévenir et de visages familiers qui donnaient un
sens à leur quotidien.
Cette communauté les avait renforcés.
Légitimés.
Elle avait transformé leur existence solitaire en quelque chose de plus vaste.
Alors que se passerait-il lorsque tout cela disparaîtrait ?
Quand les départs auraient laissé derrière eux des maisons silencieuses et des chemins moins fréquentés ?
Quand il ne resterait plus que lui et Morgyn ?
Siméon aimait Morgyn plus que tout.
Mais parfois, l'amour ne suffisait pas à faire taire les peurs.
Car le silence pouvait être aussi redoutable que le chaos.
Et puis il y avait Weldon.
Toujours Weldon.
L'enfant-tempête.
L'enfant-rire.
L'enfant-catastrophe.
Que deviendrait-il dans ce monde qui semblait soudain perdre ses repères ?
Qui le guiderait ?
Yet, , Simeon felt a malaise that he could not name.
A diffuse impression.
Like an invisible crack in the perfect picture of their existence.
Something was changing.
Something was ending.
And
if part of him felt a certain relief at the idea of finally taking back
control of his life, another could not help being worried.
Would Morgyn resolve himself?
Would he really accept his brother’s departure?
For Simeon was almost certain of it now.
Chadney would leave.
He
knew neither when nor how, but he felt it with that strange certainty
which certain truths carry within them even before they occurred.
And this departure would not be insignificant.
,
Since their reunion, they hadn’t really been alone anymore. The bonds
forged over time, the friendships and familiar presences had given their
existence a stability that they had never known before. they had lived
surrounded. Supported. Even carried.
Their world had been filled
with presences, laughter, absurd arguments, doors that opened without
warning and familiar faces that gave meaning to their daily lives.
This community had strengthened them.
Legitimized.
She had transformed their solitary existence into something larger.
So what would happen when all this disappeared?
When departures would have left behind silent houses and less traveled paths?
When it would only be him and Morgyn left?
Siméon loved Morgyn more than anything.
But sometimes, love was not enough to silence fears.
For silence could be as dreadful as chaos.
And then there was Weldon.
Always Weldon.
The storm-child.
The laughing child.
The disaster child.
What would become of him in this world that suddenly seemed to lose its bearings?
Who would guide him?
Qui canaliserait son énergie dévorante sans jamais l'éteindre ?
Et surtout...
Comment réagirait-il lorsqu'il comprendrait que les personnes qu'il aimait commençaient elles aussi à partir ?
Pour la première fois depuis longtemps, Siméon eut la désagréable sensation que l'avenir avançait vers eux à grands pas.
Et
qu'aucun sort, aussi puissant soit-il, ne pouvait empêcher le temps
d'emporter ceux qui avaient partagé un morceau de leur histoire.
Who would channel their devouring energy without ever extinguishing it?
And above all...
How would he react when he realized that the people he loved were also starting to leave?
For
the first time in a long time, Simeon had the unpleasant feeling that
the future was advancing towards them at great strides.
And that no spell, however powerful, could stop time from taking away those who had shared a piece of their story.
À son retour, Chadney apportait avec lui de grandes révélations.
Il
avait contacté l'Institut afin de soutenir officiellement sa demande de
garde concernant Weldon. Contre toute attente, l'établissement avait
accueilli son projet avec bienveillance et lui avait accordé son appui.
Il garda toutefois le silence sur un autre sujet.
La requête d'Apolinarius.
Celui-ci
lui avait demandé de mener des recherches extrêmement approfondies sur
l'étrange femme rencontrée lors du concert, celle qui l'avait abordé
avec une insistance presque agressive. Chadney lui avait alors exposé
les inquiétudes de sa famille, leurs soupçons grandissants et les zones
d'ombre qui entouraient cette mystérieuse inconnue.
Rien de tout cela n'avait surpris Chadney.
Et Chadney avait accepté.
Parce qu'il lui était tout simplement impossible de refuser quoi que ce soit à Apolinarius.
Pourtant, il revenait également avec une nouvelle bien plus lumineuse.
Tous
étaient conviés au grand concert qu'Apolinarius offrirait à l'école
pour célébrer la clôture de l'année. Une soirée qui promettait d'être
mémorable.
Et puis il y avait son propre départ.
Son départ avec Weldon.
Un nouveau chapitre qui s'ouvrait déjà devant eux.
Mais ce que Chadney ignorait encore, c'est qu'au même instant, ailleurs, Hécate avait pris une décision tout aussi irrévocable.
When he returned, Chadney brought with him great revelations.
He
had contacted the Institute in order to officially support his request
for custody of Weldon. Against all odds, the institution had welcomed
his project with kindness and gave him its support.
He remained silent on another matter, however.
Apolinarius' request.
He
had asked him to conduct extremely thorough research on the strange
woman met at the concert, who had approached him with an almost
aggressive insistence. Chadney had then exposed to him the anxieties of
his family, their growing suspicions and the gray areas that surrounded
this mysterious unknown.
None of this surprised Chadney.
And Chadney had agreed.
Because it was simply impossible for him to refuse anything to Apolinarius.
Yet he also returned with much brighter news.
All
were invited to the great concert that Apolinarius would offer to the
school to celebrate the end of the year. An evening that promised to be
memorable.
And then there was his own departure.
His departure with Weldon.
A new chapter that was already opening before them.
But what Chadney did not yet know was that at the same moment, elsewhere, Hecate had made an equally irrevocable decision.
Après les conséquences de son rendez-vous à l'école, Hécate prit une décision irrévocable.
Une décision née de l'épuisement.
Une décision dont elle savait qu'elle ne reviendrait jamais.
Elle ne rêvait plus.
Elle ne croyait plus.
Elle n'espérait plus.
Quelque chose en elle s'était éteint.
Pas dans la colère.
Pas dans la haine.
Simplement sous le poids des déceptions accumulées.
On l'avait congédiée de la manière la plus subtile qui soit. Sans cris. Sans reproches. Sans condamnation ouverte.
Comme si sa présence s'était peu à peu dissoute jusqu'à devenir inutile.
Mais le résultat demeurait le même.
Elle n'avait plus sa place ici.
La dernière soirée au cottage fut lourde d'une tristesse silencieuse.
Chadney s'apprêtait à partir, emmenant Weldon sous sa protection.
Non pour le lui arracher. Chadney n'était pas aussi cruel.
Mais il était méthodique.
Calculateur.
Pragmatique.
Il avait demandé sa garde et son soutien.
Weldon avait besoin d'une stabilité qu'Hécate ne pouvait plus lui offrir.
Et cette vérité lui brisait davantage le cœur que n'importe quelle accusation.
Malgré la douleur qui lui serrait la poitrine, elle consentit.
Parce qu'au fond, elle savait qu'il avait raison.
Parce qu'aimer quelqu'un signifiait parfois accepter de le perdre.
Alors elle partirait seule.
Comme elle était venue.
Très loin de la péninsule.
Très loin de ceux qui avaient traversé son existence sans jamais réellement lui appartenir.
Elle reconstruirait une vie à son image.
Ou du moins essaierait.
Avec ses propres forces.
Ses propres erreurs.
Ses regrets.
Et les fantômes de ses souvenirs.
Ces quelques semaines n'avaient été qu'une parenthèse.
Une illusion fragile.
Un instant où elle avait cru pouvoir appartenir à quelque chose.
À quelqu'un.
Mais cette parenthèse se refermait.
Et il ne resterait bientôt plus rien que des traces douloureuses.
Never again would she let anyone make a piece of her on a chessboard that was not hers.
Never again would she serve the ambitions, fears or dreams of others.
She had lived too long for causes that were not her own.
For too long carried burdens that did not belong to him.
And when she looked behind her, she saw only a succession of sacrifices from which almost nothing remained.
It was over.
Not because she had become stronger.
But because she no longer had the strength to continue like this.
When the hour of departure came, she said only a few words.
Simple words.
Tired.
Without anger.
Without reproach.
As if even the pain had finally worn out.
—Take care of yourself.
Then she turned on her heel.
Without looking back.
Because she knew that if she looked one last time behind her, she would risk seeing everything she abandoned.
Everything she had hoped for.
Everything she had lost.
Then she continued to move forward.
Alone.
And behind her, the cottage, the unfinished memories and promises gradually disappeared into silence.
Plus jamais elle ne laisserait quiconque faire d'elle une pièce sur un échiquier qui n'était pas le sien.
Plus jamais elle ne servirait les ambitions, les peurs ou les rêves des autres.
Elle avait trop longtemps vécu pour des causes qui n'étaient pas les siennes.
Trop longtemps porté des fardeaux qui ne lui appartenaient pas.
Et lorsqu'elle regardait derrière elle, elle ne voyait qu'une succession de sacrifices dont il ne restait presque rien.
C'en était fini.
Non pas parce qu'elle était devenue plus forte.
Mais parce qu'elle n'avait plus la force de continuer ainsi.
Lorsque vint l'heure du départ, elle ne prononça que quelques mots.
Des mots simples.
Fatigués.
Sans colère.
Sans reproches.
Comme si même la douleur avait fini par s'user.
— Prenez soin de vous.
Puis elle tourna les talons.
Sans se retourner.
Car elle savait que si elle regardait une dernière fois derrière elle, elle risquerait de voir tout ce qu'elle abandonnait.
Tout ce qu'elle avait espéré.
Tout ce qu'elle avait perdu.
Alors elle continua d'avancer.
Seule.
Et derrière elle, le cottage, les souvenirs et les promesses inachevées disparurent peu à peu dans le silence.
Comme si elle n'avait jamais été là.
Never again would she let anyone make a piece of her on a chessboard that was not hers.
Never again would she serve the ambitions, fears or dreams of others.
She had lived too long for causes that were not her own.
For too long carried burdens that did not belong to him.
And when she looked behind her, she saw only a succession of sacrifices from which almost nothing remained.
It was over.
Not because she had become stronger.
But because she no longer had the strength to continue like this.
When the hour of departure came, she said only a few words.
Simple words.
Tired.
Without anger.
Without reproach.
As if even the pain had finally worn out.
Lorsqu'arriva le moment du départ, Hécate tenta de conserver son calme.
Les adieux avaient été plus difficiles qu'elle ne l'avait imaginé.
Alors qu'elle s'apprêtait à franchir une dernière fois le seuil de la porte, une petite voix l'arrêta.
— Hécate...
Elle se retourna.
Weldon
se tenait là, les yeux brillants de larmes qu'il essayait
courageusement de retenir. Dans ses bras, il serrait quelque chose
contre lui.
Son ours en peluche.
Celui qu'il emportait partout depuis des années.
Celui qui l'avait accompagné durant ses peurs, ses cauchemars et ses moments de solitude.
D'un geste hésitant, il s'approcha d'elle et lui tendit le précieux compagnon.
Hécate resta figée.
— Weldon... je ne peux pas prendre ça...
Mais le petit garçon secoua doucement la tête.
Une larme roula sur sa joue.
Puis une autre.
Malgré son chagrin, il lui adressa un sourire fragile.
— Si...
Sa voix tremblait.
— Pour que tu te sentes moins seule.
Ces quelques mots frappèrent Hécate en plein cœur.
Pendant un instant, elle fut incapable de répondre.
Elle regarda l'ours, puis le visage du petit garçon qui lui offrait ce qu'il possédait de plus précieux au monde.
Alors elle s'agenouilla devant lui.
Les yeux embués d'émotion.
Et elle serra Weldon contre elle.
Très fort.
Comme
pour emporter avec elle un peu de cette affection sincère qu'elle
n'avait jamais cherchée, mais qu'elle avait trouvée auprès de lui.
— Merci, mon grand, murmura-t-elle.
Je te promets d'en prendre soin.
Et
tandis qu'elle serrait l'ours contre son cœur, Hécate comprit que, même
à des kilomètres de distance, une partie de Weldon l'accompagnerait
toujours.
Pour que jamais elle ne se sente réellement seule.
When the moment of departure arrived, Hecate tried to keep calm.
The farewell had been more difficult than she had imagined.
As she was about to cross the threshold of the door one last time, a small voice stopped her.
—Hecate...
She turned around.
Weldon stood there, his eyes brimming with tears that he bravely tried to hold. In his arms, he held something close to him.
His teddy bear.
The one he had been carrying everywhere for years.
The one who had accompanied him during his fears, his nightmares and his moments of solitude.
With a hesitant gesture, he approached her and handed her the precious companion.
Hecate remained frozen.
—Weldon... I can’t take that...
But the little boy gently shook his head.
A tear rolled down his cheek.
Then another one.
Despite her grief, he gave her a fragile smile.
—If...
His voice was trembling.
—So that you feel less alone.
These few words struck Hecate right to the heart.
For a moment, she was unable to answer.
She looked at the bear, then at the face of the little boy who offered her what he possessed most precious in the world.
Then she knelt before him.
Eyes misty with emotion.
And she held Weldon close to her.
Very strong.
As if to take with her some of that sincere affection she had never sought, but which she had found near him.
—Thank you, big boy, she whispered.
I promise to take care of it.
And as she held the bear to her heart, Hecate realized that, even from miles away, part of Weldon would still be with her.
So that she never really feels alone.
Ellt partait.
Après
avoir quitté l'Institut, Hécate s'était rendue auprès d'une vieille
alliée qui vivait dans une région oubliée des hommes, une terre de
collines ondoyantes et de forêts luxuriantes où la nature semblait
conserver jalousement ses secrets. Là-bas, les brumes s'attardaient à
l'aube entre les vallons et les ombres paraissaient plus anciennes que
le monde lui-même.
Un lieu paisible.
Un lieu vrai.
Un refuge.
Ces
dernières semaines l'avaient ébranlée bien davantage qu'elle ne
l'admettait. Entre désillusions, blessures silencieuses et vérités
difficiles à accepter, quelque chose en elle s'était fissuré.
Elle avait besoin de solitude.
Besoin de retrouver son propre centre.
De se choisir, enfin.
Car derrière les apparences, une tempête grondait encore dans son cœur.
Et
tandis que chacun préparait son avenir sans le savoir, les fils de
leurs destinées continuaient de s'entrelacer dans l'obscurité, guidés
par une main invisible dont nul ne soupçonnait encore l'existence.
Une présence ancienne.
Patiente.
Qui observait leurs choix depuis bien plus longtemps qu'ils ne l'imaginaient.
Et lorsque viendrait le moment de révéler son visage, il serait déjà trop tard pour revenir en arrière.
Ces
dernières semaines l'avaient ébranlée bien davantage qu'elle ne
l'admettait. Entre désillusions, blessures silencieuses et vérités
difficiles à accepter, quelque chose en elle s'était fissuré.
Elle avait besoin de solitude.
Besoin de retrouver son propre centre.
De se choisir, enfin.
Car derrière les apparences, une tempête grondait encore dans son cœur.
Et
tandis que chacun préparait son avenir sans le savoir, les fils de
leurs destinées continuaient de s'entrelacer dans l'obscurité, guidés
par une main invisible dont nul ne soupçonnait encore l'existence.
Une présence ancienne.
Patiente.
Qui observait leurs choix depuis bien plus longtemps qu'ils ne l'imaginaient.
Et lorsque viendrait le moment de révéler son visage, il serait déjà trop tard pour revenir en arrière.
But what Chadney did not yet know was that at the same moment, elsewhere, Hecate had made an equally irrevocable decision.
She was also going to leave.
After
leaving the Institute, Hecate went to an old ally who lived in a region
forgotten by men, a land of rolling hills and lush forests where nature
seemed to jealously guard its secrets. There, the mists lingered at
dawn between the valleys and the shadows seemed older than the world
itself.
A peaceful place.
A real place.
A refuge.
The
past few weeks had shaken her far more than she admitted. Between
disillusions, silent wounds and truths hard to accept, something in her
had cracked.
She needed solitude.
Need to find one’s own center.
To choose oneself, at last.
Because behind appearances, a storm was still brewing in his heart.
And
while each one prepared his future without knowing it, the sons of
their destinies continued to intertwine in darkness, guided by an
invisible hand whose existence no one yet suspected.
An ancient presence.
Patient.
Who had been observing their choices for much longer than they imagined.
And when the time came to reveal his face, it would already be too late to go back.
Quand elle arriva chez son amie, Hécate lui confia la décision qu'elle avait prise.
Elle devait trouver un lieu où recommencer sa vie.
Un lieu qui n'appartiendrait qu'à elle.
Un lieu où personne ne la définirait autrement que par ses propres choix.
Son
amie accueillit cette nouvelle avec une joie sincère. L'idée de voir
Hécate s'installer dans cette magnifique région l'enchantait. Après
quelques instants de réflexion, elle lui assura connaître plusieurs
endroits susceptibles de lui convenir.
Des lieux isolés.
Paisibles.
Préservés.
Des
refuges où elle pourrait se reconstruire, se redéfinir et retrouver
cette partie d'elle-même qu'elle avait laissée s'effacer au fil des
intrigues, des déceptions et des bouleversements des dernières semaines.
Les
jours suivants, elles parcoururent ensemble les vallons verdoyants, les
chemins bordés de fleurs sauvages et les petites routes serpentant
entre les forêts anciennes.
Plusieurs demeures retinrent brièvement son attention.
Mais aucune ne fit battre son cœur.
When she arrived at her friend’s house, Hecate confided in her the decision she had made.
She had to find a place where she could start her life again.
A place that would belong only to her.
A place where no one would define it other than by their own choices.
Her
friend received this news with sincere joy. The idea of seeing Hecate
settle in this magnificent region enchanted her. After a few moments of
reflection, she assured him that she knew several places likely to suit
him.
Isolated places.
Peaceful.
Preserved.
Refuges
where she could rebuild herself, redefine herself and find that part of
herself that she had let fade away over the course of the intrigues,
disappointments and upheavals of recent weeks.
The following
days, they walked together through the green valleys, paths lined with
wildflowers and small roads winding between ancient forests.
Several homes briefly caught his attention.
But none made his heart flutter.
Jusqu'à ce qu'elle la découvre.
Nichée à la lisière d'une vaste forêt aux ombres profondes se dressait une vieille maison oubliée du monde.
Derrière
elle s'étendait une grande mare aux eaux sombres, où nageaient
d'innombrables poissons dont les reflets argentés scintillaient sous le
soleil. Tout autour, un vaste terrain attendait patiemment qu'une main
attentive lui redonne sa splendeur d'autrefois. Les herbes folles
avaient repris leurs droits, mais Hécate y voyait déjà des massifs
fleuris, des arbres fruitiers et des allées sinueuses dessinées selon
ses envies.
La maison était grande.
Trop grande, peut-être, pour une femme seule.
Ses murs portaient les marques du temps, ses volets demandaient à être restaurés et son jardin réclamait des mois de travail.
Pourtant, dès l'instant où elle franchit le portail, quelque chose se produisit.
Un sentiment rare.
Une certitude silencieuse.
Until she finds out.
Nestled at the edge of a vast forest with deep shadows stood an old house forgotten by the world.
Behind
it stretched a large pond with dark waters, where countless fish swam
whose silvery reflections shimmered under the sun. All around, a vast
piece of land patiently waited for an attentive hand to restore it to
its former glory. The wild herbs had taken back their rights, but Hecate
already saw in them flowered massifs, fruit trees and winding alleys
drawn according to his desires.
The house was big.
Too big, perhaps, for a single woman.
Its walls bore the marks of time, its shutters needed to be restored and its garden required months of work.
Yet, the moment she stepped through the gate, something happened.
A rare feeling.
A silent certainty.
Comme si cet endroit l'attendait depuis toujours.
Pour la première fois depuis longtemps, Hécate ne ressentit ni tristesse, ni colère, ni regret.
Seulement du calme.
Un calme profond.
Elle contempla la maison, la forêt et les eaux immobiles de la mare.
Puis un léger sourire apparut sur ses lèvres.
Cet endroit serait le sien.
Son refuge.
Son sanctuaire.
Un lieu où elle pourrait guérir.
Un lieu où elle pourrait renaître.
Un endroit à elle.
Et uniquement à elle.
Comme si cet endroit l'attendait depuis toujours.
Pour la première fois depuis longtemps, Hécate ne ressentit ni tristesse, ni colère, ni regret.
Seulement du calme.
Un calme profond.
Elle contempla la maison, la forêt et les eaux immobiles de la mare.
Puis un léger sourire apparut sur ses lèvres.
Cet endroit serait le sien.
Son refuge.
Son sanctuaire.
Un lieu où elle pourrait guérir.
Un lieu où elle pourrait renaître.
Un endroit à elle.
Et uniquement à elle.
Until she finds out.
Nestled at the edge of a vast forest with deep shadows stood an old house forgotten by the world.
Behind
it stretched a large pond with dark waters, where countless fish swam
whose silvery reflections shimmered under the sun. All around, a vast
piece of land patiently waited for an attentive hand to restore it to
its former glory. The wild herbs had taken back their rights, but Hecate
already saw in them flowered massifs, fruit trees and winding alleys
drawn according to his desires.
The house was big.
Too big, perhaps, for a single woman.
Its walls bore the marks of time, its shutters needed to be restored and its garden required months of work.
Yet, the moment she stepped through the gate, something happened.
A rare feeling.
A silent certainty.
As if this place had always been waiting for him.
For the first time in a long time, Hecate felt neither sadness nor anger nor regret.
Just calm down.
A deep calm.
She contemplated the house, the forest, and the still waters of the pond.
Then a slight smile appeared on his lips.
This place would be his.
His refuge.
His sanctuary.
A place where she could heal.
A place where she could be reborn.
A place of her own.
And only to her.
L ordre du Phénix des trois Lunes
Alors
que de profonds changements remodelaient lentement l'Île aux Sorcières,
loin de ces bouleversements, Luna poursuivait son propre dessein.
Sur la péninsule battue par les vents, elle peaufinait chaque détail de sa vengeance avec une patience froide et méthodique.
Pour
parvenir à ses fins, elle avait renoué avec un ordre aussi ancien que
redouté, une confrérie dont sa famille faisait partie depuis des
générations : l'Ordre du Phénix des Trois Lunes.
À sa tête siégeait le Grand Commandeur Dante Sombre-Lune.
Les
liens qui unissaient Luna à cet homme demeuraient enveloppés d'une
ambiguïté troublante. Depuis toujours, Dante observait son existence
avec un intérêt singulier, presque obsessionnel. Dans les heures les
plus sombres de sa vie, il avait toujours été présent dans l'ombre pour
lui tendre la main.
C'était lui qui avait facilité sa fuite autrefois.
C'était
encore lui qui lui avait permis de reconstruire une nouvelle existence
sur la péninsule après le remariage de son compagnon sacré, lorsque son
ancien monde s'était effondré autour d'elle.
Aussi ne fut-il guère surpris lorsque Luna franchit les portes de son sanctuaire afin de solliciter son aide.
L'incident du concert avait ravivé des blessures qu'elle croyait enfouies.
Mais plus encore, la réapparition soudaine de l'infâme Béata, à cet instant précis, ne pouvait être le fruit du hasard.
As profound changes slowly reshaped the Isle of the Witches, far from these upheavals, Luna pursued her own design.
On the windswept peninsula, she worked out every detail of her revenge with cold and methodical patience.
To
achieve her goals, she had returned to an order as old as it was
feared, a brotherhood of which her family had been part for generations:
the Order of the Phoenix of the Three Moons.
At its head sat the Great Commander Dante Dark-Moon.
The
bonds that bound Luna to this man remained shrouded in a troubling
ambiguity. Throughout his life, Dante observed his existence with
singular interest, almost obsessive. In the darkest hours of his life,
he had always been present in the shadows to offer him a helping hand.
It was he who had facilitated his escape once.
It
was also he who had allowed her to rebuild a new life on the peninsula
after the remarriage of her sacred companion, when her old world had
collapsed around her.
So he was not surprised when Luna crossed the gates of his shrine to seek his help.
The incident at the concert had revived wounds she thought had been buried.
But even more, the sudden reappearance of the infamous Beata at that very moment could not be the result of chance.
C'était lui qui avait facilité sa fuite autrefois.
C'était
encore lui qui lui avait permis de reconstruire une nouvelle existence
sur la péninsule après le remariage de son compagnon sacré, lorsque son
ancien monde s'était effondré autour d'elle.
Aussi ne fut-il guère surpris lorsque Luna franchit les portes de son sanctuaire afin de solliciter son aide.
L'incident du concert avait ravivé des blessures qu'elle croyait enfouies.
Mais plus encore, la réapparition soudaine de l'infâme Béata, à cet instant précis, ne pouvait être le fruit du hasard.
Quelque chose se tramait.
Quelque chose d'ancien.
Quelque chose qui dépassait largement les simples rancœurs humaines.
Dante accepta de l'aider, mais avant toute chose, il devait mener ses propres investigations.
Un à un, il allait faire tomber les masques.
Chaque
protagoniste que Luna souhaitait inclure dans sa vengeance serait
étudié, observé et disséqué avec une minutie implacable.
Car dans l'Ordre du Phénix des Trois Lunes, on ne frappait jamais sans connaître les secrets les plus enfouis de ses ennemis.
Et lorsque venait enfin le moment d'agir...
Il était déjà trop tard pour leur échapper.
It was he who had facilitated his escape once.
It
was also he who had allowed her to rebuild a new life on the peninsula
after the remarriage of her sacred companion, when her old world had
collapsed around her.
So he was not surprised when Luna crossed the gates of his shrine to seek his help.
The incident at the concert had revived wounds she thought had been buried.
But even more, the sudden reappearance of the infamous Beata at that very moment could not be the result of chance.
Something was going on.
Something ancient.
Something that went far beyond simple human grievances.
Dante agreed to help him, but before anything else, he had to conduct his own investigations.
One by one, he was going to drop the masks.
Each
protagonist that Luna wanted to include in her revenge would be
studied, observed and dissected with relentless meticulousness.
For in the Order of the Phoenix of the Three Moons, one never struck without knowing the most buried secrets of one’s enemies.
And when it finally came time to act...
It was already too late to escape them.
Les quelques jours qui précédèrent sa nouvelle entrevue avec Luna furent aussi instructifs qu'inquiétants.
Les
révélations qui lui parvinrent n'étaient ni celles qu'il espérait, ni
celles qu'il redoutait réellement. Elles étaient bien pires. Plus
complexes. Plus obscures. Plus dangereuses.
Pour Luna, tout cela n'était qu'une quête de vengeance.
Une vengeance contre la femme qui lui avait volé sa vie.
Contre les magiciens qui avaient découvert sa véritable identité.
Contre
cet artiste qu'elle cherchait à séduire afin d'atteindre un secret
enfoui, un secret dont la valeur dépassait de loin les sentiments, les
désirs ou les passions ordinaires. Car à ses yeux, ce mystère
représentait la première pierre de sa reconquête, le chemin qui devait
la ramener vers sa position perdue et le pouvoir qui lui avait été
arraché.
The few days before his new meeting with Luna were as instructive as they were worrying.
The
revelations that came to him were neither what he hoped for nor what he
truly feared. They were much worse, more complex. More obscure. More
dangerous.
For Luna, it was all a quest for revenge.
A revenge against the woman who had stolen his life.
Against the magicians who had discovered his true identity.
Against
this artist whom she sought to seduce in order to reach a buried
secret, a secret whose value far exceeded ordinary feelings, desires or
passions. For in her eyes, this mystery represented the first stone of
her reconquest, the path that would lead her back to her lost position
and the power that had been taken from her.
Mais Luna ignorait encore une vérité essentielle.
Ou peut-être refusait-elle simplement de la voir.
Toutes ces personnes étaient liées.
Par des fils invisibles.
Par d'anciennes dettes.
Par des promesses oubliées.
Par des secrets si anciens que même leurs gardiens n'en percevaient plus l'ampleur.
Et
désormais, chacun de ses choix, chacun de ses mensonges, chacune de ses
manœuvres allait provoquer des répercussions bien plus terrifiantes
qu'elle ne pouvait l'imaginer.
Dante, lui, le pressentait.
Il discernait déjà les premières fissures dans le voile du destin.
Car
derrière la vengeance d'une femme humiliée se cachent parfois des
forces bien plus sombres qu'une simple revanche. Des puissances
patientes, tapies dans l'ombre, qui n'attendent qu'un prétexte pour
s'éveiller.
Et malgré toute sa puissance, malgré sa volonté sincère d'aider Luna, Dante ignorait encore ce qu'elle s'apprêtait à libérer.
But Luna was still unaware of an essential truth.
Or perhaps she simply refused to see her.
All these people were related.
By invisible threads.
By old debts.
By forgotten promises.
By secrets so ancient that even their guardians could no longer see the extent of them.
And
now, every choice she made, every lie she told, every move she made
would have far more terrifying repercussions than she could ever have
imagined.
Dante, he sensed it.
He was already discerning the first cracks in the veil of destiny.
Because
behind the revenge of a humiliated woman are sometimes hidden forces
much darker than mere revenge. Patient powers, lurking in the shadows,
just waiting for a pretext to awaken.
And despite all her power, despite her sincere desire to help Luna, Dante still did not know what she was about to release.
Il connaissait son obstination.
Sa résilience.
Sa capacité à poursuivre un objectif au-delà du raisonnable.
Mais il savait également que le point de non-retour avait déjà été franchi.
La prudence, la stratégie et la mesure avaient été abandonnées depuis longtemps.
Un simple flirt.
Une manœuvre aussi brillante que malavisée.
Un jeu de séduction qui semblait anodin.
Voilà ce qui avait déclenché la première chute de pierre.
Et désormais, dans les profondeurs du silence, quelque chose s'était mis en mouvement.
Quelque chose d'ancien.
Quelque chose qui observait.
Et pour la première fois depuis des années, Dante éprouvait une émotion qu'il croyait avoir oubliée.
La peur.
He knew his obstinacy.
His resilience.
His ability to pursue a goal beyond reason.
But he also knew that the point of no return had already been crossed.
Caution, strategy and measure had long since been abandoned.
A simple flirtation.
A maneuver as brilliant as it is misguided.
A game of seduction that seemed trivial.
That is what triggered the first rock fall.
And now, in the depths of silence, something had started to move.
Something ancient.
Something that was observing.
And for the first time in years, Dante felt an emotion that he thought he had forgotten.
Fear.
Luna, quant à elle, avançait avec une confiance presque inébranlable.
Au
fond d'elle-même, elle demeurait persuadée que Dante serait, une fois
encore, à ses côtés. Qu'il l'aiderait. Qu'il l'accompagnerait dans
chacune de ses démarches. Que les liens tissés entre eux au fil des
années et des générations étaient plus solides que la prudence, plus
puissants que la raison elle-même.
Aussi fut-elle saisie d'une véritable stupéfaction lorsqu'elle entendit ses réserves.
Dante
les exposa avec ce calme déroutant qui le caractérisait si bien. Sa
voix demeurait détachée, presque froide, mais derrière cette apparente
neutralité se cachait une fermeté inhabituelle.
Luna, on the other hand, advanced with an almost unshaken confidence.
Deep
down, she remained convinced that Dante would once again stand by her
side. That he would help her. That he would accompany her in each of her
actions. That the links forged between them over the years and
generations were stronger than prudence, more powerful than reason
itself.
So she was seized by a real amazement when she heard his reservations.
Dante
exposed them with that disconcerting calm which characterized him so
well. His voice remained detached, almost cold, but behind this apparent
neutrality was hidden an unusual firmness.
Il ne lui ordonnait rien.
Il ne la condamnait pas.
Mais chacune de ses paroles était une mise en garde.
Chaque recommandation l'enjoignait à la patience, à la prudence, à la stratégie.
Comme s'il contemplait déjà les conséquences d'événements qui n'avaient pas encore eu lieu.
Bien sûr, il comprenait son désir de reconquérir ce qui lui avait été arraché.
Il comprenait sa colère.
Son humiliation.
Son besoin viscéral de reprendre le contrôle de son existence.
Mais il savait également que certaines batailles ne pouvaient être gagnées par la force ou la précipitation.
He didn’t order her anything.
He did not condemn her.
But every word he said was a warning.
Each recommendation enjoined him to be patient, prudent, and strategic.
As if he were already contemplating the consequences of events that had not yet taken place.
Of course, he understood her desire to win back what had been snatched from her.
He understood her anger.
His humiliation.
His visceral need to regain control of his existence.
But he also knew that some battles could not be won by force or haste
.Quant à sa place auprès de Cal...
Cette histoire appartenait désormais au passé.
Du moins le croyaient-ils tous les deux.
Les
cendres de ce lien semblaient depuis longtemps dispersées par les vents
du destin, et ni l'un ni l'autre ne nourrissait encore l'illusion de
pouvoir les rassembler.
Non.
Ce que Luna réclamait désormais allait bien au-delà d'un amour perdu.
Elle voulait sa reconnaissance.
La reconnaissance de son existence.
De son nom.
De son héritage.
De ce qu'elle avait été avant que d'autres ne lui volent sa vie et son identité.
Et c'était précisément ce qui inquiétait Dante.
As for his place with Cal...
This story was now a thing of the past.
At least they both believed it.
The
ashes of this bond seemed to have long been scattered by the winds of
destiny, and neither of them still entertained the illusion that they
could be gathered together.
No.
What Luna was now demanding went far beyond a lost love.
She wanted her recognition.
The recognition of his existence.
From his name.
From his legacy.
From what she had been before others stole her life and identity.
And that was precisely what worried Dante.
Car la frontière entre la justice et l'obsession était devenue dangereusement mince.
Et
plus Luna s'approchait de son objectif, plus il avait l'impression
qu'elle marchait vers une porte qu'il aurait préféré voir demeurer
fermée à jamais.
Une porte dissimulée derrière les mensonges, les secrets et les trahisons.
Une porte dont personne ne connaissait réellement ce qui se trouvait de l'autre côté.
Pas même lui.
Because the line between justice and obsession had become dangerously thin.
And
the closer Luna got to her goal, the more he felt that she was walking
towards a door he would have preferred to see remain closed forever.
A door hidden behind lies, secrets and betrayals.
A door where no one really knew what was on the other side.
Not even him.
...
Pour Chadney, quitter l'Île aux Sorcières en compagnie de Weldon s'était révélé bien plus compliqué qu'il ne l'aurait admis, même sous l'effet d'un sérum de vérité.
Derrière
la façade de marbre qu'il arborait avec un talent presque agaçant se
cachait un véritable tourbillon d'émotions qu'il n'était ni certain de
comprendre, ni particulièrement désireux d'analyser.
Bien sûr, il était heureux de retrouver son foyer.
Même
s'il soupçonnait fortement que la quiétude légendaire de sa demeure ne
survivrait pas longtemps à la présence du petit garçon impétueux qu'il
avait décidé de prendre sous son aile. Weldon possédait cette capacité
rare à transformer le moindre moment de calme en aventure
potentiellement catastrophique.
Mais derrière son indifférence soigneusement entretenue, le départ d'Hécate avait laissé un vide désagréable.
Un vide dont il refusait obstinément de reconnaître l'importance.
Il
s'en voulait de l'avoir laissée partir sans lui offrir la moindre
explication. Dans le regard de la jeune femme, il avait aperçu des
questions, de l'incompréhension... et une déception qui l'avait
poursuivi bien plus longtemps qu'il ne l'aurait souhaité.
For
Chadney, leaving the Isle of the Witches with Weldon proved to be far
more complicated than he would have admitted, even under a truth serum.
Behind
the marble facade that he displayed with an almost annoying talent was
hidden a real whirlwind of emotions that he was neither certain to
understand, nor particularly eager to analyze.
Of course, he was happy to be home again.
Even
though he strongly suspected that the legendary tranquility of his home
would not survive long in the presence of the impetuous little boy he
had decided to take under his wing. Weldon possessed the rare ability to
turn any moment of calm into a potentially catastrophic adventure.
But behind his carefully maintained indifference, the departure of Hecate had left an unpleasant void.
A void whose importance he stubbornly refused to acknowledge.
He resented himself for letting her go without offering him the slightest explanation. In the eyes of the young woman, he saw questions, misunderstanding... and a disappointment that had pursued him much longer than he would have liked.
Il avait pris d'autres engagements.
D'autres responsabilités.
D'autres chemins.
Alors il se répétait que c'était préférable ainsi.
Que tout était exactement comme cela devait être.
Qu'il ne regrettait rien.
Une affirmation qu'il répétait avec tant d'insistance qu'elle commençait à perdre toute crédibilité, même auprès de lui-même.
Puis Morgyn avait proposé de célébrer officiellement son nouveau rôle de mentor auprès de Weldon.
Et contre toute attente, un étrange frisson avait traversé son cœur.
Il avait accepté avec un enthousiasme suspect.
Un
enthousiasme qu'il s'était empressé d'enfermer dans un coin obscur de
son esprit, là où il rangeait habituellement les vérités embarrassantes
et les sentiments qu'il jugeait beaucoup trop compliqués.
He had made other commitments.
Other responsibilities.
Other paths.
So he kept telling himself that it was better this way.
That everything was exactly as it should be.
That he didn’t regret anything.
A claim that he repeated with such insistence that it began to lose all credibility, even with himself.
Then Morgyn had offered to officially celebrate his new role as mentor to Weldon.
And against all odds, a strange thrill had run through his heart.
He had accepted with suspicious enthusiasm.
An enthusiasm that he had hastened to confine in a dark corner of his mind, where he usually put away the embarrassing truths and feelings that he considered far too complicated.
Bien sûr, il était ravi de revoir son frère.
Son ami.
Toute l'équipe.
Et... Hécate.
Même si l'idée de la savoir responsable des arrangements floraux suffisait à lui provoquer des sueurs froides.
Il connaissait déjà l'étendue de son imagination.
Les décorations de Noël organisées par Hécate étaient encore racontées comme des légendes dans plusieurs royaumes voisins.
Il
s'imaginait déjà rentrer chez lui pour découvrir que sa demeure avait
été transformée en forêt enchantée, avec des lianes magiques dans les
escaliers, des roses chantantes dans la cuisine et probablement un arbre
centenaire poussant au milieu du salon.
Le tout accompagné d'un sourire radieux et innocent de la principale coupable.
Et comme si cela ne suffisait pas, la remarque laconique de Siméon continuait de résonner dans son esprit.
— Bonne chance, mon vieux.
Cette phrase n'avait absolument rien eu de rassurant.
Au contraire.
Prononcée
avec cet air compatissant qu'on réserve généralement aux condamnés,
elle avait seulement renforcé la certitude de Chadney qu'une catastrophe
florale de proportions épiques était désormais inévitable.
Et le pire ?
Une partie de lui avait terriblement hâte de voir ce qu'Hécate allait inventer.
Of course, he was delighted to see his brother again.
His friend.
The whole team.
And... Hecate.
Even if the idea of knowing her responsible for floral arrangements was enough to provoke him into a cold sweat.
He already knew the extent of his imagination.
Christmas decorations arranged by Hecate were still told as legends in several neighboring kingdoms.
He
already imagined going home to discover that his house had been
transformed into an enchanted forest, with magical lianas in the stairs,
singing roses in the kitchen and probably a centenary tree growing in
the middle of the living room.
All accompanied by a radiant and innocent smile from the main culprit.
And as if that were not enough, Simeon’s laconic remark continued to echo in his mind.
—Good luck, buddy.
That sentence had absolutely nothing reassuring.
On the contrary.
Delivered
with the kind air usually reserved for convicts, it only reinforced
Chadney’s conviction that a floral catastrophe of epic proportions was
now inevitable.
And the worst part?
Part of him was terribly eager to see what Hecate would invent.
Pour Weldon, les choses étaient très différentes.
Lorsque
Chadney avait reçu les documents officiels confirmant son mentorat, le
jeune garçon avait partagé son enthousiasme avec une joie sincère. Mais
la véritable explosion de bonheur était arrivée quelques instants plus
tard, lorsqu'il avait appris qu'une fête serait organisée pour célébrer
l'événement.
Une fête.
Pour lui.
Rien que pour lui.
Cette simple idée lui paraissait presque irréelle.
Avec son père, il n'y avait jamais eu de fêtes.
Jamais de célébrations.
Jamais de réunions familiales autour d'une table décorée ou d'un gâteau maladroitement préparé.
Ils
avaient passé leur vie sur les routes, changeant constamment de ville,
de région ou parfois même de royaume. Les adieux arrivaient toujours
avant les amitiés, et les valises étaient faites avant que les racines
aient eu le temps de pousser.
Alors apprendre que des personnes
souhaitaient se réunir simplement parce qu'il existait, parce qu'elles
étaient heureuses de le voir grandir et avancer, éveillait en lui
quelque chose de nouveau.
Quelque chose de précieux.
Il avait l'impression que son cœur allait éclater de bonheur.
Pour la première fois de sa vie, il se sentait important.
Vraiment important.
Comme l'un de ces jeunes héros des légendes anciennes dont les bardes chantaient les exploits dans les tavernes.
Comme un chevalier destiné à accomplir quelque grande destinée.
Plus haut encore que les tours enchantées des anciens mages.
For Weldon, things were very different.
When
Chadney received the official documents confirming his mentorship, the
young boy shared his enthusiasm with genuine joy. But the real explosion
of happiness came a few moments later, when he had learned that a party
would be organized to celebrate the event.
A party.
For him.
Just for him.
This simple idea seemed almost unreal to him.
With his father, there had never been any parties.
Never any celebrations.
Never have family gatherings around a decorated table or clumsily prepared cake.
They
had spent their lives on the roads, constantly changing cities, regions
or sometimes even kingdoms. Goodbyes always came before friendships,
and suitcases were made before the roots had time to grow.
So
learning that people wanted to come together simply because he existed,
because they were happy to see him grow and move forward, awakened
something new in him.
Something valuable.
He felt that his heart would burst with happiness.
For the first time in his life, he felt important.
Really important.
Like one of those young heroes from ancient legends whose bards sang the exploits in the taverns.
Like a knight destined to fulfill some great destiny.
Even higher than the enchanted towers of the ancient mages.
Weldon avait toujours été un élève appliqué.
Mais depuis l'annonce de la fête, son sérieux avait atteint des sommets presque inquiétants.
Il travaillait avec une concentration exemplaire.
Relisait ses notes.
Terminait ses exercices avec soin.
Posait moins de questions absurdes en plein cours — ce qui constituait déjà un exploit remarquable.
Au fond, il voulait leur montrer qu'ils n'avaient pas eu tort de croire en lui.
Que la confiance qu'ils lui accordaient était méritée.
Que
le petit garçon solitaire arrivé si soudainement dans leurs vies était
capable de devenir quelqu'un dont ils pourraient être fiers.
Et chaque soir, lorsqu'il s'endormait, un sourire flottait encore sur ses lèvres.
Parce que pour la première fois de son existence, il ne se demandait plus où il irait demain.
Il savait exactement où était sa place.
Auprès de ceux qui l'avaient choisi.
Auprès de cette famille improbable, magique et merveilleusement chaotique que le destin avait placée sur sa route.
Even higher than the enchanted towers of the ancient mages.
Weldon had always been a diligent student.
But since the announcement of the party, his seriousness had reached almost alarming heights.
He worked with an exemplary concentration.
Was rereading his notes.
Finished his exercises carefully.
Asked fewer absurd questions in the middle of class—which was already a remarkable feat.
Deep down, he wanted to show them that they weren’t wrong to believe in him.
That the trust they placed in him was deserved.
That the lonely little boy who came so suddenly into their lives was capable of becoming someone they could be proud of.
And every night, when he fell asleep, a smile still hung on his lips.
Because for the first time in his life, he no longer wondered where he would go tomorrow.
He knew exactly where his place was.
With those who had chosen him.
With this improbable, magical and wonderfully chaotic family that fate had placed on its path.
...
C’était un soir de tempête lorsque Vlad rendit visite à Chadney.
Le
vent hurlait autour du cottage tandis que la pluie martelait les vitres
avec l’enthousiasme d’une armée de gobelins en colère. Fidèle à
lui-même, Vlad se tenait devant la porte, droit comme un piquet maudit,
vêtu de son éternelle expression inquiétante qui donnait l’impression
qu’il allait soit annoncer une catastrophe, soit demander poliment une
tasse de thé.
Lorsqu’on lui ouvrit, ce ne fut pourtant pas Chadney qui apparut.
À sa grande surprise, il se retrouva face à un petit garçon aux yeux pétillants de malice.
Le jeune inconnu ne sembla pas le moins du monde impressionné par
l’apparence sévère de Vlad. Bien au contraire. Il l’observa avec une
curiosité désarmante, comme s’il venait de découvrir une créature
légendaire dont l’existence n’était mentionnée que dans les vieux
grimoires poussiéreux.
— Oh ! lança l’enfant avec enthousiasme. Tu es un sorcier maléfique ou tu fais juste cette tête-là naturellement ?
Vlad resta silencieux.
Le garçon, lui, parut prendre ce silence pour une invitation à poursuivre l’interrogatoire.
La conversation qui suivit fut probablement la plus longue que Vlad ait jamais eue avec un enfant sans tenter de s’enfuir.
Mais derrière son calme habituel, une question commençait à le tourmenter.
Que faisait cet enfant chez Chadney ?
Et surtout...
Qui était-il ?
Chadney n’avait jamais parlé d’un enfant.
Jamais.
Et certainement pas d’un garçon de cet âge qui semblait parfaitement à l’aise dans la maison.
Plus
Vlad observait le petit garçon, plus les mystères s’accumulaient.
L’enfant connaissait visiblement les lieux, se déplaçait comme s’il
était chez lui et parlait de Chadney avec une familiarité déconcertante.
It was a stormy evening when Vlad visited Chadney.
The
wind howled around the cottage while the rain hammered the windows with
the enthusiasm of an army of angry goblins. True to form, Vlad stood
before the door, as straight as a cursed stake, dressed in his eternal
disquieting expression that gave the impression that he was either going
to announce a catastrophe or politely ask for a cup of tea.
When it was opened, however, it was not Chadney who appeared.
To his surprise, he found himself facing a little boy with sparkling mischievous eyes.
The
young stranger did not seem in the least impressed by Vlad’s stern
appearance. Quite the contrary. He observed it with disarming curiosity,
as if he had just discovered a legendary creature whose existence was
mentioned only in the old dusty grimoires.
—Oh! said the child with enthusiasm. Are you an evil wizard or are you just making that face naturally?
Vlad remained silent.
The boy, however, seemed to take this silence as an invitation to continue the interrogation.
The ensuing conversation was probably the longest that Vlad had ever had with a child without trying to escape.
But behind his usual calm, a question began to torment him.
What was that child doing at Chadney’s?
And above all...
Who was he?
Chadney had never spoken of a child.
Never.
And certainly not of a boy of that age who seemed perfectly comfortable in the house.
The
more Vlad watched the little boy, the more mysteries accumulated. The
child clearly knew the place, moved as if he were at home and spoke of
Chadney with disconcerting familiarity.
Pour
la première fois depuis bien longtemps, Vlad se retrouva confronté à
une énigme plus inquiétante qu’un démon ancien, plus incompréhensible
qu’un grimoire enchanté et plus déroutante qu’Hécate après trois tasses
de café magique.
Et cela l’agaçait profondément.
Car Vlad pouvait affronter des monstres.
Il pouvait affronter des sorciers.
Il pouvait même affronter Hécate lorsqu’elle était de mauvaise humeur.
Mais un adorable petit garçon mystérieux qui lui posait beaucoup trop de questions ?
Voilà une quête pour laquelle il n’était absolument pas préparé.
For
the first time in a long time, Vlad found himself confronted with an
enigma more disturbing than an ancient demon, more incomprehensible than
an enchanted grimoire and more puzzling than Hecate after three cups of
magical coffee.
And it annoyed him deeply.
Because Vlad could fight monsters.
He could face wizards.
He could even confront Hecate when she was in a bad mood.
But an adorable little mysterious boy who asked him too many questions?
Here is a quest for which he was absolutely not prepared.
Vlad repartit finalement du cottage l'esprit plus confus qu'il ne l'avait été depuis des années.
Et
ce qui, chez un homme capable de converser avec des entités
cauchemardesques sans sourciller, constituait un événement remarquable.
Un enfant.
Un simple enfant.
Enfin... simple était peut-être un mot un peu optimiste.
Car rien dans cette histoire ne lui semblait normal.
Qui était-il ?
Pourquoi vivait-il chez Chadney ?
Et surtout, pourquoi Chadney n'en avait-il jamais parlé ?
Plus Vlad réfléchissait, plus les questions se multipliaient.
Et
aussi naïvement que Vlad pouvait parfois l'être — un trait de caractère
que ses proches considéraient comme à la fois touchant et extrêmement
dangereux — il décida de demander conseil à Apolinarius.
— Il y avait un enfant chez Chadney.
— Un enfant ? répéta Apolinarius.
— Oui.
— Quel enfant ?
C'est à cet instant précis que Vlad comprit qu'il venait probablement de commettre une erreur monumentale.
Une erreur dont les conséquences allaient bientôt lui exploser au visage.
Vlad finally left the cottage, more confused than he had been in years.
And what, in a man able to converse with nightmarish entities without blinking of an eye, constituted a remarkable event.
A child.
A simple child.
Finally... simple was perhaps a bit of an optimistic word.
Because nothing in this story seemed normal to him.
Who was he?
Why was he living at Chadney’s?
And above all, why had Chadney never mentioned it?
The more Vlad thought, the more questions multiplied.
And
as naively as Vlad could sometimes be—a trait that his relatives
considered both touching and extremely dangerous—he decided to seek
advice from Apolinarius.
—There was a child at Chadney’s house.
—A child? repeated Apolinarius.
—Yes.
—Which child?
It was at this very moment that Vlad realized he had probably made a monumental mistake.
A mistake whose consequences would soon explode in his face.
Car, comme de bien entendu, Apolinarius n'avait jamais entendu parler de cet enfant.
Le silence qui suivit fut inquiétant.
Très inquiétant.
Le regard d'Apolinarius se figea.
Puis se rétrécit.
Puis prit cette expression particulière que tout le monde connaissait et que personne n'aimait voir apparaître.
La jalousie.
La possessivité.
L'inquiétude.
Toutes ces émotions explosèrent ensemble avec la grâce d'un volcan en pleine crise existentielle.
Qui était cet enfant ?
Pourquoi Chadney le cachait-il ?
Et surtout...
Quelle place occupait-il dans sa vie ?
Pendant plusieurs heures, Apolinarius tenta de joindre Chadney.
Sans succès.
Chaque
tentative ignorée alimentait davantage son imagination déjà
particulièrement talentueuse lorsqu'il s'agissait d'envisager le pire.
For, as is well known, Apolinarius had never heard of this child.
The silence that followed was worrying.
Very worrying.
The gaze of Apolinarius froze.
Then shrinks.
Then took this particular expression that everyone knew and that nobody liked to see appear.
Jealousy.
Possessiveness.
Worry.
All these emotions exploded together with the grace of a volcano in an existential crisis.
Who was that child?
Why was Chadney hiding it?
And above all...
What place did he occupy in his life?
For several hours, Apolinarius tried to reach Chadney.
Without success.
Each ignored attempt further fed his already particularly talented imagination when it came to considering the worst.
Au bout d'un moment, il changea donc de stratégie.
Puisque Chadney refusait de répondre...
Qui de mieux placé que Morgyn pour éclaircir cette histoire ?
Et surtout pour calmer les turbulences qui secouaient son esprit.
Un message plus tard, Morgyn arriva chez lu
i sans la moindre inquiétude.
L'esprit léger.
Le sourire tranquille.
Complètement inconscient de la catastrophe sentimentale qui l'attendait.
Morgyn avait toujours eu beaucoup d'affection pour Apolinarius.
Les
années passées chez Mamie Bro, les bêtises de leur jeunesse, les
souvenirs qu'ils partageaient tous les deux avaient créé un lien solide
entre eux.
D'une certaine façon, Morgyn avait toujours considéré Apolinarius comme son second grand frère.
C'est donc avec toute la sérénité du monde qu'il franchit la porte.
After a while, he changed his strategy.
Since Chadney refused to answer...
Who better than Morgyn to clarify this story?
And above all to calm the turbulence that shook his mind.
A message later, Morgyn arrived home without the slightest concern.
The light spirit.
The quiet smile.
Completely unaware of the sentimental catastrophe that awaited him.
Morgyn had always been very fond of Apolinarius.
The years spent with Mamie Bro, the mischief of their youth, the memories they shared had created a strong bond between them.
In a way, Morgyn had always considered Apolinarius as his second big brother.
It was thus with all the serenity of the world that he crossed the door.
Puis il aperçut l'expression d'Apolinarius.
Et comprit immédiatement qu'il aurait préféré affronter un dragon.
— Morgyn.
— Oui ?
— Il faut qu'on parle.
— Oh non...
— Il y a un enfant chez Chadney.
Morgyn cligna des yeux.
Une fois.
Deux fois.
Puis trois.
— ...C'est pour ça que tu fais cette tête ?
— QUELLE TÊTE ?
— Celle qui annonce généralement une catastrophe, une guerre ou une crise de jalousie.
— JE NE SUIS PAS JALOUX !
— Bien sûr.
— JE SUIS INQUIET !
— Évidemment.
— C'EST DIFFÉRENT !
— Absolument.
Morgyn s'installa dans un fauteuil.
Il avait soudainement le sentiment que cette conversation allait être beaucoup plus longue que prévu.
Then he saw the expression of Apolinarius.
And immediately understood that he would have preferred to face a dragon.
—Morgyn.
—Yes?
—We need to talk.
—Oh no...
—There is a child at Chadney’s.
Morgyn blinked.
Once.
Twice.
Then three.
—... Is that why you’re making this face?
—What head?
—The one that usually announces a disaster, a war, or a crisis of jealousy.
—I am not jealous!
—Of course.
—I AM WORRIED!
—Of course.
—IT’S DIFFERENT!
—Absolutely.
Morgyn settled into a chair.
He suddenly had the feeling that this conversation was going to be much longer than expected.
La conversation, comme il fallait s'y attendre, se révéla particulièrement désagréable pour Morgyn.
Non pas parce qu'il ignorait les réponses.
Bien au contraire.
Le problème était qu'il les connaissait.
Et que l'arrivée de Weldon dans la vie de Chadney relevait d'une décision qui n'appartenait qu'à Chadney.
Ce n'était ni à Morgyn de la justifier, ni de l'expliquer, et encore moins de la défendre.
Morgyn était loyal.
Parfois même excessivement loyal.
Et il n'avait aucune intention de trahir la confiance de celui de son frère.
Avec une délicatesse soigneusement calculée, il choisit donc ses mots.
Il ne nia pas l'existence de Weldon.
Cela aurait été ridicule.
Vlad l'avait vu de ses propres yeux.
Mais il ne confirma rien de plus.
Aucune explication.
Aucun détail.
Aucune confidence.
Simplement une vérité.
— Si tu veux des réponses, Apolinarius, tu devrais les demander à Chadney lui-même.
The conversation, as was to be expected, proved particularly unpleasant for Morgyn.
Not because he ignored the answers.
On the contrary.
The problem was that he knew them.
And that the arrival of Weldon in Chadney’s life was a decision that belonged only to Chadney.
It was not up to Morgyn to justify it, or explain it, much less defend it.
Morgyn was loyal.
Sometimes even excessively loyal.
And he had no intention of betraying his brother’s trust.
With a carefully calculated delicacy, he chose his words.
He did not deny the existence of Weldon.
That would have been ridiculous.
Vlad had seen it with his own eyes.
But he did not confirm anything more.
No explanation.
No details.
No confidence.
Simply a truth.
—If you want answers, Apolinarius, you should ask Chadney himself
. Malheureusement, cette réponse eut l'effet exact inverse de celui espéré.
Car plus Morgyn refusait d'en dire davantage, plus l'imagination d'Apolinarius s'emballait.
Et
lorsque Morgyn aperçut la détresse sincère derrière sa colère, il
commis l'erreur que commettent tant de gens face à une situation
émotionnelle complexe.
Il tenta de le rassurer.
— Ce n'est pas ce que tu crois.
Le silence qui suivit fut glacial.
Morgyn
comprit immédiatement qu'il venait de prononcer les quatre mots les
plus catastrophiques de toute l'histoire des relations humaines.
Car il existait une règle universelle.
Lorsqu'une personne est inquiète, jalouse ou blessée...
Lui
dire « Ce n'est pas ce que tu crois » revenait généralement à lui
confirmer qu'elle avait toutes les raisons du monde de s'inquiéter.
La frustration d'Apolinarius explosa aussitôt.
— Ah oui ? Et qu'est-ce que je crois exactement ?
Morgyn ouvrit la bouche.
Puis la referma.
Excellente question.
— Parce que moi-même, je ne sais même pas ce que je crois !
Unfortunately, this response had the exact opposite effect of what was hoped for.
Because the more Morgyn refused to say more, the more Apolinarius' imagination ran wild.
And
when Morgyn saw the heartfelt distress behind his anger, he made the
mistake that so many people make in a complex emotional situation.
He tried to reassure him.
—It’s not what you think.
The silence that followed was icy.
Morgyn immediately realized that he had just uttered the four most catastrophic words in the history of human relations.
Because there was a universal rule.
When a person is worried, jealous or hurt...
Telling her, “It’s not what you think,” usually meant confirming that she had every reason in the world to worry.
Apolinarius' frustration exploded immediately.
— Oh really? And what exactly do I believe?
Morgyn opened his mouth.
Then closed it again.
Excellent question.
—Because I myself, I don’t even know what I believe!
Le ton monta.
Puis monta encore.
Et bientôt arrivèrent les grands classiques.
La confiance.
L'amitié.
Le respect.
La sincérité.
La communication.
Tous
ces concepts nobles et admirables que les gens invoquent généralement
lorsqu'ils sont trop contrariés pour écouter les réponses.
Morgyn encaissa la tempête avec un mélange de patience et de stupéfaction.
Car plus Apolinarius parlait, plus il semblait répondre à des questions que personne n'avait posées.
Et plus il répondait à ces questions imaginaires, plus il paraissait contrarié.
À la fin, Morgyn demeura assis dans son fauteuil, complètement abasourdi.
Il connaissait pourtant l'histoire compliquée qui unissait Chadney et Apolinarius.
Il en avait été témoin.
Parfois même victime collatérale.
Il avait observé leurs rapprochements.
Leurs éloignements.
Leurs silences.
Leurs non-dits.
Leurs interminables conversations qui ne répondaient jamais aux véritables questions.
Mais il réalisait soudain quelque chose.
Les
sentiments étaient déjà suffisamment compliqués lorsqu'ils concernaient
deux jeunes gens incapables d'exprimer ce qu'ils ressentaient.
Entre deux adultes, c'était pire.
The tone rose.
Then went up again.
And soon came the great classics.
Trust.
Friendship.
Respect.
Sincerity.
Communication.
All these noble and admirable concepts that people usually invoke when they are too upset to listen to the answers.
Morgyn withstood the storm with a mixture of patience and amazement.
For the more Apolinarius spoke, the more he seemed to answer questions that no one had asked.
And the more he answered these imaginary questions, the more upset he seemed.
In the end, Morgyn sat in his armchair, completely stunned.
Yet he knew the complicated story that united Chadney and Apolinarius.
He had witnessed it.
Sometimes even collateral victim.
He had observed their connections.
Their distances.
Their silences.
Their unspoken words.
Their endless conversations that never answered the real questions.
But he suddenly realized something.
The feelings were complicated enough when they concerned two young people unable to express what they felt.
Between two adults, it was worse.
Parce qu'avec l'âge, les peurs grandissaient.
Les blessures anciennes s'accumulaient.
Les certitudes disparaissaient.
Et les non-dits devenaient parfois plus lourds que les mots eux-mêmes.
Morgyn
observa alors Apolinarius, qui continuait de fulminer contre des
hypothèses, des suppositions et des scénarios probablement inventés dans
les quinze dernières minutes.
Puis il poussa un long soupir.
Un soupir profond.
Le
soupir d'un homme qui comprenait enfin pourquoi tant de créatures
magiques préféraient vivre seules au fond des forêts enchantées plutôt
que de gérer les drames sentimentaux des êtres humains.
Because with age, fears grew.
The old wounds were piling up.
Certainties were disappearing.
And the unsaid sometimes became heavier than the words themselves.
Morgyn
then observed Apolinarius, who continued to fulminate against
hypotheses, suppositions and scenarios probably invented in the last
fifteen minutes.
Then he let out a long sigh.
A deep sigh.
The
sigh of a man who finally understood why so many magical creatures
preferred to live alone in the depths of enchanted forests rather than
deal with the sentimental dramas of human beings.
Au retour de Chadney, Weldon, fier comme un roi et encore émerveillé par l’étrange rencontre qu’il venait de vivre, se précipita dans ses bras.

D’abord
surpris par un tel élan d’affection, Chadney comprit aussitôt que le
petit garçon brûlait d’envie d’annoncer une grande nouvelle.
Ce
que Chadney ignorait encore, c’est que cette fameuse nouvelle était non
seulement surprenante... mais probablement historique.
Car après
tout, combien de garçons de dix ans pouvaient se vanter d’avoir tenu
tête à un redoutable vampire, davantage réputé pour son esprit
vindicatif que pour sa patience légendaire envers les enfants insolents ?
À bien y réfléchir, l’exploit relevait moins du courage que du miracle.
Et quelque part dans l’univers, les lois de la logique venaient probablement de déposer une réclamation officielle.
On
Chadney’s return, Weldon, proud as a king and still amazed by the
strange encounter he had just experienced, rushed into his arms.
At
first surprised by such an outpouring of affection, Chadney immediately
understood that the little boy was burning with desire to announce
great news.
What Chadney didn’t know was that the news was not only surprising... but probably historic.
After
all, how many ten-year-old boys could boast of having stood up to a
fearsome vampire, who was more renowned for his vindictiveness than for
his legendary patience with insolent children?
Come to think of it, the feat was less about courage than about a miracle.
And somewhere in the universe, the laws of logic had probably just filed a formal claim.
Ils s’installèrent tranquillement, tandis qu’un Weldon particulièrement excité et fier peinait à tenir en place.
Sans
réellement comprendre pourquoi, mais en le pressentant au plus profond
de lui-même, il avait l’impression d’avoir franchi une étape importante
de sa jeune existence. Une de ces journées dont on se souvient encore
longtemps après, même lorsque les détails commencent à s’effacer.
Pourtant, au moment de raconter son aventure, le petit garçon hésita.
Après tout, nul ne pouvait prédire la réaction de Chadney.
Et
puis, les adultes étaient des créatures étranges. Ils pouvaient
applaudir un enfant pour avoir fait preuve de courage face à un monstre
terrifiant... puis le gronder sévèrement pour s’être approché du monstre
en question.
Cette contradiction semblait d’ailleurs être l’une de leurs activités favorites.
Weldon
choisit donc soigneusement ses mots, avec toute la prudence dont était
capable un garçon de dix ans sur le point d’annoncer qu’il avait tenu
tête à un vampire redouté. Ce qui, il fallait bien l’admettre, n’était
pas exactement le genre d’exploit que l’on trouvait dans les manuels
d’éducation les plus recommandés.
They settled quietly, while a particularly excited and proud Weldon struggled to stay in place.
Without
really understanding why, but feeling it in his heart, he felt like he
had passed an important stage of his young life. One of those days that
we still remember long after, even when the details start to fade away.
However, when the time came to tell his adventure, the little boy hesitated.
After all, no one could predict Chadney’s reaction.
And
then, the adults were strange creatures. They could applaud a child for
showing courage in the face of a terrifying monster... then scold him
severely for approaching the monster in question.
This contradiction seemed to be one of their favorite activities.
Weldon
therefore chooses his words carefully, with all the caution of which a
ten-year-old boy was capable when he was about to announce that he had
stood up to a feared vampire. Which, it had to be admitted, was not
exactly the kind of achievement found in the most recommended
educational textbooks.
conversation avec un vampire
— Alors toi, t'es qui exactement ? demanda Weldon en plissant les yeux.
Le petit garçon avait croisé les bras avec le plus grand sérieux du monde.
Ce qui, compte tenu de sa taille, le faisait surtout ressembler à un écureuil particulièrement méfiant.
Face à lui, Vlad demeurait parfaitement immobile.
Ou presque.
Car il n'était pas habitué à être interrogé par des enfants.
Encore moins par des enfants qui semblaient n'avoir absolument aucun instinct de survie.
— Je m'appelle Vlad.
— Juste Vlad ?
— Oui.
— C'est bizarre.
— Pourquoi ?
— Les gens importants ont toujours des noms compliqués.
Vlad resta silencieux.
Weldon le dévisagea de haut en bas.
Enfin... de bas en haut.
— Tu es un sorcier ?
— D'une certaine manière.
— Un méchant sorcier ?
— Non.
— Un ancien méchant sorcier ?
— Non plus.
— Un sorcier qui essaie de ne plus être méchant ?
Vlad commença à regretter cette conversation.
— Je connais Chadney, répondit-il finalement.
— Moi aussi.
Cette réponse sembla constituer une victoire personnelle pour Weldon.
Le petit garçon afficha un immense sourire.
Puis il désigna Vlad du doigt.
— Tu fais peur aux gens ?
— Parfois.
— Même quand tu essaies d'être gentil ?
— Souvent.
— Oh...
Weldon réfléchit quelques secondes.
— Ça doit être compliqué.
Pour la première fois, Vlad ne sut absolument pas quoi répondre.
L'enfant, lui, semblait trouver tout cela fascinant.
— Moi, quand je souris, les gens sourient.
Quand Chadney sourit, les gens sourient aussi.
Mais toi...
Il observa le visage sévère de Vlad.
— Toi, même quand tu souris un peu, on dirait que tu annonces une catastrophe.
Le silence qui suivit fut magnifique.
Et catastrophique.
Puis Weldon éclata de rire.
Un rire franc, joyeux et incontrôlable.
Un rire si sincère que même Vlad ne parvint pas à s'en offusquer.

Au contraire.
Pendant un très bref instant, quelque chose ressemblant à un sourire passa sur son visage.
Un sourire discret.
Minuscule.
Presque invisible.
Mais suffisamment réel pour stupéfier le petit garçon.
Weldon ouvrit de grands yeux.
Puis pointa immédiatement Vlad du doigt.
— AH ! Je l'ai vu !
— Vu quoi ?
— Le sourire !
— Quel sourire ?
— Celui-là !
— Il n'y avait aucun sourire.
— Si !
— Non.
— Si !
— Non.
— Si !
Vlad soupira.
Weldon, lui, affichait désormais l'expression triomphante d'un aventurier venant de découvrir un trésor légendaire.
— Je vais le raconter à Chadney.
— Tu ne raconteras rien du tout.
— Trop tard, c'est déjà dans ma tête.
Et
pour la première fois depuis longtemps, Vlad comprit qu'il venait
peut-être de rencontrer une créature bien plus dangereuse qu'un démon,
un dragon ou une sorcière en colère.
Un enfant heureux.
Et pire encore...
Un enfant heureux qui n'avait absolument pas peur de lui.
—So who are you exactly? asked Weldon, squinting.
The little boy had crossed his arms with the utmost seriousness.
Which, given his size, mostly made him look like a particularly suspicious squirrel.
In front of him, Vlad remained perfectly still.
Or almost.
Because he was not used to being interrogated by children.
Even less by children who seemed to have absolutely no instinct for survival.
—My name is Vlad.
—Just Vlad?
—Yes.
—That’s weird.
—Why?
—Important people always have complicated names.
Vlad remained silent.
Weldon looked at him from top to bottom.
Finally... from the bottom up.
—Are you a wizard?
—In a way.
—A wicked wizard?
—No.
—A former evil wizard?
—Neither.
—A wizard trying not to be mean anymore?
Vlad began to regret this conversation.
—I know Chadney, he finally replied.
—Me too.
This answer seemed to be a personal victory for Weldon.
The little boy showed a huge smile.
Then he pointed at Vlad.
—Are you scaring people?
—Sometimes.
—Even when you try to be nice?
—Often.
—Oh...

Weldon thinks for a few seconds.
—It must be complicated.
For the first time, Vlad did not know what to answer.
The child, on the other hand, seemed to find all this fascinating.
—When I smile, people smile.
When Chadney smiles, people smile too.
But you...
He observed the stern face of Vlad.
—You, even when you smile a little, seem like you’re announcing a disaster.
The silence that followed was magnificent.
And catastrophic.
Then Weldon burst out laughing.
A frank, joyful, and uncontrollable laugh.
A laugh so sincere that even Vlad could not be offended by it.
On the contrary.
For a very brief moment, something resembling a smile passed over his face.
A discreet smile.
Minuscule.
Almost invisible.
But real enough to amaze the little boy.
Weldon opened his eyes wide.
Then immediately pointed at Vlad.
—AH! I saw it!
—Saw what?
—The smile!
—What smile?
—That one!
—There was no smile.
—Yes!
—No.
—Yes!
—No.
—Yes!
Vlad sighed.
Weldon,
on the other hand, was now displaying the triumphant expression of an
adventurer who had just discovered a legendary treasure.
—I’ll tell it to Chadney.
—You won’t say anything at all.
—Too late, it’s already in my head.
And
for the first time in a long time, Vlad realized that he had perhaps
just met a creature much more dangerous than a demon, a dragon or an
angry witch.
A happy child.
And even worse...
A happy child who was absolutely not afraid of him.
À la fin du récit de Weldon, Chadney resta silencieux pendant quelques secondes.
Un silence si inhabituel que le petit garçon commença presque à s’inquiéter.
Puis, à son immense stupéfaction, Chadney éclata de rire.
Pas un rire poli ou forcé.
Un
véritable éclat de rire, sincère, lumineux et contagieux, le genre de
rire qui vous coupe le souffle et fait monter les larmes aux yeux.

Weldon en resta bouche bée.
Pour
être honnête, il s’était plutôt attendu à un discours sérieux sur les
dangers de fréquenter des vampires inconnus, suivi d’une longue liste de
recommandations raisonnables et probablement très ennuyeuses.
Mais voir Chadney rire à en pleurer était si inattendu que cela le déstabilisait davantage que cela ne l’inquiétait.
Encouragé par cette réaction, il ajouta avec un haussement d’épaules :
— En tout cas, moi je l’ai trouvé étrange... mais très sympa.
Cette fois, Chadney dut s’appuyer contre le dossier de son fauteuil.
— Sympa ? répéta-t-il entre deux éclats de rire.
Puis il repartit dans un fou rire encore plus incontrôlable.
— Sympa... vraiment ?
Et de plus belle, les rires reprirent.

Car la situation était tout simplement absurde.
Le vampire le plus cruel du royaume.
L’être
le plus vindicatif, le plus redouté et probablement le moins qualifié
au monde pour recevoir des compliments sur sa gentillesse...
... venait d’être officiellement décrit comme « très sympa » par un petit garçon téméraire de dix ans.
Et le plus incroyable dans cette histoire n’était même pas que Weldon ait survécu à la rencontre.
Non.
Le
plus incroyable était qu’après avoir entendu ce récit, Chadney se
demandait sérieusement si le vampire en question n’avait pas été encore
plus déconcerté que Weldon lui-même.
Après tout, rares étaient les adversaires capables de résister à sa réputation.
Mais un enfant armé d’une curiosité sans limites, d’une logique douteuse et d’une absence totale d’instinct de survie ?
Voilà un ennemi contre lequel même les créatures de la nuit n’étaient manifestement pas préparées.
At the end of Weldon’s story, Chadney remained silent for a few seconds.
A silence so unusual that the little boy began almost to worry.
Then, to his immense astonishment, Chadney burst out laughing.
Not a polite or forced laugh.
A
true burst of laughter, sincere, bright and contagious, the kind of
laugh that takes your breath away and brings tears to your eyes.
Weldon remained speechless.
To
be honest, he had rather expected a serious speech about the dangers of
associating with unknown vampires, followed by a long list of
reasonable and probably very boring recommendations.
But to see Chadney laugh so much that he cried was so unexpected that it unsettled him more than it worried him.
Encouraged by this reaction, he added with a shrug:
—In any case, I found him strange... but very nice.
This time, Chadney had to lean against the back of his armchair.
—Nice? he repeated between two bursts of laughter.
Then he left again in an even more uncontrollable laugh.
—Nice... really?
And even more, the laughter resumed.
Because the situation was simply absurd.
The cruelest vampire in the kingdom.
The most vindictive, feared and probably least qualified person in the world to receive compliments on his kindness...
... had just been officially described as "very nice" by a reckless ten-year-old boy.
And the most incredible thing in this story was not even that Weldon survived the encounter.
No.

The
most incredible thing was that after hearing this story, Chadney
seriously wondered if the vampire in question had not been even more
disconcerted than Weldon himself.
After all, few opponents were able to withstand his reputation.
But a child armed with limitless curiosity, dubious logic and a total lack of survival instinct?
Here is an enemy against whom even the creatures of the darkness
Weldon
était aux anges. Il partait avec Chadney rejoindre Morgyn, Siméon et
Hécate pour plusieurs jours de fête et, dans son esprit, l'aventure
avait déjà commencé depuis longtemps.
Depuis leur départ, il bombardait Chadney de questions sans lui laisser le moindre répit.
— La mer est vraiment bleue ?
— Les poissons dorment où ?
— On peut voir des requins ?
— Il y a des trésors ?
— On peut dormir sur la plage ?
— Et adopter un dauphin ?
La plage, la maison, les bateaux, les coquillages, les poissons... tout semblait mériter une enquête approfondie.
C'était
la première fois qu'il partait dans les îles et, comme tout enfant
digne de ce nom, son enthousiasme ne connaissait absolument aucune
limite. Durant ces quatre jours de célébration, il comptait tout faire.
Absolument tout.
Nager,
explorer, courir, grimper, pêcher, naviguer, chercher des trésors,
observer les étoiles, attraper des crabes et probablement tenter de se
lier d'amitié avec la moitié de la faune locale.
Et même ce qu'il ne pouvait pas faire.
Surtout ce qu'il ne pouvait pas faire.
Weldon
was on cloud nine. He was leaving with Chadney to join Morgyn, Simeon
and Hecate for several days of celebration, and in his mind’s eye the
adventure had long since begun.
Since their departure, he bombarded Chadney with questions without giving him any respite.
—Is the sea really blue?
—Where do fish sleep?
— Can we see sharks?
—Are there any treasures?
—Can we sleep on the beach?
—And adopt a dolphin?
The beach, the house, the boats, the shells, the fish... everything seemed to deserve a thorough investigation.
It
was the first time he had gone to the islands and, like any child
worthy of the name, his enthusiasm knew absolutely no bounds. During
these four days of celebration, he intended to do everything.
Absolutely everything.
Swim,
explore, run, climb, fish, sail, search for treasures, stargaze, catch
crabs and probably try to befriend half of the local wildlife.
And even what he couldn’t do.
Especially what he couldn’t do.
Car pour Weldon
Si
quelqu'un lui avait expliqué que certaines activités étaient
interdites, dangereuses ou physiquement impossibles, cela n'aurait fait
que les rendre infiniment plus intéressantes.
À côté de lui,
Chadney souriait avec cette sérénité que seuls possèdent les gens qui
ignorent encore l'ampleur de la catastrophe à venir.
Car il savait déjà qu'occuper Weldon pendant quatre jours allait relever davantage de la gestion de crise que des vacances.
Heureusement, Morgyn, Siméon et Hécate seraient là.
À eux trois, ils auraient peut-être une chance de canaliser l'énergie débordante de l'enfant.
Peut-être.
Et si cela ne suffisait pas, ils pourraient toujours tenter la méthode la plus ancienne du monde : le fatiguer.
Même
si, à ce stade, Chadney commençait sérieusement à soupçonner que Weldon
fonctionnait avec une source d'énergie secrète, probablement alimentée
par le sucre, la curiosité et le chaos.
Because for Weldon
If
someone had explained to him that certain activities were forbidden,
dangerous or physically impossible, it would have only made them
infinitely more interesting.
Next to him, Chadney smiled with the
serenity that only people who are still unaware of the scale of the
coming catastrophe possess.
Because he already knew that occupying Weldon for four days would be more a matter of crisis management than a vacation.
Fortunately, Morgyn, Simeon and Hecate would be there.
Between the three of them, they might have a chance to channel the child’s overflowing energy.
Maybe.
And if that weren’t enough, they could always try the oldest method in the world: tire him out.
Although,
at this point, Chadney began to seriously suspect that Weldon was
operating with a secret energy source, probably fueled by sugar,
curiosity and chaos.
L'arrivée à la maison de vacances fut, pour Weldon, une véritable explosion de couleurs, de rires et d'émerveillement.
Entre
les randonnées dans l'eau turquoise, la découverte des fonds marins où
chaque poisson semblait avoir signé un contrat avec un peintre
excentrique, le snorkeling, les balades en bateau avec Hécate, les
concours de danse effrénés dont personne ne sortait avec sa dignité
intacte, les fous rires à répétition et les montagnes de glaces
qu'Hécate lui préparait avec une générosité inquiétante pour la santé
dentaire de tous...
Weldon avait vécu un rêve éveillé.
Mais
ce qu'il avait préféré par-dessus tout, c'étaient les longues sorties
avec Chadney sur le scooter des mers. À chaque départ, il se sentait
comme un explorateur, un aventurier, ou au minimum comme le héros d'un
film dont il inventait lui-même les scènes les plus spectaculaires.
Pour Weldon, tout n'était qu'enchantement.
Le
petit garçon silencieux et solitaire d'autrefois semblait s'être
évaporé quelque part entre deux vagues et trois éclats de rire. À sa
place se tenait désormais un enfant rayonnant, confiant, taquin,
malicieux et profondément heureux.
Et
s'il lui arrivait encore parfois de sourire sans raison apparente,
c'était simplement parce qu'il réalisait soudain que, pour la première
fois depuis longtemps, il était entouré de personnes qui l'appréciaient
exactement tel qu'il était... même lorsqu'il racontait ses histoires
pendant vingt minutes sans reprendre son souffle.
The arrival at the holiday home was, for Weldon, a real explosion of colors, laughter and wonder.
Between
the hikes in turquoise water, the discovery of the seabed where each
fish seemed to have signed a contract with an eccentric painter,
snorkeling, boat rides with Hecate, frantic dance competitions from
which no one left with their dignity intact, the laughter of laughter
and the mountains of ice that Hecate prepared for him with a worrying
generosity for everyone’s dental health...
Weldon had experienced a waking dream.
But
what he preferred above all were the long trips with Chadney on the jet
ski. At each departure, he felt like an explorer, an adventurer, or at
least like the hero of a movie whose most spectacular scenes he invented
himself.
For Weldon, everything was only enchantment.
The
silent and solitary little boy of yore seemed to have vanished
somewhere between two waves and three bursts of laughter. In his place
now stood a radiant child, confident, playful, mischievous and deeply
happy.
And if he still sometimes smiled for no apparent reason,
it was simply because he suddenly realized that, for the first time in a
long time, He was surrounded by people who liked him exactly as he
was... even when he told his stories for twenty minutes without taking a
breath.
Après les vacances exotiques de notre joyeuse « équipe de choc », le retour à la réalité s'annonçait inévitable.
Un événement les attendait pourtant.
Le récital.
Le
récital exceptionnel qu'Apollinarius avait accepté d'offrir à son
ancienne école. Son école... Celle qu'il avait été contraint de quitter
autrefois, emporté par des choix jugés dangereux, des recherches
considérées comme inappropriées, et une curiosité que beaucoup avaient
qualifiée de malsaine.
Ils se trompaient.
Au
plus profond de lui, Apollinarius savait simplement qu'il était
différent. Son esprit refusait les frontières que les autres imposaient à
la connaissance. Il ne cherchait ni le pouvoir ni la gloire ; il
poursuivait obstinément une vérité que lui seul semblait entendre
murmurer.
Ce
soir-là, il franchit les portes de l'établissement avec la sérénité de
ceux qui n'ont plus rien à prouver. Il n'était pas revenu pour chercher
le pardon. Ni pour régler des comptes.
Il était revenu parce que c'était la seule chose juste à faire.
Son récital ne fut pas un simple concert.
Ce
fut une œuvre tissée de musique, de souvenirs et d'émotions. Chaque
note paraissait porter le poids des années perdues, chaque silence
racontait ce que les mots avaient toujours été incapables d'exprimer.
Mais une fausse note subsistait.
Il était venu accompagné de la mauvaise personne.
Béata.
Non
parce qu'il éprouvait un quelconque sentiment pour elle. Son cœur était
depuis longtemps incapable de lui appartenir. Sa présence n'était
qu'une façade, une décision raisonnable, presque politique... un masque
derrière lequel il dissimulait ce qu'il refusait encore d'affronter.
Car la seule personne qu'il espérait, malgré lui, apercevoir dans cette salle n'était pas à son bras.
C'était Chadney.
Et Chadney était bien là.
Entouré de leurs amis, fidèle à lui-même.
After the exotic holidays of our joyful "shock team", the return to reality was inevitable.
Yet an event awaited them.
The recital.
The
exceptional recital that Apollinarius had agreed to give at his old
school. His school... The one he had been forced to leave in the past,
carried away by choices deemed dangerous, research considered
inappropriate, and a curiosity that many had described as unhealthy.
They were wrong.
Deep
down, Apollinarius simply knew he was different. His mind refused the
boundaries that others imposed on knowledge. He sought neither power nor
glory; he stubbornly pursued a truth that only he seemed to hear
whispered.
That evening, he crossed the doors of the
establishment with the serenity of those who have nothing more to prove.
He had not come back to seek forgiveness. Nor to settle accounts.
He came back because it was the only right thing to do.
His recital was not a simple concert.
It
was a work woven of music, memories and emotions. Each note seemed to
carry the weight of lost years, each silence told what words had always
been unable to express.
But a false note remained.
He came with the wrong person.
Béata.
No,
because he had some feeling for her. His heart had long been unable to
belong to him. His presence was only a facade, a reasonable decision,
almost political... a mask behind which he concealed what he still
refused to face.
Because the only person he hoped, in spite of himself, to see in this room was not on his arm.
It was Chadney.
And Chadney was definitely there.
Surrounded by their friends, true to himself. ...
À son bras se tenait Hécate.
Radieuse.
Éblouissante.
Sa
beauté semblait illuminer toute la salle, mais ce n'était pas cela qui
frappait le plus Apollinarius. Hécate ne cherchait ni à s'imposer ni à
revendiquer quoi que ce soit. Elle n'avait rien d'une femme jalouse ou
possessive. Son sourire était sincère, sa présence douce et
bienveillante.
Et c'était peut-être cela qui faisait le plus mal.
Parce
qu'en les voyant côte à côte, si naturellement complices, Apollinarius
comprit que certaines batailles se perdent sans qu'aucun combat n'ait
jamais eu lieu.
Son visage demeura impassible.
Seuls ses
yeux, l'espace d'un battement de cœur, trahirent cette douleur discrète
que seuls ceux qui aiment en silence savent porter.
On his arm stood Hecate.
Radiant.
Dazzling.
Her
beauty seemed to light up the whole room, but that was not what struck
Apollinarius the most. Hecate did not seek to impose or claim anything.
She was not a jealous or possessive woman. Her smile was sincere, her
presence sweet and kind.
And it was perhaps that which hurt the most.
Because
by seeing them side by side, so naturally complicit, Apollinarius
understood that some battles are lost without any fight ever having
taken place.
His face remained impassive.
Only his eyes, the space of a heartbeat, betray this discreet pain that only those who love in silence can bear.
Béata
avançait avec l'assurance insolente d'une conquérante. Effrontée,
ambitieuse et peut-être même inconsciente du danger qu'elle frôlait,
elle s'efforçait de s'imposer dans l'entourage d'Apollinarius. À chacun
de ses gestes, à chacune de ses paroles, elle cherchait à se faire
reconnaître comme sa compagne officielle, comme si cette place lui
appartenait déjà.
Au début, Apollinarius s'était contenté d'observer ce spectacle avec une certaine ironie. Son audace l'avait même amusé.
Mais cet amusement s'était lentement transformé en irritation.
La
confiance presque provocatrice de Béata, son arrogance naturelle et
cette façon de parler en son nom devant les autres éveillaient en lui
une colère froide qu'il dissimulait avec peine.
Il ne l'avait pas invitée par galanterie.
Il l'avait amenée uniquement parce que son père l'avait exigé.
Selon
lui, une femme persuadée d'être admirée, flattée et indispensable
finissait toujours par baisser sa garde. Les confidences venaient alors
d'elles-mêmes, sans qu'il soit nécessaire de les arracher.
Une stratégie.
Du moins... en théorie.
Beata
advanced with the insolent confidence of a conqueror. Brazen, ambitious
and perhaps even unaware of the danger she was approaching, she tried
to impose herself in Apollinarius’s entourage. With each of her
gestures, with each of her words, she tried to make herself recognized
as his official companion, as if this place already belonged to him.
At first, Apollinarius was content to observe this show with a certain irony. His audacity even amused him.
But this amusement had slowly turned into irritation.
The
almost provocative confidence of Beata, his natural arrogance and this
way of speaking on his behalf in front of others awakened a cold anger
within him that he concealed with pain.
He hadn’t invited her out of chivalry.
He had brought her only because his father had demanded it.
According
to him, a woman who was convinced that she was admired, flattered, and
indispensable always ended up letting her guard down. The confidences
then came of themselves, without it being necessary to extract them.
A strategy.
At least... in theory.
Car,
devant Chadney, Morgyn et les autres, Apollinarius n'avait plus
l'impression d'être le maître du jeu. Il se sentait humilié. Chaque
parole de Béata semblait réduire un peu plus son autorité.
Comme s'il était devenu un simple pion dans le plan de son propre père.
Chadney remarqua immédiatement son malaise.
Profitant d'un instant où Béata s'éloignait, il l'entraîna discrètement à l'écart.
Son regard gris était aussi tranchant qu'une lame.
— Pourquoi est-elle ici ?
Apollinarius hésita une fraction de seconde.
— Mon père pensait que...
Chadney l'interrompit sans la moindre douceur.
— Tu m'as demandé de t'aider. Je le ferai. Mais certainement pas de cette manière.
Il marqua une pause, puis ajouta d'une voix plus grave encore :
— Ne t'engage pas avec elle. Tu joues avec quelque chose que tu ne contrôles plus.
Apollinarius baissa légèrement les yeux.
— Je sais...
Un silence lourd s'installa entre eux.
Puis Apollinarius inspira profondément.
Il
existait pourtant une question bien plus dérangeante, une question qui
le hantait depuis son arrivée. Une question qu'il avait repoussée
jusqu'au dernier instant.
Sa voix se fit presque prudente.
— Ce petit garçon... celui qui vit avec toi...
Chadney releva lentement les yeux.
— Weldon ?
— Oui...
Il hésita.
— C'est... ton fils ?
Pendant quelques secondes, Chadney demeura parfaitement immobile.
Son
regard se fixa sur Apollinarius avec une intensité presque dérangeante,
comme s'il cherchait à comprendre ce qui pouvait bien avoir fait naître
une telle idée.
Lorsqu'il répondit, sa voix était calme, mais d'une froideur inhabituelle.
— Non.
Un battement de silence.
Puis, plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu :
— Je suis son tuteur.
Et, durant un bref instant, quelque chose passa dans le regard d'Apollinarius.
Du soulagement.
Ou peut-être une inquiétude encore plus profonde.
Because,
in front of Chadney, Morgyn, and the others, Apollinarius no longer
felt like the master of the game. He felt humiliated. Every word of
Beata seemed to reduce his authority a little more.
As if he had become a mere pawn in his own father’s plan.
Chadney immediately noticed his discomfort.
Taking advantage of a moment when Béata was moving away, he discreetly pulled her aside.
His gray gaze was as sharp as a blade.
—Why is she here?
Apollinarius hesitated a fraction of a second.
—My father thought that...
Chadney interrupted him without the slightest gentleness.
—You asked me to help you. I will. But certainly not that way.
He paused, then added in an even deeper voice:
—Don’t engage with her. You’re playing with something you no longer control.
Apollinarius lowered his eyes slightly.
—I know...
A heavy silence settled between them.
Then Apollinarius took a deep breath.
Yet
there was a much more disturbing question, one that had haunted him
since his arrival. A question that he had pushed back until the last
moment.
His voice was almost cautious.
—This little boy... the one who lives with you...
Chadney slowly looked up.
— Weldon?
—Yes...
He hesitated.
—Is this... your son?
For a few seconds, Chadney remained perfectly still.
His
gaze fixed on Apollinarius with an almost disturbing intensity, as if
he were trying to understand what could have given rise to such an idea.
When he answered, his voice was calm, but unusually cold.
—No.
A beat of silence.
Then, drier than he would have liked:
—I am his guardian.
And, for a brief moment, something passed through Apollinarius’s eyes.
Relief.
Or perhaps an even deeper concern.
....
Réajustements et clarifications
La soirée à l'Institut avait été grandiose.
Le
récital d'Apollnarius avait dépassé tout ce que l'on pouvait attendre.
Chaque note semblait vibrer d'une émotion étrange, presque douloureuse.
Ce n'était pas seulement de la musique ; c'était un avertissement. Un
message codé que seuls quelques initiés paraissaient capables
d'entendre.
Pourtant, ce n'était pas la virtuosité du maître qui hantait encore les esprits.
C'était cette femme...
Son
sourire était d'une perfection artificielle. Son regard, trop calme.
Chaque geste paraissait minutieusement calculé, comme si elle jouait un
rôle appris depuis des siècles. Sa simple présence avait laissé derrière
elle un malaise profond, une impression diffuse que quelque chose
n'avait pas sa place.
Hécate n'était pas la seule à l'avoir ressenti.
Le silence pesant des autres anciens élèves trahissait la même incompréhension.
Tous... sauf Morgyn.
Lui
ne paraissait ni surpris, ni inquiet. Son visage demeurait impassible,
presque résigné, comme s'il connaissait déjà une vérité que personne
d'autre n'était prêt à entendre.
Et c'était précisément cela qui troublait Hécate.
Réalités
Elle
avait grandi entre les murs de l'Institut. Elle en connaissait chaque
pierre, chaque rituel, chaque règle gravée dans le marbre des anciennes
salles d'étude.
Du moins... c'est ce qu'elle avait toujours cru.
On lui avait enseigné les grandes écoles de magie :
l'Abjuration, gardienne des protections et des sceaux ;
la Conjuration, capable d'ouvrir des passages entre les mondes ;
la Divination, qui murmurait les échos du futur ;
l'Enchantement, maître des volontés et des émotions ;
l'Évocation, qui déchaînait les forces élémentaires ;
l'Illusion, art de déformer les sens et la réalité.
The evening at the Institute had been grandiose.
The
recital of Apollnarius had exceeded all that could be expected. Each
note seemed to vibrate with a strange, almost painful emotion. It wasn’t
just music; it was a warning. A coded message that only a few insiders
seemed capable of hearing.
Yet it was not the virtuosity of the master that still haunted minds.
It was this woman...
Her
smile was artificially perfect. Her gaze, too calm. Each gesture seemed
meticulously calculated, as if it played a role learned over centuries.
Her mere presence had left behind a deep sense of unease, a diffuse
impression that something was out of place.
Hecate was not the only one to have felt it.
The heavy silence of the other former students betrayed the same incomprehension.
All... except Morgyn.
He
did not seem surprised or worried. His face remained impassive, almost
resigned, as if he already knew a truth that no one else was ready to
hear.
And it was precisely this that troubled Hecate.
She
had grown up within the walls of the Institute. She knew every stone,
every ritual, every rule engraved in the marble of the old study rooms.
At least... that’s what she had always believed.
He had been taught the great schools of magic:
Abjuration, guardian of protections and seals;
the Conjuration, capable of opening passages between worlds;
Divination, which whispered the echoes of the future;
Enchantment, master of wills and emotions;
the Evocation, which unleashed elemental forces;
Illusion, the art of distorting the senses and reality.
Les autres disciplines demeuraient dans l'ombre.
La Nécromancie...
La Transmutation...
Et certains aspects les plus obscurs de l'Abjuration.
On
les évoquait à peine, comme des chapitres qu'il valait mieux ne jamais
ouvrir. Les maîtres répondaient toujours par le silence, ou détournaient
les questions avec une froideur calculée.
L'Institut prétendait que certaines connaissances étaient trop dangereuses pour être transmises.
À l'époque, Hécate les avait crus.
Comme elle avait cru aux Six Grandes Lois qui régissaient toute magie.
Première Loi : Tu ne tueras point.
Deuxième Loi : Tu ne transformeras pas autrui.
Troisième Loi : Tu n'envahiras pas l'esprit d'autrui.
Quatrième Loi : Tu n'asserviras pas autrui.
Cinquième Loi : Tu ne franchiras pas la Barrière de la Vie.
Sixième Loi : Tu n'iras jamais contre le cours du Temps.
Ces lois étaient censées être absolues.
Sacrées.
Immuables.
Pourtant...
Depuis quelque temps, quelque chose s'était fissuré.
Les regards échangés dans les couloirs.
Les portes condamnées dont personne ne parlait.
Les archives interdites.
Les secrets que Morgyn semblait porter comme un fardeau.
Et cette femme...
Non.
Plus Hécate observait le monde qui l'entourait, plus une certitude grandissait en elle.
Ces lois n'étaient peut-être pas des interdits.
Elles étaient peut-être le souvenir de crimes déjà commis.
Et si tel était le cas...
Alors quelqu'un, quelque part au sein même de l'Institut, venait peut-être de recommencer.
The other disciplines remained in the shadows.
Necromancy...
Transmutation...
And some of the more obscure aspects of abjuration.
They
were barely mentioned, like chapters that it was better never to open.
The masters always answered with silence, or deflected questions with
calculated coldness.
The Institute claimed that some knowledge was too dangerous to pass on.
At the time, Hecate had believed them.
As she had believed in the Six Great Laws that governed all magic.
First Law: Thou shalt not kill.
Second Law: You will not transform others.
Third Law: You will not invade the minds of others.
Fourth Law: You shall not enslave another.
Fifth Law: You shall not cross the Barrier of Life.
Sixth Law: You will never go against the course of Time.
These laws were supposed to be absolute.
Sacred.
Immutable.
Yet...
For some time, something had cracked.
The glances exchanged in the corridors.
The condemned doors that nobody talked about.
Forbidden archives.
The secrets that Morgyn seemed to carry as a burden.
And this woman...
No.
The more Hecate looked at the world around her, the more certainty grew in her.
These laws were perhaps not prohibitions.
They were perhaps the memory of crimes already committed.
And if that were the case...
So someone, somewhere within the Institute itself, had perhaps just started again.
Hécate avait ressenti ce récital comme une confirmation de son appartenance à ce monde ,certes elle là présente auprès de Chadney, protecteur et affectionné, mais elle sentait en elle-même une dissonante;
Oui il était là, mais son attention était fixée sur Apolinarius et la femme accrochée à ses sourires et sa reconnaissance.. mais il n'y en avait pas
Non Apolinarius était fixé sur Chadney, son attention et son intérêt
Et
Hécate qui avait passé la soirée à apprécier cette soirée devint amer,
persuadé d'avoir été utilisée une fois de plus comme un pion, comme une
pièce d'un échiquier à déplacer comme le bon vouloir des personnes qui
ne se souciaient de rien d'autres que de leurs résultats...
Hecate
had felt this recital as a confirmation of her belonging to this world,
certainly she was present with Chadney, protective and affectionate,
but she felt within herself a dissonance;
yes, he was there but his
attention was focused on Apolinarius and the woman clung to his smiles
and his gratitude... but there wasn’t any;
Non Apolinarius was fixated on Chadney, his attention and interest
And
Hecate, who had spent the evening enjoying it, became bitter, convinced
that she had been used once again as a pawn, as a piece of a chessboard
to be moved at the pleasure of people who cared about nothing but their
results...
Pour Hécate, ce récital avait pourtant eu une tout autre signification.
Pendant quelques heures, elle avait eu l'impression de retrouver sa place.
Chaque
note d'Apollinarius avait résonné au plus profond d'elle, comme le
rappel d'une vie qu'elle croyait avoir perdue. L'Institut, les longues
années d'étude, les serments, les rêves... Tout semblait renaître sous
les voûtes de la grande salle.
Elle s'était sentie appartenir de nouveau à ce monde.
Elle
était assise auprès de Chadney. Sa présence, discrète mais rassurante,
l'enveloppait d'une protection silencieuse. Il n'avait presque pas parlé
de toute la soirée, mais elle savait qu'il veillait sur elle.
Pourtant...
Quelque chose sonnait faux.
Une dissonance subtile, presque imperceptible, s'était glissée dans cette harmonie parfaite.
Hécate observa Apollinarius.
La
femme suspendue à son bras ne cessait de lui offrir des sourires
soigneusement calculés, des regards débordant d'admiration, comme si
elle attendait un mot, un geste, une reconnaissance qui ne venait
jamais.
Rien.
Pas une seule fois.
Apollinarius ne semblait même pas la voir.
Son regard revenait sans cesse ailleurs.
Vers Chadney.
Toujours Chadney.
Son
attention semblait irrésistiblement attirée par lui, comme si le reste
de l'assemblée n'était devenu qu'un décor sans importance.
La femme insistait.
Apollinarius l'ignorait.
Et Chadney, lui, paraissait n'accorder à cette étrange fascination aucune importance.
Hécate sentit alors une froideur lui remonter lentement le long de l'échine.
Tout ce qu'elle avait ressenti quelques instants plus tôt s'effondra.
La beauté du récital.
L'émotion.
Le sentiment d'être enfin revenue chez elle.
Tout disparut.
À leur place ne subsistait qu'une amertume familière.
Une douleur ancienne.
Une certitude qu'elle aurait voulu ne jamais retrouver.
Encore une fois...
Elle n'avait été qu'un prétexte.
Une présence utile.
For Hecate, however, this recital had a completely different meaning.
For a few hours, she felt like she had found her place again.
Every
note of Apollinarius had resonated deep within her, as a reminder of a
life she thought she had lost. The Institute, the long years of study,
the oaths, the dreams... Everything seemed to be reborn under the vaults
of the great hall.
She had felt herself to belong again to this world.
She
was sitting next to Chadney. Her presence, discreet but reassuring,
enveloped her in a silent protection. He had barely spoken for the whole
evening, but she knew that he was watching over her.
Yet...
Something sounded wrong.
A subtle dissonance, almost imperceptible, had crept into this perfect harmony.
Hecate observed Apollinarius.
The
woman hanging on his arm did not stop offering him carefully calculated
smiles, looks overflowing with admiration, as if she was waiting for a
word, a gesture, a recognition that never came.
Nothing.
Not once.
Apollinarius didn’t even seem to see her.
His gaze kept returning elsewhere.
Towards Chadney.
Still Chadney.
His
attention seemed irresistibly drawn to him, as if the rest of the
assembly had become nothing more than an unimportant setting.
The woman insisted.
Apollinarius ignored him.
And Chadney seemed to give no importance to this strange fascination.
Hecate then felt a coldness slowly rising up her spine.
Everything she had felt moments before collapsed.
The beauty of the recital.
Emotion.
The feeling of finally being back home.
Everything disappeared.
In their place remained only a familiar bitterness.
An ancient pain.
A certainty that she would have never wanted to find again.
Once again...
She had been just a pretext.
A useful presence.
Un pion soigneusement déplacé sur un échiquier dont elle ignorait les règles.
On l'avait invitée.
On l'avait placée à cet endroit précis.
On avait veillé à ce qu'elle soit là.
Mais personne ne s'était réellement intéressé à elle.
Les véritables joueurs observaient une autre partie.
Ils
manipulaient des alliances invisibles, poursuivaient des objectifs qui
les dépassaient tous, déplaçant les êtres humains comme de simples
pièces de bois.
Les émotions...
Les blessures...
Les vies brisées...
Tout cela n'était qu'un coût acceptable.
Hécate baissa lentement les yeux.
Une pensée glaciale traversa son esprit.
Et si, depuis le début, elle n'avait jamais été une invitée...
Mais seulement un élément indispensable d'un plan qu'elle ne comprenait pas encore ?
A certainty that she would have never wanted to find again.
Once again...
She had been just a pretext.
A useful presence.
A pawn carefully moved on a chessboard whose rules she was unaware of.
We had invited her.
She was placed in this very spot.
We made sure she was there.
But no one had really taken an interest in her.
The real players were watching another game.
They manipulated invisible alliances, pursued objectives that surpassed them all, moving human beings like mere pieces of wood.
Emotions...
The injuries...
Broken lives...
All of this was just an acceptable cost.
Hecate slowly lowered her eyes.
An icy thought crossed his mind.
What if, from the beginning, she had never been a guest...
But only an essential element of a plan that she did not yet understand?
Le lendemain du récital, Hécate s'était réfugiée dans le silence protecteur de sa maison.
À
l'extérieur, la forêt semblait retenir son souffle. Seul le bruissement
des feuilles et le murmure du vent troublaient la quiétude des lieux.
Entre ces murs qu'elle avait bâtis comme un refuge contre le monde, elle
aurait dû retrouver la paix.
Mais cette paix lui échappait.
Assise
près de la fenêtre, les mains serrées autour d'une tasse désormais
froide, elle demeurait immobile, perdue dans le labyrinthe de ses
pensées.
Typhon l'observait.
La petite créature ressentait
avec une acuité presque surnaturelle le tumulte qui agitait le cœur de
sa maîtresse. Incapable de comprendre les blessures des humains, il
choisissait le seul remède qu'il connaissait.
Il redoublait de pitreries.
Il
bondissait d'un meuble à l'autre avec une maladresse exagérée, faisait
semblant de chasser des ennemis invisibles, roulait sur le tapis en
poussant de petits cris indignés avant de se relever avec une dignité
parfaitement théâtrale.
Puis il rapportait des objets sans la moindre utilité, comme s'il lui offrait les plus précieux trésors du monde.
Habituellement, Hécate aurait éclaté de rire.
Cette fois...
Rien.
Son regard traversait Typhon sans vraiment le voir.
Car il existe des blessures qu'aucune tendresse ne peut apaiser.
Lorsque
les illusions se brisent, lorsqu'un esprit commence à assembler des
vérités qu'il refusait jusque-là d'admettre, le monde semble soudain
perdre ses couleurs.
L'être humain devient inaccessible.
Non pas aux autres...
Mais à lui-même.
Hécate
avait le sentiment d'avoir passé des années à croire en des principes
qui n'étaient peut-être que des façades. Les regards échangés durant le
récital, le silence d'Apollinarius, l'attitude de Morgyn, l'étrange
présence de cette femme... tout cela formait désormais les pièces d'un
puzzle inquiétant.
Une vérité invisible semblait se dessiner dans l'ombre.
Et,
pour la première fois depuis bien longtemps, Hécate redoutait moins ce
qu'elle ignorait... que ce qu'elle commençait enfin à comprendre.
The day after the recital, Hecate took refuge in the protective silence of her house.
Outside,
the forest seemed to hold its breath. Only the rustling of leaves and
the murmur of the wind disturbed the tranquility of the place. Between
these walls that she had built as a refuge against the world, she should
have found peace.
But this peace escaped him.
Sitting by the window, her hands clasped around a now cold cup, she remained motionless, lost in the labyrinth of her thoughts.
Typhoon was watching him.
The
little creature felt with an almost supernatural acuteness the tumult
which agitated the heart of his mistress. Unable to understand the
wounds of humans, he chose the only remedy he knew.
He redoubled his antics.
He
leaped from one piece of furniture to another with exaggerated
clumsiness, pretended to chase away invisible enemies, rolled on the
carpet with little indignant cries before getting up again with a
perfectly theatrical dignity.
Then he brought back objects without any use, as if he were offering him the most precious treasures of the world.
Usually, Hecate would have burst out laughing.
This time...
Nothing.
His gaze crossed Typhon without really seeing it.
Because there are wounds that no amount of tenderness can soothe.
When
illusions are shattered, when a mind begins to assemble truths that it
previously refused to admit, the world suddenly seems to lose its color.
The human being becomes inaccessible.
Not to others...
But to himself.
Hecate
had the feeling that he had spent years believing in principles that
were perhaps only facades. The glances exchanged during the recital, the
silence of Apollinarius, the attitude of Morgyn, the strange presence
of this woman... all these now formed the pieces of a disturbing puzzle.
An invisible truth seemed to be emerging in the shadows.
And, for the first time in quite a long time, Hecate feared
Le petit succès de Luna
Il
n'y eut aucun reportage sur le récital qu'Apolinarius avait offert à
l'Institut. L'événement était strictement privé, protégé derrière les
antiques enchantements de l'école et le silence jaloux de ses convives.
Pourtant, comme si les secrets possédaient leurs propres ailes, Luna en eut connaissance.
Mais ce ne fut pas le concert qui retint son attention.
Ce qui la frappa, ce fut un nom.
Béata.
Toujours là.
Toujours insolente.
Toujours
aussi éclatante de suffisance, affichant cette assurance insupportable
de ceux qui semblent défier jusqu'au destin lui-même.
Étrangement, Luna ne céda pas à la colère.
La colère était une émotion pour les faibles ; elle préférait les représailles patientes.
Elle
s'enferma dans son atelier, saisit ses pinceaux et entreprit de
peindre, persuadée que chaque trait de couleur absorberait un peu du
venin qui lui brûlait le cœur.
Mais la magie de la création se montra d'un cynisme presque moqueur.
Au
lieu de donner naissance à une œuvre sombre et magistrale, la toile
sembla se rebeller contre son auteure. Les formes n'obéissaient plus,
les couleurs se heurtaient sans logique, les perspectives se déformaient
comme dans un mauvais rêve. Le résultat évoquait davantage une
plaisanterie lancée par un esprit farceur qu'une création digne d'une
artiste de son talent.
C'était, de très loin, la peinture la plus
absurde, la plus incohérente et la plus dépourvue de sens qu'elle eût
jamais réalisée.
Écœurée, elle la jeta presque sur le marché de
l'art, espérant s'en débarrasser pour quelques pièces, uniquement afin
de ne plus jamais la revoir.
There
was no report on the recital that Apolinarius had given at the
Institute. The event was strictly private, protected behind the school’s
ancient enchantments and the jealous silence of its guests.
Yet, as if secrets had their own wings, Luna became aware of them.
But it wasn’t the concert that caught his attention.
What struck her was a name.
Béata.
Still here.
Always insolent.
Still as radiant with self-importance, displaying the unbearable confidence of those who seem to defy even fate itself.
Strangely, Luna did not give in to anger.
Anger was an emotion for the weak; it preferred patient retaliation.
She
locked herself in her studio, grabbed her paintbrushes and began to
paint, convinced that each line of color would absorb a little of the
venom that burned her heart.
But the magic of creation showed an almost mocking cynicism.
Instead
of giving birth to a dark and masterful work, the painting seemed to
rebel against its author. Forms no longer obeyed, colors clashed without
logic, perspectives distorted as in a bad dream. The result evoked more
a joke launched by a joker than a creation worthy of an artist of his
talent.
It was, by far and away, the most absurd, incoherent and meaningless painting that she had ever made.
Disgusted,
she almost threw it on the art market, hoping to get rid of it for a
few pieces, only so that she would never see it again.
Le destin, qui semblait avoir décidé de se divertir à ses dépens, en jugea autrement.
À peine l'œuvre fut-elle exposée qu'une foule de collectionneurs s'agglutina devant elle.
Les experts y voyaient une allégorie ésotérique.
Les critiques parlaient d'un chef-d'œuvre révolutionnaire déconstruisant les fondements mêmes de l'art magique.
Certains prétendaient même que la toile changeait subtilement d'apparence selon les émotions de celui qui l'observait.
En moins d'une heure, les enchères s'enflammèrent.
Des acheteurs fortunés manquèrent presque d'en venir aux mains pour l'acquérir.
Luna contempla la scène avec un mélange de stupeur et d'amertume.
Toute
sa vie, elle avait travaillé avec une précision obsessionnelle pour
créer des œuvres parfaites... sans jamais provoquer un tel engouement.
Et voilà que la seule peinture qu'elle jugeait indigne d'être signée devenait, aux yeux du monde, son plus grand chef-d'œuvre.
Le destin avait décidément un sens de l'humour d'une cruauté exquise.
Some even claimed that the canvas subtly changed in appearance according to the emotions of the viewer.
In less than an hour, the auctions flared.
Wealthy buyers almost failed to come to blows to acquire it.
Luna looked at the scene with a mixture of stupor and bitterness.
All her life, she had worked with obsessive precision to create perfect works... without ever causing such a craze.
And
now, the only painting that she considered unworthy of being signed
became, in the eyes of the world, her greatest masterpiece.
Fate had decidedly an exquisite cruelty’s sense of humor.
Le modeste succès de Luna ne passa pourtant pas inaperçu.
Au détour d'une page du Courrier de l'Institut, Cal tomba sur un article étonnamment élogieux consacré à son ancienne compagne.
Son regard s'arrêta aussitôt.
Elle était là.
Toujours aussi belle.
Peut-être même davantage.
Le
temps n'avait pas terni son éclat ; il semblait au contraire l'avoir
rendu plus mystérieux encore. Son regard, autrefois si familier,
paraissait désormais inaccessible, comme celui d'une étoile que l'on
contemple sans jamais pouvoir l'atteindre.
Il resta figé.
Les lignes du journal cessèrent d'exister.
Les souvenirs, eux, reprirent vie.
Il
revit leurs éclats de rire, les soirées où ils parlaient jusqu'à
l'aube, leurs promenades silencieuses où aucun mot n'était nécessaire
tant leur complicité semblait naturelle.
Il se rappela la confiance absolue qu'elle lui avait offerte...
Une confiance qu'il avait lui-même brisée.
Puis revinrent les souvenirs les plus douloureux.
Les interminables années d'attente.
Les espoirs déçus.
Les tentatives de conception qui se soldaient toujours par le même silence cruel.
Les regards qu'ils échangeaient sans parvenir à trouver les mots.
Les larmes qu'ils essayaient chacun de cacher à l'autre.
Et surtout...
Cette souffrance indicible lorsque Luna avait tenté de rompre le lien magique qui les unissait encore.
Cette blessure-là ne s'était jamais refermée.
Il n'en avait parlé à personne.
À personne.
Luna’s modest success did not go unnoticed.
At
the turn of a page of the Courrier de l'Institut, Cal came across an
astonishingly laudatory article devoted to his former companion.
His gaze stopped immediately.
She was there.
Still as beautiful.
Maybe even more.
Time
had not dimmed its brilliance; on the contrary, it seemed to have made
it even more mysterious. His gaze, once so familiar, now seemed
inaccessible, like that of a star one contemplates without ever being
able to reach it.
He remained frozen.
The lines of the newspaper ceased to exist.
Memories, on the other hand, came back to life.
He
relived their laughter, the evenings where they talked until dawn,
their silent walks where no words were necessary so much their
complicity seemed natural.
He remembered the absolute trust she had given him...
A trust that he himself had broken.
Then came the most painful memories.
The endless years of waiting.
Hopes dashed.
Attempts at conception, which always ended in the same cruel silence.
The glances they exchanged without being able to find the words.
The tears they each tried to hide from the other.
And above all...
This unspeakable suffering when Luna had tried to break the magical bond that still united them.
That wound had never healed.
He hadn’t told anyone about it.
To no one.
He
had convinced himself that it was only a matter of fleeting nostalgia.
That time would eventually wear down the memories. That distance would
do its work, as it did for everyone.
Mais les mois avaient passé...
Et ce vide, lui, n'avait jamais diminué.
Il avait pourtant essayé.
Essayé d'aimer Béata.
Essayé de construire une nouvelle existence.
Essayé de croire au bonheur que promettait l'arrivée de leur héritière tant attendue.
Il y avait cru de toutes ses forces.
Mais lorsque la petite Endora était née, la joie qu'il avait tant imaginée n'était jamais venue.
À sa place s'était installée une étrange sensation d'absence.
Comme si quelque chose d'essentiel manquait toujours.
Les mois avaient ensuite dissipé les dernières illusions.
Béata lui était apparue telle qu'elle était réellement.
Légère.
Primesautière.
Capricieuse.
D'une immaturité qu'il n'avait jamais voulu voir.
Elle ne s'intéressait à Endora que lorsque cela lui permettait d'attirer les compliments ou de nourrir son image.
Le reste du temps, elle se déchargeait volontiers de ses responsabilités.
Et plus le temps passait, plus une certitude s'imposait à lui.
Béata n'avait jamais désiré l'homme.
Elle avait désiré sa place.
Son influence.
Son pouvoir.
Son nom.
Sa fortune.
Le doute avait fini par s'insinuer jusque dans son cœur.
But the months had passed...
And this emptiness, he had never diminished.
Yet he had tried.
Tried to love Béata.
Tried to build a new existence.
Tried to believe in the happiness that the arrival of their long-awaited heir promised.
He had believed it with all his strength.
But when little Endora was born, the joy he had so much imagined never came.
In its place had settled a strange feeling of absence.
As if something essential was still missing.
The months had then dissipated the last illusions.
Beata had appeared to him as she really was.
Light.
Primesautière.
Capricious.
Of an immaturity that he had never wanted to see.
She was only interested in Endora when it allowed her to attract compliments or feed her image.
The rest of the time, she willingly let go of her responsibilities.
And the more time passed, the more a certainty was imposed on him.
Beata had never desired man.
She had desired her place.
His influence.
His power.
His name.
His fortune.
Doubt had finally crept into his heart.
Parfois,
lorsqu'elle disparaissait sans explication ou revenait couverte d'un
parfum qui n'était pas le sien, une pensée qu'il refusait d'abord de
formuler revenait avec insistance.
elle lui était infidèle ?
Cette idée le rongeait désormais en silence.
Pourtant...
Ce n'était pas Béata qui occupait son esprit en cet instant.
C'était Luna.
Toujours Luna.
Voir son visage dans ce journal venait d'ouvrir une porte qu'il croyait condamnée depuis longtemps.
Les souvenirs n'étaient pas morts.
Ils avaient simplement attendu.
Et, pour la première fois depuis des années, Cal cessa de lutter contre eux.
Un calme étrange envahit son esprit.
Une décision venait de naître.
Silencieuse.
Irrévocable.
Une décision capable de bouleverser plusieurs existences.
À commencer par la sienne.
Sometimes,
when it disappeared without explanation or came back covered with a
perfume that was not his own, a thought he initially refused to express
returned insistently.
she was unfaithful to him?
This idea was now gnawing at him in silence.
Yet...
It wasn’t Béata who was occupying his mind at that moment.
It was Luna.
Always Luna.
To see his face in this newspaper had just opened a door that he believed had long since been condemned.
The memories weren’t dead.
They had simply waited.
And, for the first time in years, Cal stopped fighting them.
A strange calmness invades his mind.
A decision had just been made.
Silent.
Irrevocable.
A decision capable of disrupting several lives.
Starting with his own.
Une nouvelle enquête
Après
trois jours d'une réflexion aussi longue que silencieuse, Chadney prit
enfin sa décision. Il convoqua une nouvelle fois l'équipe.
Siméon et Morgyn répondirent présents sans la moindre hésitation. Leur fidélité ne souffrait d'aucun doute.
Pour Hécate, en revanche, tout était infiniment plus complexe.
Ce
n'était pas qu'elle refusait de les rejoindre. Bien au contraire. Une
part d'elle brûlait de reprendre cette quête à leurs côtés. Pourtant,
son cœur demeurait prisonnier d'un trouble qu'elle ne parvenait plus à
dompter.
Depuis quelque temps, ses sentiments s'étaient mêlés à
ses craintes, au point qu'elle n'était plus capable de distinguer la
vérité de ses propres illusions.
Quelle place occupait-elle réellement auprès de Chadney ?
Elle
connaissait désormais la douceur de ses regards, l'attention discrète
dont il l'entourait, cette façon presque instinctive qu'il avait de la
protéger. Était-ce simplement la bienveillance d'un ami... ou les
premiers murmures d'un amour qu'aucun des deux n'osait encore nommer ?
Elle n'avait pas la réponse.
Et plus encore, elle craignait de la connaître.
Car certaines vérités avaient le pouvoir de détruire les plus précieux des rêves.
Alors elle préférait le silence.
Un silence fragile, dans lequel elle pouvait encore espérer.
Lorsque Chadney exposa enfin la raison de cette réunion, l'atmosphère changea aussitôt.
Il leur demanda leur aide afin de découvrir les véritables intentions de Béata auprès d'Apollinarius.
Une énigme qui défiait toute logique.
Apollinarius
ne lui avait jamais témoigné qu'une politesse distante, presque
indifférente. Rien ne justifiait l'intérêt obsessionnel que cette femme
semblait lui porter.
Alors une seule question demeurait.
Que cherchait réellement Béata ?
Et surtout...
Qui était-elle ?
After three days of long and silent reflection, Chadney finally made his decision. He summoned the team again.
Simeon and Morgyn answered present without the slightest hesitation. Their loyalty was beyond doubt.
For Hecate, on the other hand, everything was infinitely more complex.
It
wasn’t that she refused to join them. On the contrary, a part of her
longed to take up this quest with them. Yet her heart remained trapped
in a disorder that she could no longer tame.
For some time, her
feelings had mingled with her fears, to the point that she was no longer
able to distinguish truth from her own illusions.
What place did she really hold with Chadney?
She
now knew the sweetness of his looks, the discreet attention with which
he surrounded her, this almost instinctive way that he had to protect
her. Was it simply the kindness of a friend... or the first whispers of a
love that neither yet dared to name?
She didn’t have the answer.
And even more, she was afraid to know her.
For certain truths had the power to destroy the most precious of dreams.
So she preferred silence.
A fragile silence, in which she could still hope.
When Chadney finally explained the reason for this meeting, the atmosphere immediately changed.
He asked them to help him discover the true intentions of Beata with Apollinarius.
A riddle that defied logic.
Apollinarius
had never shown him anything but a distant, almost indifferent
politeness. Nothing justified the obsessive interest that this woman
seemed to have in him.
Then only one question remained.
What was Béata really looking for?
And above all...
Who was she?
Ce
nom semblait porter une ombre plus ancienne que les événements récents.
Une présence invisible se dessinait derrière chacun de ses gestes,
comme si une volonté inconnue déplaçait les pièces d'un immense
échiquier dont personne ne voyait encore l'ensemble.
Après quelques instants de réflexion, la décision d'Hécate devint soudain limpide.
Ce n'était pas pour Apollinarius qu'elle acceptait de revenir.
Certes, il s'était toujours montré courtois, chaleureux et sincèrement bienveillant à son égard.
Mais ce n'était pas lui qui alimentait son inquiétude.
Non.
C'était Béata.
Cette femme l'intriguait profondément.
Sa manière d'apparaître toujours au moment opportun...
Ses paroles soigneusement pesées...
Ses silences calculés...
Ses sourires qui semblaient cacher davantage de secrets qu'ils n'en révélaient.
Tout, chez elle, respirait la stratégie.
Rien ne paraissait laissé au hasard.
Hécate
avait l'intuition que chaque rencontre, chaque regard et chaque mot
avaient été minutieusement préparés, comme les étapes d'un plan dont
personne ne discernait encore le véritable objectif.
Et une certitude, sombre et glaciale, s'imposa peu à peu à son esprit.
Béata ne poursuivait pas Apollinarius.
Il n'était peut-être qu'un moyen.
La véritable cible... demeurait encore dans l'ombre.
This
name seemed to carry a shadow older than recent events. An invisible
presence emerged behind each of his gestures, as if an unknown will were
moving the pieces of a huge chessboard that no one yet saw all
together.
After a few moments of reflection, Hecate’s decision suddenly became clear.
It was not for Apollinarius that she agreed to come back.
Of course, he had always been courteous, warm and genuinely kind to her. But it was not he who fueled his anxiety.
No.
It was Béata.
This woman intrigued him deeply.
His way of always appearing at the right moment...
His carefully weighed words...
His calculated silences...
Her smiles that seemed to hide more secrets than they revealed.
Everything about her breathed strategy.
Nothing seemed left to chance.
Hecate
had the intuition that every meeting, every look and every word had
been meticulously prepared, like the stages of a plan whose true
objective no one yet discerned.
And a certainty, dark and cold, gradually imposed itself on his mind.
Beata was not chasing after Apollinarius.
Maybe he was just a means.
The real target... was still in the shadows.
Apolinarius rentré chez lui réfléchissait et méditait à sa façon , à la conversation avec Chadney...
Il repensait aux paroles de Chadney, oui, il allait l'aider, mais Apolinarius se sentait confus et vulnérable.
il avait l'habitude de tout contrôler de tout gérer, sans demander l aide de personne.
La
seule vulnérabilité qu'il s'autorisait était le clavier de son piano,
le seul moment où son lâcher-prise était réel, ou son vrai lui
traduisait les profondeurs de son âme
Le
reste du temps, il s'efforçait d'être sous contrôle, et pour tant il
avait demandé de l'aide et par une stratégie maladroite sous la pression
de son père ,
Il s'était fait réprimander par la seule personne qu'il essayait le plus de tenir loin de lui, et lui avait demandé de l'aide…
Comme
si son instinct naturel ou autre chose.. L'avait forcé à prendre une
décision à laquelle il n'avait jamais voulu penser ou imaginer
Apolinarius returned home, reflecting and meditating on his way, on the conversation with Chadney...
He thought about Chadney’s words again, yes he was going to help him but Apolinarius felt confused and vulnerable;
He used to control everything, manage everything, without asking anyone for help.
The
only vulnerability he allowed himself to be was his piano’s keyboard,
the only moment when his letting go was real, where his true self
reflected the depths of his soul
The
rest of the time, he tried to be under control, and for so much he had
asked for help and by a clumsy strategy under the pressure of his
father,
He had been reprimanded by the one person he tried to keep away from him, and asked for his help...
As if his natural instinct or something else had forced him to make a decision he never wanted to think about or imagine
...
une nouvelle équipe
À l'annonce d'une nouvelle enquête, Typhon, qui ne perdait jamais une occasion d'espionner les faits et gestes de sa bipède, eut un tel sursaut d'excitation que sa queue doubla presque de volume.
Enfin !
Enfin, le monde allait découvrir ce que valait réellement un raton laveur magique.
Tous
ces bipèdes, si fiers de leur intelligence, de leurs raisonnements
compliqués, de leurs cartes couvertes de notes et de leurs interminables
réunions, allaient comprendre qu'aucun cerveau humain ne pouvait
rivaliser avec le flair infaillible, l'audace légendaire et le génie
absolument incontestable de Typhon.
Cette mystérieuse femme n'avait qu'à bien se tenir.
Il
accompagnerait sa bipède dans cette nouvelle aventure et, avec une
élégance toute supérieure, résoudrait l'énigme avant même que les
humains n'aient fini leur premier débat existentiel.
Du moins... c'était le plan.
At
the announcement of a new investigation, Typhon, who never lost an
opportunity to spy on the movements of his biped, had such a burst of
excitement that his tail almost doubled in size.
Finally!
Finally, the world would discover what a magical raccoon is really worth.
All
these bipeds, so proud of their intelligence, their complicated
reasoning, their cards covered with notes and their endless meetings,
were going to understand that no human brain could compete with
infallible flair, the legendary daring and absolutely unquestionable
genius of Typhon.
This mysterious woman had only to behave herself.
He
would accompany his biped in this new adventure and, with a very
superior elegance, solve the enigma even before the humans had finished
their first existential debate.
At least... that was the plan.
Car Hécate, elle, voyait les choses d'un tout autre œil.
Était-il
possible que, profondément impressionnée par les exploits héroïques de
son turbulent compagnon à quatre pattes, elle ait décidé... de le
laisser à la maison ?
Typhon refusa catégoriquement d'envisager une hypothèse aussi absurde.
Ce
qu'Hécate se garda bien d'avouer, ensevelissant son inquiétude sous un
silence digne d'une vieille crypte oubliée, c'était une vérité
infiniment moins flatteuse.
À chaque enquête, son intrépide raton laveur ne se contentait jamais de suivre les événements...
Il les provoquait.
Entre
les portes interdites qu'il ouvrait « par curiosité scientifique », les
reliques ancestrales qu'il faisait malencontreusement tomber, les
créatures surnaturelles qu'il vexait sans le vouloir et les catastrophes
improbables qui semblaient le suivre avec une fidélité exemplaire,
Typhon possédait un talent rarissime : transformer le moindre mystère en
véritable apocalypse logistique.
Hécate n'avait donc pas peur que Typhon échoue.
Oh non.
Elle redoutait surtout qu'il réussisse... à sa manière.
For Hecate, she saw things with a completely different eye.
Was
it possible that, deeply impressed by the heroic exploits of her
turbulent four-legged companion, she decided... to leave him at home?
Typhoon categorically refused to consider such an absurd hypothesis.
What
Hecate did not admit, burying his anxiety under a silence worthy of an
old forgotten crypt, was an infinitely less flattering truth.
In every investigation, his intrepid raccoon never just followed events...
He was provoking them.
Between
the forbidden doors he opened "out of scientific curiosity," the
ancestral relics he accidentally dropped, the supernatural creatures he
unintentionally vexed, and the improbable catastrophes that seemed to
follow him with exemplary fidelity, Typhon had a rare talent: to turn
the smallest mystery into a true logistical apocalypse.
Hecate was therefore not afraid that Typhon would fail.
Oh no.
She was especially afraid that he would succeed... in his own way.
Typhon était furieux.
Mais un raton laveur magique de son envergure ne s'avouait jamais vaincu.
Il viendrait.
Comment ?
Là... les détails restaient encore à déterminer.
Il commença donc à élaborer un plan. Puis un deuxième. Puis un troisième. Aucun n'était franchement convaincant.
— Se glisser discrètement dans les bagages d'Hécate ?
Impossible.
Sa bipède inspectait ses affaires avec la minutie d'un dragon gardant
son trésor. Elle finirait inévitablement par découvrir une queue rayée
dépassant d'une valise.
— Les suivre de loin sans être remarqué ?
Typhon écarta aussitôt cette idée.
La
discrétion n'avait jamais été son domaine de prédilection. On pouvait
même affirmer, avec une certaine objectivité, qu'il entretenait avec
elle une relation de profonde incompatibilité.
Typhon was furious.
But a magical raccoon of its size never confessed defeat.
He would come.
How?
There... the details were still to be determined.
So he began to work out a plan. Then a second one. Then a third one. None of them were frankly convincing.
—Sneak into Hecate’s luggage?
Impossible.
His biped inspected his belongings with the meticulousness of a dragon
guarding his treasure. She would inevitably discover a striped tail
sticking out of a suitcase.
—Follow them from afar without being noticed?
Typhon immediately dismissed this idea.
Discretion
had never been his favorite field. One could even say, with a certain
objectivity, that he maintained with her a relationship of deep
incompatibility.
— Attendrir Hécate jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus se passer de lui ?
Voilà qui semblait déjà plus prometteur.
Il lui suffirait de devenir indispensable.
Être adorable.
Prévenant.
Attentionné.
Obéissant.
Sage.
Calme.
... Typhon resta figé quelques secondes.
Puis il eut un léger soupir.
Ce plan présentait malgré tout un défaut majeur.
Il reposait entièrement sur l'idée qu'il devienne un raton laveur qu'il n'avait absolument jamais été.
Son imagination, pourtant habituellement débordante, commençait à montrer de sérieux signes d'essoufflement.
Il connaissait bien trop Hécate.
Sa
bipède possédait une perspicacité redoutable et flairait les mauvais
coups avec une facilité presque vexante. Le moindre comportement anormal
éveillerait immédiatement ses soupçons.
Et si, par miracle, il parvenait à jouer le parfait compagnon pendant une journée entière...
Il
finirait forcément par faire exploser quelque chose, ouvrir un portail
interdit ou déclencher une catastrophe d'origine indéterminée.
Typhon poussa un profond soupir.
Être un génie incompris était décidément une épreuve particulièrement injuste.
—Soften Hecate until she can’t live without him?
That already seemed more promising.
It would be enough for him to become indispensable.
Being adorable.
Considerate.
Thoughtful.
Obedient.
Sage.
Calm.
... Typhoon remained frozen for a few seconds.
Then he had a slight sigh.
This plan still had a major flaw.
He relied entirely on the idea that he would become a raccoon he had never been.
His imagination, though usually overflowing, was beginning to show serious signs of exhaustion.
He knew Hecate far too well.
His
biped possessed a formidable insight and scented the bad moves with an
almost vexing ease. The slightest anomalous behavior would immediately
arouse his suspicions.
What if, by some miracle, he manages to play the perfect companion for a whole day...
It would inevitably end up blowing something up, opening a forbidden portal or triggering an unspecified disaster.
Typhoon gave a deep sigh.
Being a misunderstood genius was decidedly a particularly unfair test.
Le salut arriva de l'endroit où personne ne l'attendait.
D'un petit garçon de dix ans.
Avec
cette logique limpide, désarmante et parfois terriblement dangereuse
propre aux enfants, Weldon leva innocemment la main avant de déclarer :
— Et si vous emmeniez Typhon avec vous ? Avec son flair, il pourrait sûrement vous aider !
Le silence qui suivit fut si profond qu'on aurait entendu une araignée éternuer.
Tous les regards convergèrent lentement vers le raton laveur.
Puis vers Hécate.
Puis de nouveau vers le raton laveur.
Un silence... spéculateur.
Car
ce n'était pas la première fois que Weldon lançait une réflexion aussi
audacieuse qu'improbable. Et, plus embarrassant encore, les adultes
avaient déjà eu l'occasion de constater que son instinct était presque
surnaturel.
Plus d'une fois, une intuition du petit garçon avait
permis de résoudre une situation que des mages autrement plus
expérimentés avaient compliquée pendant des heures.
Salvation came from the place where no one expected it.
From a little boy of ten years old.
With
this clear, disarming and sometimes terribly dangerous logic specific
to children, Weldon innocently raised his hand before declaring:
— What if you took Typhon with you? With his flair, he could surely help you!
The silence that followed was so deep that one would have heard a spider sneeze.
All eyes slowly converged on the raccoon.
Then towards Hecate.
Then again towards the raccoon.
A silence... speculator.
Because
it was not the first time that Weldon launched a reflection as
audacious as improbable. And, even more embarrassing, the adults had
already had the opportunity to see that his instinct was almost
supernatural.
More than once, a little boy’s intuition had made
it possible to resolve a situation that the mages, who were otherwise
more experienced, had complicated for hours.
Typhon leva lentement ses petits yeux brillants vers cet étrange enfant qu'il avait pourtant officiellement déclaré...
Son rival à vie.
Enfin... c'était surtout avant d'avoir remarqué deux détails particulièrement importants.
Le
premier était ours en peluche démoniaque qui trônait sur le lit
d'Hécate. Un ours averc la même odeur , que Weldon semblait considérer
comme un compagnon tout à fait normal.
Le second était Tofu.

Le
lapin, d'ordinaire d'une méfiance presque paranoïaque envers tout être
vivant, avait reniflé le petit garçon... puis avait décrété, contre
toute attente, qu'il méritait son estime.
Et Tofu se trompait rarement.
Typhon en avait été profondément contrarié.
Typhon slowly raised his little shining eyes towards this strange child whom he had yet officially declared...
His rival for life.
Finally... it was especially before I noticed two particularly important details.
The
first was the huge demonic teddy bear that sat on Hecate’s bed. A bear
of the same smelt, which Weldon seemed to consider as a completely
normal companion.
The second was Tofu.
The rabbit, usually
of an almost paranoid distrust towards any living being, had sniffed
the little boy... then had decreed, against all odds, that he deserved
his esteem.
And Tofu was rarely wrong.
Typhoon had been deeply upset....
Car cet après-midi-là, toute l'équipe s'était réunie chez Hécate afin de mettre au point la stratégie de cette nouvelle enquête.
Chadney
était arrivé avec Weldon, qui avait aussitôt promené ses immenses yeux
couleur d'or liquide sur la petite maison, comme s'il découvrait un
monde enchanté.
Pendant ce temps, Typhon observait d'un air
méfiant cette invasion de bipèdes qui s'installaient chez lui avec une
désinvolture insupportable.
Ils parlaient.
Ils riaient.
Ils mangeaient les biscuits.
Ils déplaçaient les chaises.
Bref... ils se comportaient comme s'ils étaient chez eux.
Puis Weldon s'était approché du raton laveur avec une prudence infinie.
Il s'était accroupi.
L'avait observé très sérieusement.
Typhon avait soutenu ce regard avec toute la dignité dont un raton laveur pouvait faire preuve.
Après un long moment d'étude scientifique particulièrement intense, Weldon avait finalement souri.
— Toi... je crois qu'on va être copains.
Typhon en était resté bouche bée.
Copains ?

On ne décidait pas d'être le copain du plus grand détective à quatre pattes de la péninsule avec une telle désinvolture !
Quelle insolence !
Quelle audace !
...Et pourtant...
Il fallait reconnaître que ce petit humain possédait un charme absolument désarmant.
Ajoutez
à cela que Tofu l'avait déjà promu au rang d'allié officiel, et Typhon
dut se rendre à une évidence particulièrement humiliante.
Il allait devoir faire un effort.
Un tout petit effort.
Enfin...
Dans la limite de ce qu'un raton laveur magique pouvait raisonnablement considérer comme un effort.
Because that afternoon, the whole team met at Hecate’s to develop the strategy for this new investigation.
Chadney
had arrived with Weldon, who had at once strolled his immense eyes the
color of liquid gold over the little house, as if discovering an
enchanted world.
Meanwhile, Typhon watched with a wary look this invasion of bipeds who settled at his place with an unbearable casualness.
They were talking.
They were laughing.
They were eating the cookies.
They were moving the chairs.
Anyway... they acted as if they were at home.
Then Weldon approached the raccoon with infinite caution.
He had crouched down.
He had observed it very seriously.
Typhon had sustained this look with all the dignity that a raccoon could show.
After a long moment of particularly intense scientific study, Weldon had finally smiled.
—You... I think we’re going to be friends.
Typhoon had his jaws in a row.
Friends?
We didn’t decide to be the boyfriend of the greatest four-legged detective on the peninsula with such casualness!
What insolence!
What audacity!
... And yet...
It had to be recognized that this little human possessed an absolutely disarming charm.
Add
to this that Tofu had already promoted him to the rank of official
ally, and Typhon had to surrender to a particularly humiliating
evidence.
He was going to have to make an effort.
A very small effort.
Finally...
Within what a magical raccoon could reasonably consider as an effort.
Hécate posa lentement les yeux sur Typhon.
Le
raton laveur s'était instantanément redressé, bombant le torse avec
toute la dignité dont était capable un animal qui, quelques jours plus
tôt, avait tenté de voler une tarte simplement parce qu'elle « sentait
le mystère ».
Puis elle regarda Weldon.
Le petit garçon la
fixait avec ses immenses yeux couleur d'or liquide, débordants d'un
espoir si sincère qu'il aurait attendri un démon.
Hécate sentit une étrange sensation lui parcourir l'échine.
Les catastrophes défilaient déjà dans son esprit.
Elle n'avait même pas besoin d'imaginer davantage.
Son expérience personnelle lui fournissait déjà un nombre largement suffisant de précédents.
Un long soupir lui échappa.
— ...D'accord.
Hecate slowly set eyes on Typhon.
The
raccoon instantly straightened up, bulging its torso with all the
dignity of an animal that had tried to steal a pie just days earlier
because it "smelled of mystery".
Then she looked at Weldon.
The
little boy stared at her with his immense eyes, the color of liquid
gold, brimming with such sincere hope that he would soften a demon.
Hecate felt a strange sensation running down her spine.
The catastrophes were already passing through his mind.
She didn’t even need to imagine more.
His personal experience already provided him with more than enough precedents.
A long sigh escaped him.
—... Okay.
Typhon crut entendre les trompettes de la victoire résonner dans tout l'univers.
Il
bondit sur place, fit deux cabrioles parfaitement inutiles et termina
sa démonstration par une pirouette dont lui seul comprit l'élégance.
Morgyn observa la scène en silence.
Il avait vu cette hésitation.
Et il savait exactement ce qu'elle signifiait.
Hécate ne venait pas de céder parce qu'elle faisait confiance à Typhon.
Elle venait de céder parce qu'elle était incapable de résister au regard de Weldon.
Siméon, lui aussi, avait compris.
Il connaissait suffisamment Hécate pour savoir qu'elle venait de sacrifier toute forme de tranquillité pour les jours à venir.
Il adressa à Typhon un regard où se mêlaient une profonde résignation... et une sincère compassion pour leur future enquête.
Quant à Chadney...
Lui avait vu bien davantage.
Il avait aperçu ce très léger sourire que Hécate avait tenté de dissimuler.
Elle savait parfaitement qu'elle venait de prendre une décision déraisonnable.
Elle savait aussi qu'elle allait probablement le regretter avant même la fin de la première journée.
Et pourtant...
Elle avait accepté.
Parce que Weldon croyait en Typhon avec cette confiance absolue que seuls les enfants savent encore accorder.
Chadney esquissa un sourire presque imperceptible.
L'enquête n'avait pas encore commencé.
Et pourtant, contre toute logique, il avait déjà la certitude qu'elle allait devenir... mémorable.
Typhon thought he heard the trumpets of victory resound throughout the universe.
He
leaped on the spot, made two perfectly useless somersaults and ended
his demonstration with a pirouette of which only he understood the
elegance.
Morgyn watched the scene in silence.
He had seen this hesitation.
And he knew exactly what it meant.
Hecate had not just given in because she trusted Typhon.
She had just given in because she was unable to resist Weldon’s gaze.
Siméon, too, had understood.
He knew Hecate well enough to know that she had just sacrificed any form of tranquility for the days to come.
He gave Typhoon a look of deep resignation... and heartfelt compassion for their future investigation.
As for Chadney...
He had seen much more.
He had seen this very slight smile that Hecate had tried to hide.
She knew perfectly well that she had just made an unreasonable decision.
She also knew that she would probably regret it even before the end of the first day.
And yet...
She had accepted.
Because Weldon believed in Typhon with that absolute confidence that only children can still give.
Chadney gave an almost imperceptible smile.
The investigation had not yet begun.
And yet, against all logic, he already had the certainty that it would become... memorable.
.
...
une enquête plus compliquée que prévue
L'enquête
sur Béata se révéla bien plus complexe que quiconque ne l'avait
imaginé. Non pas parce qu'il était difficile de découvrir sa véritable
identité. Au contraire.
Béata était la nouvelle compagne de Cal.
La femme qui avait pris la place de Luna, son ancienne compagne. Plus
jeune. Plus ambitieuse. Plus avide d'un statut qui ne lui appartenait
pas réellement, mais qu'elle estimait légitime au seul motif qu'elle
portait l'héritier d'un Alpha aussi puissant que dangereux... un homme
dont la véritable nature demeurait soigneusement dissimulée derrière une
apparente maîtrise.
Pourtant,
comme dans toute histoire que l'on croit parfaitement écrite, le destin
se plaisait toujours à introduire une variable imprévisible.
L'héritier tant attendu ne fut pas le fils que tous espéraient.
Ce fut une petite fille.
Une
enfant magnifique, aussi bruyante, exigeante et intensément vivante que
seul un nourrisson pouvait l'être, totalement étrangère aux calculs,
aux ambitions et aux convoitises des adultes qui l'entouraient.
Elle reçut le prénom d'Endora.
Et contre toute attente, Cal en tomba immédiatement amoureux.
Un
amour absolu. Irrationnel. Possessif jusque dans ses silences. Une
affection si profonde qu'elle échappa d'abord à Béata elle-même,
pourtant réputée pour son intelligence stratégique. Elle ne comprit pas
que cette enfant était devenue le véritable centre de gravité de Cal.
Ce fut peut-être là... le premier pas vers sa propre chute.
Lorsque Hécate apprit cette nouvelle, un profond malaise la traversa.
Encore Luna.
Toujours Luna.
Cette
femme qui l'avait manipulée avec une patience presque diabolique,
dissimulant ses véritables intentions derrière le masque impeccable
d'une amitié sincère. Une confiance soigneusement construite, des
confidences partagées, des années d'illusions auxquelles Hécate avait
cru sans la moindre réserve.
The
investigation into Beata proved to be far more complex than anyone had
imagined. Not because it was difficult to discover his true identity. On
the contrary.
Béata was the new companion of Cal. The woman who
had taken the place of Luna, his former companion. Younger. More
ambitious. Greedier of a status which did not really belong to her, but
which she considered legitimate on the sole ground that she carried the
heir of an Alpha as powerful as dangerous... a man whose true nature
remained carefully hidden behind an apparent mastery.
Yet, as in any story that is believed to be perfectly written, fate always liked to introduce an unpredictable variable.
The long-awaited heir was not the son everyone hoped for.
It was a little girl.
A
magnificent child, as loud, demanding and intensely alive as only an
infant could be, totally foreign to the calculations, ambitions and
lusts of the adults around her.
She was given the name Endora.
And against all odds, Cal immediately fell in love with it.
Absolute
love. Irrational. Possessive even in its silences. An affection so deep
that it first escaped Béata herself, yet reputed for her strategic
intelligence. She did not understand that this child had become Cal’s
true center of gravity.
Perhaps this was the first step towards his own downfall.
When Hecate heard this news, a deep discomfort crossed her.
Luna again.
Always Luna.
This
woman who had manipulated her with an almost diabolical patience,
concealing her true intentions behind the impeccable mask of a sincere
friendship. A carefully constructed trust, shared confidences, years of
illusions to which Hecate had believed without the slightest reserve.
Elle s'était trompée.
Tout n'avait été qu'un jeu.
She was wrong.
Everything had been just a game.
Les découvertes de l'équipe achevèrent de dissiper les derniers doutes.
C'était
Luna qui avait organisé la fuite des photographies montrant Siméon venu
réconforter Hécate dans sa maison de la péninsule. Des images
parfaitement anodines... jusqu'à ce qu'elles soient sorties de leur
contexte et intégrées à une mise en scène savamment orchestrée, destinée
à semer le doute, nourrir les rumeurs et fragiliser l'équipe qui la
traquait sans relâche.
C'était également elle qui avait fait organiser la fouille du domicile d'Hécate.
Pas de ses propres mains, évidemment.
Luna ne se salissait jamais les mains.
Elle préférait laisser d'autres agir dans l'ombre, tandis qu'elle demeurait hors de portée, invisible, presque intouchable.
Et pourtant...
Son nom revenait encore.
Toujours.
Comme une ombre impossible à dissiper.
Comme une présence tapie derrière chaque mensonge, chaque manipulation, chaque trahison.
The team’s discoveries finally dispelled the last doubts.
It
was Luna who had organized the leak of the photographs showing Simeon
coming to comfort Hecate in his house on the peninsula. Perfectly
harmless images... until they are taken out of their context and
integrated into a cleverly orchestrated staging, intended to sow doubt,
feed rumors and weaken the team that was hunting her relentlessly.
It was also she who had organized the search of Hecate’s home.
Not with his own hands, of course.
Luna never got her hands dirty.
She preferred to let others act in the shadows, while she remained out of reach, invisible, almost untouchable.
And yet...
His name was coming up again.
Always.
Like a shadow impossible to dispel.
Like a presence hidden behind every lie, every manipulation, every betrayal.
Mais une question demeurait.
La seule qui importait réellement.
Quel était le lien entre Béata... Luna... et Apollinarius ?
D'une manière ou d'une autre, ces deux femmes avaient cherché à l'approcher.
Béata
l'avait-elle fait dans l'unique intention d'effacer définitivement le
souvenir de Luna ? Était-il simplement un trophée de plus, une victoire
destinée à asseoir son pouvoir et à nourrir son ambition ?
Ou
Luna, fidèle à elle-même, avait-elle calculé chacun de ses mouvements,
utilisant Apollinarius comme une pièce essentielle d'une revanche
qu'elle préparait depuis longtemps ?
Ces hypothèses paraissaient plausibles.
Trop plausibles.
Et c'était précisément ce qui inquiétait Hécate.
Les vérités les plus évidentes étaient souvent celles que l'on fabriquait pour détourner le regard de l'essentiel.
Et
si Béata et Luna poursuivaient, en réalité, un objectif bien plus
ancien ? Un dessein que personne, jusqu'alors, n'avait encore entrevu.
Quel
intérêt un pianiste mondialement reconnu, aussi influent
qu'Apollinarius, pouvait-il représenter pour deux femmes qui se
haïssaient au point de vouloir s'anéantir mutuellement ?
Une simple rivalité amoureuse ne suffisait plus à expliquer leurs actes.
Pas après tout ce qui avait été découvert.
Pas après tant de manipulations.
Pas après tant de risques.
Alors une autre hypothèse, bien plus dérangeante, commença à prendre forme dans l'esprit d'Hécate.
Et si leur haine n'était qu'une façade ?
Et si cette guerre que tout le monde croyait voir n'était qu'un écran de fumée destiné à masquer une quête bien plus obscure ?
Peut-être poursuivaient-elles exactement le même but.
Mais chacune empruntait un chemin différent.
L'une avançait dans la lumière, séduisant, manipulant et convainquant.
L'autre préférait l'ombre, les rumeurs, les mensonges et les stratégies invisibles.
Deux méthodes.
Deux tempéraments.
Deux ennemies.
Mais peut-être...
...une seule destination.
But one question remained.
The only one that really mattered.
What was the connection between Beata... Luna... and Apollinarius?
In one way or another, these two women had sought to approach him.
Had
Béata done it with the sole intention of permanently erasing Luna’s
memory? Was it just another trophy, a victory to assert power and
nurture ambition?
Or had Luna, true to herself, calculated her
every move, using Apollinarius as an essential piece of a revenge she
had long been preparing?
These hypotheses seemed plausible.
Too plausible.
And that was precisely what worried Hecate.
The most obvious truths were often those that one fabricated to divert attention from what was essential.
What if Beata and Luna are pursuing, in reality, a much older goal? A purpose that no one, until then, had yet foreseen.
What
interest could a world-renowned pianist, as influential as
Apollinarius, have for two women who hated each other to the point of
wanting to annihilate one another?
A mere rivalry in love was no longer enough to explain their actions.
Not after everything that had been discovered.
Not after so many manipulations.
Not after so many risks.
Then another hypothesis, much more disturbing, began to take shape in the mind of Hecate.
What if their hatred is just a facade?
What if this war that everyone thought they were seeing is just a smokescreen to hide a much darker quest?
Perhaps they were pursuing exactly the same goal.
But each one took a different path.
One moved forward in the light, seductive, manipulative, and convincing.
The other preferred shadow, rumors, lies and invisible strategies.
Two methods.
Two temperaments.
Two enemies.
But maybe...
...only one destination.
Car si Béata et Luna convoitaient toutes deux Apollinarius, ce n'était peut-être pas pour l'homme qu'il était.
C'était peut-être pour ce qu'il ignorait posséder.
Un secret.
Un héritage.
Un pouvoir.
Ou une vérité si ancienne qu'elle précédait même leur propre histoire.
Et soudain, l'enquête changea de nature.
Rt ce fût Morgyn qui apporta cette révélation
Il ne s'agissait plus seulement de découvrir qui manipulait qui.
Il
fallait désormais comprendre pourquoi Apollinarius se retrouvait,
malgré lui, au centre d'un affrontement dont les véritables enjeux
demeuraient soigneusement dissimulés.
Quelqu'un connaissait la réponse.
Et ce quelqu'un faisait tout pour que personne ne la découvre.
Because if both Beata and Luna coveted Apollinarius, it may not have been for the man he was.
Maybe it was for what he didn’t know he had.
A secret.
A legacy.
A power.
Or a truth so ancient that it even preceded their own history.
And suddenly, the nature of the investigation changed.
It was Morgyn who brought this revelation
It was no longer just a matter of finding out who was manipulating whom.
It
was now necessary to understand why Apollinarius found himself, in
spite of himself, at the center of a confrontation whose real stakes
remained carefully hidden.
Someone knew the answer.
And that someone was doing everything so that no one would discover it.
Après la réunon avec son équipe
Hécate s'autorisa enfin un luxe qu'elle ne s'était jamais accordé : celui de s'éloigner.
Elle
décida de quitter, pour quelques jours, ce monde devenu trop lourd,
trop bruyant. Non pour fuir, mais pour réfléchir. Elle ne partirait pas
seule. Typhon et son amie Lorelie l'accompagneraient. Elle avait besoin
de leur présence, non pour qu'ils décident à sa place ni pour qu'ils lui
montrent un chemin, mais pour déposer enfin le poids de ses pensées.
Elle avait besoin d'entendre un regard extérieur, de savoir si son
raisonnement demeurait juste, si son intuition ne la trahissait pas, ou
si, au contraire, il lui fallait accepter une vérité qu'elle refusait
encore de regarder en face.
Car derrière son calme habituel se dissimulait un chagrin immense, plus profond que tout ce qu'elle avait connu.
Ce
qui la terrifiait n'était ni les manipulations de Luna, ni sa cruauté,
ni même les mensonges. Tout cela, elle pouvait encore le comprendre.
Non... ce qui l'épouvantait était une pensée autrement plus douloureuse :
la certitude que son équipe savait depuis longtemps.
Et qu'elle avait choisi de se taire.
Depuis quand connaissaient-ils la vérité ?
After the meeting with her team, Hecate finally allowed herself a luxury she had never given herself: that of moving away.
She
decided to leave, for a few days, this world that had become too heavy,
too noisy. Not to flee, but to reflect. She would not leave alone.
Typhon and her friend Lorelie would accompany her. She needed their
presence, not so that they would decide in her place or show her a path,
but to finally lay down the weight of her thoughts. She needed to hear
an outside look, to know if her reasoning remained correct, if her
intuition did not betray her, or if, on the contrary, she had to accept a
truth that she still refused to face.
Because behind her usual calm was hidden an immense sorrow, deeper than anything she had known.
What
terrified her was not Luna’s manipulations, nor her cruelty, nor even
the lies. All of this she could still understand. No... what horrified
him was an even more painful thought: the certainty that his team had
known for a long time.
And that she had chosen to be silent.
How long had they known the truth?
Leur
silence était-il une forme de protection ? Croyaient-ils réellement lui
épargner une souffrance plus grande ? Ou avaient-ils simplement décidé,
à sa place, de ce qu'elle était capable de supporter ?
Cette idée la blessait davantage que toutes les trahisons.
Alors, malgré elle, ses pensées revinrent vers Chadney.
Elle
revit la douceur de son regard, cette manière discrète et rassurante de
poser une main dans son dos, ses sourires, leurs éclats de rire, cette
proximité qui s'était installée sans bruit, comme une évidence.
Mais une question, insidieuse, s'imposa à elle.
Et si tout cela n'avait été qu'une illusion ?
Une parenthèse qu'elle s'était autorisée à croire réelle.
Une fragile espérance née de son propre besoin d'être aimée.
Was
their silence a form of protection? Did they really believe that they
were sparing him greater suffering? Or had they simply decided, in her
place, what she was capable of enduring?
This idea hurt her more than any betrayal.
So, in spite of herself, her thoughts returned to Chadney.
She
relives the softness of his gaze, this discreet and reassuring way of
putting a hand on his back, his smiles, their bursts of laughter, this
closeness that had settled down silently, as if it were obvious.
But a question, insidious, was imposed on her.
What if all this had been an illusion?
A parenthesis that she had allowed herself to believe was real.
A fragile hope born of one’s own need to be loved.
Si
Chadney savait lui aussi... chacun de ces gestes avait-il encore la
même valeur ? Était-ce une affection sincère ou seulement une tendre
compassion envers une femme qui ignorait encore une vérité que tous les
autres connaissaient déjà ?
Pour la première fois depuis
longtemps, Hécate doutait moins des autres que de chacun de ses propres
souvenirs. Et cette pensée-là était sans doute la plus cruelle de
toutes.
If
Chadney also knew... did each of these gestures still have the same
value? Was it sincere affection or only tender compassion towards a
woman who still ignored a truth that all others already knew?
For
the first time in a long time, Hecate doubted others less than each of
her own memories. And that thought was probably the cruelest of all.
Assise
sur les quais, le regard perdu vers l'immensité bleue où les reflets du
soleil tropical semaient des milliers d'éclats scintillants, Hécate
demeura silencieuse un long moment.

Le paysage était paisible. Son esprit, lui, ne l'était plus depuis longtemps.
Lorsqu'elle
prit enfin la parole, sa voix resta calme, presque posée. Elle ne
cherchait ni à convaincre ni à se plaindre. Elle se contentait de
déposer ce qu'elle portait en elle depuis trop longtemps.
Elle parla de sa confusion.
De ces vérités qui semblaient désormais se contredire.
De ses doutes envers ceux en qui elle avait toujours eu confiance.
Des trahisons, réelles ou supposées.
De l'espoir auquel elle s'était accrochée avec une obstination presque naïve.
Et de cette réalité qui, peu à peu, avait fissuré chacune de ses certitudes.
Elle
évoqua surtout cette douleur si particulière : celle de ne plus savoir
si les souvenirs qui lui étaient les plus précieux étaient sincères...
ou simplement réécrits par ce qu'elle venait d'apprendre.

Lorelie ne l'interrompit jamais.
Elle savait que certaines souffrances ne demandaient pas des réponses, mais de l'espace.
Alors elle se contenta d'écouter.
Sans jugement.
Sans conseil.
Elle
laissa Hécate vider lentement ce trop-plein qui encombrait son esprit
autant que son cœur, laissant les silences s'installer lorsqu'ils
devenaient plus éloquents que les mots.
Lorsque Hécate se tut enfin, Lorelie attendit encore quelques instants avant de répondre.
Sitting
on the docks, her gaze lost to the blue immensity where the reflections
of the tropical sun sown thousands of shimmering rays, Hecate remained
silent for a long time.
The landscape was peaceful. His mind, however, had not been for a long time.
When
she finally spoke, her voice remained calm, almost composed. She sought
neither to convince nor to complain. She was just depositing what she
had carried inside her for too long.
She spoke of her confusion.
Of these truths that now seemed to contradict each other.
Of her doubts about those in whom she had always trusted.
Betrayals, real or supposed.
Of the hope to which she had clung with an almost naive obstinacy.
And of this reality which, little by little, had cracked each of its certainties.
She
especially evoked this particular pain: that of no longer knowing if
the memories which were most precious to her were sincere... or simply
rewritten by what she had just learned.
Lorelie never interrupted him.
She knew that certain sufferings did not require answers, but space.
So she just listened.
Without judgment.
Without advice.
She
let Hecate slowly empty this overflow that cluttered her mind as much
as her heart, letting the silences settle when they became more eloquent
than words.
When Hecate was finally silent, Lorelie waited a few moments before responding.
Sa voix était douce, mais chaque mot semblait pesé avec une précision presque chirurgicale.
—
Tu cherches aujourd'hui des réponses que ton cœur n'est pas encore
capable d'accepter, dit-elle avec calme. Ce que tu ressens envers ton
équipe est légitime. Mais tu regardes encore les événements à travers la
blessure. Lorsque cette douleur cessera de gouverner ton regard, chaque
geste, chaque silence, chaque décision retrouvera naturellement sa
véritable place. Tu n'auras plus besoin de chercher la vérité... elle
s'imposera à toi.
Hécate ne répondit rien.
Elle savait, au fond d'elle-même, que Lorelie avait raison.
Puis celle-ci revint sur l'enquête.
Son analyse changea imperceptiblement de registre.
Son regard devint plus distant, plus analytique.
Elle
reprit un à un les faits, les comportements, les contradictions, sans
se laisser distraire par les émotions. Elle disséqua chaque détail avec
une rigueur presque clinique, révélant une lecture plus froide, plus
exigeante, débarrassée des affects.
Peu à peu, une hypothèse émergea.
Une hypothèse qu'Hécate avait déjà entrevue.
Elle l'avait effleurée plusieurs fois.
Mais chaque fois, elle l'avait volontairement écartée.
Non parce qu'elle la croyait fausse.
Parce que, si elle était vraie, elle bouleversait tout ce qu'elle pensait encore comprendre.
Lorelie posa alors sur elle un regard d'une infinie douceur.
—
Tu n'as pas ignoré cette piste parce qu'elle manquait de logique,
Hécate. Tu l'as écartée parce qu'elle était la seule dont tu espérais
qu'elle soit fausse.
Ces mots ne lui apprirent rien.
Ils
mirent simplement un nom sur une vérité qu'elle connaissait déjà... mais
qu'elle n'avait jamais trouvé la force de prononcer.
His voice was soft, but each word seemed weighed with almost surgical precision.
—
You are looking for answers today that your heart is not yet able to
accept, she said calmly. What you feel about your team is legitimate.
But you’re still watching events through the injury. When this pain
ceases to govern your gaze, every gesture, every silence, every decision
will naturally return to its true place. You will no longer need to
seek the truth... it will impose itself on you.
Hecate answered nothing.
She knew, in her heart, that Lorelie was right.
Then she returned to the investigation.
His analysis changed register imperceptibly.
His gaze became more distant, more analytical.
She
went over the facts, behaviors, and contradictions one by one, without
letting herself be distracted by emotions. She dissected every detail
with an almost clinical rigor, revealing a colder, more demanding
reading, freed from affects.
Gradually, a hypothesis emerged.
A hypothesis that Hecate had already glimpsed.
She had grazed her several times.
But each time, she had deliberately dismissed it.
No, because she thought it was fake.
Because, if it were true, it would upset everything she still thought she understood.
Lorelie then looked at her with an infinitely gentle gaze.
—
You didn’t ignore that lead because it lacked logic, Hecate. You
dismissed her because she was the only one you hoped was fake.
These words did not teach him anything.
They simply put a name to a truth that she already knew... but had never found the strength to pronounce.
Oui... Hécate s'était déjà posé cette question.
Et si...
Et si, depuis le début, elle n'avait vu que ce qu'elle voulait voir ?
Et
si chaque silence qu'elle avait interprété comme de la délicatesse
n'avait été, en réalité, qu'une retenue dictée par une vérité que les
autres connaissaient déjà ?
Et si les regards compatissants, les
hésitations, les phrases interrompues n'étaient pas les signes d'une
affection maladroite, mais ceux de personnes portant un secret devenu
trop lourd ?
Cette pensée l'avait déjà effleurée.
Elle l'avait aussitôt rejetée.
Non parce qu'elle lui semblait absurde.
Parce qu'elle était insupportable.
Car si elle était vraie, alors tout changeait.
Les souvenirs demeuraient les mêmes, mais leur sens basculait.
Chaque sourire devenait ambigu.
Chaque geste de tendresse appelait une autre lecture.
Chaque silence prenait une résonance nouvelle.
Et, plus douloureux encore...
Et si Chadney avait su, lui aussi ?
S'il avait connu cette vérité bien avant elle ?
Sa
bienveillance avait-elle été celle d'un homme qui l'aimait... ou celle
d'un homme qui souffrait de la voir avancer dans l'ignorance ?
C'était cette question qui la détruisait lentement.
Non parce qu'elle doutait de la sincérité de Chadney.
Mais parce qu'elle ne savait plus distinguer la tendresse de la compassion.
Or ces deux sentiments se ressemblent parfois si profondément qu'il faut toute une vie pour apprendre à les différencier.
Yes... Hecate had already asked herself this question.
What if...
What if, from the beginning, she had only seen what she wanted to see?
What
if every silence she had interpreted as delicacy had in reality been a
restraint dictated by a truth that others already knew?
What if
the compassionate looks, hesitations, and interrupted sentences were not
signs of an awkward affection, but those of people carrying a secret
that had become too heavy?
This thought had already touched her.
She had immediately rejected it.
No, because she seemed absurd to him.
Because she was unbearable.
Because if it were true, then everything would change.
The memories remained the same, but their meaning shifted.
Every smile became ambiguous.
Each gesture of tenderness called for another reading.
Each silence took on a new resonance.
And, even more painful...
What if Chadney had known, too?
What if he had known this truth long before it?
Had her benevolence been that of a man who loved her... or that of a man who suffered from seeing her advance in ignorance?
It was this question that was slowly destroying her.
No, because she doubted Chadney’s sincerity.
But because she could no longer distinguish between tenderness and compassion.
Yet these two feelings are sometimes so profoundly similar that it takes a lifetime to learn how to differentiate them.
Quant à la nouvelle enquête, le trouble était d'une autre nature.
Il ne relevait plus de l'intime, mais du raisonnement.
Les
sentiments n'y avaient que peu de place. Il ne s'agissait plus de
confiance, de trahison ou d'affection, mais d'observations, de faits et
de logique.
Pourtant, cette hypothèse n'en était pas moins inquiétante.
Au contraire.
Parce
qu'elle reposait sur une analyse froide, débarrassée de toute
implication personnelle, elle lui paraissait d'autant plus crédible.
En
replaçant chaque événement dans son contexte, en confrontant les
incohérences, les silences et les intérêts de chacun, un schéma
commençait à émerger.
Hécate l'avait déjà entrevu.
Elle l'avait même suivi mentalement jusqu'à ses conclusions.
Puis elle l'avait abandonné.
Non parce qu'il manquait de cohérence.
Mais parce que ses conséquences étaient si profondes qu'elles remettaient en question l'ensemble de l'enquête.
Lorelie ne fit que reprendre ce fil, avec une lucidité implacable.
Elle n'apporta pas une idée nouvelle.
Elle
donna simplement du poids à une vérité qu'Hécate avait déjà discernée,
mais qu'elle avait refusé d'admettre tant elle en redoutait les
implications.
As for the new investigation, the trouble was of a different nature.
It was no longer about intimacy, but about reasoning.
Feelings had little place there. It was no longer about trust, betrayal or affection, but about observations, facts and logic.
Yet this assumption was no less worrying.
On the contrary.
Because it was based on a cold analysis, devoid of any personal implication, it seemed all the more credible to him.
By
placing each event in its own context, by confronting the
inconsistencies, silences and interests of everyone, a pattern began to
emerge.
Hecate had already glimpsed it.
She had even followed him mentally until his conclusions.
Then she had abandoned him.
No, because it lacked consistency.
But because its consequences were so profound that they called into question the entire investigation.
Lorelie only resumed this thread, with relentless lucidity.
She did not bring a new idea.
She
simply gave weight to a truth that Hecate had already discerned, but
which she had refused to admit because of her dread of the implications.
Retour à la réalité
De
retour dans son cottage, Hécate posa son sac près de la porte et laissa
son regard errer quelques instants sur les lieux. Le silence avait
retrouvé ses droits, paisible, presque familier. Pourtant, il lui
semblait encore entendre le rire de Lorelei résonner entre les murs.
Ses pensées s'envolèrent naturellement vers ces quelques jours de vacances, si simples en apparence, mais infiniment précieux.
Les
longues conversations qui s'étiraient jusque tard dans la soirée, où
l'on parlait de tout, de rien, de l'avenir comme du passé, avec cette
rare liberté que seules les vraies amitiés savent offrir. Les parties de
pêche, où les poissons semblaient avoir conclu un pacte pour se moquer
d'elles, tandis que leurs éclats de rire, eux, ne manquaient jamais le
rendez-vous.
Back to the reality
Back
in her cottage, Hecate placed her bag by the door and let her gaze
wander for a few moments on the spot. The silence had regained its
rights, peaceful, almost familiar. Yet, he still seemed to hear
Lorelei’s laughter echoing between the walls.
His thoughts naturally flew away towards these few days of vacation, so simple in appearance, but infinitely precious.
The
long conversations that lasted until late in the evening, where we
talked about everything, nothing, the future as well as the past, with
this rare freedom that only true friendships can offer. The fishing
parties, where the fish seemed to have made a pact to make fun of them,
while their bursts of laughter never missed the appointment.
Et puis, bien sûr... Typhon.
Le
petit aventurier avait décrété qu'un malheureux lézard représentait un
défi de la plus haute importance. Il s'était élancé avec un enthousiasme
héroïque... avant de découvrir, quelques minutes plus tard, que
retrouver son chemin relevait d'une tout autre discipline. Mais après
tout, si Typhon cessait un jour de collectionner les catastrophes avec
une touchante innocence, ce ne serait plus vraiment Typhon.
Il
y avait eu également ce début d'incendie dans un bar bondé. Sans même
réfléchir, Hécate et Lorelei avaient prêté main-forte pour maîtriser les
flammes. Hécate y avait sacrifié quelques mèches de cheveux rebelles,
mais elles avaient gagné une histoire qu'elles se promettaient déjà de
raconter en exagérant chaque détail.
Les moustiques, eux, avaient
manifestement considéré Hécate comme le plat principal de leurs
vacances, tandis que Lorelei avait réussi l'exploit de revenir avec un
coup de soleil si spectaculaire qu'elle avait passé deux jours à
ressembler à une tomate particulièrement digne.
Étrangement, aucun de ces petits désagréments ne ternissait ses souvenirs.
And then, of course... Typhoon.
The
little adventurer had decreed that an unfortunate lizard represented a
challenge of the utmost importance. He had started with a heroic
enthusiasm... before discovering, a few minutes later, that finding his
way back was a different discipline. But after all, if Typhon would one
day stop collecting disasters with a touching innocence, it wouldn’t
really be Typhoon anymore.
There had also been the start of a
fire in a crowded bar. Without even thinking, Hecate and Lorelei had
lent a hand to control the flames. Hecate had sacrificed a few strands
of rebellious hair, but they had won a story that they already promised
to tell each other by exaggerating every detail.
The
mosquitoes, on the other hand, had evidently considered Hecate as the
main dish of their holidays, while Lorelei had managed to come back with
a sunburn so spectacular that she had spent two days looking like a
particularly dignified tomato.
Strangely, none of these small inconveniences tarnished his memories.
Bien au contraire.
C'étaient
justement ces imprévus, ces maladresses, ces instants absurdes qui
rendaient ces vacances si vivantes, si vraies. Les souvenirs parfaits
s'effacent souvent avec le temps. Ceux qui font rire, eux, demeurent.
Un sourire tendre vint éclairer le visage d'Hécate.
Pas
un sourire éclatant, simplement celui que l'on réserve aux bonheurs
sincères. À ces moments qui réchauffent le cœur longtemps après qu'ils
se sont achevés. Elle les revivait avec une douce nostalgie, déjà
impatiente, au fond d'elle-même, que le destin leur offre un jour une
nouvelle parenthèse semblable.
Mais la parenthèse venait de se refermer.
On the contrary.
It
was precisely these unforeseen events, these clumsiness, these absurd
moments that made this holiday so alive, so true. Perfect memories often
fade over time. Those who make people laugh remain.
A tender smile came to light Hecate’s face.
Not
a bright smile, just the one we reserve for sincere happiness. At those
moments that warm the heart long after they have ended. She relived
them with a sweet nostalgia, already impatient, in the depths of
herself, that destiny offers them one day a new similar parenthesis.
But the parenthesis had just closed.
Le calme du cottage lui rappela doucement que la réalité l'attendait.
Son
enquête n'avait pas avancé pendant son absence, et personne ne le
ferait à sa place. Elle inspira profondément, laissant les derniers
éclats de rire rejoindre le refuge discret de sa mémoire.
Il était temps de retrouver cette précision, cette patience et cette lucidité qui avaient toujours guidé ses pas.
Chaque réponse la rapprocherait de la vérité.
Et
peut-être, enfin, de cette vie qu'elle avait décidé de bâtir elle-même,
loin des attentes des autres, libre de choisir son propre chemin.
The quiet of the cottage gently reminded him that reality awaited him.
His
investigation had not advanced during his absence, and no one would do
it in his place. She breathed in deeply, letting the last bursts of
laughter reach the discreet refuge of her memory.
It was time to regain the precision, patience and lucidity that had always guided his steps.
Every answer would bring her closer to the truth.
And
perhaps, finally, of this life that she had decided to build herself,
far from the expectations of others, free to choose her own path.
Ce
jour-là, lorsque les trois garçons franchirent le seuil du cottage, ils
s'attendaient à retrouver la même Hécate : imprévisible, vive, parfois
déconcertante. Ils se trompaient.
Les longues conversations avec
son amie avaient opéré une métamorphose silencieuse. Elles avaient
balayé les derniers doutes, remis chaque pièce du puzzle à sa place et
fait naître une certitude bien plus dangereuse que n'importe quelle
arme.
Cette fois, elle ne subirait plus la discussion.
Elle la dirigerait.
Elle
leur exposerait sa vision de l'enquête, leur démontrerait pourquoi ils
poursuivaient une fausse piste et leur révélerait ce qu'elle avait
compris.
Elle se tenait devant eux, parfaitement droite. Son
visage était serein, presque impassible. Plus aucune hésitation ne
transparaissait. Son regard, lui, était devenu d'une froideur presque
clinique.
Un regard qui observait avant de juger.
Un regard qui avait déjà tiré ses conclusions.
Chadney sentit aussitôt que quelque chose avait irrémédiablement changé.
L'excentrique Hécate n'existait plus.
That
day, when the three boys crossed the threshold of the cottage, they
expected to find the same Hecate: unpredictable, lively, sometimes
disconcerting. They were wrong.
The long conversations with her
friend had operated a silent metamorphosis. They had swept away the last
doubts, put each piece of the puzzle in its place and created a
certainty that was far more dangerous than any weapon.
This time, she would no longer be subject to discussion.
She would lead it.
She
would explain to them her vision of the investigation, show them why
they were pursuing a false lead and reveal what she had understood.
She
stood in front of them, perfectly straight. Her face was serene, almost
impassive. No hesitation could be seen anymore. His gaze, on the other
hand, had become almost clinically cold.
A look that observed before judging.
A look that had already drawn its conclusions.
Chadney immediately sensed that something had changed beyond repair.
The eccentric Hecate no longer existed.
Devant
lui se trouvait une femme qui avait cessé de chercher à être comprise.
Une femme qui ne doutait plus. Plus lucide. Plus méthodique. Plus
dangereuse.
Et surtout... impossible à influencer.
Il
avait toujours perçu, derrière son humour, sa douceur apparente et cette
espièglerie qui amusait tant son entourage, une volonté farouche,
presque sauvage. Un esprit qui refusait toute forme de domination.
Mais ce qu'il découvrait aujourd'hui dépassait largement cette intuition.
Hécate venait de franchir une frontière invisible.
Il comprit qu'elle n'était plus seulement capable de résoudre cette enquête.
Elle était désormais capable de comprendre les véritables règles du jeu.
Et c'était précisément ce qui l'inquiétait.
Car
une fois que l'on apercevait les mécanismes qui gouvernaient réellement
les événements, il devenait impossible de revenir en arrière.
Before
him was a woman who had stopped trying to be understood. A woman who no
longer doubted. More lucid. More methodical. More dangerous.
And above all... impossible to influence.
He
had always perceived, behind his humor, his apparent gentleness and
this mischievousness that so amused those around him, a fierce, almost
wild will. A spirit that refused any form of domination.
But what he was discovering today went far beyond that intuition.
Hecate had just crossed an invisible frontier.
He understood that she was no longer able to solve this investigation.
She was now able to understand the real rules of the game.
And that was precisely what worried him.
Because once we saw the mechanisms that actually governed events, it became impossible to go back.
On cessait de croire aux coïncidences.
On cessait de croire aux versions officielles.
On finissait par déranger ceux qui avaient intérêt à ce que certaines vérités demeurent enfouies.
Chadney n'avait pas peur pour lui.
Il avait peur de ce qu'Hécate allait découvrir.
Et plus encore...
De ce qu'elle déciderait d'en faire.
Les trois garçons l'écoutèrent sans l'interrompre.
D'abord par politesse.
Puis par intérêt.
Enfin... par nécessité.
We stopped believing in coincidences.
We stopped believing official versions.
We ended up bothering those who had an interest in keeping certain truths buried.
Chadney wasn’t afraid for him.
He was afraid of what Hecate would discover.
And more...
About what she would decide to do with it.
The three boys listened to him without interrupting.
First, out of politeness.
Then out of interest.
Finally... out of necessity.
Les
déductions d'Hécate étaient d'une logique implacable. Chaque fait
prenait une signification nouvelle. Chaque contradiction révélait une
intention. Chaque silence devenait une preuve.
En quelques minutes, elle venait de faire voler en éclats toute la construction de l'enquête.
Cette affaire n'avait jamais concerné une simple rivalité, ni une banale jalousie.
Ce mobile n'était qu'un leurre.
Une histoire suffisamment crédible pour détourner les regards pendant que l'essentiel demeurait invisible.
Le véritable enjeu se trouvait ailleurs.
Bien plus ancien.
Bien plus vaste.
Et infiniment plus dangereux.
Un silence pesant s'abattit sur la pièce.
Personne ne contesta son raisonnement.
Parce que chacun venait de comprendre la même chose.
Ils ne cherchaient plus à identifier un coupable.
Ils s'approchaient d'une vérité que quelqu'un avait pris un soin considérable à dissimuler.
Et, dans ce genre d'affaire, ceux qui découvrent la vérité ne sont presque jamais les vainqueurs.
Ils deviennent les prochaines cibles.
Hecate’s
deductions were of an implacable logic. Each fact took on a new
meaning. Each contradiction revealed an intention. Every silence became a
proof.
In a few minutes, she had just shattered the entire construction of the investigation.
This affair had never concerned a simple rivalry, nor a banal jealousy.
That motive was just a decoy.
A story credible enough to divert attention while the essential remained invisible.
The real issue was elsewhere.
Much older.
Much larger.
And infinitely more dangerous.
A heavy silence fell on the room.
No one challenged his reasoning.
Because everyone had just understood the same thing.
They no longer sought to identify a culprit.
They were approaching a truth that someone had taken considerable care to conceal.
And, in this kind of affair, those who discover the truth are almost never the victors.
They become the next targets....
Ce qu'Hécate leur livra ne fut pas un long discours.
Seulement une succession de faits.
Des faits. Des déductions. Et des questions auxquelles personne, dans cette pièce, n'avait envie de répondre.
Sa voix demeurait calme. Presque détachée.
« Et si Apollinarius n'avait jamais été la véritable cible...
...mais seulement le prétexte ?
Et si Béata n'avait été qu'un pion de plus sur un échiquier dont elle ignorait jusqu'à l'existence ?
Et si Sir Cal lui-même n'était qu'une pièce sacrifiable dans un plan infiniment plus vaste ? »
Personne ne bougea.
Hécate poursuivit.
«
Même la naissance d'Endora ne me paraît plus être un simple événement.
Elle est entourée de trop de coïncidences... et les coïncidences cessent
d'en être lorsqu'elles s'accumulent. »
Son regard glissa lentement d'un visage à l'autre.
« Béata croyait poursuivre ses propres ambitions...
Mais était-ce vraiment le cas ?

Ou
quelqu'un avait-il anticipé chacun de ses choix, au point que ce
qu'elle croyait être son destin n'était déjà plus que le déroulement
d'un scénario écrit depuis longtemps ? »
Le silence se fit plus lourd.
Un silence où chacun semblait revoir les événements sous un jour nouveau.
Hécate sentit alors un frisson lui parcourir l'échine.
What Hecate delivered to them was not a long speech.
Only a succession of facts.
Facts. Deductions. And questions that no one in this room wanted to answer.
His voice remained calm. Almost detached.
What if Apollinarius was never the real target...
... but only the pretext?
What if Béata had been just another pawn on a chessboard that she never knew existed?
What if Sir Cal himself is just another piece of meat in an infinitely larger scheme?”
No one moved.
Hecate continued.
«Even
the birth of Endora no longer seems to me to be a mere event. It is
surrounded by too many coincidences... and coincidences cease to be such
when they accumulate.”
Her gaze slowly shifted from one face to another.
'Béata believed she was pursuing her own ambitions...
But was that really the case?
Or
had someone anticipated her every choice, to the point that what she
believed was her destiny was already nothing more than the unfolding of a
script long written?"
The silence became heavier.
A silence where everyone seemed to see events in a new light.
Hecate then felt a shiver run down her spine.
Jusqu'à présent, elle avait considéré Luna comme une manipulatrice habile.
Elle venait de comprendre qu'elle s'était trompée.
Une manipulatrice improvise.
Une stratège construit.
Elle ne réagit pas aux événements.
Elle les provoque.
Elle ne cherche pas le pouvoir.
Elle organise un monde où les autres le lui abandonnent sans même s'en apercevoir.
Peut-être était-ce cela, la véritable force de Luna.
Ne jamais apparaître comme la joueuse.
Until now, she had considered Luna a skilled manipulator.
She had just realized that she was mistaken.
An improvised manipulator.
A constructed strategist.
She does not react to events.
She provokes them.
She is not seeking power.
She organizes a world where others abandon it to her without even realizing it.
Maybe that was Luna’s true strength.
Never appear as the player.
Toujours laisser croire qu'elle n'était qu'un témoin des conséquences.
Cette pensée glaça Hécate.
Car un adversaire visible finit toujours par commettre une erreur.
Mais comment combattre quelqu'un dont la plus grande arme consiste précisément à rester invisible ?
Quelqu'un qui pousse les autres à prendre les décisions qu'il avait déjà choisies pour eux.
Le silence qui suivit n'avait plus rien de confortable.
Il était devenu oppressant.
Personne ne songeait à contredire Hécate.
Parce que chacun venait de comprendre où ce raisonnement conduisait.
L'enquête sur Béata n'avait jamais été le véritable sujet.
Elle n'était que la première porte.
Derrière
elle s'étendait un labyrinthe où chaque piste, chaque mensonge, chaque
coïncidence semblait inexorablement ramener au même nom.
Luna.
Comme si, depuis le commencement, une main invisible écrivait l'histoire dans l'obscurité...
...pendant
que tous les autres, persuadés d'agir de leur propre volonté, ne
faisaient qu'interpréter un rôle dont ils ignoraient jusqu'à l'auteur.
Always let it be believed that she was just a witness of the consequences.
This thought glaça Hecate.
Because a visible opponent always ends up making a mistake.
But how to fight someone whose greatest weapon is precisely to remain invisible?
Someone who pushes others to make the decisions he had already chosen for them.
The silence that followed was no longer comfortable.
He had become oppressive.
No one thought to contradict Hecate.
Because everyone had just understood where this reasoning was leading.
The investigation into Béata had never been the real issue.
It was only the first door.
Behind her lay a labyrinth where every lead, every lie, every coincidence seemed inexorably to bring back the same name.
Luna.
As if, from the beginning, an invisible hand was writing history in the darkness...
...
while all the others, persuaded to act of their own will, were only
interpreting a role of which they were unaware even to the author.
Ils l'écoutèrent tous, sans l'interrompre.
Plus Hécate avançait, plus le silence devenait pesant.
«
J'ai appris, par l'intermédiaire de Lorelei, que Luna entretenait des
liens avec une organisation dont on ne prononce presque jamais le nom :
la Templerie de l'Ordre du Phénix des Trois Lunes.
Une confrérie ancienne.
Puissante.
Extrêmement discrète.
Le
genre d'organisation qui n'apparaît jamais dans les récits officiels,
mais dont l'ombre semble pourtant se projeter derrière les plus grands
bouleversements. »
Personne ne réagit.
Elle poursuivit d'une voix égale.
«
J'ai également découvert que Sir Cal évoluait dans des réseaux
commerciaux autrement plus obscurs qu'il n'y paraît. Des échanges où les
marchandises ne sont qu'une façade, où les véritables transactions
concernent l'influence, les alliances, les dettes et les secrets. »
Elle marqua une courte pause.
«
Ces activités menacent directement des intérêts solidement établis
depuis plusieurs générations. Des familles puissantes. Des dynasties qui
prospèrent autant grâce à leurs affaires officielles qu'à celles dont
personne ne parle jamais. La famille d'Apollinarius en fait partie. »
Les regards commencèrent à changer.
« À partir de là, tout devient plus cohérent.
Béata.
Apollinarius.
Sir Cal.
Même Endora.
Ils cessent d'être le centre de cette affaire.
Ils deviennent des variables. »
They all listened to him, without interrupting him.
The more Hecate advanced, the more the silence became heavy.
"I
learned through Lorelei that Luna had ties to an organization whose
name is almost never spoken: the Templary of the Order of the Phoenix of
the Three Moons.
An ancient brotherhood.
Powerful.
Extremely discreet.
The
kind of organization that never appears in official narratives, but
whose shadow seems to project itself behind the biggest upheavals.”
No one is reacting.
She continued with an equal voice.
"I
also discovered that Sir Cal operated in commercial networks far more
obscure than it seems. Exchanges where goods are only a façade, where
the real transactions concern influence, alliances, debts and secrets.”
She took a short break.
«These
activities directly threaten interests that have been firmly
established for several generations. Powerful families. Dynasties that
thrive as much on their official affairs as on those no one ever talks
about. The family of Apollinarius is one of them.”
The looks began to change.
«From here on, everything becomes more coherent.
Béata.
Apollinarius.
Sir Cal.
Even Endora.
They cease to be the center of this affair.
They become variables.”
Sa voix se fit plus froide encore.
« Nous avons tous commis la même erreur.
Nous avons cru assister à une succession de drames personnels.
En réalité, nous regardions les premières manœuvres d'un affrontement beaucoup plus ancien. »
Le silence était devenu presque oppressant.
« Si mon raisonnement est exact, une guerre est déjà en préparation.
Pas une guerre menée par des armées.
Une guerre d'influence.
Une guerre économique.
Une guerre de territoires.

His voice grew colder still.
«We all made the same mistake.
We thought we were witnessing a succession of personal tragedies.
In reality, we were watching the first moves of a much older confrontation.”
The silence had become almost oppressive.
«If my reasoning is correct, a war is already in the making.
Not a war fought by armies.
A war of influence.
An economic war.
A war of territories.
Une
guerre où l'on protège des monopoles, des réseaux, des privilèges et
des sphères de pouvoir construites depuis des générations.
Une guerre où l'on ne tue pas toujours avec une arme.
On ruine.
On discrédite.
On manipule.
On sacrifie quelques individus pour préserver des intérêts infiniment plus vastes. »
Elle balaya lentement l'assemblée du regard.
« Dans ce genre de conflit, la vérité n'a aucune valeur.
Seule compte l'histoire que l'on parvient à faire croire.
Les scandales, les rivalités amoureuses, les querelles de personnes... tout cela détourne les regards de l'essentiel.
Pendant que tout le monde observe les marionnettes...
Personne ne cherche celui qui tient les fils. »
Elle laissa le silence achever ce qu'elle venait de révéler.
Une pensée s'imposa alors à chacun.
Et si, depuis le début, ils n'avaient jamais enquêté sur un crime...
Mais sur les conséquences visibles d'une guerre invisible dont ils ignoraient encore les véritables maîtres ?
A war where we protect monopolies, networks, privileges and spheres of power built for generations.
A war where one does not always kill with a weapon.
We ruin.
We discredit.
We manipulate.
A few people are sacrificed to protect infinitely larger interests.”
She slowly swept the assembly with her gaze.
In this kind of conflict, truth has no value.
Only the story that one manages to make believe counts.
Scandals, love rivalries, people’s quarrels... all of this distracts from what is essential.
While everyone is watching the puppets...
No one seeks the one who holds the wires."
She let the silence complete what she had just revealed.
A thought then came to everyone.
What if, from the beginning, they had never investigated a crime...
But on the visible consequences of an invisible war whose real masters they still did not know?
Un long silence suivit.
Un silence lourd de sens.
Personne ne chercha à contester les conclusions d'Hécate. Chacun semblait mesurer les conséquences de ce qui venait d'être dit.
Ce fut finalement Morgyn qui rompit le silence.
À la surprise générale.
D'ordinaire,
il était toujours le premier à désamorcer les tensions par une remarque
légère ou une plaisanterie bien placée. Cette fois, son visage avait
perdu toute malice.
Son regard était grave.
« Pendant ton absence... les choses ont évolué. »
Il marqua une courte pause avant de poursuivre.
«
Après le concert de l'Institut, Béata est rentrée chez elle. La maison
était vide. Sir Cal était parti... sans laisser la moindre explication. »

Il croisa les bras.
« Il avait emmené Endora avec lui. Son héritière. Sa plus précieuse monnaie d'échange. »
Le silence retomba un instant.
« Béata a paniqué. Pas pour Sir Cal... mais parce qu'elle a compris qu'elle venait de perdre le contrôle. »
Sa voix demeurait calme, presque clinique.
« Elle n'avait plus d'alliés. Plus de protection. Plus aucun moyen de négocier seule. »
Il regarda Hécate.
« Alors elle a fait ce qu'elle s'était toujours juré de ne jamais faire. »
Un bref silence.
« Elle est allée trouver Apollinarius. et sa famille »
Même Chadney releva légèrement la tête.
«
Elle leur a demandé une protection . En échange... elle s'est proposée
de livrer tout ce qu'elle savait des activités de Sir Cal. Ses réseaux.
Ses transactions. Ses contacts. Ses opérations les plus sensibles. »
Morgyn laissa échapper un souffle las.
« Autrement dit... Béata est prête à vendre un empire pour sauver sa peau. »
Un nouveau silence s'installa.
Puis Chadney murmura, plus pour lui-même que pour les autres :
« Lorsqu'une femme comme Béata accepte de trahir celui qu'elle servait encore hier... c'est que la guerre a déjà commencé. »
Et, pour la première fois depuis le début de cette enquête, chacun comprit qu'il n'était plus question de découvrir la vérité.
Il s'agissait désormais de survivre assez longtemps pour pouvoir la révéler.
A long silence followed.
A silence heavy with meaning.
No one sought to dispute the conclusions of Hecate. Everyone seemed to be measuring the consequences of what had just been said.
It was finally Morgyn who broke the silence.
To everyone’s surprise.
Ordinarily,
he was always the first to defuse tensions with a light remark or a
well-placed joke. This time, his face had lost all malice.
His gaze was serious.
"During your absence... things have changed."
He took a short break before continuing.
"After the Institute concert, Béata went home. The house was empty. Sir Cal had left... without leaving any explanation."
He folded his arms.
"He had taken Endora with him. His heir. His most valuable bargaining chip."
The silence fell for a moment.

"Béata panicked. Not because of Sir Cal... but because she realized she had just lost control."
His voice remained calm, almost clinical.
"She had no allies left. No more protection. No more means of negotiating alone."
He looked at Hecate.
"So she did what she had always sworn never to do."
A brief silence.
"She went to find Apollinarius and his family."
Even Chadney raised his head slightly.
«She
asked them for protection. In exchange... she offered to deliver
everything she knew about Sir Cal’s activities. His networks. His
transactions. His contacts. His most sensitive operations.”
Morgyn let out a weary breath.
«In other words... Béata is ready to sell an empire to save her skin.»
A new silence set in.

Then Chadney murmured, more for himself than for the others:
"When a woman like Béata agrees to betray the one she served yesterday... it means that the war has already begun."
And,
for the first time since the beginning of this investigation, everyone
understood that it was no longer a question of discovering the truth.
It was now a matter of surviving long enough to be able to reveal it.
Les jours qui suivirent les révélations d'Hécate furent un tourbillon d'événements aussi contradictoires qu'inquiétants.
Le
premier à réagir fut Chadney. Sans perdre une heure, il transmit les
informations à l'Institut. Puis ce fut au tour d'Apolinarius de
rejoindre le manoir familial afin d'exposer à son père et à son
grand-père tout ce que le petit groupe avait découvert.
À partir
de cet instant, les nouvelles se propagèrent avec une rapidité
déconcertante. Elles traversèrent les académies, les manoirs, les
territoires et les confréries avant même que quiconque puisse en
vérifier l'exactitude. À chaque relais, elles se déformaient un peu
plus, donnant naissance à des rumeurs, des hypothèses et des scénarios
toujours plus alarmants.
En quelques jours, le monde de la magie, immuable depuis des décennies, sembla changer de visage.
Rien n'était pourtant visible.
The days that followed the revelations of Hecate were a whirlwind of events as contradictory as they were disturbing.
The
first to react was Chadney. Without wasting an hour, he transmitted the
information to the Institute. Then it was the turn of Apolinarius to
join the family mansion in order to expose his father and grandfather to
everything that the small group had discovered.
From that moment
on, the news spread with disconcerting speed. They passed through
academies, mansions, territories and brotherhoods before anyone could
verify their accuracy. At each relay, they deformed a little more,
giving rise to rumors, hypotheses and ever more alarming scenarios.
In a few days, the world of magic, unchanging for decades, seemed to change its face.
Rien n'était pourtant visible.
Aucune déclaration de guerre. Aucun ultimatum. Aucune menace publique. Aucun affrontement.
Les
rues demeuraient calmes. Les académies poursuivaient leurs
enseignements. Les marchés restaient ouverts. Les familles continuaient
d'afficher les mêmes sourires polis lors des réceptions.
Mais derrière cette apparente normalité, tout avait changé.
Les
protections magiques autour des domaines étaient discrètement
renforcées. Les gardes étaient plus nombreux, les patrouilles plus
silencieuses. Les messages n'empruntaient plus les voies habituelles.
Les rencontres se faisaient à huis clos, derrière des portes protégées
par des sceaux anciens. Les regards s'attardaient un peu trop longtemps
sur les inconnus, et les conversations s'interrompaient dès qu'une
présence imprévue approchait.
Le danger avait cette qualité insidieuse qui le rendait plus effrayant encore : il demeurait invisible.
Yet nothing was visible.
No declaration of war. No ultimatum. No public threat. No confrontation.
The
streets remained calm. The academies continued their teachings. The
markets remained open. Families continued to display the same polite
smiles during receptions.
But behind this apparent normality, everything had changed.
The
magical protections around the domains were discreetly reinforced. The
guards were more numerous, and the patrols quieter. The messages no
longer took the usual routes. Meetings were held behind closed doors,
behind doors protected by ancient seals. Looks lingered a little too
long on strangers, and conversations were interrupted as soon as an
unexpected presence approached.
The danger had this insidious quality that made it even more frightening: it remained invisible.
Personne ne savait qui frapperait le premier.
Personne ne savait même s'il y aurait un premier coup.
Les
grandes familles semblaient s'observer avec une patience presque
clinique, comme des prédateurs immobiles évaluant la moindre faiblesse
de leurs rivaux. Chacun préparait ses défenses sans jamais laisser
paraître qu'il se préparait à la guerre.
La diplomatie venait officiellement de s'ouvrir.
Mais cette diplomatie n'avait rien de rassurant.
Elle
ressemblait davantage à ce silence pesant qui précède une détonation, à
cet instant suspendu où chacun retient son souffle parce qu'il sent, au
plus profond de lui, que quelque chose d'irréversible est sur le point
de se produire.
Et c'était peut-être cela qui inquiétait le plus Hécate.
Ce n'était pas l'idée d'une guerre froide.
C'était l'absence totale de mouvement.
Comme si une intelligence invisible avait demandé à tous d'attendre.
Comme
si chaque pièce était déjà en place sur l'échiquier... et que
quelqu'un, quelque part, hésitait encore avant de jouer le premier coup.
No one knew who would strike first.
No one even knew if there would be a first blow.
Great
families seemed to observe each other with almost clinical patience,
like immobile predators assessing the slightest weakness of their
rivals. Everyone prepared their defenses without ever letting it seem
that they were preparing for war.
Diplomacy had just officially opened.
But this diplomacy was not reassuring.
It
was more like that heavy silence that precedes a detonation, at that
suspended moment when everyone holds their breath because they feel,
deep inside, that something irreversible is about to happen.
And perhaps that was what worried Hecate the most.
It wasn’t the idea of a cold war.
It was the total absence of movement.
As if an invisible intelligence had asked everyone to wait.
As
if each piece was already in place on the chessboard... and someone,
somewhere, still hesitated before playing the first move.
À l'Institut, l'effervescence avait remplacé la sérénité coutumière.
Le
fragile équilibre que les Sages s'efforçaient de préserver depuis des
décennies venait de vaciller. Rien ne s'était encore produit, mais
chacun avait la désagréable sensation que le sol s'était dérobé sous ses
pieds.
Les hypothèses formulées par Hécate pouvaient sembler alarmistes. Certains les jugeaient même excessives.
Pourtant, aucun des maîtres présents n'osa les qualifier d'absurdes.
Au contraire.
Plus
ils confrontaient ses déductions aux informations recueillies ces
derniers jours, plus elles révélaient une cohérence troublante. Chaque
fait pris isolément demeurait anodin ; réunis, ils dessinaient les
contours d'un tableau infiniment plus inquiétant.
Et c'était précisément ce qui les préoccupait.
Hécate n'avait apporté aucune preuve irréfutable.
Elle avait fait pire.
Elle avait donné un sens à des événements qui, jusque-là, paraissaient sans lien.
Son raisonnement n'était pas une certitude, mais un avertissement.
Un avertissement qu'aucun responsable de l'Institut ne pouvait se permettre d'ignorer.
At the Institute, effervescence had replaced the usual serenity.
The
fragile balance that the Sages had been trying to preserve for decades
had just wavered. Nothing had happened yet, but everyone had the
unpleasant feeling that the ground had shifted under their feet.
The assumptions made by Hecate could seem alarmist. Some even considered them excessive.
Yet none of the masters present dared to call them absurd.
On the contrary.
The
more they confronted his deductions with the information gathered in
recent days, the more they revealed a troubling consistency. Each fact
taken in isolation remained insignificant; together, they outlined the
outlines of an infinitely more disturbing picture.
And that was precisely what they were concerned about.
Hecate had brought no irrefutable proof.
She had done worse.
It had given meaning to events that, until then, seemed unrelated.
His reasoning was not a certainty, but a warning.
A warning that no official of the Institute could afford to ignore.
La décision fut donc prise d'agir... sans donner l'impression d'agir.
Les
protections seraient renforcées avec la plus grande discrétion. Les
archives sensibles seraient mises à l'abri. Les déplacements de certains
mages seraient limités. Les échanges avec les grandes familles
deviendraient plus fréquents, mais plus prudents encore.
Aucune démonstration de force.
Aucune accusation.
Aucun geste susceptible de provoquer celui qui, peut-être, observait déjà leurs réactions.
Le moment n'était pas encore venu de frapper.
Il était venu de regarder, d'écouter... et surtout de comprendre.
Car dans l'esprit de plusieurs Sages grandissait une pensée aussi dérangeante que silencieuse :
et si Hécate n'avait découvert que la partie visible d'un plan conçu depuis bien plus longtemps qu'ils ne l'imaginaient ?
So the decision was made to act... without giving the impression of acting.
Protections
would be strengthened with the utmost discretion. Sensitive archives
would be kept safe. The movements of some mages would be limited.
Exchanges with large families would become more frequent, but even more
cautious.
No show of force.
No charges.
No action likely to provoke those who, perhaps, were already observing their reactions.
The time had not yet come to strike.
He had come to look, to listen... and above all to understand.
For in the minds of several Sages a thought as disturbing as it was silent was growing:
What if Hecate had only discovered the visible part of a plan that had been planned for much longer than they thought?
Du côté de la famille d'Apolinarius, la situation était d'une tout autre nature.
La peur n'entrait pas en ligne de compte.
Ni
celle d'une guerre ouverte, ni même celle d'une guerre psychologique
faite de manipulations et d'intimidations. Les Kanchelsi avaient
traversé bien pire au cours de leur histoire.
Le véritable problème portait un nom.
Béata.
En sollicitant leur protection, la jeune femme avait placé la famille devant un dilemme redoutable.

En
guise de preuve de sa bonne foi, elle leur avait laissé entendre
qu'elle possédait des informations sensibles sur les activités de Sir
Cal : ses réseaux commerciaux, ses alliances discrètes, ses circuits
financiers, ainsi que certaines opérations dont l'existence même
n'aurait jamais dû quitter le cercle de ses plus proches collaborateurs.
Une telle source de renseignements avait une valeur inestimable.
Peut-être même trop précieuse pour être honnête.
Car une question s'imposait à tous.
Pourquoi Béata parlait-elle maintenant ?
Était-elle
réellement une femme abandonnée cherchant désespérément un refuge pour
sauver sa vie... ou jouait-elle encore la partition que Sir Cal lui
avait confiée avant sa disparition ?
Chaque confidence pouvait être une vérité.
Chaque vérité pouvait cacher un mensonge plus grand encore.
Dans
ce genre d'affaire, le renseignement était une arme à double tranchant :
celui qui croyait manipuler son informateur finissait souvent par
devenir l'instrument de ce dernier.
On the side of Apolinarius' family, the situation was of a completely different nature.
Fear was not a factor.
Neither
that of an open war, nor even that of a psychological war made of
manipulations and intimidations. The Kanchelsi had gone through much
worse in their history.
The real problem had a name.
Béata.

By seeking their protection, the young woman had placed the family in a formidable dilemma.
As
proof of her good faith, she had hinted to them that she possessed
sensitive information about Sir Cal’s activities: his commercial
networks, his discreet alliances, his financial circuits, as well as
certain operations whose very existence should never have left the
circle of his closest collaborators.
Such a source of intelligence was invaluable.
Maybe even too valuable to be honest.
Because a question was obvious to everyone.
Why was Béata talking now?
Was
she really an abandoned woman desperately seeking refuge to save her
life... or did she still play the score that Sir Cal had entrusted to
her before her disappearance?
Every confidence could be a truth.
Each truth could hide an even greater lie.
In
this kind of affair, the intelligence was a double-edged sword: he who
believed to manipulate his informant often ended up being the instrument
of the latter.
Kanchelsi et Vlad en avaient parfaitement conscience.
Il ne voyait pas Béata comme une victime.
Pas davantage comme une alliée.
Il la considérait comme une variable inconnue.
Et,
dans une partie où chaque erreur pouvait précipiter l'effondrement de
familles entières, une inconnue était souvent plus dangereuse qu'un
ennemi clairement identifié.
Avant de croire le moindre de ses
mots, il faudrait vérifier chacune de ses informations, croiser chaque
détail, démonter chacune de ses affirmations.
Kanchelsi and Vlad were perfectly aware of it.
He did not see Béata as a victim.
Not more like an ally.
He considered it an unknown variable.
And,
in a game where every mistake could hasten the collapse of entire
families, an unknown was often more dangerous than a clearly identified
enemy.
Before believing any of his words, we should check each of
his information, cross-reference every detail, and disassemble each of
his statements.
Car si Béata disait la vérité, elle pouvait devenir la clé qui permettrait de comprendre les véritables ambitions de Sir Cal.
Mais si elle mentait...
Alors
elle était peut-être le premier coup d'une partie bien plus vaste, dont
personne ne distinguait encore les véritables joueurs.
For if Beata told the truth, she could become the key to understanding Sir Cal’s true ambitions.
But if she was lying...
So it was perhaps the first move of a much larger game, from which no one yet distinguished the real players.
Au sein de l'Ordre du Phénix des Trois Lunes, les réactions étaient loin d'être unanimes.
Luna jubilait.
Pour
la première fois depuis longtemps, elle avait le sentiment que sa
vengeance cessait d'être un rêve pour devenir une mécanique implacable.
Les
grandes familles s'observaient désormais avec méfiance. L'Institut
renforçait discrètement ses défenses. Les territoires s'armaient en
silence.
Tout se mettait enfin en mouvement.
Exactement comme elle l'avait espéré.
Un sourire satisfait étira ses lèvres.
— Tu vois, murmura-t-elle. Ils font exactement ce que je voulais.

Mais Dante Sombre-Lune demeurait impassible.
Son regard ne quittait pas la grande carte des territoires étalée devant lui.
Quelque chose le dérangeait.
Quelque chose sonnait faux.
— C'est trop tôt..., souffla-t-il.
Luna tourna vers lui un regard étonné.
— Trop tôt ?
— Oui. Beaucoup trop tôt.
Il croisa lentement les mains derrière son dos.
—
J'aurais préféré davantage de doutes... davantage d'hésitations...
davantage de méfiance entre eux avant que les pièces ne commencent à
bouger.
Son regard se durcit.
— Une enquête qui progresse trop vite est rarement une bonne nouvelle.
Il marqua un silence.
—
La perspicacité d'une simple herbaliste a bouleversé un équilibre qui
devait encore nous servir. Hécate a relié des événements qui n'auraient
jamais dû être associés si tôt. Elle n'a pas encore découvert toute la
vérité... mais elle en a révélé l'architecture.
Within the Order of the Phoenix of the Three Moons, the reactions were far from unanimous.
Luna was jubilant.

For the first time in a long time, she felt that her revenge was no longer a dream but an implacable machine.
The
great families now watched each other with suspicion. The Institute
discreetly strengthened its defenses. The territories were arming
themselves in silence.
Everything was finally starting to move.
Exactly as she had hoped.
A satisfied smile stretched her lips.
—You see, she whispered. They’re doing exactly what I wanted.
But Dante Dark-Moon remained impassive.
His gaze did not leave the large map of the territories spread out before him.
Something bothered him.
Something sounded wrong.
—It’s too early..., he whispered.
Luna turned to him with an astonished look.
—Too early?
—Yes. Way too soon.
He slowly crossed his hands behind his back.
—I would have preferred more doubts... more hesitations... more mistrust between them before the pieces started moving.
His gaze hardens.
—An investigation that moves too fast is rarely good news.
He marked a silence.
—
The insight of a simple herbalist upset a balance that was still
supposed to serve us. Hecate connected events that should never have
been associated so early. She has not yet discovered the whole truth...
but she has revealed its architecture.
Luna éclata d'un rire léger.
— Cette pauvre idiote ?
Elle secoua la tête avec un mépris amusé.
— Au contraire... elle nous rend un immense service.
Ses yeux brillèrent d'une satisfaction presque malsaine.
—
Elle pousse elle-même nos ennemis dans la paranoïa. Chaque décision
qu'ils prendront désormais sera guidée par la peur. Ils se
surveilleront, se soupçonneront, gaspilleront leurs forces à protéger ce
qu'ils croient menacé...
Son sourire s'élargit.
— Hécate est devenue l'instrument de leur chute... sans même s'en rendre compte.

Dante ne répondit pas immédiatement.
Il connaissait trop bien leurs adversaires pour partager cet enthousiasme.
Les Kanchelsi, l'Institut, Sir Cal ... aucun d'eux n'était du genre à paniquer.
Ils réfléchissaient.
Ils patientaient.
Ils acceptaient de perdre une bataille lorsqu'elle leur permettait de remporter la guerre.
Cette pensée suffit à faire naître une inquiétude qu'il ne parvenait pas à chasser.
— Tu commets une erreur, Luna...
Sa voix était calme, presque lasse.
— Tu prends leur silence pour de la confusion.
Il leva enfin les yeux vers elle.
— Moi, j'y vois des stratèges qui réfléchissent.
Et les adversaires qui réfléchissent sont toujours les plus dangereux.
Un silence pesant envahit la salle du trône.
Luna continuait de sourire.
Dante,
lui, avait la désagréable intuition que la partie venait d'échapper à
tous ceux qui pensaient encore en contrôler les règles.
Luna burst into a light laugh.
—That poor idiot?
She shook her head with amused contempt.
—On the contrary... she does us a huge service.
Her eyes sparkled with an almost unhealthy satisfaction.
—
She herself drives our enemies into paranoia. Every decision they make
now will be driven by fear. They will watch each other, suspect each
other, waste their forces to protect what they believe is threatened...
Her smile widens.

—Hecate became the instrument of their fall... without even realizing it.
Dante did not answer immediately.
He knew their opponents too well to share this enthusiasm.
The Kanchelsi, the Institute, Sir Cal... none of them were the kind to panic.
They were thinking.
They were waiting.
They accepted to lose a battle when it allowed them to win the war.
This thought is enough to give rise to a concern that he was unable to dispel.
—You’re making a mistake, Luna...
His voice was calm, almost tired.
—You take their silence for confusion.
He finally looked up at her.
—For me, I see strategists who think.
And the opponents who think are always the most dangerous.
A heavy silence fills the throne room.
Luna kept smiling.
Dante
had the unpleasant intuition that the game had just escaped from all
those who still thought they could control the rules.
De son côté, Sir Cal se préparait avec un calme presque dérangeant.
Les
intimidations de ses rivaux, les pressions politiques, les tentatives
de déstabilisation ou même une guerre ouverte ne l'effrayaient guère.
Depuis toujours, il avait vécu dans un univers où la puissance
s'imposait autant par la force que par la peur.
Ces attaques-là, il les connaissait.
Il savait y survivre.
Ce qui le hantait était d'une tout autre nature.
Il avait commis une erreur.
Non pas une erreur stratégique...
Une erreur de jugement.
Aveuglé
par l'idée d'avoir enfin un héritier, grisé par cette victoire
personnelle qu'il attendait depuis si longtemps, il avait sous-estimé
celle qui avait partagé sa vie.
Luna.
Il avait oublié que les liens sacrés n'étaient pas de simples contrats que l'on rompait au gré de ses désirs.
Ils reposaient sur un serment.
Un consentement mutuel.
Une volonté commune.
Et ce consentement, il ne l'avait jamais rompu
Lorsque
Luna avait brisé leur union devant tous, il avait d'abord cru à un
geste dicté par la colère, une humiliation publique dont elle finirait
par se remettre.
Aujourd'hui, il comprenait qu'il s'était trompé.
Terriblement trompé.
Béata...
Elle n'avait jamais été, à ses yeux, que la mère de son enfant.
Rien de plus.
Jamais elle n'avait occupé la place que Luna avait tenue à ses côtés pendant toutes ces années.
Mais cette nuance n'avait désormais plus la moindre importance.
L'humiliation, elle, était bien réelle.
Et Sir Cal savait une chose que beaucoup oubliaient.
Une femme blessée pouvait devenir dangereuse.
Une femme humiliée pouvait devenir impitoyable.
Mais une femme humiliée... qui gardait le silence...
On his side, Sir Cal prepared with an almost disturbing calm.
The
intimidation of his rivals, political pressure, attempts at
destabilization or even open war did not frighten him. He had always
lived in a universe where power was imposed as much by force as by fear.
These attacks, he knew them.
He knew how to survive there.
What haunted him was of a very different nature.
He had made a mistake.
Not a strategic mistake...
An error in judgment.
Blinded
by the idea of finally having an heir, intoxicated by this personal
victory that he had been waiting for so long, he underestimated the one
who had shared his life.
Luna.
He had forgotten that sacred bonds were not mere contracts to be broken according to his desires.
They were based on an oath.
A mutual consent.
A common will.
And he had never broken that consent
When
Luna broke up their union in front of everyone, he initially thought it
was a gesture dictated by anger, a public humiliation from which she
would eventually recover.
Today, he understood that he had been mistaken.
Terribly deceived.
Béata...
In his eyes, she had never been anything but the mother of her child.
Nothing more.
She had never occupied the place that Luna had held by her side all those years.
But that nuance no longer mattered.
The humiliation, however, was very real.
And Sir Cal knew something that many forgot.
An injured woman could become dangerous.
A humiliated woman could become ruthless.
But a humiliated woman... who kept silent...
Était souvent l'adversaire le plus redoutable.
Car elle ne criait pas sa colère.
Elle la préparait.
Une autre pensée, plus inquiétante encore, s'imposa à lui.
Il n'avait pas seulement sous-estimé Luna.
Il avait sous-estimé le monde auquel elle appartenait.
Ses alliances.
Ses fidélités.
Les dettes contractées en son nom.
Les serments qu'elle inspirait.
Les mains invisibles qu'elle pouvait encore mobiliser sans jamais apparaître.
Ces
réseaux demeuraient dans l'ombre, patients, disciplinés, presque
impossibles à identifier... jusqu'au jour où ils frappaient.
Et c'était précisément cela qui faisait frissonner Sir Cal.
Ce n'étaient ni les grandes familles, ni les menaces de guerre, ni les représailles commerciales.
C'était cette certitude glaçante qu'il avait réveillé une force dont il ignorait désormais l'étendue.
Pour la première fois depuis bien longtemps, il avait le sentiment de ne plus maîtriser la partie.
Et cette sensation lui inspirait une peur qu'aucune armée n'avait jamais réussi à lui faire éprouver.
Was often the most formidable opponent.
Because she was not shouting her anger.
She was preparing it.
Another thought, even more worrying, came to him.
He didn’t just underestimate Luna.
He had underestimated the world to which she belonged.
His alliances.
His loyalties.
Debts incurred in his name.
The oaths she inspired.
The invisible hands that she could still mobilize without ever appearing.
These networks remained in the shadows, patient, disciplined, almost impossible to identify... until the day they struck.
And that was precisely what made Sir Cal shiver.
It was neither great families, nor threats of war, nor commercial reprisals.
It was this chilling certainty that he had awakened a force whose extent he now ignored.
For the first time in a long time, he felt like he couldn’t control the game anymore.
And this feeling inspired in him a fear that no army had ever managed to make him feel.
Les Grandes Familles, des regrets
...
Ce
ne fut que quelques jours après toutes ces révélations qu'Hécate
comprit enfin ce que signifiait réellement l'expression les Grandes
Familles.
Le terme était trompeur.
Il ne désignait pas de simples lignées de sang, telles que les humains les concevaient, mais des héritages bien
plus anciens, dissimulés derrière des siècles de silence. Dans le monde
de la magie, chaque Grande Famille était la gardienne d'un art
ancestral, une magie née bien avant les fondations mêmes de l'Institut.
L'Institut
Violeta ne niait pas leur existence. Au contraire, il les évoquait
parfois durant l'enseignement, comme on mentionne une vérité qu'il vaut
mieux ne pas approfondir. Les professeurs se contentaient d'effleurer
ces connaissances, sans jamais les développer.
-Officiellement, c'était pour préserver l'équilibre du monde magique.
-Officieusement… personne n'osait poser davantage de questions.
Les détenteurs de ces pouvoirs veillaient jalousement sur leurs secrets.
Chaque
rituel, chaque symbole, chaque mutation héritée des siècles passés
était conservé avec une dévotion presque religieuse. Rien n'était laissé
au hasard. Les enfants naissaient dans ces traditions, grandissaient
sous leur emprise et recevaient, le moment venu, un héritage que nul
étranger n'avait le droit d'approcher.
Ces savoirs représentaient bien plus qu'une simple magie.
Ils garantissaient le pouvoir.
Ils assuraient l'indépendance.
Ils imposaient le respect... ou la peur.
À
travers des rites oubliés, des serments immuables, des codes aussi
anciens que le premier souffle de la magie et d'étranges transformations
qui ne se manifestaient qu'à certaines périodes de la vie, ces lignées
perpétuaient une puissance que l'Institut lui-même préférait ne jamais
défier.
En découvrant cette vérité, Hécate sentit un frisson lui parcourir l'échine.
L'enquête ne concernait plus seulement Luna, Béata ou Sir Cal.
It
was only a few days after all these revelations that Hecate finally
understood what the expression Great Families really meant.
The term was misleading.
He
did not designate simple bloodlines, as humans conceived them, but much
older heritages, hidden behind centuries of silence. In the world of
magic, each Great Family was the guardian of an ancestral art, a magic
born long before the very foundations of the Institute.
The
Violeta Institute did not deny their existence. On the contrary, he
sometimes referred to them during teaching, as one mentions a truth that
is better not explored in depth. The teachers were content to skim
through this knowledge, without ever developing it. Officially, it was
to preserve the balance of the magical world. Unofficially... no one
dared ask more questions.
The holders of these powers jealously guarded their secrets.
Every
ritual, every symbol, every mutation inherited from past centuries was
preserved with an almost religious devotion. Nothing was left to chance.
Children were born into these traditions, grew up under their influence
and received, when the time came, an inheritance that no foreigner had
the right to approach.
This knowledge was much more than mere magic.
They guaranteed power.
They ensured independence.
They imposed respect... or fear.
Through
forgotten rites, immutable oaths, codes as ancient as the first breath
of magic and strange transformations that only manifested at certain
periods of life, these lineages perpetuated a power that the Institute
itself preferred never to challenge.
Upon discovering this truth, Hecate felt a shudder run down her spine.
The investigation was no longer just about Luna, Beata or Sir Cal.
Elle venait d'entrevoir les rouages d'un monde invisible où les Grandes Familles ne se faisaient presque jamais la guerre... parce qu'elles savaient qu'une seule erreur suffirait à réveiller des forces que personne ne serait ensuite capable de maîtriser.
She had just glimpsed the workings of an invisible world where the Great Families almost never fought each other’s wars... because they knew that a single mistake would be enough to awaken forces that no one would then be able to control.
Ce fut Chadney qui lui révéla la véritable nature des Grandes Familles.
Pas
celle que l'Institut enseignait dans ses ouvrages soigneusement
expurgés. Pas cette version lisse, inoffensive, destinée aux apprentis
pour satisfaire leur curiosité sans jamais les laisser approcher de la
vérité.
La vraie.
Celle qui ne s'écrivait dans aucun livre.
Il
était venu lui annoncer les dispositions que l'Institut tentait
discrètement de mettre en place auprès des Grandes Familles. Une série
de négociations aussi délicates qu'inquiétantes, rendues nécessaires par
les événements récents.
Ce n'était pas pour la convaincre de revenir.
Hécate
avait déjà accepté sa mise à l'écart. Elle l'avait intégrée avec une
sérénité presque déconcertante, comme on accepte une blessure qui ne
guérira jamais tout à fait.
Pourtant...
Pendant qu'il parlait, quelque chose trahissait Chadney.
Son
regard demeurait parfaitement maîtrisé, son visage ne laissait rien
paraître, mais derrière cette discipline presque inhumaine se cachait
une fêlure. Un éclat furtif. Un mélange de regret, de culpabilité... et
d'une tristesse si discrète qu'elle aurait pu passer pour une illusion.
Hécate la remarqua.
Puis elle choisit de l'ignorer.
S'attarder sur cette émotion n'aurait servi à rien. Sa décision était prise depuis longtemps.
Lorsque cette enquête prendrait fin, elle suivrait enfin son propre chemin.
Elle
ne renierait jamais ceux qui avaient combattu à ses côtés. Chadney,
Morgyn, Siméon; Weldon... ils resteraient une partie de sa vie.
Mais désormais, elle les garderait à une distance que personne ne franchirait plus.
Pas Weldon, jamais Weldon
Elle refusait de revivre les doutes, les abandons silencieux et les blessures que les autres décidaient à sa place.
Elle voulait apprendre.
Grandir.
Devenir assez forte pour n'avoir besoin de personne.
Conquérir sa propre liberté... et ne plus jamais laisser quelqu'un décider de son destin.
It was Chadney who revealed to him the true nature of the Great Families.
Not
the one that the Institute taught in its carefully redacted works. Not
this smooth, harmless version, intended for apprentices to satisfy their
curiosity without ever letting them approach the truth.
The real one.
The one that wasn’t written in any book.
He
had come to inform him of the arrangements that the Institute was
discreetly trying to put in place with the Great Families. A series of
negotiations that are as delicate as they are worrying, made necessary
by recent events.
It wasn’t to convince her to come back.
Hecate
had already accepted his exclusion. She had integrated it with an
almost disconcerting serenity, as one accepts a wound that will never
completely heal.
Yet...
As he spoke, something betrayed Chadney.
His
gaze remained perfectly controlled, his face did not let anything
appear, but behind this almost inhuman discipline was hidden a crack. A
furtive glow. A mixture of regret, guilt... and sadness so discreet that
it could have been mistaken for an illusion.
Hecate noticed her.
Then she chooses to ignore it.
Dwelling on this emotion would have served no purpose. His decision had been made a long time ago.
When this investigation ends, it would finally go its own way.
She
would never disown those who had fought by her side. Chadney, Morgyn,
Simeon, Weldon ... they would remain a part of her life.
But from now on, she would keep them at a distance that no one would cross anymore.
Not Weldon, never Weldon
She refused to relive the doubts, the silent abandons and the wounds that others decided on her behalf.
She wanted to learn.
Growing up.
To become strong enough not to need anyone.
To conquer one’s own freedom... and never again let someone decide their own destiny.
Chadney comprenait chacune de ces pensées sans qu'elle ait besoin de les prononcer.
Et cette certitude lui serrait la poitrine.
Plus qu'il ne l'aurait cru possible.
Toute
sa vie, il avait maintenu une frontière infranchissable entre lui et
les autres. Son existence appartenait à l'Institut. Elle était faite de
missions dont personne ne parlait, de serments impossibles à rompre et
de dangers qui surgissaient sans prévenir.
Il s'était toujours interdit d'offrir à quiconque une place dans cette vie.
Puis Hécate était arrivée.
Ensuite, Weldon.
Sans même s'en apercevoir, ces deux êtres avaient fissuré les murailles qu'il croyait indestructibles.
Il avait failli céder.
Failli tendre la main.
Failli franchir cette ligne invisible qui l'avait toujours protégé de lui-même.
Pendant
quelques instants, il avait connu une faiblesse qu'il n'avait jamais
autorisée. Les émotions, les silences partagés, les regards échangés
avaient commencé à prendre plus de place que la raison.
Et cela l'effrayait davantage que n'importe quel ennemi.
Car ce qu'il éprouvait pour Hécate n'avait rien d'une illusion passagère.
Son affection.
Sa tendresse.
Son besoin irrépressible de la protéger.
Tout était réel.
Dangereusement réel.
Mais il n'en dirait jamais un mot.
Parce qu'elle avait choisi sa liberté.
Et
parce que, dans l'ombre où il vivait depuis toujours, aimer quelqu'un
revenait souvent à lui offrir une faiblesse que d'autres finissaient
inévitablement par exploiter.
Chadney understood each of these thoughts without her needing to pronounce them.
And this certainty squeezed his chest.
More than he thought possible.
All
his life, he had maintained an impassable boundary between himself and
others. His existence belonged to the Institute. It was made of missions
that no one talked about, oaths impossible to break and dangers that
arose without warning.
He had always forbidden himself to offer anyone a place in this life.
Then Hecate had arrived.
Then, Weldon.
Without even realizing it, these two beings had cracked the walls that he believed to be indestructible.
He had almost given in.
Almost reached out.
Almost crossed this invisible line that had always protected him from himself.
For
a few moments, he had experienced a weakness that he had never allowed.
Emotions, shared silences, exchanged looks had begun to take more space
than reason.
And this scared him more than any enemy.
For what he felt about Hecate was not a passing illusion.
His affection.
His tenderness.
His irrepressible need to protect her.
Everything was real.
Dangerously real.
But he would never say a word about it.
Because she had chosen her freedom.
And
because, in the shadow where he had always lived, to love someone often
meant offering him a weakness that others inevitably ended up
exploiting.
Pourtant,
malgré toutes ces révélations, malgré les choix qu'ils avaient faits,
les vérités enfin dévoilées et les sentiments que chacun s'efforçait
d'enfouir, une énigme demeurait.
La plus inquiétante de toutes.
Une question que personne n'avait encore osé formuler à voix haute.
Une présence discrète, presque invisible, qui semblait pourtant se trouver au cœur de tous les événements.
Cette inconnue portait un nom.
Weldon.
Un petit garçon de dix ans.
Un
enfant qui, volontairement... ou non qui par un caprice du destin,
avait croisé le chemin d'Hécate au beau milieu d'un hiver glacial, alors
qu'elle enquêtait sur une simple rupture de lien sacré.
Depuis cette rencontre, les coïncidences s'étaient accumulées.
Trop nombreuses.
Trop parfaites.
Chaque révélation semblait, d'une manière ou d'une autre, ramener à lui.
Il avait entendu ce que personne n'aurait dû entendre.
Il avait vu ce que personne n'aurait dû voir.
Sans
le vouloir, il était devenu la clé d'une affaire qui avait déjà
bouleversé l'existence de mages puissants, de Grandes Familles et de
l'Institut lui-même.
Et pourtant...
Il continuait de rire comme un enfant.
De courir.
De sourire.
Comme s'il ignorait que des regards invisibles pouvaient déjà être tournés vers lui.
Car une évidence glaçait désormais les plus lucides.
Si Weldon représentait réellement une pièce essentielle de cette énigme...
Alors il n'était plus un simple témoin.
Il était devenu une cible.
Mais pour qui ?
Qui pouvait s'intéresser à un enfant dont l'existence semblait, en apparence, si insignifiante ?
Était-il recherché pour ce qu'il savait...
Ou pour ce qu'il était sans même le savoir ?
Et surtout...
Qui était réellement Weldon ?
Un garçon ordinaire, emporté malgré lui dans une guerre qui le dépassait...
Yet,
despite all these revelations, despite the choices they had made, the
truths finally revealed and the feelings that everyone was trying to
bury, an enigma remained.
The most worrying of all.
A question that no one had yet dared to ask out loud.
A discreet, almost invisible presence, which seemed to be at the heart of all events.
This unknown woman had a name.
Weldon.
A ten-year-old boy.
A
child who, voluntarily... or not, by a quirk of fate, had crossed the
path of Hecate in the midst of an icy winter, while she was
investigating a simple rupture of a sacred bond.
Since that meeting, coincidences had accumulated.
Too many.
Too perfect.
Every revelation seemed, in one way or another, to bring him back.
He had heard what no one should have heard.
He had seen what no one should have seen.
Unwittingly,
he had become the key to an affair that had already disrupted the
existence of powerful mages, Great Families and the Institute itself.
And yet...
He kept laughing like a child.
To run.
To smile.
As if he were unaware that invisible looks could already be turned towards him.
Because an obvious fact was now chilling the clearest.
If Weldon really represented an essential piece of this puzzle...
So he was no longer just a witness.
He had become a target.
But for whom?
Who could be interested in a child whose existence seemed, on the surface, so insignificant?
Was he wanted for what he knew...
Or for what he was without even knowing it?
And above all...
Who was really Weldon?
An ordinary boy, carried away in spite of himself in a war that was beyond him...
Ou le dernier héritier d'un secret si ancien que même les Grandes Familles préféraient en avoir oublié le nom ?
Pour
la première fois depuis le début de cette affaire, Hécate eut la
désagréable sensation que la véritable enquête... ne faisait que
commencer.
Or the last heir of a secret so ancient that even the Great Families preferred to have forgotten its name?
For
the first time since the beginning of this affair, Hecate had the
unpleasant feeling that the real investigation... was only just
beginning.
Chadney avait suivi le raisonnement d'Hécate sans jamais l'interrompre.
Il n'avait prononcé ni objection, ni commentaire.
Il s'était contenté de l'écouter.
Parce
qu'il existe des silences qui portent davantage de vérité que les plus
longues déclarations. Des silences où chacun comprend ce que l'autre
refuse encore de dire.
Le regard de Chadney resta fixé sur les flammes qui dansaient dans l'âtre.
Il réfléchissait.
Non... il savait déjà.
Depuis longtemps.
Dans un souffle presque imperceptible, il finit par rompre le silence.
Les mots étaient simples.
Mais ils étaient précisément ceux qu'Hécate avait besoin d'entendre.
— On sera toujours là pour lui.
La pièce entière sembla retenir son souffle.
Ce n'était ni une promesse dictée par le devoir...
Ni une décision imposée par l'Institut.
C'était un choix.
Le leur.
Parce que, sans qu'aucun d'eux ne s'en soit véritablement rendu compte, Weldon avait cessé d'être un témoin de leur enquête.
Il faisait désormais partie de leur vie.
De leur famille.
Peu importait les secrets que cet enfant pouvait porter.
Peu importait le sang qui coulait dans ses veines.
Peu importait ce que les Grandes Familles découvriraient un jour à son sujet.
Morgyn échangea un regard avec Siméon.
Aucun des deux n'hésita.
Ils hochèrent simplement la tête.
Une approbation silencieuse.
Définitive.
Puis Chadney acheva sa pensée d'une voix plus grave encore, où perçait une détermination presque inquiétante.
— Quoi qu'il arrive...
Son regard croisa enfin celui d'Hécate.
— ...quoi qu'il soit.
Un frisson parcourut la pièce.
Ces quatre mots résonnaient comme une promesse.
Ou comme un serment.
Chadney had followed the reasoning of Hecate without ever interrupting him.
He had made no objection or comment.
He had simply listened to her.
Because
there are silences that bear more truth than the longest statements.
Silences where each understands what the other still refuses to say.
Chadney’s gaze remained fixed on the flames that danced in the hearth.
He was thinking.
No... he already knew.
For a long time.
In an almost imperceptible breath, he ends up breaking the silence.
The words were simple.
But they were precisely those whom Hecate needed to hear.
—We’ll always be there for him.
The whole room seemed to hold its breath.
It was neither a promise dictated by duty...
Nor a decision imposed by the Institute.
It was a choice.
Theirs.
Because, without any of them really realizing it, Weldon had ceased to be a witness to their investigation.
He was now part of their lives.
From their family.
It didn’t matter what secrets that child could carry.
It didn’t matter how much blood flowed in his veins.
It didn’t matter what the Great Families would one day discover about him.
Morgyn exchanged a look with Siméon.
Neither of them hesitated.
They simply nodded.
A silent approval.
Definitive.
Then Chadney finished his thought with an even deeper voice, in which an almost disturbing determination was perceived.
—Whatever happens...
His gaze finally met that of Hecate.
—whatever it is.
A shiver ran through the room.
These four words resonated like a promise.
Or like an oath.
Car, au fond de chacun d'eux, une même certitude venait de naître.
Si quelqu'un osait un jour s'en prendre à Weldon...
Il ne trouverait pas un enfant sans défense.
Il
trouverait quatre mages prêts à défier l'Institut, les Grandes
Familles... et jusqu'aux plus anciennes puissances de ce monde pour le
protéger.
Et, dans l'ombre, comme si la nuit elle-même avait entendu ce serment, le vent se leva brusquement, faisant vibrer les vitres.
Comme un avertissement.
Ou la promesse qu'une force invisible venait, elle aussi, d'entrer dans la partie.
Because, deep down inside each of them, the same certainty had just been born.
If someone dared one day to attack Weldon...
He would not find a defenseless child.
He
would find four mages ready to challenge the Institute, the Great
Families... and even the oldest powers of this world to protect him.
And, in the shadows, as if the night itself had heard this oath, the wind rose suddenly, rattling the windows.
As a warning.
Or the promise that an invisible force had also just entered the game.
Les vacances de Weldon
Pendant
que l'Institut s'enlisait dans sa septième réunion diplomatique de la
semaine , les grandes familles continuaient à défendre leur honneur,
leur prestige et, surtout, leur ego.
Les traités avançaient à la vitesse d'un escargot arthritique gravissant une montagne de savon.
Fort heureusement, le monde possédait un être doté d'un sens des priorités infiniment supérieur.
While
the Institute was bogged down in its -seventh diplomatic meeting of the
week—the great families continued to defend their honor, prestige and,
above all, their ego.
The treatises advanced at the speed of an arthritic snail climbing a mountain of soap.
Fortunately, the world had a being with an infinitely superior sense of priorities.
Weldon.
Du haut de ses dix ans, il avait résolu la question des vacances en moins de trois secondes.
— Je vais chez Hécate.
Il n'avait demandé l'avis de personne.
Après
tout, pourquoi consulter les adultes ? Ils passaient déjà la moitié de
leur temps à compliquer des décisions pourtant très simples.
Hécate avait accepté.
Enfin...
« Accepté » était un mot généreux.
Disons plutôt que Weldon était arrivé avec son sac
Typhon
avait décrété que cette décision était excellente, et Hécate avait
compris que résister serait aussi efficace que discuter philosophie avec
une chèvre particulièrement entêtée.
Le programme fut annoncé dès le premier matin.
— Aujourd'hui, on construit une cabane.
— Demain, on pêche.
— Après-demain, on pique-nique.
— Ensuite... on improvisera.
Cette dernière phrase fit frissonner Hécate.
Parce qu'un enfant qui improvisait était déjà inquiétant.
Mais un enfant qui improvisait avec Typhon...
...c'était une catastrophe naturelle reconnue par plusieurs civilisations anciennes.
Typhon avait immédiatement pris son rôle très au sérieux.
Il transportait des morceaux de bois.
Des cordes.
Des marteaux.
Des pommes.
Le chapeau de Lorelei.
Une chaussure d'Hécate.
Personne ne savait pourquoi.
L'intéressé non plus, probablement.
At ten years old, he had solved the vacation question in less than three seconds.
—I’m going to Hecate’s place.
He hadn’t asked anyone’s opinion.
After all, why consult adults? They were already spending half their time complicating very simple decisions.
Hecate had accepted.
Finally...
'Accepted' was a generous word.
Let us say rather that Weldon had arrived with his bag, Typhon had decreed that this decision was excellent, and Hecate had understood that to resist would be as effective as discussing philosophy with a particularly stubborn goat.
The program was announced on the first morning.
—Today, a cabin is being built.
—Tomorrow, we fish.
—The day after tomorrow, we have a picnic.
—Then... we’ll improvise.
This last sentence made Hecate shudder.
Because a child who improvised was already worrying.
But a child who was improvising with Typhon...
...it was a natural disaster recognized by several ancient civilizations.
Typhoon immediately took his role very seriously.
It carried pieces of wood.
Ropes.
Hammers.
Apples.
Lorelei’s hat.
A Hecate’s shoe.
Nobody knew why.
Neither, probably.
Hécate s'exécuta.
Le marteau tomba sur son pied.
— Parfait... murmura Weldon avec la résignation d'un maître charpentier qui regrettait profondément le niveau de ses apprentis.
Lorelei, quant à elle, consultait les plans.
Enfin...
Elle regardait une feuille.
À l'envers.
Depuis dix minutes.
— Je crois qu'on construit le toit.
— Lorelei...
— Oui ?
— Tu tiens le plan retourné.
— Ah.
Silence.
Elle retourna la feuille.
— Ah oui... c'est effectivement plus logique.
Weldon ferma les yeux.
Respira profondément.
On ne soupire pas ainsi à dix ans.
Ce genre de soupir était normalement réservé aux grands-pères ayant survécu à trois guerres et à cinquante ans d'administration.
Hécate sentit son autorité s'évaporer avec une rapidité franchement insultante.
— Bon !
Elle posa les mains sur les hanches.
— Cette fois, c'est moi qui commande.
Weldon leva lentement la tête.
— Pourquoi ?
Il n'y avait aucune insolence.
Seulement une curiosité sincère.
Comme si quelqu'un venait de lui annoncer que les poissons savaient faire du tricot.
Hécate ouvrit la bouche.
La referma.
Rouvrit la bouche.
Aucun argument ne lui vint.
Lorelei, témoin privilégié de ce naufrage hiérarchique, applaudit lentement.
— Impressionnant.
— Merci, répondit Weldon.
— Je ne parlais pas de toi.
Typhon, convaincu qu'il se passait quelque chose d'important, grimpa sur une pile de planches et poussa un cri victorieux.
La pile s'écroula.
Personne ne fut surpris.
Même les oiseaux semblaient avoir prévu ce rebondissement.
Lorelei
s'approcha d'Hécate avec ce sourire que seules les meilleures amies
utilisent lorsqu'elles savent qu'elles vont être parfaitement
insupportables.
— Bon courage.
Hécate plissa les yeux.
— Tu crois vraiment que je vais me laisser commander par un enfant de dix ans ?
Lorelei contempla Weldon, qui expliquait très sérieusement à Typhon comment superviser la construction de la cabane.
Typhon hochait la tête avec une gravité admirable.
Hecate complied.
The hammer fell on his foot.
—Perfect... murmured Weldon with the resignation of a master carpenter who deeply regretted the level of his apprentices.
Lorelei, meanwhile, was checking the plans.
Finally...
She was looking at a leaf.
Backwards.
For ten minutes.
—I think we’re building the roof.
—Lorelei...
—Yes?
—You hold the plan upside down.
—Ah.
Silence.
She turned the sheet over.
—Ah yes... it actually makes more sense.
Weldon closed his eyes.
Breathed deeply.
You can’t sigh like that at ten.
This kind of sigh was normally reserved for grandfathers who had survived three wars and fifty years of administration.
Hecate felt his authority evaporate with a frankly insulting speed.
—Good!
She put her hands on her hips.
—This time, I’m in charge.
Weldon slowly raised his head.
—Why?
There was no insolence.
Only a sincere curiosity.
As if someone had just told him that fish know how to knit.
Hecate opened her mouth.
La referma.
Reopened the mouth.
No argument came to him.
Lorelei, a privileged witness of this hierarchical shipwreck, applauds slowly.
—Impressive.
—Thank you, replied Weldon.
—I wasn’t talking about you.
Typhoon, convinced that something important was going on, climbed up a pile of planks and let out a victorious cry.
The battery collapsed.
No one was surprised.
Even the birds seemed to have foreseen this twist.
Lorelei approached Hecate with that smile that only best friends use when they know they are going to be perfectly unbearable.
—Good luck.
Hecate narrowed her eyes.
— Do you really think I’m going to let a ten-year-old kid order me around?
Lorelei looked at Weldon, who was very serious in explaining to Typhon how to supervise the construction of the cabin.
— Non...
Elle prit une inspiration.
— Je crois que tu te fais déjà commander par eux.
Hécate suivit son regard.
Le raton laveur venait de lui tendre un marteau.
Avec un air qui disait clairement :
« Allez... essaie encore. Cette fois, tu réussiras peut-être à ne pas te frapper le pouce. »
Lorelei éclata de rire.
— Je me réjouis d'avance de ce mois de vacances.
— Traîtresse.
— Absolument.
Puis, avec une douceur presque affectueuse, elle ajouta :
— Tu sais... Chadney aurait probablement repris le contrôle en cinq minutes.
Hécate poussa un long soupir.
Oui.
Chadney aurait trouvé les bons mots.
Morgyn aurait construit la cabane tout seul en silence.
Siméon aurait apporté des outils adaptés, un plan parfaitement dessiné et probablement une trousse de secours.
Tous étaient à l'Institut.
À sauver le monde magique.
Pendant qu'elle...
Grande sorcière.
Enquêtrice reconnue.
Terreur occasionnelle des créatures surnaturelles.
Se retrouvait en pleine campagne...
...à recevoir des ordres d'un garçon de dix ans...
...assisté d'un raton laveur persuadé d'être chef de chantier.
Le pire ?
Ils formaient une excellente équipe.
—No...
She took an inspiration.
—I think you’re already being ordered in pairs.
Hecate followed his gaze.
The raccoon had just handed him a hammer.
With an air that clearly said:
"Come on... try again. This time, you might manage not to hit your thumb."
Lorelei laughed.
—I’m looking forward to this holiday month.
—Treacherous.
—Absolutely.
Then, with an almost affectionate sweetness, she added:
—You know... Chadney probably would have regained control in five minutes.
Hecate let out a long sigh.
Yes.
Chadney would have found the right words.
Morgyn would have built the cabin alone in silence.
Siméon would have brought adapted tools, a perfectly drawn plan and probably a first aid kit.
All were at the Institute.
To save the magical world.
While she...
Great witch.
Well-known investigator.
Occasional terror of supernatural creatures.
Found himself in the countryside...
... to receive orders from a ten-year-old boy...
... assisted by a raccoon convinced that he is a site foreman.
The worst?
They were an excellent team.
De leur côté, les garçons menaient une guerre.
Pas contre des dragons.
Ni contre des mages noirs.
Encore moins contre les grandes familles.
Non.
Contre la diplomatie.
Et, de l'avis général, un dragon en colère aurait probablement été plus simple à gérer.
Depuis quatre jours, ils négociaient.
Un pas en avant.
Deux pas en arrière.
Trois menaces de quitter la table.
Quatre réconciliations.
Puis tout le monde recommençait depuis le début, comme si les huit heures précédentes n'avaient jamais existé.
Même les plumes servant à signer les accords semblaient vouloir prendre leur retraite.
Pourtant,
lorsque les débats s'interrompaient enfin quelques minutes, ce n'était
jamais aux traités que leurs pensées s'envolaient.
Non...
Elles prenaient toutes la même direction.
Une petite maison perdue au milieu de la campagne.
Deux jeunes femmes.
Un raton laveur complètement convaincu d'être un ingénieur diplômé.
Et un petit garçon de dix ans qui s'était fixé un objectif parfaitement raisonnable :
Passer les meilleures vacances de toute sa vie.
Peu importait le nombre d'adultes psychologiquement détruits au passage.
Un silence pesant s'installa.
On their side, the boys were fighting a war.
Not against dragons.
Nor against black mages.
Even less against big families.
No.
Against diplomacy.
And, by all accounts, an angry dragon would probably have been easier to deal with.
For four days, they had been negotiating.
A step forward.
Two steps back.
Three threats to leave the table.
Four reconciliations.
Then everyone started from the beginning, as if the previous eight hours had never existed.
Even the feathers used to sign the agreements seemed to want to retire.
Yet, when the debates were finally interrupted for a few minutes, it was never to treaties that their thoughts flew away.
No...
They were all taking the same direction.
A small house lost in the middle of the countryside.
Two young women.
A raccoon completely convinced of being a graduate engineer.
And a ten-year-old boy who had set himself a perfectly reasonable goal:
Spend the best vacation of your life.
It didn’t matter how many adults were psychologically destroyed in the process.
Morgyn leva lentement les yeux.
— Vous pensez... qu'on va les retrouver vivantes ?
Chadney répondit avec son calme habituel.
— Oui...
Il hésita.
— Enfin...
Siméon leva aussitôt un doigt.
— Vivantes, oui.
Long silence.
— Mais...
Il s'arrêta.
Morgyn cligna des yeux.
— Mais quoi ?
Siméon prit une profonde inspiration.
Le genre de respiration qu'on prend avant de raconter un traumatisme.
— Vous vous souvenez de la seule fois où j'ai gardé Weldon ?
Les deux autres acquiescèrent.
— Moi aussi...
Silence.
— J'essaie d'oublier.
Chadney éclata de rire.
— Tu exagères.
Siméon le regarda avec une profonde compassion.
— Chadney...
J'ai retrouvé Weldon
...sur le toit.
Morgyn haussa un sourcil.
— C'est tout ?
A heavy silence settled in.
Morgyn slowly looked up.
—You think... we’ll find them alive?
Chadney replied with his usual calm.
—Yes...
He hesitated.
—Finally...
Simeon immediately raised a finger.
—Alive, yes.
Long silence.
—But...
He stopped.
Morgyn blinked.
—But what?
Simeon took a deep breath.
The kind of breathing you take before recounting a trauma.
—Do you remember the only time I kept Weldon?
The other two acquiesce.
—Me too...
Silence.
—I’m trying to forget.
Chadney burst out laughing.
—You’re exaggerating.
Simeon looked at him with deep compassion.
—Chadney...
I found Weldon
... on the roof.
Morgyn raised an eyebrow.
—That’s it?
Nouveau silence.
— Pourquoi ? demanda Chadney.
— Parce que, je cite : "Les escaliers, c'est beaucoup trop lent."
Morgyn posa lentement sa tasse.
— D'accord...
— Ensuite, ils a voulu fabriquer un moulin.
— C'est plutôt créatif.
— Avec ma bibliothèque.
— ...
— Puis ils ont essayé d'apprendre à mes poules à rapporter des bâtons.
Chadney éclata franchement de rire.
— Les poules ?
— Elles ont refusé.
— C'est rassurant.
Siméon continua, désormais lancé.
— À un moment, Weldon m'a demandé où je cachais mes explosifs.
Morgyn manqua de s'étouffer.
— Tes... explosifs ?
— Oui.
— Tu lui as répondu quoi ?
— Que je n'en avais pas.
— Et ?
— Il m'a regardé avec beaucoup de pitié.
Puis il m'a dit...
Siméon prit exactement la voix de Weldon.
— « C'est triste... tu n'es pas très préparé. »
Chadney était maintenant plié en deux.
Même Morgyn essuyait discrètement une larme de rire.
Siméon leva alors un dernier doigt.
— Ah... j'oubliais.
— Il y a pire ? demanda Morgyn.
— Toujours.
— ...
— À la fin de la journée...
Il marqua une pause dramatique.
— Weldon m'a tapoté l'épaule.
— Et alors ?
— Il m'a dit : « Pour une première journée, tu t'es bien débrouillé. Demain, je t'apprendrai à bricoler. »
Siméon continued, now launched.
—At one point, Weldon asked me where I hid my explosives.
Morgyn nearly choked.
—Your... explosives?
—Yes.
—What did you answer him?
—That I didn’t have any.
—And?
—He looked at me with a lot of pity.
Then he told me...
Siméon took exactly the voice of Weldon.
—"That’s sad... you’re not very prepared."
Chadney was now folded in two.
Even Morgyn was discreetly wiping away a tear of laughter.
Simeon then raised one last finger.
—Ah... I forgot.
—Is there anything worse? asked Morgyn.
—Always.
—...
—At the end of the day...
He marked a dramatic pause.
—Weldon tapped my shoulder.
—So what?
—He told me: "For the first day, you did well. Tomorrow, I’ll teach you how to do DIY.
Le silence qui suivit fut religieux.
Puis Chadney souffla entre deux éclats de rire :
— Il t'a... évalué ?
— Oui.
— Comme un stagiaire ?
— Oui.
— ...
— J'ai eu envie de pleurer.
Les trois hommes éclatèrent de rire.
Après quelques minutes, Chadney retrouva enfin son sérieux.
— Bon... Hécate est plus coriace que toi.
Siméon hocha gravement la tête.
— C'est vrai.
The silence that followed was religious.
Then Chadney blew between two bursts of laughter:
—He... evaluated you?
—Yes.
—Like an intern?
—Yes.
—...
—I felt like crying.
The three men burst into laughter.
After a few minutes, Chadney finally got serious again.
—Well... Hecate is tougher than you.
Simeon nodded gravely.
—That’s true.
Nouvelle pause.
—Mais elle est seule.
Un autre silence.
—Avec Lorelei...
—Oui.
—Typhon...
—Oui...
—Et Weldon...
Les trois hommes échangèrent un regard.
Puis, d’une seule voix, ils ont chuchoté :
—Elles ne savent pas encore quelles ont déjà perdu.
New break.
—But she is alone.
Another silence.
—With Lorelei...
—Yes.
—Typhoon...
—Yes...
—And Weldon...
The three men exchanged a look.
Then, in one voice, they whispered:
—They don’t yet know which ones have already lost.
En même temps, loin dans le monde des mortels.
Hecate
essaya, pour la dix-septième fois de la journée, d’expliquer à Weldon
que ce n’était pas une bonne idée de construire une tour de guet sur le
toit de la cabane.
—Pourquoi ?
—Parce que la cabine mesure un mètre cinquante de haut.
— Précisément ! répondit Weldon avec enthousiasme. Avec une tour, on verra encore plus loin !
Typhon approuvé avec un petit cri victorieux.
Lorelei, elle a levé les yeux.
—Hecate...
—Oui ?
—Je pense qu’ils viennent de créer leur propre conseil d’administration
Hecate
essaya, pour la dix-septième fois de la journée, d’expliquer à Weldon
que ce n’était pas une bonne idée de construire une tour de guet sur le
toit de la cabane.
—Pourquoi ?
—Parce que la cabine mesure un mètre cinquante de haut.
— Précisément ! répondit Weldon avec enthousiasme. Avec une tour, on verra encore plus loin !
Typhon approuvé avec un petit cri victorieux.
Lorelei, elle a levé les yeux.
—Hecate...
—Oui ?
—Je pense qu’ils viennent de créer leur propre conseil d’administration
At the same time, far away in the world of mortals.
Hecate
tried, for the seventeenth time of the day, to explain to Weldon that
it was not a good idea to build a watchtower on the roof of the cabin.
—Why?
—Because the cabin is one meter fifty high.
—Precisely! replied Weldon with enthusiasm. We’ll see much further!
Typhoon approved with a small victorious cry.
Lorelei, she looked up.
—Hecate...
—Yes?
—I think they have just created their own board of administration
- contre qui ,
- contre toi !
-againts who ?
- against you !
Les mauvais choix de Luna
Luna s'impatientait.
Les
tractations diplomatiques s'enlisaient dans un dédale de protocoles, de
signatures et de sourires hypocrites. Chaque journée qui passait
éloignait un peu plus l'instant où elle pourrait mettre sa vengeance à
exécution. Plus les négociations s'éternisaient, plus elle voyait sa
stratégie se dissoudre dans des intérêts qui n'étaient pas les siens.
Dante l'avait pourtant avertie.
Il
lui avait expliqué que la vengeance n'était jamais une ligne droite,
mais un poison lent qui finissait toujours par contaminer celui qui
croyait le maîtriser. Luna n'avait rien voulu entendre. Plus encore,
elle refusait de lui reconnaître la moindre clairvoyance. Admettre qu'il
avait eu raison reviendrait à accepter qu'elle avait perdu le contrôle
bien avant de perdre la partie.
L'économie, les alliances, les
rapports de force entre grandes familles... tout cela ne représentait à
ses yeux qu'un décor sans importance. Pendant que les autres bâtissaient
des compromis, elle bâtissait des rancœurs.
Son objectif avait cessé depuis longtemps d'être politique.
Au
départ, seuls Cal et Béata étaient condamnés dans son esprit. Ils
étaient les responsables de son humiliation, les visages de sa chute.
Mais la haine possède une logique bien différente de la justice : elle
ne cherche pas des coupables, elle accumule des cibles.
Au fil
des mois, chaque personne ayant ralenti ses projets ou simplement refusé
de servir ses intérêts était venue grossir cette liste invisible. Les
enquêteurs de l'Institut de magie n'étaient plus des obstacles
professionnels ; ils étaient devenus des ennemis personnels. Quant à
Apolinarius, il n'avait peut-être jamais véritablement combattu Luna. Il
avait commis une faute bien plus grave : exister du mauvais côté de
l'échiquier.
Sans même s'en apercevoir, Luna ne préparait plus une vengeance.
Elle construisait une guerre.
Luna s'impatientait.
Les
tractations diplomatiques s'enlisaient dans un dédale de protocoles, de
signatures et de sourires hypocrites. Chaque journée qui passait
éloignait un peu plus l'instant où elle pourrait mettre sa vengeance à
exécution. Plus les négociations s'éternisaient, plus elle voyait sa
stratégie se dissoudre dans des intérêts qui n'étaient pas les siens.
Dante l'avait pourtant avertie.
Il
lui avait expliqué que la vengeance n'était jamais une ligne droite,
mais un poison lent qui finissait toujours par contaminer celui qui
croyait le maîtriser. Luna n'avait rien voulu entendre. Plus encore,
elle refusait de lui reconnaître la moindre clairvoyance. Admettre qu'il
avait eu raison reviendrait à accepter qu'elle avait perdu le contrôle
bien avant de perdre la partie.
L'économie, les alliances, les
rapports de force entre grandes familles... tout cela ne représentait à
ses yeux qu'un décor sans importance. Pendant que les autres bâtissaient
des compromis, elle bâtissait des rancœurs.
Son objectif avait cessé depuis longtemps d'être politique.
Au
départ, seuls Cal et Béata étaient condamnés dans son esprit. Ils
étaient les responsables de son humiliation, les visages de sa chute.
Mais la haine possède une logique bien différente de la justice : elle
ne cherche pas des coupables, elle accumule des cibles.
Au fil
des mois, chaque personne ayant ralenti ses projets ou simplement refusé
de servir ses intérêts était venue grossir cette liste invisible. Les
enquêteurs de l'Institut de magie n'étaient plus des obstacles
professionnels ; ils étaient devenus des ennemis personnels. Quant à
Apolinarius, il n'avait peut-être jamais véritablement combattu Luna. Il
avait commis une faute bien plus grave : exister du mauvais côté de
l'échiquier.
Sans même s'en apercevoir, Luna ne préparait plus une vengeance.
Elle construisait une guerre.
Luna got impatient.
The
diplomatic negotiations were bogged down in a maze of protocols,
signatures and hypocritical smiles. Each passing day took a little
further away the moment when she could put her revenge into action. The
longer the negotiations dragged on, the more she saw her strategy
dissolving into interests that were not hers.
Dante had, however, warned her.
He
had explained to her that revenge was never a straight line, but a slow
poison that always ended up contaminating those who believed they could
control it. Luna had not wanted to hear anything. Moreover, she refused
to acknowledge the slightest clairvoyance. To admit that he was right
would be to accept that she had lost control long before losing the
game.
The economy, alliances, power relations between large
families... all this represented in his eyes only a decoration without
importance. While others were building compromises, she was building
grievances.
Its objective had long since ceased to be political.
At
first, only Cal and Beata were condemned in his mind. They were
responsible for his humiliation, the faces of his downfall. But hatred
has a very different logic from justice: it does not seek culprits, it
accumulates targets.
Over the months, each person who had slowed
down their projects or simply refused to serve their interests had come
to increase this invisible list. The investigators of the Institute of
Magic were no longer professional obstacles; they had become personal
enemies. As for Apolinarius, he may never have really fought Luna. He
had committed a much more serious fault: to exist on the wrong side of
the chessboard.
Without even realizing it, Luna was no longer plotting revenge.
She was building a war.
And
in any war, the first to fall are never those we hate the most, but
those whose disappearance best serves someone else’s plan.
C'est alors qu'une idée germa.
Non... une révélation.
Elle
surgit sans prévenir, glaciale, méthodique, presque monstrueuse.
Pendant une fraction de seconde, Luna en fut elle-même déstabilisée.
Cette pensée était si froide qu'elle lui inspira un léger frisson. Puis
son sourire revint.
Les idées les plus dangereuses sont souvent celles qui ne provoquent plus aucun remords.
L'enfant...
Ce
petit garçon aux yeux couleur d'or liquide qui, dès leur première
rencontre, avait éveillé chez elle une sensation qu'elle détestait :
l'incertitude.
Il ne lui avait rien fait. Pourtant, sa simple
présence l'avait mise mal à l'aise, comme si ce regard d'enfant voyait
au-delà des mensonges et des apparences.
Faern l'avait protégé avec une détermination presque animale.
Aujourd'hui,
il était entouré de magiciens parmi les plus influents du royaume.
Chadney, Morgyn, Siméon, Hécate ... des personnes qui ne risquaient
jamais autant pour quelqu'un sans raison.
Pourquoi lui ?
Cette question revenait sans cesse.
Qui
était réellement Weldon ? Pourquoi tant de personnes puissantes
semblaient-elles prêtes à bouleverser leur vie pour assurer sa sécurité ?
Était-il seulement un enfant... ou la pièce d'un jeu dont elle ignorait
encore les règles ?
Luna sentit son esprit s'emballer.
Si tout le monde protégeait ce garçon avec une telle obstination, c'est qu'il possédait une valeur.
Et toute valeur pouvait devenir un levier.
Elle n'évoqua cette intuition à personne.
Surtout pas à Dante.
That’s when an idea germinated.
No... a revelation.
It
came up unexpectedly, cold, methodical, almost monstrous. For a
fraction of a second, Luna herself was destabilized by it. This thought
was so cold that it gave him a slight shiver. Then his smile returned.
The most dangerous ideas are often those that no longer provoke any remorse.
The child...
This
little boy with liquid gold-colored eyes who, from the moment she first
met him, had awakened in her a feeling she hated: uncertainty.
He
had done nothing to her. Yet her mere presence had made her uneasy, as
if that child’s gaze could see beyond lies and appearances.
Faern had protected him with an almost animal determination.
Today,
he was surrounded by some of the most influential magicians in the
kingdom. Chadney, Morgyn, Siméon, Hécate ... people who never risked so
much for someone without a reason.
Why him?
This question kept coming up.
Who
was Weldon really? Why did so many powerful people seem ready to turn
their lives around to ensure his safety? Was he just a child... or the
play of a game whose rules she still didn’t know?
Luna felt her mind racing.
If everyone protected this boy with such obstinacy, it was because he had a value.
And any value could become a lever.
She did not mention this intuition to anyone.
Especially not to Dante.
Le
Grand Commandeur était un stratège redoutable, capable des décisions
les plus implacables lorsqu'elles servaient l'Ordre. Pourtant, il
existait des frontières qu'il refusait de franchir. La famille en
faisait partie. Les enfants plus encore. Pour lui, certaines règles
demeuraient inviolables, même lorsque la victoire semblait les
condamner.
Luna connaissait cette faiblesse.
Elle savait aussi qu'il tenterait de l'arrêter.
Alors elle se tairait.
Elle
mènerait seule ses recherches, dans l'ombre, sans laisser la moindre
trace. Elle découvrirait qui était réellement Weldon, quels secrets
gravitaient autour de lui et pourquoi tant de regards convergeaient vers
cet enfant.
Le reste viendrait ensuite.
Elle ignorait encore ce qu'elle ferait de cette vérité lorsqu'elle l'aurait entre les mains.
À cet instant, cela n'avait aucune importance.
Dans son esprit, Weldon n'était déjà plus un petit garçon.
Il était devenu une énigme.
Et les énigmes, une fois résolues, finissent toujours par révéler la faille de quelqu'un.
The
Grand Commander was a formidable strategist, capable of the most
implacable decisions when serving the Order. Yet there were borders that
he refused to cross. The family was part of it. The children even more.
For him, some rules remained inviolable, even when victory seemed to
condemn them.
Luna knew this weakness.
She also knew that he would try to stop her.
Then she would keep quiet.
She
would conduct her research alone, in the shadows, without leaving any
trace. She would discover who Weldon really was, what secrets gravitated
around him and why so many eyes were focused on this child.
The rest would come next.
She still did not know what she would do with this truth when she had it in her hands.
At that moment, it didn’t matter.
In his mind, Weldon was already no longer a little boy.
He had become an enigma.
And the riddles, once solved, always end up revealing someone’s weakness.
Ce
que Luna ne comprenait pas — aveuglée par son désir de vengeance et par
un orgueil devenu plus fort que sa raison —, c'était la véritable
mission de l'Institut.
Pas celle que l'on enseignait aux apprentis.
L'autre.
Celle dont on ne parlait jamais.
Depuis
des siècles, les Grands Sages n'étaient pas seulement les gardiens du
savoir magique. Ils étaient les arbitres silencieux d'un équilibre
infiniment plus fragile : celui qui empêchait les Grandes Familles de
s'anéantir, celui qui maintenait la frontière entre le monde de la magie
et celui des humains, celui qui évitait que les ambitions individuelles
ne précipitent tout un univers dans le chaos.
Pour accomplir cette mission, ils avaient appris une règle essentielle.
On ne protège pas uniquement les puissants.
On protège aussi ceux dont l'avenir pourrait un jour décider du destin des puissants.
Weldon faisait partie de ces rares exceptions.
Il n'était qu'un enfant de dix ans.
Il
ne possédait encore aucun pouvoir. Pas parce qu'il en était incapable,
mais parce que son âge ne lui permettait pas encore de les éveiller.
Aux yeux de Luna, il n'était qu'un détail.
Aux yeux des Grands Sages, il représentait une responsabilité.
Voilà
pourquoi, depuis des mois, derrière leur silence presque inquiétant,
ils observaient chacun des événements qui se succédaient.
Rien n'avait été laissé au hasard.
Lorsque Weldon avait été confié à Chadney, cette décision n'avait rien d'improvisé.
Ils connaissaient l'homme.
Ils
savaient qu'au-delà de sa réputation de stratège et de nettoyeur du
monde magique, Chadney possédait une qualité infiniment plus rare : il
protégeait avant de juger.
Face à un choix impossible, il
sacrifierait ses intérêts, ses sentiments, sa carrière... mais jamais la
sécurité d'un enfant placé sous sa responsabilité.
Les Grands Sages avaient parié sur cette certitude.
Et Chadney ne les avait pas déçus.
Luna croyait encore jouer une partie contre quelques adversaires isolés.
What
Luna did not understand—blinded by her desire for revenge and by a
pride that had become stronger than her reason—was the true mission of
the Institute.
Not the one we taught to apprentices.
The other one.
The one we never talked about.
For
centuries, the Great Sages were not only the guardians of magical
knowledge. They were the silent arbiters of an infinitely more fragile
balance: the one that prevented the Great Families from annihilating
each other, the one that maintained the border between the world of
magic and that of humans, the one who avoided that individual ambitions
would precipitate a whole universe into chaos.
To accomplish this mission, they had learned an essential rule.
We do not protect only the powerful.
We also protect those whose future could one day decide the fate of the powerful.
Weldon was one of those rare exceptions.
He was only a ten-year-old child.
He did not yet possess any power, not because he was incapable of it, but because his age did not allow him to awaken them.
In Luna’s eyes, it was just a detail.
In the eyes of the Great Sages, he represented a responsibility.
That is why, for months, behind their almost worrying silence, they observed each of the events that followed one another.
Nothing had been left to chance.
When Weldon was entrusted to Chadney, this decision was not improvised.
They knew the man.
They
knew that beyond his reputation as a strategist and cleanser of the
magical world, Chadney possessed an infinitely rarer quality: he
protected before judging.
Faced with an impossible choice, he
would sacrifice his interests, his feelings, his career... but never the
safety of a child placed under his responsibility.
The Great Sages had bet on this certainty.
And Chadney had not disappointed them.
Luna still thought she was playing a game against a few isolated opponents.
En réalité, sans même s'en rendre compte, elle avançait déjà ses pièces sur un échiquier dont elle ignorait jusqu'à l'existence.
Et, sur cet échiquier-là, elle n'était peut-être pas la joueuse qu'elle imaginait être.
Peut-être n'était-elle déjà plus qu'une pièce parmi d'autres.
In reality, without even realizing it, she was already advancing her pieces on a chessboard that she never knew existed.
And, on that chessboard, she may not have been the player she imagined herself to be.
Maybe it was already just a room among others.
les tontons sont là
Par un calme matin d'été, ce genre de matinée où tout semble possible, mais où, en général... il ne se passe absolument rien.
Enfin, c'était ce que croyait Hécate.
—
Aujourd'hui, décréta Weldon avec l'aplomb d'un seigneur régnant sur son
royaume, nous allons pique-niquer. Pas dans le jardin, c'est beaucoup
trop banal. Au bord de la rivière. Et nous allons apprendre à pêcher à
Typhon.
Le petit raton laveur redressa aussitôt la tête, l'air très fier d'être officiellement promu... futur pêcheur.
Hécate
leva lentement les yeux vers le ciel, comme si elle espérait y
apercevoir un signe des dieux lui annonçant que tout cela n'était qu'un
mauvais rêve.
Elle n'obtint que quelques nuages parfaitement indifférents.
— Je pense qu'on devrait prévenir la colonne de secours, suggéra Lorelei avec le plus grand sérieux.
Hécate lui lança un regard assassin.
Mais Lorelei lui répondit par son plus innocent sourire.
— Je ne dis rien... je dis juste qu'avec ces deux-là, mieux vaut être prévoyantes.
Elle
désigna discrètement Weldon et Typhon, qui semblaient discuter déjà
avec une intensité remarquable de la meilleure façon d'attraper un
poisson... sans se mouiller les pattes.
Direction la cuisine.
Les
deux jeunes femmes s'activèrent à préparer la glacière, sous l'œil
extrêmement attentif de Weldon et de son fidèle acolyte, Typhon, qui
surveillaient chaque ingrédient comme deux inspecteurs en mission
officielle.
Les négociations commencèrent immédiatement.
— Pas de concombre, annonça Weldon d'un ton sans appel. Typhon n'aime pas.
Le raton laveur acquiesça avec un sérieux impressionnant.
— Pas de cornichons non plus. Ça pique trop la langue.
Nouveau hochement de tête approbateur de Typhon.
— En revanche... beaucoup de gâteaux.
— Et des bonbons, ajouta Weldon avec toute la gravité d'un diplomate négociant un traité de paix.
Typhon leva les deux pattes en signe d'approbation totale.
Après
de longues discussions, plusieurs débats d'une importance capitale et
quelques compromis héroïques de la part d'Hécate, la glacière fut enfin
remplie.
Weldon l'examina avec autant de concentration qu'un général inspectant ses troupes avant une grande bataille.
Puis il hocha lentement la tête.
— Voilà. Maintenant... nous sommes prêts.
Hécate échangea un regard avec Lorelei.
Toutes les deux savaient une chose.
Le pique-nique, lui, était prêt.
En revanche... elles ne l'étaient absolument pas.
On
a quiet summer morning, that kind of morning where everything seems
possible, but where, in general... absolutely nothing happens.
Finally, that was what Hecate believed.
—
Today, decreta Weldon with the confidence of a lord ruling his kingdom,
we are going to have a picnic. Not in the garden, it’s far too
ordinary. By the river. And we’re going to learn how to fish at Typhon.
The little raccoon immediately straightened its head, looking very proud to be officially promoted... future fisherman.
Hecate slowly looked up at the sky, as if she hoped to see a sign from the gods telling her that all this was just a bad dream.
She got only a few perfectly indifferent clouds.
—I think we should warn the backup column, Lorelei suggested with the utmost seriousness.
Hecate gave him a murderous look.
But Lorelei replied with her most innocent smile.
—I’m not saying anything... I’m just saying that with these two, it’s better to be proactive.
She
discreetly pointed to Weldon and Typhoon, who seemed already to be
discussing with remarkable intensity the best way to catch a fish...
without getting wet.
Head to the kitchen.
The
two young women were busy preparing the cooler, under the extremely
attentive eye of Weldon and his faithful sidekick, Typhon, who monitored
each ingredient like two inspectors on official mission.
Negotiations began immediately.
—No cucumber, announced Weldon in a tone without appeal. Typhoon doesn’t like it.
The raccoon nodded with impressive seriousness.
—No pickles either. It stings the tongue too much.
New nod of approval from Typhoon.
—On the other hand... a lot of cakes.
—And candy, added Weldon with all the gravity of a diplomat negotiating a peace treaty.
Typhon raised both legs in total approval.
After lengthy discussions, several debates of vital importance and a few com
Weldon examined it with as much concentration as a general inspecting his troops before a great battle.
Then he slowly nodded.
—There. Now... we’re ready.
Hecate exchanged a look with Lorelei.
Both knew one thing.
The picnic was ready.
On the other hand... they were absolutely not.
Tout était enfin prêt.
La
glacière était fermée, les sandwichs soigneusement rangés, Typhon
arborait l'expression très digne d'un futur maître pêcheur et Weldon,
déjà debout devant la porte, rayonnait de l'impatience d'un explorateur
sur le point de découvrir un nouveau monde.
Le petit cortège allait s'élancer vers la rivière, au fond de la vallée...
...lorsque deux silhouettes apparurent au bout du chemin.
Morgyn.
Et Chadney.
Weldon les aperçut le premier.
Ses yeux s'illuminèrent comme deux soleils.
— MES TONTONS !!
Il partit à leur rencontre à une vitesse qui aurait fait pâlir de jalousie un lièvre particulièrement motivé.
À
cet instant précis, dans l'esprit du petit garçon, la grande mission
éducative consistant à apprendre à Typhon l'art délicat de la pêche
s'évapora avec une élégance remarquable.
Le projet, pourtant
proclamé d'intérêt national cinq minutes plus tôt, se dissout doucement
dans le souffle tiède de la brise estivale qui caressait la vallée.
La rivière pouvait attendre.
Les poissons aussi.
Même Typhon pouvait patienter.
Ses tontons étaient là.
Et, de toute évidence, l'univers venait de revoir l'ordre de ses priorités.
Typhon regarda Weldon disparaître au loin.
Puis il regarda la canne à pêche.
Puis les deux hommes.
Puis de nouveau la canne à pêche.
Il poussa un profond soupir de raton laveur philosophe.
Il venait de comprendre une grande leçon de la vie.
On peut être le héros du jour...
...jusqu'à ce que les tontons arrivent.
Everything was finally ready.
The
cooler was closed, the sandwiches neatly arranged, Typhon had a very
fine expression of a future master fisherman and Weldon, already
standing in front of the door, radiated with the impatience of an
explorer about to discover a new world.
The small procession was about to rush towards the river, at the bottom of the valley...
... when two silhouettes appeared at the end of the path.
Morgyn.
And Chadney.
Weldon saw them first.
His eyes lit up like two suns.
— MY TONTONS!!
He set out to meet them at a speed that would have made a particularly motivated hare pale with envy.
At
that moment, in the little boy’s mind, the great educational mission of
teaching Typhon the delicate art of fishing vanished with remarkable
elegance.
The project, though proclaimed of national interest
five minutes earlier, dissolves softly in the lukewarm summer breeze
that caressed the valley.
The river could wait.
Fish too.
Even Typhon could wait.
His tontons were there.
And, obviously, the universe had just reordered its priorities.
Typhon watched Weldon disappear into the distance.
Then he looked at the fishing rod.
Then the two men.
Then again the fishing rod.
He let out a deep raccoon’s sigh, philosopher.
He had just understood a great lesson of life.
We can be the hero of the day...
...until the tontons arrive.
Lorelei aperçut à son tour les deux jeunes hommes.
À
vrai dire, il aurait fallu être particulièrement sourd — ou
profondément absorbé par l'étude comparative des sandwichs — pour ne pas
entendre le cri de joie de Weldon.
— MEEEES TONTONS !!
Le petit garçon fila comme une flèche.
En
face, Morgyn et Chadney n'eurent même pas le temps d'échanger un
regard. Parfaitement synchronisés, ils s'accroupirent au même instant,
juste à temps pour réceptionner le petit bolide qui leur arrivait dessus
à pleine vitesse.
L'accolade fut si enthousiaste que Chadney recula d'un pas tandis que Morgyn éclata de rire.
— Bonjour à toi aussi, aventurier !
Typhon,
estimant sans doute que les retrouvailles devaient être une activité
collective, arriva une seconde plus tard et entreprit de grimper lui
aussi sur les deux jeunes hommes avec un enthousiasme tout à fait
comparable.
Lorelei secoua la tête en souriant.
Puis elle tourna les yeux vers Hécate.
Son amie observait la scène en silence.
Sur son visage passaient des émotions si rapides qu'elles disparaissaient presque avant d'avoir existé.
D'abord un immense soulagement.
Celui-là, Lorelei le comprenait sans peine.
Puis quelque chose de plus discret.
De plus doux.
Une
émotion qu'Hécate aurait probablement été incapable de nommer... ou
qu'elle se serait empressée de nier avec beaucoup de conviction.
Ce fut à cet instant que Lorelei comprit quelque chose.
Hécate pouvait revendiquer son indépendance avec toute l'énergie du monde.
Construire sa maison.
Tracer sa propre route.
Refuser qu'on décide à sa place.
Tout cela était vrai.
Mais certaines personnes avaient déjà trouvé leur place dans son cœur sans lui demander la permission.
Weldon.
Morgyn.
Siméon.
Et surtout...
Chadney.
Ces
quatre-là formaient désormais un petit morceau de sa vie qu'elle ne
pourrait jamais vraiment éloigner, même en le décidant très fort.
Comme certains arbres, ils avaient pris racine sans bruit.
Lorelei saw in turn the two young men.
To
be honest, you would have had to be particularly deaf—or deeply
absorbed by the comparative study of sandwiches—not to hear Weldon’s cry
of joy.
— MY TONTONS!!
The little boy flew like an arrow.
Across
the way, Morgyn and Chadney didn’t even have time to exchange a look.
Perfectly synchronized, they crouched down at the same moment, just in
time to receive the small car that was coming on them at full speed.
The hug was so enthusiastic that Chadney took a step back while Morgyn burst out laughing.
—Hello to you too, adventurer!
Typhon,
probably thinking that the reunion should be a collective activity,
arrived a second later and also began to climb on the two young men with
an enthusiasm quite comparable.
Lorelei shook her head and smiled.
Then she turned her eyes to Hecate.
Her friend observed the scene in silence.
On his face were passing emotions so fast that they almost disappeared before having existed.
At first, a huge relief.
That one, Lorelei understood him easily.
Then something more discreet.
Softer.
An emotion that Hecate would probably have been unable to name... or that she would have hastened to deny with great conviction.
It was at that moment that Lorelei understood something.
Hecate could claim her independence with all the energy in the world.
Build one’s house.
To chart one’s own course.
Refusing to let us decide for him.
All of this was true.
But some people had already found their place in his heart without asking him for permission.
Weldon.
Morgyn.
Siméon.
And above all...
Chadney.
These four now formed a small piece of her life that she could never really distance, even by deciding very strongly.
Like some trees, they had taken root without a sound.
Hécate tourna soudain la tête vers Lorelei.
Son visage avait retrouvé son habituel sourire tranquille, celui qui cachait bien mieux de choses qu'il n'en révélait.
— Finalement... dit-elle avec un léger sourire, je crois que nous n'aurons peut-être pas besoin d'appeler la colonne de secours.
Lorelei suivit son regard.
Les deux « tontons » venaient déjà d'être officiellement enrôlés dans l'expédition.
Weldon
leur expliquait son grand projet avec des gestes si enthousiastes que
Chadney hochait gravement la tête, tandis que Morgyn semblait déjà
essayer de convaincre Typhon qu'un poisson n'était pas censé attraper un
pêcheur.
Lorelei laissa échapper un petit rire.
Non...
La colonne de secours ne serait sans doute pas nécessaire.
En revanche, les renforts, eux, venaient clairement d'arriver.
Hecate suddenly turned her head towards Lorelei.
His face had regained its usual quiet smile, the one who hid much better things than he revealed.
—Finally... she said with a slight smile, I think we might not need to call the backup column.
Lorelei followed his gaze.
The two "tontons" had already been officially enlisted in the expedition.
Weldon
explained his great project to them with such enthusiastic gestures
that Chadney nodded gravely, while Morgyn seemed already trying to
convince Typhon that a fish was not supposed to catch a fisherman.
Lorelei let out a small laugh.
No...
The backup column would probably not be necessary.
On the other hand, reinforcements had clearly just arrived.
Ce fut Morgyn qui rompit le silence le premier.
Il
contempla la glacière, les cannes à pêche, Typhon qui marchait avec une
gravité toute professionnelle et Weldon déjà prêt à partir depuis au
moins dix bonnes minutes.
Un large sourire illumina son visage.
— Je crois qu'on arrive exactement au bon moment... pour une grande expédition de pêche de survie.
Weldon bondit sur place.
— OUUUUUIIIII !!
Sa réponse résonna dans toute la vallée.
Quelques oiseaux, manifestement peu habitués à un tel niveau d'enthousiasme, décollèrent précipitamment des arbres.
Chadney éclata de rire avant de lever les yeux vers Hécate.
Elle soutint son regard... exactement une demi-seconde.
Puis elle détourna très dignement les yeux.
Au moins, songea-t-elle avec satisfaction, elle avait préparé suffisamment de sandwichs.
Son instinct avait encore eu raison.
La petite troupe se mit enfin en route.
Ou, plus exactement, les adultes se mirent en route.
Weldon,
lui, gambadait déjà une bonne vingtaine de mètres devant eux,
accompagné de Typhon qui trottinait avec une énergie débordante,
persuadé qu'il participait à une mission d'une importance capitale.
Toutes les trente secondes, le petit garçon se retournait.
— Plus vite !
Les adultes obéirent... très modérément.
— Plus viiiite !
Toujours pas assez.
Weldon poussa alors un profond soupir, celui des grands chefs confrontés à l'incompétence chronique de leurs subordonnés.
— Mais enfin ! Si on continue à avancer aussi lentement, les poissons vont partir faire la sieste !
Un silence suivit cette déclaration.
Puis Morgyn hocha gravement la tête.
— C'est vrai. Les poissons sont très attachés à leur sommeil.
— Exactement ! approuva Weldon, ravi d'avoir enfin trouvé quelqu'un de raisonnable.
Hécate leva les yeux au ciel.
Lorelei, qui marchait à côté de Morgyn, lui lança un regard en coin.
— Quelle heureuse coïncidence que vous soyez passés par ici...
It was Morgyn who broke the silence first.
He
looked at the cooler, the fishing rods, Typhon walking with
professional gravity and Weldon already ready to leave for at least ten
minutes.
A broad smile illuminated his face.
—I think we’re just in time... for a big survival fishing expedition.
Weldon leapt on the spot.
—YES!!
His answer echoed through the valley.
A few birds, obviously unaccustomed to such a level of enthusiasm, hurriedly took off from the trees.
Chadney burst out laughing before looking up at Hecate.
She held his gaze... exactly half a second.
Then she very worthily turned away her eyes.
At least, she thought with satisfaction, she had prepared enough sandwiches.
His instincts were right again.
The small troop finally set out.
Or, more precisely, the adults set off.
Weldon,
on the other hand, was already frolicking a good twenty meters in front
of them, accompanied by Typhoon who trotted with an overflowing energy,
convinced that he was participating in a mission of capital importance.
Every thirty seconds, the little boy turned around.
—Faster!
The adults obeyed... very moderately.
—More viiiite!
Still not enough.
Weldon then let out a deep sigh, that of the great leaders confronted with the chronic incompetence of their subordinates.
— But finally! If we keep moving so slowly, the fish will go for a nap!
A silence followed this statement.
Then Morgyn shook his head badly.
—That’s right. Fish are very attached to their sleep.
—Exactly! agreed Weldon, delighted to have finally found someone reasonable.
Hecate rolled her eyes.
Lorelei, who was walking next to Morgyn, gave him a sidelong look.
— What a happy coincidence that you came by here...
Morgyn répéta pensivement :
— Une... coïncidence...
Le mot semblait beaucoup l'amuser.
Puis il tourna discrètement la tête.
Quelques
pas devant eux, Chadney venait de récupérer la glacière des mains
d'Hécate avec une simplicité désarmante, comme si cela allait de soi.
Elle avait protesté.
Très brièvement.
Puis elle l'avait laissé faire.
Morgyn esquissa un sourire qui en disait long.
— Oui... une pure coïncidence.
Lorelei suivit son regard.
Puis le sien revint vers Morgyn.
— Hum...
Il n'y avait absolument rien à ajouter.
Tout venait d'être dit.
Ou plutôt...
Tout venait d'être compris.
Ils échangèrent un regard parfaitement innocent.
Le genre de regard qui trahissait exactement l'inverse.
Et, sans pouvoir s'en empêcher, ils éclatèrent de rire.
Devant eux, Hécate se retourna.
— Qu'est-ce qui vous fait rire ?
Morgyn et Lorelei répondirent exactement en même temps, avec une sincérité presque suspecte.
— Rien !
Chadney, qui n'était dupe de personne, se contenta de sourire.
Quant à Weldon, il leva les bras au ciel avec une exaspération infinie.
— Vous voyez ?!
Les adultes étaient encore en train de discuter.
Les poissons, eux...
...devaient déjà être en pyjama.
Morgyn repeated thoughtfully:
—A... coincidence...
The word seemed to amuse him a lot.
Then he quietly turned his head.
A
few steps before them, Chadney had just recovered the cooler from
Hecate’s hands with disarming simplicity, as if it were self-evident.
She had protested.
Very briefly.
Then she had let him do it.
Morgyn gave a smile that spoke volumes.
—Yes... pure coincidence.
Lorelei followed his gaze.
Then his returned to Morgyn.
—Hmm...
There was absolutely nothing to add.
Everything had just been said.
Or rather...
Everything had just been understood.
They exchanged a perfectly innocent look.
The kind of look that betrayed exactly the opposite.
And, without being able to help it, they burst out laughing.
Before them, Hecate turned.
—What are you laughing at?
Morgyn and Lorelei replied exactly at the same time, with an almost suspicious sincerity.
—Nothing!
Chadney, who was not fooled by anyone, merely smiled.
As for Weldon, he raised his arms to heaven with infinite exasperation.
—You see?!
The adults were still talking.
The fish, they...
...must have already been in pajamas.
Chadney claqua des doigts, comme si une idée de génie venait de lui tomber dessus.
— Les amis avant toute chose… il est impératif de procéder à un test scientifique de l'eau !
Weldon ouvrit de grands yeux.
— Un test scientifique ?
—
Absolument, répondit Chadney avec le plus grand sérieux. Nous devons
déterminer si elle est... suffisamment agréable pour une baignade.
Un éclat de rire parcourut aussitôt le petit groupe.
Chadney snapped his fingers, as if an idea of genius had just fallen on him.
—friends before anything else... it is imperative to carry out a scientific water test!
Weldon opened his eyes wide.
—A scientific test?
—Absolutely, replied Chadney with the utmost seriousness. We need to determine if it is... pleasant enough for a swim.
A burst of laughter immediately ran through the small group.
Hécate observait le petit garçon avec une tendresse silencieuse.
Quelques mois plus tôt, leurs chemins s'étaient croisés sur cette péninsule perdue, balayée par les embruns et les secrets.
À cette époque, Weldon n'était qu'une silhouette discrète.
Un enfant effacé.
Silencieux.
Économe de ses mots comme de ses sourires.
Puis était venue cette nuit.
Cette
nuit d'épouvante qui l'avait conduit jusqu'au cottage de Morgyn et
Siméon, les yeux immenses, le cœur débordant d'une peur qu'il n'avait
jamais vraiment réussi à raconter entièrement. Il en livrait parfois
quelques fragments, une image, un bruit, une sensation... avant de
s'interrompre, comme si les souvenirs eux-mêmes refusaient encore de se
laisser approcher.
Et pourtant...
Le petit garçon qui courait aujourd'hui sur les galets n'avait presque plus rien de commun avec celui-là.
Devant eux bondissait un enfant espiègle, débordant de vie.
Un enfant qui riait fort.
Qui donnait des ordres avec un aplomb parfaitement assumé.
Qui transformait chaque promenade en expédition et chaque expédition en aventure.
Un petit tyran, même.
Mais de cette tyrannie délicieuse que seuls certains enfants savent exercer.
Celle qui naît lorsqu'ils se sentent enfin en sécurité.
Lorsqu'ils savent, sans avoir besoin qu'on le leur répète, qu'ils sont attendus, protégés...
...et profondément aimés.
Hécate sentit un sourire lui échapper.
Il n'était plus en train de survivre.
Il était simplement en train de grandir.
Au bord de la rivière, Chadney était resté immobile.
À
ses côtés, Morgyn observait Weldon expliquer avec le plus grand sérieux
à Typhon que les poissons avaient certainement un langage secret.
Puis Chadney leva doucement les yeux.
Très loin, sur l'autre rive.
Quelque chose venait de retenir son attention.
Sans un mot, il inclina légèrement la tête en direction de Morgyn.
Un geste presque imperceptible.
Morgyn suivit son regard.
Son sourire s'effaça.
Les deux frères échangèrent un bref regard.
Ils n'eurent besoin d'aucune parole.
Après toutes ces années, ils avaient appris à se comprendre dans ces silences-là.
Quelque chose n'allait pas.
Ou, plus exactement...
Quelque chose venait de changer.
Et,
pendant que Weldon riait aux éclats avec Typhon, persuadé que la plus
grande difficulté de la journée serait de convaincre un poisson de
mordre à l'hameçon...
...les deux protecteurs, eux, venaient instinctivement de redevenir des sentinelles.
Hecate watched the little boy with a silent tenderness.
A few months earlier, their paths had crossed on this lost peninsula, swept by the spray and secrets.
At that time, Weldon was only a discreet figure.
A self-effacing child.
Silent.
Economical with his words as well as his smiles.
Then came that night.
That
night of terror that had led him to the cottage of Morgyn and Siméon,
his eyes immense, his heart overflowing with a fear that he had never
really managed to tell entirely. He sometimes delivered a few fragments,
an image, a noise, a sensation... before interrupting himself, as if
the memories themselves still refused to be approached.
And yet...
The little boy who ran on the pebbles today had almost nothing in common with that one.
In front of them leaped a mischievous child, overflowing with life.
A child who laughed loudly.
Who gave orders with a perfectly assumed confidence.
Who turned every walk into an expedition and every expedition into an adventure.
A little tyrant, even.
But of this delicious tyranny that only some children know how to exercise.
The one who is born when they finally feel safe.
When they know, without needing to be repeated, that they are expected, protected...
...and deeply loved.
Hecate felt a smile slip away from her.
He was no longer surviving.
He was just growing up.
By the river, Chadney had stood still.
By his side, Morgyn watched Weldon explain with the utmost seriousness to Typhon that the fish certainly had a secret language.
Then Chadney looked up gently.
Very far away, on the other bank.
Something had just caught his attention.
Without a word, he tilted his head slightly in the direction of Morgyn.
An almost imperceptible gesture.
Morgyn followed his gaze.
His smile faded.
The two brothers exchanged a brief glance.
They did not need any words.
After all these years, they had learned to understand each other in those silences.
Something was wrong.
Or, more exactly...
Something had just changed.
And,
while Weldon laughed at Typhon, convinced that the greatest difficulty
of the day would be to convince a fish to take the bait...
...the two protectors, for their part, had instinctively become sentinels again.
la partie de pêche
Pour
Chadney et Morgyn, ce qui aurait dû n'être qu'une paisible partie de
pêche au cœur d'une lumineuse journée d'été était en train de basculer
vers quelque chose de bien plus sombre.
Au début, ce n'était
qu'une impression. Une sensation diffuse, ce de ces instincts que l'on
préfère ignorer parce qu'ils n'ont encore aucune preuve à offrir.
Puis les détails s'étaient accumulés.
On les observait.
Ou peut-être pire...
On les épiait.
Le plus inquiétant n'était pas cette présence invisible. C'était sa manière d'agir.
La discrétion n'était manifestement pas son objectif.
Au contraire.
Tout
semblait avoir été minutieusement orchestré pour être aperçu.
Suffisamment discret pour demeurer insaisissable... mais assez évident
pour qu'eux le remarquent. Comme si quelqu'un cherchait délibérément à
attirer leur attention.
À les troubler.
À les déstabiliser.
À leur faire comprendre qu'ils n'étaient plus seuls.
Mais pourquoi ?
Et surtout...
Qui était réellement visé ?
Était-ce eux ?
Était-ce Weldon ?
Ou quelqu'un d'autre encore, dont ils ignoraient totalement le rôle dans cette étrange mise en scène ?
Les questions se multipliaient, tandis que les réponses, elles, demeuraient obstinément silencieuses.
Identifier
son ennemi constituait déjà une première victoire. Non parce que le
danger disparaissait, mais parce qu'un adversaire connu cessait d'être
une ombre. Et découvrir qui était la véritable cible pouvait encore
permettre d'assurer sa sécurité... avant qu'il ne soit trop tard.
Pourtant, en cet instant précis, aucune certitude ne leur était accordée.

À
quelques mètres de là, Weldon expliquait avec le plus grand sérieux à
Typhon des techniques de pêche dont la fiabilité semblait varier au gré
de son imagination. Le petit garçon ponctuait chacune de ses
démonstrations d'un sourire malicieux, tandis que le raton laveur
paraissait l'écouter avec une attention presque scientifique.
Cette scène avait tout d'un paisible après-midi d'été.
Et c'était précisément ce qui inquiétait Chadney et Morgyn.
Parce que, derrière cette apparente tranquillité, leurs esprits échafaudaient déjà les hypothèses les plus sombres.
Ils connaissaient trop bien leur monde pour croire aux coïncidences.
Et
leur instinct leur soufflait, avec une insistance de plus en plus
oppressante, que cette journée de pêche n'avait jamais été une simple
journée de pêche.
For
Chadney and Morgyn, what should have been a peaceful fishing trip on a
bright summer’s day was shifting to something much darker.
At
first, it was just an impression. A diffuse sensation, one of those
instincts that we prefer to ignore because they still have no evidence
to offer.
Then the details had accumulated.
We were watching them.
Or maybe worse...
We were spying on them.
The most worrying thing was not this invisible presence. It was his way of acting.
Discretion was clearly not his goal.

On the contrary.
Everything
seemed to have been meticulously orchestrated to be seen. Discreet
enough to remain elusive... but obvious enough for them to notice. As if
someone were deliberately trying to get their attention.
To confuse them.
To destabilize them.
To make them understand that they were no longer alone.
But why?
And above all...
Who was actually targeted?
Was it them?
Was it Weldon?
Or someone else, whose role they were completely unaware of in this strange staging?
The questions multiplied, while the answers remained obstinately silent.
Identifying
one’s enemy was already a first victory. Not because the danger
disappeared, but because a known adversary ceased to be a shadow. And
finding out who the real target was could still help to ensure his
safety... before it was too late.
Yet, at that precise moment, no certainty was granted to them.
A
few meters away, Weldon explained with the utmost seriousness to Typhon
fishing techniques whose reliability seemed to vary according to his
imagination. The little boy punctuated each of his demonstrations with a
mischievous smile, while the raccoon seemed to listen to him with an
almost scientific attention.
This scene had everything of a peaceful summer afternoon.
And that was precisely what worried Chadney and Morgyn.
Because, behind this apparent tranquility, their minds were already building the darkest hypotheses.
They knew their world too well to believe in coincidences.
And
their instincts told them, with an increasingly oppressive insistence,
that this day of fishing had never been just a day of fishing.
Sans échanger un mot de plus qu'un bref regard, Chadney et Morgyn s'isolèrent dans leurs pensées.
Ce simple échange de regards leur avait suffi.
Leurs esprits passaient déjà en revue les événements des derniers jours avec une précision presque implacable.
Une enquête en cours ?
Un rapport confidentiel ?
Une découverte récente dont ils ignoraient encore les conséquences ?
Ou, pire encore... un détail apparemment anodin auquel ils n'avaient accordé que trop peu d'importance ?
Ils analysaient tout. Chaque rencontre. Chaque conversation. Chaque visage croisé.
Pendant
ce temps, à quelques mètres d'eux, Hécate observait avec amusement les
extravagances de Weldon et de Typhon. À leurs côtés, Lorelei s'épuisait à
défendre une théorie dont elle semblait être la seule convaincue.
— Je vous assure que je suis la meilleure pêcheuse du groupe !
Une
affirmation accueillie par les regards ouvertement sceptiques de Weldon
et du raton laveur, lesquels échangeaient des œillades narquoises qui
réduisaient à néant toute la crédibilité de son discours.
Hécate allait répondre avec un sourire lorsqu'un détail la fit brusquement taire.
Elle venait de percevoir le changement.
Instantanément.
Elle connaissait Chadney et Morgyn depuis suffisamment longtemps pour lire leurs attitudes comme un livre ouvert.
La moindre crispation d'une mâchoire.
Un regard un peu trop fixe.
Une respiration plus lente.
Une posture imperceptiblement différente.
Chez eux, le corps parlait souvent avant les mots.
Et, à cet instant précis, tout leur être exprimait la même chose.
Une alerte.
Une tension extrême.
Ils avaient remarqué quelque chose.
Une anomalie.
Un danger... peut-être.
Quelle
qu'en soit la nature, il était suffisamment sérieux pour que les deux
hommes passent, en une fraction de seconde, de la décontraction à une
vigilance presque militaire.
Without exchanging a word more than a brief glance, Chadney and Morgyn isolated themselves in their thoughts.
This simple exchange of looks had been enough for them.

Their minds were already going over the events of the last days with an almost implacable precision.
An ongoing investigation?
A confidential report?
A recent discovery, the consequences of which they did not yet know?
Or, even worse... a seemingly trivial detail to which they had given too little importance?
They were analyzing everything. Every meeting. Every conversation. Every face crossed.
Meanwhile,
a few meters from them, Hecate observed with amusement the
extravagances of Weldon and Typhon. By their side, Lorelei exhausted
herself in defending a theory of which she seemed to be the only one
convinced.
—I assure you that I am the best fisherwoman in the group!
An
assertion met with openly skeptical looks from Weldon and the raccoon,
who exchanged mocking glances that destroyed all the credibility of his
speech.
Hecate was about to reply with a smile when a detail made her abruptly silence.
She had just perceived the change.
Instantly.
She had known Chadney and Morgyn long enough to read their attitudes as an open book.
The slightest clenching of a jaw.
A look that was a bit too fixed.
A slower breathing.
An imperceptibly different posture.
In their homes, the body often spoke before words.
And, at that very moment, their whole being was expressing the same thing.
An alert.
Extreme tension.
They had noticed something.
An anomaly.
A danger... maybe.
Whatever
the nature, it was serious enough for the two men to pass, in a
fraction of a second, from relaxation to an almost military vigilance.
Le cœur d'Hécate se serra.
Elle
lança un dernier regard vers Lorelei, toujours occupée à démontrer,
avec un enthousiasme aussi admirable qu'illusoire, ses prétendus talents
de pêcheuse sous les sourires moqueurs de Weldon et de Typhon.
Puis elle s'approcha doucement de Chadney.
Elle n'eut pas le temps de faire un deuxième pas.
Sans même tourner la tête vers elle, Chadney leva lentement une main.
Un geste bref.
Net.
Autoritaire.
Il lui intimait de s'arrêter.
De ne poser aucune question.
De ne pas avancer davantage.
Le choc fut immédiat.
Hécate demeura immobile, incapable de comprendre.
Jamais Chadney ne s'était adressé à elle de cette manière.
Jamais il ne l'avait tenue à distance avec une telle froideur.
L'espace d'un instant, elle sentit une pointe de tristesse se mêler à une blessure plus intime.
Était-il en train de lui cacher quelque chose ?
Ne lui faisait-il plus confiance ?
Ou la tenait-il volontairement à l'écart... pour une raison qu'elle ignorait encore ?
Figée sur place, elle resta silencieuse.
Et, pour la première fois depuis longtemps, l'inquiétude prit le pas sur la curiosité.
The heart of Hecate grew tight.
She
cast a last glance at Lorelei, still busy demonstrating, with an
enthusiasm as admirable as it was illusory, her alleged fishing skills
under the mocking smiles of Weldon and Typhon.
Then she gently approached Chadney.
She didn’t have time to take a second step.
Without even turning his head toward her, Chadney slowly raised one hand.
A brief gesture.
Net.
Authoritarian.
He told him to stop.
To not ask any questions.
Not to move forward any further.
The shock was immediate.
Hecate remained motionless, unable to understand.
Chadney had never addressed her in this way.
Never had he kept her at a distance with such coldness.
For a moment, she felt a hint of sadness mingling with a more intimate wound.
Was he hiding something from her?
Didn’t he trust her anymore?
Or did he deliberately keep her away... for a reason she still didn’t know?
Frozen on the spot, she remained silent.
And, for the first time in a long time, worry took precedence over curiosity.
Chadney pour sa part se contenta de se replonger dans ses propres réflexions, sans excuse, ni même un regard
Morgyn lui aussi avait vu le geste froid et impératif, mais ne dit rien, plus tard peut être.
il
connaissait assez son frère pour faire une remarque qui n' aurait fait
qu' empiirer une atmosphère déjà tendue à l' extrème, mais connaissaot
aussi très bien Hécate qui avec sa franchise et son manque de subtilité,
quand elle était blessée finirait tout au tard par éclater
Hécate saisie, regarda autour d'elle, quelque chose n 'allait pas,
elle
le ressentait mais en scrutant les alentours, elle ne vit rien d autre
que des promeneurs joyeux venus comme eux savourés la douceur de cette
agréable journée d' été, des enfants espiègles profitant en famille de
ces moments agréables dans la campagne, des adolescants boudeurs dont l
expression contrarié mais détendue reflétant leur envie d'être ailleurs
qu' ici , comme seuls les adolescants expriment leur contrariéte
Chadney, for his part, simply plunged back into his own thoughts, without any excuse, nor even a glance
Morgyn too had seen the cold and imperative gesture, but said nothing, perhaps later.
He
knew his brother enough to make a remark that would only have
encroached on an atmosphere already tense at the end, but also knows
Hecate very well, who with her frankness and lack of subtlety, when she
was hurt, would end up shattering late in the day.
Hecate seized, looked around her, something was wrong,
she
felt it, but as she scanned the surroundings, she saw nothing but
joyful walkers who had come, like them, to savor the sweetness of this
pleasant day in summer, mischievous children enjoying with their
families these pleasant moments in the countryside, of the sulky
teenagers whose expression is upset but relaxed, reflecting their desire
to be elsewhere than here, as only the students express their
annoyance
À première vue, pourtant, rien ne pouvait laisser présager un danger immédiat.
Aucune altercation.
Aucun visage inquiétant.
Aucun geste suspect.
C'était une journée d'été comme il en existait tant d'autres. Douce, lumineuse et paisible.
Chacun profitait de ces instants de quiétude à sa manière.
Des
couples flânaient au bord de l'eau, des familles riaient autour de
leurs paniers de pique-nique, tandis que les enfants couraient dans les
hautes herbes avec cette insouciance que seuls les plus jeunes savent
encore préserver.
Tout respirait la sérénité.
Une sérénité presque irréprochable.
Hécate sentit alors le doute s'insinuer en elle.
Avait-elle mal interprété la réaction de Chadney ?
Les épreuves de ces derniers mois avaient-elles fini par la transformer ?
À
force de côtoyer les complots, les trahisons et les dangers, était-elle
devenue incapable de croire à un simple moment de bonheur ?
Peut-être que son esprit cherchait désormais une menace là où il n'y en avait aucune.
Peut-être que cette méfiance permanente n'était que le prix à payer pour tout ce qu'elle avait traversé.
Elle eut presque envie de sourire de sa propre paranoïa.
Après tout... il était possible que tout cela ne soit qu'une magnifique journée d'été.
Qu'elle s'autorise enfin à respirer.
À oublier.
À vivre.
Mais cette pensée ne dura qu'un instant.
Car, tout au fond d'elle, une autre voix s'élevait.
Plus discrète.
Plus ancienne.
Celle de son intuition.
Et cette voix-là ne criait jamais sans raison.
Elle lui soufflait, avec une insistance presque oppressante, que quelque chose clochait.
Qu'un détail lui échappait encore.
Que le danger ne se montrait pas toujours.
Parfois...
Il attendait simplement que sa proie cesse de le chercher.
At first glance, however, nothing could foreshadow an immediate danger.
No altercation.
No worrying faces.
No suspicious movements.
It was a summer day like so many others existed. Soft, bright, and peaceful.
Everyone enjoyed these moments of tranquility in their own way.
Couples
strolled along the water’s edge, families laughed around their picnic
baskets, while children ran in the tall grass with this carefree
attitude that only the youngest can still preserve.
Everything breathed serenity.
An almost irreproachable serenity.
Hecate then felt doubt creeping into her.
Had she misinterpreted Chadney’s reaction?
Had the trials of recent months finally transformed her?
By dint of conspiracies, betrayals and dangers, had she become incapable of believing in a simple moment of happiness?
Maybe his mind was now looking for a threat where there was none.
Maybe this permanent distrust was just the price to pay for all she had been through.
She almost felt like smiling from her own paranoia.
After all... it was possible that all of this was just a beautiful summer day.
That she finally allows herself to breathe.
To forget.
To live.
But this thought lasted only a moment.
Because, deep down inside her, another voice was raised.
More discreet.
Older.
That of his intuition.
And that voice never shouted without reason.
She whispered to him, with an almost oppressive insistence, that something was wrong.
That a detail still escaped him.
That the danger did not always show itself.
Sometimes...
He was simply waiting for his prey to stop looking for him.
...
Le retour vers la maison fut étrange.
L'atmosphère
légère et insouciante qui avait accompagné le début de la journée
s'était évaporée, comme balayée par une menace invisible. À sa place ne
subsistait qu'un silence pesant, chargé de questions sans réponse, de
regards furtifs et de pensées que chacun semblait s'efforcer de garder
pour lui.
Les garçons avançaient sans un mot. Leurs visages
fermés trahissaient une concentration inhabituelle, comme si chacun
tentait d'assembler les pièces d'un puzzle dont il ne possédait encore
qu'une infime partie.
Même Weldon s'était tu.
L'enfant,
d'ordinaire incapable de résister à une plaisanterie ou à une remarque
espiègle, marchait cette fois en silence. Sans comprendre ce qui se
jouait réellement, il avait perçu la tension qui s'était installée entre
Chadney, Morgyn et Hécate. Et son instinct lui soufflait qu'il valait
mieux ne poser aucune question.
Lorelei, elle, sentait que quelque chose avait changé.
À
plusieurs reprises, elle lança un regard interrogateur à Hécate. Mais
cette dernière ne put lui offrir qu'un léger haussement d'épaules, mêlé
d'impuissance et d'incompréhension.
Elle non plus ne savait pas.
Ou, du moins... elle n'avait encore aucun début de réponse.
Pour
l'instant, ils avançaient tous dans le brouillard, avec cette
désagréable impression qu'un danger venait de se mettre en mouvement
quelque part, hors de leur champ de vision.
The return home was strange.
The
light and carefree atmosphere that had accompanied the beginning of the
day had vanished, as if swept away by an invisible threat. In its place
remained only a heavy silence, loaded with questions without answers,
furtive glances and thoughts that each one seemed to try to keep for
himself.
The boys moved forward without a word. Their closed
faces betrayed an unusual concentration, as if everyone was trying to
put together the pieces of a puzzle of which he still had only a tiny
part.
Even Weldon was silent.
The child, usually unable to
resist a joke or a mischievous remark, walked this time in silence.
Without understanding what was really at stake, he had perceived the
tension that had settled between Chadney, Morgyn and Hecate. And his
instincts told him it was better not to ask any questions.
Lorelei, she felt that something had changed.

On
several occasions, she gave an interrogative look at Hecate. But the
latter could offer him only a slight shrug of the shoulders, mixed with
powerlessness and incomprehension.
She didn’t know either.
Or, at least... she still had no beginning to answer.
Pendant ce temps, Luna poursuivait son propre jeu.
Avec
la patience d'un prédateur qui refuse de précipiter sa chasse, elle
analysait froidement chaque information qui lui parvenait.
L'enfant avait bien été localisé.
Mais il n'était pas seul.
Autour de lui se trouvaient Hécate.
Morgyn.
Chadney.
Et une quatrième personne.
Une femme.
Inconnue.
Cette présence inattendue fit aussitôt naître une méfiance instinctive.
Hécate
ne s'entourait jamais facilement. Elle accordait sa confiance avec une
prudence presque maladive. Si cette femme faisait désormais partie de
son cercle proche, c'est qu'elle représentait forcément bien plus qu'une
simple connaissance.
Qui était-elle ?
Pourquoi Hécate l'avait-elle laissée entrer dans sa vie ?
Et surtout...
Était-elle un obstacle ?
Ou une menace ?
Le rapport mentionnait une proximité évidente entre les deux femmes.
Cette simple phrase suffit à agacer Luna.
Non...
Elle la contraria profondément.
Malgré
tout ce qui les opposait désormais, malgré la trahison qu'elle avait
elle-même infligée à Hécate, cette dernière demeurait, à ses yeux, une
pièce potentiellement exploitable.
Une variable qu'elle espérait encore manipuler le moment venu.
C'était du moins ce qu'elle se répétait.
Meanwhile, Luna was playing her own game.
With the patience of a predator who refuses to rush her hunt, she coldly analyzed every piece of information that came her way.
The child had indeed been located.
But he wasn’t alone.
Around him was Hecate.
Morgyn.
Chadney.
And a fourth person.
A woman.
Unknown.
This unexpected presence immediately gave rise to an instinctive distrust.
This unexpected presence immediately gave rise to an instinctive distrust.
Hecate
never surrounded herself easily. She placed her trust with an almost
pathological prudence. If this woman was now part of his close circle,
it is because she necessarily represented much more than a simple
acquaintance.
Who was she?
Why had Hecate let her into his life?
And above all...
Was she an obstacle?
Or a threat?
The report mentioned an obvious proximity between the two women.
This simple sentence is enough to annoy Luna.
No...
She annoyed her deeply.
Despite
all that now opposed them, despite the betrayal she had herself
inflicted on Hecate, the latter remained, in his eyes, a potentially
exploitable piece.
A variable that she still hoped to manipulate when the time came.
At least that was what she kept telling herself.
Car Luna ignorait une chose essentielle.
Pendant
qu'elle élaborait ses plans dans l'ombre, d'autres observateurs,
infiniment plus patients qu'elle, avaient déjà commencé à anticiper
chacun de ses mouvements.
Et cette fois...
C'était peut-être elle qui s'avançait droit dans un piège.
Because Luna was unaware of an essential thing.
While
she was making her plans in the shadows, other observers, infinitely
more patient than herself, had already begun to anticipate her every
move.
And this time...
Maybe it was her walking straight into a trap.
L'alerte
concernant une surveillance inhabituelle et manifestement ciblée des
ambassadeurs de l'Institut, ainsi que de leur entourage et de tout ce
qu'ils représentaient, ne fut pourtant jamais officiellement signalée.
Chadney et Morgyn avaient pris la même décision.
Ils préféraient attendre.
Ni
l'un ni l'autre n'acceptaient d'accuser sans preuves. Les intuitions,
les soupçons et les mauvais pressentiments ne suffisaient pas. Il leur
fallait des faits. Des preuves irréfutables.
Mieux un coupable
Ils ignoraient cependant qu'un autre joueur venait, lui aussi, de déplacer une pièce sur l'échiquier.
Ce fut Dante.
Quelques
jours plus tard, au cours d'une séance extraordinaire réunissant les
Grands Sages et les représentants des Grandes Familles afin d'évoquer
les rumeurs grandissantes qui se propageaient dans le monde magique,
Dante demanda la parole.
Son intervention fut brève.
Calme.
Presque banale.
D'un ton parfaitement maîtrisé, il déclara :
—
Les temps changent. Peut-être devrions-nous envisager une surveillance
plus étroite de tous les membres de notre monde qui évoluent au sein du
monde humain. Nous avons peut-être laissé trop de liberté à certains...
Il serait regrettable de perdre le contrôle de la situation.
The
alert concerning an unusual and clearly targeted surveillance of the
Institute’s ambassadors, as well as their entourage and everything they
represented, was never officially reported.
Chadney and Morgyn had made the same decision.
They preferred to wait.
Neither
one nor the other agreed to accuse without evidence. Intuitions,
suspicions, and bad feelings were not enough. They needed facts.
Irrefutable evidence.
However, they did not know that another player had also just moved a piece on the board.
It was Dante.
A
few days later, during an extraordinary session bringing together the
Great Sages and representatives of the Great Families to discuss the
growing rumors spreading in the magical world, Dante asked for the
floor.
His intervention was brief.
Calm.
Almost banal.
In a perfectly controlled tone, he declared:
—
Times are changing. Perhaps we should consider closer monitoring of all
the members of our world that are within the human world. We may have
given too much freedom to some... It would be unfortunate to lose
control of the situation.
Cette recommandation arrivait au mauvais moment.
Beaucoup trop au mauvais moment.
Pourquoi évoquer soudainement une surveillance généralisée ?
Pourquoi maintenant ?
Était-ce un simple excès de prudence...
Un avertissement déguisé...
Ou le premier mouvement d'un complot déjà en marche ?
Pour
la première fois depuis longtemps, Amber eut la très désagréable
impression que quelqu'un cherchait à préparer les esprits avant qu'un
événement majeur ne survienne.
Et cette pensée ne le quitta plus.
This recommendation came at the wrong time.
Way too much at the wrong time.
Why suddenly mention widespread surveillance?
Why now?
Was it a simple excess of caution...
A warning in disguise...
Or the first movement of a plot already in progress?
For
the first time in a long time, Amber had the very unpleasant impression
that someone was trying to prepare the spirits before a major event
occurred.
And that thought never left him.
...
une journée mouvementée
À huit heures précises, une réunion extraordinaire du Conseil des Grands Sages fut convoquée à l'Institut.
Les
comptes rendus de la précédente assemblée avec les ambassadeurs des
Grandes Familles furent de nouveau passés au crible. Cette fois, chaque
mot, chaque silence et chaque nuance furent examinés avec une minutie
presque obsessionnelle.
Ce fut Morgyn qui reprit la parole.
Il
revint sur une remarque qui, sur le moment, avait semblé presque
anodine : l'intervention de Dante, représentant de la Confrérie du
Phénix des Trois Lunes.
À la lumière des derniers événements, cette déclaration prenait un tout autre visage.
Le silence s'installa dans la salle.
Il ne s'agissait plus d'une simple opinion.
C'était un avertissement.
Une menace soigneusement dissimulée derrière le langage de la diplomatie.
A hectic day
At eight o'clock sharp, an extraordinary meeting of the Council of the Great Sages was convened at the Institute.
The
reports of the previous assembly with the ambassadors of the Great
Families were again scrutinized. This time, every word, every silence
and every nuance was examined with an almost obsessive meticulousness.
It was Morgyn who spoke again.
He
returned to a remark that, at the time, had seemed almost harmless: the
intervention of Dante, representative of the Brotherhood of the Phoenix
of the Three Moons.
In light of recent events, this statement took on a completely different face.
Silence settled in the room.
It was no longer just an opinion.
It was a warning.
A threat carefully concealed behind the language of diplomacy.
Dante
n'avait élevé ni la voix ni le ton. Son discours était demeuré posé,
presque bienveillant. C'était précisément ce qui le rendait si
inquiétant.
Car derrière chaque formule prudente se cachait un sous-entendu d'une redoutable clarté.
Sous
couvert de renforcer la sécurité du monde magique, il suggérait de
limiter les déplacements et les interventions des représentants de
l'Institut établis dans le monde humain.
Présentée comme une mesure de protection, cette proposition poursuivait en réalité un objectif bien plus sombre.
Isoler l'Institut.
L'amputer de ses relais extérieurs.
Réduire progressivement sa capacité de négociation avec les Grandes Familles.
Le priver de ses yeux, de ses oreilles... puis de ses alliés.
Sans jamais prononcer la moindre menace explicite, Dante venait d'esquisser une stratégie d'asphyxie politique.
Et, désormais, plus aucun des Grands Sages ne pouvait prétendre ne pas l'avoir comprise.
Dante
had raised neither his voice nor his tone. His speech remained calm,
almost kind. It was precisely this that made him so worrying.
Because behind each cautious formula was hidden an innuendo of a formidable clarity.
Under
the guise of strengthening the security of the magical world, he
suggested limiting the movements and interventions of the Institute’s
established representatives in the human world.
Presented as a protective measure, this proposal actually pursued a much darker objective.
Isolate the Institute.
Amputate its external relays.
Gradually reduce its ability to negotiate with the Great Families.
Deprive him of his eyes, his ears... and then his allies.
Without ever uttering the slightest explicit threat, Dante had just sketched out a strategy of political asphyxiation.
And, from now on, none of the Great Sages could claim not to have understood it.
À
midi, ce même jour, tous les représentants de l'Institut installés dans
le monde humain reçurent un message aussi bref que singulier.
Aucune formule alarmante.
Aucun appel à la mobilisation.
Aucun mot évoquant une guerre imminente.
L'Institut
leur demandait simplement de faire preuve d'une prudence accrue,
d'aiguiser leur vigilance et de signaler toute tentative inhabituelle
d'influencer leurs recherches, leurs déplacements ou leurs prises de
contact.
Le message ne mentionnait ni Dante, ni les négociations
en cours avec les Grandes Familles. Il ne parlait d'aucune menace
directe pesant sur l'Institut.
Pour un observateur extérieur, il n'aurait semblé être qu'une simple note de précaution.
Mais ceux qui le reçurent en saisirent immédiatement le véritable sens.
Quelqu'un essayait de restreindre leur liberté de mouvement.
Quelqu'un
cherchait à savoir où ils allaient, qui ils rencontraient, ce qu'ils
découvraient... et peut-être, bientôt, à décider de ce qu'ils auraient
encore le droit de faire.
La menace n'était pas encore visible.
Elle avançait en silence.
Invisible.
Patiente.
Calculée.
Pourtant, personne ne céda à la panique.
Les
représentants de l'Institut étaient habitués aux tensions
diplomatiques, aux intrigues des Grandes Familles et aux conflits
d'influence.
Ce qui les troubla profondément n'était pas la perspective d'un danger physique.
C'était autre chose.
Quelqu'un venait de franchir une limite qui, depuis la fondation même de l'Institut, avait toujours été considérée comme sacrée.
Leur liberté d'agir.
Leur liberté de penser.
Leur libre arbitre.
Pour
la première fois depuis des générations, ils comprenaient qu'une force
agissait dans l'ombre avec un objectif bien précis : les placer sous
surveillance, réduire progressivement leur autonomie et faire de chacun
de leurs gestes un acte observé.
La guerre n'avait peut-être pas encore commencé.
Mais la liberté, elle, venait d'être désignée comme sa première cible.
At
noon that same day, all the representatives of the Institute installed
in the human world received a message as brief as it was singular.
No alarming formula.
No call for mobilization.
No word to suggest an impending war.
The
Institute simply asked them to be more careful, to sharpen their
vigilance, and to report any unusual attempts to influence their
research, travel, or contact.
The message made no mention of
Dante or the ongoing negotiations with the Great Families. He did not
speak of any direct threat to the Institute.
To an outside observer, it would have seemed merely a note of caution.
But those who received it immediately grasped its true meaning.
Someone was trying to restrict their freedom of movement.
Someone
was trying to find out where they were going, who they were meeting,
what they were discovering... and perhaps soon, to decide what they
would still be allowed to do.
The threat was not yet visible.
She moved forward in silence.
Invisible.
Patient.
Calculated.
Yet no one panicked.
The
representatives of the Institute were accustomed to diplomatic
tensions, intrigues of the Great Families and conflicts of influence.
What troubled them deeply was not the prospect of physical danger.
It was something else.
Someone had just crossed a line that, since the very foundation of the Institute, had always been considered sacred.
Their freedom to act.
Their freedom to think.
Their free will.
For
the first time in generations, they understood that a force was
operating in the shadows with a very specific objective: to place them
under surveillance, gradually reduce their autonomy and make each of
their actions an observed act.
The war may not have started yet.
But freedom, on the other hand, had just been designated as his first target.
À quatorze heures, Hécate fit exactement ce que ceux qui la connaissaient attendaient d'elle.
Fidèle à elle-même, elle ne céda ni à la précipitation ni à l'émotion.
Elle ne se déplaça pas.
À la place, elle ouvrit le canal crypté de l'Institut et contacta discrètement les trois hommes.
Morgyn et Siméon répondirent presque immédiatement.
Tous
deux remarquèrent qu'Hécate n'avait pas cherché à les rejoindre en
personne. Ce simple détail leur arracha un regard silencieux. Ils la
connaissaient suffisamment pour comprendre qu'elle avait délibérément
choisi de ne pas quitter son domicile.
Elle se savait peut-être observée.
Ou peut-être refusait-elle simplement d'offrir à quelqu'un la moindre information sur ses déplacements.
Aucun des deux ne fit le moindre commentaire.
Chadney, en revanche, demeurait injoignable.
Une absence inhabituelle.
Et, dans le contexte actuel, profondément inquiétante.
La voix d'Hécate resta calme, presque détachée.
— Dites-moi ce qui se passe.
Un silence lui répondit.
Puis elle posa la question qui hantait désormais tous les esprits.
— Est-ce que quelqu'un a réellement menacé la liberté des représentants de l'Institut présents dans le monde humain ?
Morgyn échangea un regard avec Siméon avant de répondre.
— Nous l'ignorons.
Ces deux mots résonnèrent plus lourdement que n'importe quel discours.
Ils savaient qu'un danger existait.
Ils savaient que le Conseil avait réagi avec une rapidité inhabituelle.
Ils savaient que l'Institut venait d'ordonner une vigilance renforcée.
Mais ils ignoraient encore qui tirait les ficelles... et jusqu'où cette menace était prête à aller.
Pour la première fois depuis longtemps, même eux avançaient dans le brouillard.
At two o'clock, Hecate did exactly what those who knew her expected of her.
True to herself, she did not give in to haste or emotion.
She did not move.
Instead, she opened the encrypted channel of the Institute and discreetly contacted the three men.
Morgyn and Simeon replied almost immediately.
Both
noticed that Hecate had not sought to join them in person. This simple
detail caught a silent glance from them. They knew her well enough to
understand that she had deliberately chosen not to leave her home.
She knew maybe that she was being watched.
Or perhaps she simply refused to offer anyone any information about her whereabouts.
Neither of them made any comment.
Chadney, by contrast, remained unreachable.
An unusual absence.
And, in the current context, deeply disturbing.
Hecate’s voice remained calm, almost detached.
—Tell me what’s going on.
A silence answered him.
Then she asked the question that now haunted all minds.
—Has anyone really threatened the freedom of the representatives of the Institute present in the human world?
Morgyn exchanged a look with Siméon before replying.
—We don’t know.
These two words resonated more heavily than any speech.
They knew that a danger existed.
They knew that the Council had reacted with unusual speed.
They knew that the Institute had just ordered increased vigilance.
But they still didn’t know who was pulling the strings... and how far that threat was willing to go.
For the first time in a long time, even they were moving forward in the fog.
À dix-sept heures, l'Institut prit une décision qui, en apparence, ne sortait pas de l'ordinaire.
Comme
après chaque Conseil réunissant les représentants des Grandes Familles,
le compte rendu officiel de la séance fut transmis à l'ensemble des
destinataires concernés.
À toutes les Grandes Familles.
Sans exception.
Y compris à la Confrérie du Phénix des Trois Lunes.
Un geste qui relevait du protocole… mais qui, cette fois, revêtait une toute autre signification.
Le document n'avait été ni modifié, ni censuré.
En revanche, un passage faisait désormais l'objet d'une annotation officielle du Conseil des Grands Sages.
La déclaration de Dante y était explicitement mise en évidence.
Le
Conseil soulignait le caractère ambigu de sa requête, relevant que,
sous une formulation diplomatique et apparemment anodine, celle-ci
pouvait être interprétée comme une remise en question de la liberté
d'action des représentants de l'Institut établis dans le monde
Aucune accusation n'était formulée.
Aucun nom n'était publiquement mis en cause.
L'Institut se contentait d'exposer les faits... et de laisser chaque Grande Famille tirer ses propres conclusions.
Le message était d'une redoutable habileté.
En
une seule annotation, le Conseil venait de rendre publique une
inquiétude qui, jusque-là, n'avait été partagée qu'à huis clos.
Si Dante avait réellement voulu envoyer un avertissement, il savait désormais que celui-ci n'était plus un secret.
At five o'clock the Institute made a decision which, on the surface, was not out of the ordinary.
As
after each Council meeting bringing together representatives of the
Great Families, the official report of the session was forwarded to all
the recipients concerned.
To all the Great Families.
No exceptions.
Including the Brotherhood of the Phoenix of the Three Moons.
A gesture that was part of the protocol... but this time, it had a completely different meaning.
The document had not been modified or censored.
On the other hand, a passage was now the subject of an official annotation by the Council of the Great Sages.
Dante’s statement was explicitly highlighted there.
The
Council stressed the ambiguous nature of his request, pointing out
that, in a diplomatic and apparently innocuous formulation, it could be
interpreted as calling into question the freedom of action of the
representatives of the Institute established throughout the world
No accusations were made.
No name was publicly implicated.
The Institute was content to expose the facts... and let each Big Family draw its own conclusions.
The message was of a formidable skill.
In a single annotation, the Council had just made public a concern that, until then, had only been shared behind closed doors.
If Dante really wanted to send a warning, he now knew that it was no longer a secret.
À vingt heures, Chadney rentra enfin chez lui.
La journée avait été interminable.
Pourtant, ce n'était ni la réunion du Conseil ni les décisions de l'Institut qui occupaient encore son esprit.
Ses pensées revenaient inlassablement à la fin d'après-midi passée chez Hécate.
Au loin.
Cette silhouette.
Immobile.
Discrète.
Trop discrète.
Quelqu'un les observait.
Il en était désormais certain.
En approchant de sa maison, un détail attira aussitôt son attention.
Un bruit.
À peine perceptible.
Le léger froissement d'un tiroir que l'on referme avec précaution.
Le grincement presque imperceptible d'une lame de parquet.
Quelqu'un était à l'intérieur.
Et cette personne fouillait méthodiquement chacune des pièces.
Chadney ne réfléchit pas.
En quelques secondes, il déverrouilla silencieusement la porte et pénétra dans la maison.
Aucune hésitation.
Aucun avertissement.
Il fondit sur l'intrus avec une précision redoutable.
La lutte fut aussi brève que violente.
Pris totalement par surprise, l'inconnu n'eut même pas le temps de réagir avant d'être projeté au sol.
Un coup parfaitement maîtrisé.
Suffisant pour le désorienter, sans le blesser gravement.
Mais contre toute attente, l'individu profita d'un bref instant de confusion pour se dégager.
Chancelant, encore sonné, il se rua vers la sortie et disparut dans la nuit, les mains vides.
Chadney ne le poursuivit pas.
Il resta immobile quelques secondes, le regard fixé sur la porte restée ouverte.
Puis un détail s'imposa à lui.
Sa démarche.
Sa silhouette.
Ce n'était pas un homme.
C'était une femme.
Et cette découverte souleva bien plus de questions qu'elle n'apportait de réponses.
At eight o'clock, Chadney finally returned home.
The day had been endless.
Yet it was neither the meeting of the Council nor the decisions of the Institute that still occupied his mind.
His thoughts returned tirelessly at the end of the afternoon spent with Hecate.
In the distance.
This silhouette.
Immobile.
Discreet.
Too discreet.
Someone was watching them.
He was now certain of it.
As he approached his house, a detail immediately caught his attention.
A noise.
Barely noticeable.
The slight crumpling of a drawer that is carefully closed.
The almost imperceptible creaking of a parquet board.
Someone was inside.
And this person methodically searched each of the rooms.
Chadney doesn’t think.
In a few seconds, he silently unlocked the door and entered the house.
No hesitation.
No warning.

He swooped on the intruder with formidable precision.
The struggle was as brief as it was violent.
Taken completely by surprise, the stranger did not even have time to react before being thrown to the ground.
A perfectly controlled shot.
Enough to disorient him, without seriously injuring him.
But against all odds, the individual took advantage of a brief moment of confusion to free himself.
Staggering, still stunned, he rushed towards the exit and disappeared into the night, empty-handed.
Chadney did not pursue him.
He remained motionless for a few seconds, his gaze fixed on the door left open.
Then a detail was imposed on him.
His approach.
His silhouette.
It wasn’t a man.
It was a woman.
And this discovery raised more questions than it answered.
À
vingt-deux heures, après de longues heures de réflexion et après avoir
pris connaissance du message officiel de l'Institut, Chadney prit enfin
une décision.
Il ouvrit le canal crypté réservé aux communications familiales.
Le destinataire était Morgyn.
Le message était d'une sobriété presque inquiétante.
Tout va bien.
En rentrant, j'ai surpris quelqu'un chez moi. Il fouillait méthodiquement la maison.
L'individu a pris la fuite.
Quelques secondes plus tard, un second message apparut.
Cette fois, chaque mot ressemblait davantage à un ordre qu'à une simple recommandation.
N'en parle à personne pour l'instant.
On se voit demain. Assure-toi que Siméon soit présent. Je pense que nous allons avoir besoin de lui.
Surtout, ne préviens pas Hécate. Laissons-la dans l'ignorance pour le moment.
Et ne contacte pas l'Institut. Pas avant d'avoir des preuves.
Chadney relut une dernière fois son message avant de l'envoyer.
Il connaissait suffisamment Morgyn pour savoir qu'il comprendrait immédiatement ce qui n'était pas écrit.
L'intrusion chez lui n'était probablement pas un simple cambriolage.

Le message de l'Institut.
La silhouette aperçue près de chez Hécate.
Les discussions du Conseil.
Puis cette fouille méticuleuse de son domicile.
Pris séparément, ces événements pouvaient encore passer pour de simples coïncidences.
Ensemble...
Ils dessinaient les premiers contours d'une opération soigneusement préparée.
Et Chadney refusait de prévenir qui que ce soit tant qu'il ne pourrait pas transformer ses intuitions en certitudes.
Car une accusation sans preuve ne ferait qu'offrir à son adversaire le temps de disparaître dans l'ombre.
At
twenty-two hours, after long hours of reflection and having taken
cognizance of the official message from the Institute, Chadney finally
made a decision.
He opened the encrypted channel reserved for family communications.

The recipient was Morgyn.
The message was almost ominously sober.
Everything is fine.
On my way home, I caught someone at home. He was methodically searching the house.
The individual fled.
A few seconds later, a second message appeared.
This time, each word was more like an order than a simple recommendation.
Don’t tell anyone about it for now.
I’ll see you tomorrow. Make sure Siméon is present. I think we’re going to need him.
Above all, do not warn Hecate. Let her remain in the dark for now.
And don’t contact the Institute. Not until you have proof.
Chadney reread his message one last time before sending it.
He knew Morgyn well enough to know that he would immediately understand what was not written.
The break-in at his home was probably not a simple burglary.
The message of the Institute.
The silhouette seen near Hecate’s home.
Council discussions.
Then this meticulous search of his home.
Taken separately, these events could still be regarded as mere coincidences.
Together...
They drew the first outlines of a carefully prepared operation.
And Chadney refused to warn anyone as long as he could not turn his intuitions into certainties.
Because an accusation without proof would only give its opponent time to disappear into the shadows.
...
Dante
En parcourant le compte rendu de la réunion de l'Institut, Dante esquissa un sourire imperceptible.
Sa remarque n'était pas passée inaperçue.
Parfait.
C'était précisément ce qu'il avait recherché.
En
revanche, il n'avait pas anticipé une telle rapidité. Les Grands Sages
avaient immédiatement relevé l'ambiguïté de ses paroles et l'avaient
consignée comme un élément suffisamment inhabituel pour mériter leur
attention.
Ils avaient compris qu'il y avait un message.
Mais ils se trompaient sur sa nature.
Personne,
pas même les membres de l'Ordre du Phénix des Trois Lunes, ne pouvait
encore deviner la véritable raison de cette intervention.
Oui... c'était un avertissement.
Mais certainement pas une menace.
Quelques jours plus tôt, Dante avait découvert une information qui l'avait profondément contrarié.
Malgré
son extrême prudence, malgré son silence obsessionnel et les
innombrables précautions qu'elle croyait avoir prises, Luna avait commis
une seule erreur.
Elle avait fait confiance à la mauvaise personne.
L'individu
qu'elle avait secrètement engagé pour enquêter sur ce mystérieux enfant
l'avait trahie. Les informations avaient quitté l'ombre et commencé à
circuler bien au-delà de ce qu'elle imaginait.
Dante ignorait encore pourquoi Luna s'intéressait autant à cet enfant.
Mais il connaissait suffisamment la jeune femme pour n'avoir besoin d'aucune explication.
Lorsqu'elle poursuivait un objectif avec une telle obstination, il n'en résultait jamais rien de bon.
Dante
n'était pas un homme guidé par les sentiments. Sa réputation s'était
bâtie sur des décisions froides, parfois impitoyables, prises au nom de
ses affaires et de l'Ordre.
Pourtant, il existait une règle qu'il ne transgressait jamais.
Une seule.
On ne s'en prend pas à une famille.
Et surtout...
On ne met jamais un enfant en danger.
As he scanned the minutes of the Institute’s meeting, Dante gave an imperceptible smile.
His remark had not gone unnoticed.
Perfect.
That was precisely what he had been looking for.
On
the other hand, he had not anticipated such a speed. The Great Sages
immediately noted the ambiguity of his words and recorded it as
something unusual enough to merit their attention.
They understood that there was a message.
But they were wrong about his nature.
No
one, not even the members of the Order of the Phoenix of the Three
Moons, could yet guess the real reason for this intervention.
Yes... it was a warning.
But certainly not a threat.
A few days earlier, Dante had discovered an information that had deeply upset him.
Despite
her extreme caution, her obsessive silence and the countless
precautions she thought she had taken, Luna had made one mistake.
She had trusted the wrong person.
The
individual she had secretly hired to investigate this mysterious child
had betrayed her. The information had left the shadows and started to
circulate far beyond what she imagined.
Dante still didn’t know why Luna was so interested in this child.
But he knew the young woman enough to need no explanation.
When she pursued a goal with such obstinacy, nothing good ever came of it.
Dante
was not a man guided by feelings. His reputation was built on cold,
sometimes ruthless decisions made in the name of his business and the
Order.
Yet there was a rule that he never broke.
Only one.
You don’t mess with a family.
And above all...
You never put a child in danger.
Luna, consumée par son désir de vengeance, était en train de franchir cette frontière.
Une frontière que Dante ne laisserait personne dépasser.
Sa
remarque, prononcée devant les Grands Sages avec une apparente
désinvolture, n'était donc pas destinée à intimider l'Institut.
Elle était destinée à l'alerter.
À forcer l'Institut et les Grandes Familles à relever leur niveau de vigilance avant qu'il ne soit trop tard.
Si eux réagissaient...
Alors Luna comprendrait qu'elle n'avançait plus dans l'ombre.
Et pour la première fois depuis longtemps, elle découvrirait qu'elle était, elle aussi...
Sous surveillance. ...
Luna, consumed by her desire for revenge, was crossing this border.
A frontier that Dante would not let anyone cross.
His
remark, pronounced before the Great Sages with an apparent casualness,
was therefore not intended to intimidate the Institute.
She was meant to alert him.
To force the Institute and the Great Families to raise their level of vigilance before it is too late.
If they reacted...
Then Luna would understand that she was no longer moving in the shadows.
And for the first time in a long time, she would discover that she was also...
Under surveillance...
Dante ne pouvait pas l'affronter directement au sujet de ses recherches.
Non.
Cette
partie devait rester entre les mains de l'Institut. Ils disposaient des
moyens, des réseaux et de la patience nécessaires pour remonter une
piste sans se dévoiler.
Lui avait une autre mission.
Maintenir Luna sous contrôle.
Et c'était sans doute la plus périlleuse de toutes.
Il
allait devoir la contenir, freiner chacun de ses mouvements sans jamais
lui donner l'impression qu'elle était surveillée. Le moindre faux pas,
la moindre hésitation, et Luna comprendrait aussitôt qu'on cherchait à
lui barrer la route. À partir de là, elle disparaîtrait dans les
ombres... ou pire encore, accélérerait ses projets.
Dante connaissait trop bien cette femme.
Lorsqu'une idée s'emparait d'elle, plus rien n'existait. Plus aucune limite. Plus aucune prudence. Seulement son obsession.
Kanchésis pourrait peut-être l'aider.
Mais cette option était tout aussi dangereuse.
Les
relations entre leurs deux organisations reposaient sur un équilibre
fragile, entretenu depuis des années par une confiance mesurée. Or Luna
avait déjà tenté d'approcher son fils, Apolinarius... l'héritier même de
cette puissante famille. Et comme si cela ne suffisait pas, Béata
venait désormais de solliciter leur protection.
Toutes les lignes commençaient à se croiser.
Un mauvais mouvement, et chaque alliance risquait de devenir un front de guerre.
Dante sentit une désagréable sensation lui parcourir l'échine.
La
vengeance de Luna, qu'il avait d'abord considérée comme une affaire
personnelle, s'était métamorphosée en une succession d'événements
incontrôlables. Chaque décision qu'elle prenait provoquait une réaction
ailleurs, comme si quelqu'un déplaçait méthodiquement les pièces d'un
immense échiquier dont personne ne voyait encore le dessin final.
Et ce qui inquiétait Dante n'était pas ce qu'il savait.
C'était tout ce qu'il ignorait encore.
Dante could not confront him directly about his research.
No.
This
part was to remain in the hands of the Institute. They had the
necessary means, networks, and patience to follow a lead without
revealing themselves.
He had another mission.
Keep Luna under control.
And it was probably the most dangerous of all.
He
was going to have to contain her, to slow down her every move without
ever giving her the impression that she was being watched. The slightest
misstep, the slightest hesitation, and Luna would understand as soon as
someone tried to block her. From that point on, she would disappear
into the shadows... or worse, accelerate her projects.
Dante knew this woman too well.
When an idea took hold of her, nothing existed anymore. There were no more limits. No more caution. Only her obsession.
Kanchésis could perhaps help him.
But this option was just as dangerous.
The
relationship between their two organizations was based on a delicate
balance, maintained for years by measured trust. Or Luna had already
tried to approach her son, Apolinarius... the very heir of this powerful
family. And as if that were not enough, Béata had now asked for their
protection.
All the lines were starting to intersect.
One wrong move, and each alliance risked becoming a war front.
Dante felt an unpleasant sensation running down his spine.
Luna’s
revenge, which he initially considered a personal matter, had
metamorphosed into a series of uncontrollable events. Every decision she
made provoked a reaction elsewhere, as if someone methodically moved
the pieces of a huge chessboard whose final drawing no one yet saw.
And what worried Dante was not what he knew.
That was all he still didn’t know.
Depuis
des années, il avait tout fait pour protéger Luna. Il lui avait offert
du temps, des ressources, une influence qu'elle n'aurait jamais obtenue
seule. Il avait fermé les yeux sur certaines de ses méthodes, persuadé
qu'elle finirait par retrouver la raison une fois sa colère apaisée.
Pour la première fois...
Il commençait à se demander s'il n'avait pas commis la plus grave erreur de sa vie.
Il ignorait encore qu'un seuil venait déjà d'être franchi.
Dans
l'ombre, Luna avait orchestré le cambriolage de la maison de Chadney,
convaincue d'y découvrir des informations sur les origines du mystérieux
petit garçon. Une initiative qu'elle avait gardée secrète, même
vis-à-vis de lui.
Sans le savoir, elle venait d'entraîner d'autres forces dans la partie.
Et celles-ci ne tarderaient pas à réagir.
Perdu dans ces réflexions, Dante reprit lentement le compte rendu de la séance de la veille.
Ses yeux s'arrêtèrent une nouvelle fois sur la remarque qu'il avait lui-même glissée devant les Grands Sages.
Quelques lignes à peine.
Un simple paragraphe.
Un avertissement déguisé en recommandation administrative.
Pourtant...
En le relisant, une intuition glaciale lui traversa l'esprit.
Quelqu'un, quelque part, comprendrait exactement ce qu'il avait voulu dire.
Et ce jour-là, la véritable partie commencerait.
For
years, he had done everything to protect Luna. He had offered her time,
resources, an influence that she would never have obtained alone. He
had closed his eyes to some of her methods, convinced that she would
eventually come to her senses once her anger was calmed.
For the first time...
He began to wonder if he had not made the most serious mistake of his life.
He was still unaware that a threshold had already been crossed.
In
the shadows, Luna had orchestrated the burglary of Chadney’s house,
convinced to discover information about the origins of the mysterious
little boy. An initiative that she had kept secret, even vis-à-vis him.
Without knowing it, she had just trained other forces in the game.
And they would not be long in reacting.
Lost in these reflections, Dante slowly resumed the account of the previous day’s session.
His eyes stopped once again on the remark that he himself had slipped in front of the Great Sages.
Just a few lines.
A simple paragraph.
A warning disguised as an administrative recommendation.
Yet...
Upon rereading it, a cold intuition crossed his mind.
Someone, somewhere, would understand exactly what he had meant.
And on that day, the real game would start.
...
Pourtant,
derrière la satisfaction froide que lui avait procurée sa petite
intervention — cette remarque soigneusement déposée devant l’Institut et
les Grandes Familles — une sourde angoisse commençait à l’étreindre.
Il avait obtenu exactement ce qu’il voulait.
L’Institut avait entendu.
Les Grandes Familles aussi.
Les
regards s’étaient éveillés, les soupçons s’étaient déplacés et,
désormais, chacun observerait son voisin avec cette méfiance
particulière qui précédait toujours les grandes crises.
Dante aurait dû s’en réjouir.
Il ne s’en réjouissait pas.
Car derrière cette manœuvre parfaitement exécutée demeurait une question qu’il repoussait depuis trop longtemps.
Jusqu’où Luna était-elle prête à aller ?
Il l’avait prise sous son aile autrefois.
Pas par faiblesse.
Dante Sombre-Lune n’avait jamais été un homme que l’on pouvait accuser de sentimentalisme.
Mais
il avait été touché par son désespoir, par cette rage silencieuse qui
l’habitait après la fracassante révélation du remariage de son ancien
compagnon. Il avait compris son humiliation. Son besoin de liberté.
Cette nécessité presque animale de reprendre possession d’une existence
dont elle avait eu le sentiment d’être dépossédée.
Alors il l’avait aidée.
Protégée.
Soutenue.
Peut-être même davantage qu’il ne voulait aujourd’hui se l’avouer.
Pourtant, Luna n’était pas sa fille.
Il n’avait jamais eu d’enfant.
Il
avait traversé son existence accompagné de relations plus ou moins
longues, souvent brèves, parfois passionnées, toujours éphémères. Aucune
n’avait éveillé en lui l’envie de rester plus longtemps que nécessaire.
Dante avait préféré autre chose.
L’ambition.
Le pouvoir.
Les alliances.
Les
jeux politiques et économiques où un sourire pouvait valoir une menace
et une poignée de main condamner un adversaire sans qu’une seule goutte
de sang ne soit versée.
C’était cette vie qu’il avait choisie.
Et il ne regrettait rien.
Ni ses décisions.
Ni ses ennemis.

Yet,
behind the cold satisfaction that his little intervention had given
him—this remark carefully placed before the Institute and the Great
Families—a deep anguish began to embrace him.
He got exactly what he wanted.
The Institute had heard.
The Great Families too.
Looks
had arisen, suspicions had shifted and now everyone would be watching
their neighbor with that particular distrust that always preceded major
crises.
Dante should have rejoiced.
He did not look forward to it.
Because behind this perfectly executed maneuver remained a question that he had been pushing away for too long.
How far was Luna willing to go?
He had taken her under his wing once.
Not out of weakness.
Dante Dark-Moon had never been a man who could be accused of sentimentalism.
But
he had been touched by his despair, by the silent rage that inhabited
him after the shattering revelation of his former companion’s
remarriage. He had understood his humiliation. His need for freedom.
This almost animal need to retake possession of an existence from which
she had felt dispossessed.
So he had helped her.
Protected.
Supported.
Maybe even more than he wanted to admit today.
However, Luna was not his daughter.
He had never had a child.
He
had spent his life with more or less long-term relationships, often
brief, sometimes passionate, always ephemeral. None had aroused in him
the desire to stay longer than necessary.
Dante had preferred something else.
Ambition.
Power.
The alliances.
Political
and economic games where a smile could be worth a threat and a
handshake could condemn an opponent without a single drop of blood being
shed.
It was this life that he had chosen.
And he didn’t regret anything.
Nor his decisions.
Nor his enemies.

Ni même certaines choses qu’il avait dû faire pour parvenir là où il se trouvait aujourd’hui.
Il avait choisi cette vie.
Il l’aimait.
Mais Luna…
Luna devenait différente.
Au commencement, Dante avait cru soutenir une femme qui cherchait simplement à se reconstruire.
Puis il avait compris qu’elle voulait se venger.
Cela encore, il pouvait l’entendre.
La vengeance avait ses règles.
Ses limites.
Ses cibles.
Sir
Cal et Béata étaient au cœur de son histoire. Ils représentaient la
trahison, l’humiliation, la perte. Que Luna les haïsse ne surprenait
personne, et certainement pas Dante.
Seulement, quelque chose avait changé.
Insidieusement.
Sa colère avait débordé.
Elle ne voulait plus seulement atteindre ceux qui l’avaient blessée.
Elle avait commencé à englober dans son ressentiment tous ceux qui se dressaient sur son chemin.
Ceux qui l’observaient.
Ceux qui la ralentissaient.
Ceux qui posaient trop de questions.
Ceux qui, parfois, n’avaient absolument rien à voir avec son histoire.
Et maintenant…
un enfant.
Dante resta longtemps immobile devant le compte rendu posé sur son bureau.
Un enfant d’une dizaine d’années dont Luna cherchait obstinément à découvrir les origines.
Un enfant qu’elle n’avait rencontré que quelques fois.
Un enfant qu’elle n’aimait pas.
Pourquoi ?
C’était précisément ce qui l’inquiétait.
Elle ne cherchait plus seulement à comprendre qui il était.
Elle voulait savoir ce qu’il était.
D’où il venait.
Pourquoi certains semblaient le protéger.
Pourquoi l’Institut s’intéressait à lui.
Pourquoi Chadney avait accepté de le prendre sous sa protection.
Chaque réponse obtenue par Luna faisait naître une nouvelle question.
Chaque obstacle renforçait son obsession.
Dante connaissait ce mécanisme.
Il l’avait vu trop souvent chez des hommes consumés par le pouvoir.
À force de chercher un ennemi partout, on finissait toujours par en fabriquer un.
Il referma lentement le dossier.

Nor even some of the things he had to do to get to where he was today.
He had chosen this life.
He loved her.
But Luna...
Luna was becoming different.
In the beginning, Dante thought he was supporting a woman who was simply trying to rebuild herself.
Then he understood that she wanted revenge.
That again, he could hear it.
Revenge had its rules.
Its limits.
His targets.
Sir
Cal and Béata were at the heart of his story. They represented
betrayal, humiliation, loss. That Luna hated them didn’t surprise
anyone, and certainly not Dante.
Only, something had changed.
Insidiously.
His anger had spilled over.
She no longer wanted to reach only those who had hurt her.
She had begun to encompass in her resentment all those who stood in her way.
Those who were watching him.
Those who slowed her down.
Those who asked too many questions.
Those who, sometimes, had absolutely nothing to do with his story.
And now...
a child.
Dante remained motionless for a long time in front of the report placed on his desk.
A ten-year-old child whose origins Luna stubbornly sought to discover.
A child she had only met a few times.
A child she didn’t like.
Why?
That was precisely what worried him.
She no longer only sought to understand who he was.
She wanted to know what he was.
Where he came from.
Why some seemed to protect him.
Why the Institute was interested in him.
Why had Chadney agreed to take him under his protection.
Each answer that Luna got gave rise to a new question.
Each obstacle reinforced his obsession.
Dante knew this mechanism.
He had seen it too often in men consumed by power.
By looking for an enemy everywhere, we always ended up making one.
He slowly closed the file.

Pour la première fois depuis qu’il connaissait Luna, une pensée s’imposa à lui avec une netteté désagréable.
Il ne s’agissait plus de vengeance.
La vengeance aurait dû avoir une cible.
Une fin.
Une limite.
Ce que Luna construisait n’en avait plus aucune.
C’était une destruction.
Méthodique.
Obsessionnelle.
Et désormais dangereuse.
Dante releva lentement les yeux vers la fenêtre.
Pendant des années, il avait cru savoir reconnaître les monstres avant qu’ils ne deviennent incontrôlables.
C’était même l’une des raisons pour lesquelles il avait survécu aussi longtemps dans son monde.
Mais cette fois, une question beaucoup plus dérangeante venait de naître.
Et si le danger qu’il cherchait à contenir aujourd’hui était précisément celui qu’il avait autrefois choisi de protéger ?
Son visage demeura parfaitement impassible.
Seule sa main se crispa légèrement sur le dossier.
Parce qu’une autre pensée venait de suivre la première.
Plus froide.
Plus terrible.
Si Luna franchissait la dernière limite…
Dante savait exactement ce qu’il devrait faire.
Et pour la première fois depuis très longtemps,
il espéra ne pas avoir à le faire.
For the first time since he had known Luna, a thought struck him with an unpleasant clarity.
It was no longer about revenge.
Revenge should have had a target.
An end.
A limit.
What Luna was building had none left.
It was destruction.
Methodical.
Obsessive.
And now dangerous.
Dante slowly looked up at the window.
For years, he thought he could recognize monsters before they got out of hand.
It was even one of the reasons why he had survived so long in his world.
But this time, a much more disturbing question had just been born.
What if the danger he sought to contain today was precisely the one he once chose to protect?
His face remained perfectly impassive.
Only his hand tightened slightly on the file.
Because another thought had just followed the first one.
Colder.
More terrible.
If Luna crossed the last line...
Dante knew exactly what he should do.
And for the first time in a very long time,
he hoped not to have to do it.
Le téveil de l institut
Le réveil de l'institut
Après la révélation du cambriolage de la maison de Chadney, tout changea.
Les silences soigneusement entretenus par l’Institut commencèrent à s’effriter. Et avec eux, les certitudes des Grands Sages.
Pour
la première fois depuis longtemps, ils s’interrogèrent sur cette
obstination qu’ils avaient tous, sans exception, continué à entretenir.
Avaient-ils
été réellement perspicaces en choisissant de taire certaines vérités…
ou s’étaient-ils simplement convaincus qu’elles étaient trop dangereuses
pour être révélées ?
Auraient-ils dû mettre dans la confidence leurs trois fidèles ambassadeurs : Chadney, Morgyn et Siméon ?
Et surtout…
Avait-il été raisonnable d’intégrer Hécate à leur équipe ?
Toutes ces questions resteraient sans réponse.
Du moins, jusqu’à ce que l’inévitable se produise.
Et d’ici là…
Les Grands Sages savaient une chose.
Ni Luna, ni les Grandes Familles, ni aucune autre tentative visant à nuire à l’équipe ne pourrait désormais suffire.
Pas lorsque Hécate serait pleinement éveillée.
Mais nous n’en étions pas encore là.
Avant que tout ne soit enfin révélé, Hécate devait encore parcourir son propre chemin.
Un
chemin qu’elle n’avait pas choisi. Un chemin qui, peu à peu, allait
l’entraîner bien plus loin qu’elle ne l’aurait imaginé… et bouleverser
ceux qui l’entouraient.
Car certaines vérités ne se livrent pas.
Elles se découvrent.
Lentement.
Douloureusement.
Au prix de ce que l’on croyait savoir.
Et cette fois, personne ne pourrait avancer à sa place.
Hécate
devrait faire face seule aux ombres qui se dresseraient sur sa route,
aux questions sans réponses, aux signes qu’elle ne comprendrait pas
encore… et peut-être même à ce qu’elle redoutait le plus : découvrir une
vérité qu’elle n’était pas prête à entendre.
Son chemin serait long.
Pénible.
Dangereux.
Et terriblement risqué.
Car, dans l’obscurité qui s’étendait devant elle, chaque pas la rapprochait un peu plus de la vérité…
Mais aussi d’un secret qui, depuis bien longtemps, semblait attendre son réveil.
Pour l’instant, il restait deux problèmes.
Weldon.
Et Dante.
Le
cas de Weldon — si l’on pouvait réellement parler de problème —
semblait relativement simple à résoudre. Il suffisait de le mettre à
l’abri au sein même de l’Institut, sous la surveillance directe et
bienveillante de Chadney.
Dante, en revanche…
C’était une toute autre affaire.
Sa confrérie était ancienne.
Très ancienne.
Aussi ancienne, peut-être, que l’Institut lui-même.
Et
elle avait acquis au fil des siècles une réputation qui n’avait rien de
rassurant : et Dante celle d’un homme prêt à utiliser absolument tous
les moyens susceptibles de servir ses intérêts.
Tous.
Sans exception.
Y compris les personnes.
Surtout les personnes.
Et Luna en était l’exemple parfait.
After the break-in of Chadney’s house was revealed, everything changed.
The silences carefully maintained by the Institute began to crumble. And with them, the certainties of the Great Sages.
For
the first time in a long time, they wondered about this obstinacy that
they had all, without exception, continued to maintain.
Had they
really been perceptive in choosing to withhold certain truths... or had
they simply convinced themselves that they were too dangerous to reveal?
Should they have told their three loyal ambassadors: Chadney, Morgyn, and Siméon?
And above all...
Had it been reasonable to integrate Hecate into their team?
All these questions would remain unanswered.
At least until the inevitable happens.
And by then...

The great sages knew one thing.
Neither Luna, nor the Great Families, nor any other attempt to harm the team could now be enough.
Not when Hecate was fully awake.
But we weren’t there yet.
Before everything was finally revealed, Hecate still had to go her own way.
A
path she had not chosen. A path that, little by little, would take her
much further than she had imagined... and upset those around her.
Because some truths do not open.
They discover each other.
Slowly.
Painfully.
At the price of what we thought we knew.
And this time, no one could move forward in her place.
Hecate
would have to face alone the shadows that would stand in her way, the
questions without answers, the signs that she would not yet
understand... and perhaps even to what she feared the most: to discover a
truth that she was not ready to hear.
Her path would be long.
Annoying.
Dangerous.
And terribly risky.
For, in the darkness that stretched before her, every step brought her one step closer to the truth...
But also of a secret that, for a long time, seemed to be waiting for his awakening.
For now, two problems remained.
Weldon.
And Dante.
The
case of Weldon—if one could really speak of a problem—seemed relatively
simple to solve. It was enough to shelter him within the Institute,
under the direct and benevolent supervision of Chadney.
Dante, however...
It was a completely different matter.
His brotherhood was old.
Very old.
As old, perhaps, as the Institute itself.
And
the brothrhood had acquired over the centuries a reputation that was
not reassuring: that of Dante, of a man ready to use absolutely all
means likely to serve his interests.
All of them.
No exceptions.
Including people.
Especially people.
And Luna was the perfect example.
Aveuglée
par la vengeance, consumée par une colère qui ne lui laissait plus
guère de place pour la raison, elle était devenue exactement le genre
d’instrument dont Dante savait se servir.
Car les individus capables de ne plus réfléchir rationnellement étaient souvent les plus faciles à manipuler.
Et Dante le savait.
Ce que les Grands Sages ignoraient encore, en revanche…
c’était jusqu’où il était prêt à aller.
Et surtout…
ce qu’il avait réellement compris au sujet d’Hécate.
Blinded
by revenge, consumed by an anger that left little room for reason, she
had become exactly the kind of instrument that Dante knew how to use.
Because people who could no longer think rationally were often the easiest to manipulate.
And Dante knew it.
What the Great Sages still did not know, however...
That was how far he was willing to go.
And above all...
what he had really understood about Hecate.
Inconscients
des révélations partielles que l’Institut s’apprêtait à leur offrir,
les trois garçons arrivèrent ce jour-là devant ses portes.

Comme
toujours, ils furent saisis par la magnificence du bâtiment, imposant
et mystérieux, semblant presque appartenir à un autre monde.
Chadney et Morgyn, eux, se souvenaient parfaitement de leur toute première arrivée.
Ils
étaient alors beaucoup plus jeunes. Impressionnés. Inquiets aussi, sans
vraiment savoir ce qui les attendait derrière ces murs.
À l’époque, Apolinarius les accompagnait.
La
santé de Mamy Bro était devenue trop instable pour qu’elle puisse
continuer à les garder tous les trois quotidiennement chez elle. Et
puis, quelque part, l’Institut se trouvait sur leur chemin.
Un simple détour, en apparence.
Un détour qui allait pourtant changer leur vie.
Ils y avaient grandi.
Ils s’y étaient épanouis.
Ils
y avaient fait des rencontres merveilleuses, découvert des choses
qu’ils n’auraient jamais imaginées et, surtout, appris que le monde
était infiniment plus vaste — et plus dangereux — qu’ils ne l’avaient
cru.
Et pourtant, des années plus tard, devenus adultes, ils
ressentirent exactement la même chose en franchissant à nouveau ses
portes.

La même fascination.
La même étrange angoisse.
Car tous ceux qui entraient à l’Institut finissaient tôt ou tard par le comprendre :
on n’en ressortait jamais tout à fait le même.
Mais ce jour-là, aucun des trois ne pouvait encore imaginer ce qui les attendait.
Ils venaient chercher des réponses.
Ils allaient découvrir des vérités.
Et certaines d’entre elles auraient peut-être mieux fait de rester cachées.
Car derrière les portes de l’Institut, quelque chose les attendait.
Un véritable tourbillon de révélations, de secrets et de coups de théâtre…
dont ils étaient encore très loin de mesurer les conséquences.
Unaware
of the partial revelations that the Institute was about to offer them,
the three boys arrived that day in front of its doors.
As always,
they were seized by the magnificence of the building, imposing and
mysterious, seeming almost to belong to another world.

Chadney and Morgyn, on the other hand, remembered their very first arrival perfectly.
They were then much younger. Impressed. Worried too, without really knowing what awaited them behind these walls.
At the time, Apolinarius accompanied them.
Mamy
Bro’s health had become too unstable for her to continue keeping the
three of them at home daily. And then, somewhere, the Institute was in
their way.
A simple detour, on the surface.
A detour that would nevertheless change their lives.
They had grown there.
They had flourished there.
There
they had met wonderful people, discovered things they never would have
imagined and, above all, learned that the world was infinitely
larger—and more dangerous—than they thought.
And yet, years later, as they grew up, they felt exactly the same thing when they walked through its doors again.
The same fascination.

The same strange anxiety.
Because all those who joined the Institute eventually came to understand it:
we never came out of it completely the same.
But on that day, none of the three could yet imagine what awaited them.
They came looking for answers.
They were going to discover truths.
And some of them might have been better off staying hidden.
Because behind the doors of the Institute, something was waiting for them.
A real whirlwind of revelations, secrets and twists...
whose consequences they were still very far from measuring.
Ce
matin-là, lorsque les trois hommes franchirent les lourdes portes de la
salle des Grands Meetings, ils comprirent immédiatement que cette
réunion ne serait pas ordinaire.
La pièce n’était utilisée que rarement.
Les
Grands Sages la réservaient aux affaires importantes. Aux décisions que
l’on ne consignait pas toujours dans les registres officiels. Aux
secrets trop anciens, trop dangereux ou trop obscurs pour être prononcés
ailleurs.
Et ce matin-là, l’atmosphère y était presque irrespirable.
Une
tension sourde semblait s’être glissée entre les murs, quelque chose
d’invisible qui aspirait l’air et oppressait les poitrines avant même
qu’un seul mot n’ait été prononcé.
Chadney connaissait cette sensation.
Elle ne l’impressionnait plus.
Il
avait suffisamment fréquenté les Grandes Familles et leurs secrets pour
savoir qu’un silence pouvait parfois être bien plus menaçant qu’une
accusation.
Mais il savait aussi que Morgyn y serait plus
sensible. Son jeune frère avait toujours eu cette faculté — parfois
pénible — de ressentir ce que les autres s’efforçaient de dissimuler.
Quant à Siméon, il avait déjà assisté à suffisamment de réunions de ce genre pour conserver un calme presque insolent.
Ce fut donc avec une sérénité parfaite que Chadney prit la parole.
Sans exagération.
Sans interprétation inutile.
Il exposa les faits.
D’abord, la partie de pêche.
Cette surveillance discrète… ou qui avait manifestement voulu l’être.
Des
silhouettes aperçues à plusieurs reprises. Des présences trop
régulières pour être fortuites. Des regards qui s’attardaient. Des
déplacements maladroitement calculés.
Quelqu’un les observait.
Puis il évoqua le cambriolage de son domicile.
L’intruse surprise sur place.
Sa fuite précipitée.
Et surtout cette étrange impression que rien n’avait véritablement été volé.
That
morning, when the three men passed through the heavy doors of the Great
Meeting Hall, they immediately understood that this meeting would not
be ordinary.
The room was rarely used.
The Great Sages
reserved it for important matters. For decisions that were not always
recorded in official records. To secrets that are too old, too
dangerous, or too obscure to be told elsewhere.
And that morning, the atmosphere there was almost unbreathable.
A
dull tension seemed to have crept between the walls, something
invisible that sucked the air and oppressed the breasts even before a
single word had been uttered.
Chadney knew this feeling.
She no longer impressed him.
He
had known enough of the Great Families and their secrets to know that a
silence could sometimes be much more threatening than an accusation.
But
he also knew that Morgyn would be more sensitive to it. His younger
brother had always had this faculty—sometimes painful—of feeling what
others tried to conceal.
As for Simeon, he had already attended enough meetings of this kind to maintain an almost insolent calm.
It was therefore with perfect serenity that Chadney spoke.
Without exaggeration.
Without unnecessary interpretation.
He set forth the facts.
First, the fishing trip.
This discreet surveillance... or that had obviously wanted to be.
Silhouettes seen several times. Presences too regular to be fortuitous. Glances lingering. Awkwardly calculated displacements.
Someone was watching them.
Then he mentioned the burglary of his home.
The surprise intruder on site.
His precipitous escape.
And above all, this strange impression that nothing had really been stolen.
Lorsque Chadney eut terminé l’exposé des faits, il joignit tranquillement les mains devant lui.
— J’en arrive donc à deux possibilités.
Il marqua une courte pause.
— La première, c’est Weldon.
À l’évocation du nom de l’enfant, quelque chose passa dans le regard de plusieurs Sages.
Si Chadney le remarqua, il n’en montra rien.
—
Ce serait malheureusement la possibilité la plus logique. Nous savons
déjà que certaines personnes cherchent à obtenir des renseignements sur
lui. Son passé, son origine, Faern… Tout cela suffit à justifier une
surveillance.
Il inspira lentement.
— La seconde possibilité…
Son regard parcourut la longue table.
— …c’est Hécate.
Cette fois, le changement fut presque imperceptible.
Presque.
Un regard échangé.
Une main qui se crispa légèrement sur un accoudoir.
Un visage qui se détourna une fraction de seconde trop tard.
Chadney poursuivit pourtant, parfaitement calme.
— Mais là, je ne comprends pas.
Morgyn releva légèrement la tête.
—
Hécate n’occupe aucune fonction susceptible de justifier une telle
surveillance. Elle a quitté l’enquête. Elle ne représente officiellement
aucune Grande Famille. Elle ne possède aucune autorité particulière et,
à ma connaissance, elle ne détient aucune information suffisamment
importante pour qu’on prenne le risque de la suivre.
Il eut un léger haussement d’épaules.
— En clair… Hécate n’est personne qui puisse intéresser quiconque à ce point.
Le silence qui suivit fut terrible.
Pas un silence de réflexion.
Pas un silence d’hésitation.
Un silence de sidération.
Chadney le comprit presque immédiatement.
Quelque chose venait de changer dans la pièce.
Morgyn tourna lentement la tête vers son frère.
Siméon, lui, ne bougea pas.
Mais son regard venait de quitter Chadney pour se poser sur les Grands Sages.
Un à un.
Comme s’il cherchait à comprendre lequel d’entre eux allait commettre l’erreur de parler le premier.
Personne ne le fit.
When Chadney had finished the statement of facts, he quietly joined hands before him.
—So I come to two possibilities.
He took a short break.
—The first one is Weldon.
At the mention of the child’s name, something passed in the eyes of several Sages.
If Chadney noticed, he showed nothing.
—
Unfortunately, that would be the most logical option. We already know
that some people are looking for information about him. His past, his
origin, Faern... All this is enough to justify surveillance.
He breathed in slowly.
—The second possibility...
His gaze ran across the long table.
—... it’s Hecate.
This time, the change was almost imperceptible.
Almost.
A exchanged look.
A hand that tightened slightly on an armrest.
A face that turned away a split second too late.
Chadney continued, however, perfectly calm.
—But now, I don’t understand.
Morgyn raised his head slightly.
—
Hecate does not hold any position that could justify such monitoring.
She has left the investigation. She does not officially represent any
Great Family. She has no particular authority and, to my knowledge, she
does not have any information important enough for us to take the risk
of following her.
He had a slight shrug of the shoulders.
—In short... Hecate is no one who can interest anyone at this point.
The silence that followed was terrible.
Not a silence of reflection.
Not a silence of hesitation.
A silence of amazement.
Chadney understood this almost immediately.
Something had just changed in the room.
Morgyn slowly turned his head toward his brother.
Simeon, however, did not move.
But his gaze had just left Chadney to settle on the Great Sages.
One by one.
As if he were trying to understand which of them would make the mistake of speaking first.
Nobody did.
Les Grands Sages restaient figés.
Et pour la première fois depuis leur arrivée, Chadney sentit sa tranquillité se fissurer.
Il connaissait les silences embarrassés.
Il connaissait les silences diplomatiques.
Il connaissait même ceux que l’on utilisait pour intimider.
Celui-ci n’appartenait à aucune de ces catégories.
C’était le silence de gens qui savaient.
Et qui venaient soudain de comprendre que Chadney, Morgyn et Siméon, eux, ne savaient pas.
Chadney se redressa très légèrement.
Son regard se durcit.
— Quoi ?
Aucune réponse.
— J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?
Toujours rien.
Puis l’un des Sages baissa les yeux.
Un autre échangea un regard avec son voisin.
Ce simple geste suffit.
Morgyn pâlit.
— Vous savez quelque chose sur Hécate.
Ce n’était pas une question.
Cette fois, le malaise devint presque tangible.
Chadney ne bougea plus.
Quelques
secondes auparavant encore, il était venu exposer deux incidents et
demander l’aide de l’Institut pour identifier leur cible.
À présent, une pensée beaucoup plus inquiétante venait de s’imposer à lui.
Peut-être s’était-il trompé depuis le début.
Peut-être que Weldon n’était pas la véritable cible.
Peut-être
même que le cambriolage, la surveillance, les présences autour d’eux
n’étaient que les premières pièces d’un mécanisme beaucoup plus ancien.
Et surtout…
peut-être qu’Hécate n’avait jamais été cette jeune femme ordinaire que tout le monde — lui compris — avait cru connaître.
Chadney posa lentement ses deux mains sur la table.
Sa voix, lorsqu’elle s’éleva de nouveau, avait perdu toute trace de courtoisie.
— Qu’est-ce que vous nous avez caché sur Hécate ?
Au fond de la salle, l’un des Grands Sages ferma lentement les yeux.
Et Chadney comprit.
Avant même que quelqu’un ne prononce le moindre mot.
La réponse allait être bien pire que tout ce qu’il avait imaginé.
The Great Sages remained frozen.
And for the first time since their arrival, Chadney felt his peace cracking.
He knew the embarrassed silences.
He knew about diplomatic silences.
He even knew those who were used to intimidate.
This one did not belong to any of these categories.
It was the silence of people who knew.
And who suddenly understood that Chadney, Morgyn and Simeon did not know.
Chadney sat up very slightly.
His gaze hardens.
—What?
No response.
—Did I say something wrong?
Still nothing.
Then one of the Sages looked down.
Another exchanged a look with his neighbor.
This simple gesture is enough.
Morgyn turns pale.
—You know something about Hecate.
That wasn’t a question.
This time, the malaise became almost tangible.
Chadney did not move.
A few seconds earlier, he had come to expose two incidents and ask for the Institute’s help in identifying their target.
Now, a much more worrying thought had imposed itself on him.
Maybe he had been wrong all along.
Maybe Weldon wasn’t the real target.
Perhaps even the burglary, the surveillance, the presences around them were only the first pieces of a much older mechanism.
And above all...
Maybe Hecate had never been that ordinary young woman that everyone—including her—thought she knew.
Chadney slowly placed both hands on the table.
His voice, when it rose again, had lost all trace of courtesy.
—What did you hide from us on Hecate?
At the back of the room, one of the Great Sages slowly closed his eyes.
And Chadney understood.
Even before someone says a word.
The answer was going to be much worse than anything he had imagined.
Le silence s'était prolongé.
Pas un silence ordinaire.
Celui, beaucoup plus inquiétant, de ceux qui savent quelque chose et cherchent encore jusqu'où ils ont le droit de le révéler.
Chadney attendait.
Morgyn, assis à ses côtés, avait cessé de jouer machinalement avec l'une de ses bagues.
Siméon, lui, observait les Grands Sages avec cette attention calme qui lui était propre.
Ce fut finalement le plus ancien d'entre eux qui prit la parole.
— Nous devons commencer par rectifier une erreur.
Chadney fronça légèrement les sourcils.
— Laquelle ?
— Celle que vous commettez tous depuis le commencement.
Un regard passa entre les trois hommes.
Le Sage poursuivit :
— Vous pensez que Weldon est entré par hasard dans la vie d'Hécate.
Cette fois, Chadney se redressa.
— Ce n'est pas le cas ?
— Non.
Un seul mot.
Mais il suffit à alourdir brutalement l'atmosphère.
Morgyn intervint.
— Vous êtes en train de nous dire que l'Institut le savait ?
—
Nous savions qu'une rencontre devait avoir lieu. Nous ignorions quand.
Nous ignorions comment. Et surtout… nous ignorions qui serait l'enfant.
Chadney ne cilla pas.
— Mais vous saviez pour Hécate.
Le silence des Sages lui apporta la réponse avant même que l'un d'eux ne parle.
— Oui.
La mâchoire de Chadney se contracta.
— Depuis quand ?
— Depuis bien avant son arrivée à l'Institut.
Cette fois, même Siméon perdit une fraction de sa sérénité.
— Qu'est-ce qu'Hécate a de particulier ?
Le Grand Sage tourna lentement les yeux vers lui.
— Rien.
Morgyn eut un mouvement d'incompréhension.
— Pardon ?
—
Et c'est précisément ce qui rend cette histoire si difficile à
comprendre. Hécate n'a pas été choisie pour sa puissance. Ni pour son
nom. Ni pour sa naissance. Elle n'est pas l'héritière d'une Grande
Famille oubliée et nous n'allons pas vous annoncer qu'un royaume perdu
coule dans ses veines.
Il marqua une pause.

The silence had continued.
Not an ordinary silence.
The one, much more worrying, of those who know something and still seek how far they have the right to reveal it.
Chadney was waiting.
Morgyn, sitting next to him, had stopped playing mechanically with one of his rings.
Simeon, he observed the Great Sages with that calm attention of his own.
It was finally the oldest of them who spoke.
—We need to fix a mistake first.
Chadney frowned slightly.
—Which one?
—The one you have all committed from the beginning.
A glance passed between the three men.
The Sage continued:
—You think that Weldon entered the life of Hecate by chance.
This time, Chadney sat up.
— Isn’t that the case?
—No.
One word.
But it is enough to brutally burden the atmosphere.
Morgyn intervened.
—Are you telling us that the Institute knew?
—We
knew that a meeting had to take place. We didn’t know when. We didn’t
know how. And above all... we didn’t know who the child would be.
Chadney did not cilla.
—But you knew about Hecate.
The silence of the Sages brought him the answer even before one of them spoke.
—Yes.
Chadney’s jaw contracted.
—Since when?
—Since well before he arrived at the Institute.
This time, even Simeon lost a fraction of his serenity.
—What is special about Hecate?
The Great Sage slowly turned his eyes to him.
—Nothing.
Morgyn had a misunderstanding movement.
— Sorry?
—
And that’s precisely what makes this story so difficult to understand.
Hecate was not chosen for her power. Nor for her name. Nor for his
birth. She is not the heir of a forgotten great family and we are not
going to tell you that a lost kingdom flows in her veins.
He paused.
— Hécate a été choisie parce qu'elle est celle qui peut conduire l'enfant jusqu'au Seuil.
Chadney pâlit imperceptiblement.
— Quel Seuil ?
Personne ne répondit immédiatement.
Puis le Sage prononça :
— Celui de la Dernière Quête.
Le silence devint absolu.
Morgyn regarda Siméon.
Siméon ne le regardait déjà plus.
Son attention était entièrement tournée vers les Sages.
— Et Weldon ?
— Il est celui qui pourra le franchir.
Chadney se leva.
Le mouvement fut lent, parfaitement maîtrisé.
Plus inquiétant encore qu'un éclat de colère.
— Weldon a dix ans.
— Nous le savons.
— Alors je vous conseille de choisir très soigneusement vos prochains mots.
Le Sage soutint son regard.
— Il n'est pas question qu'il accomplisse quoi que ce soit aujourd'hui.
Chadney resta debout.
— Quand ?
Cette fois, l'hésitation fut perceptible.
— Lorsqu'il aura l'âge de comprendre ce qu'on lui demandera. Et surtout… l'âge de refuser.
Ces derniers mots changèrent quelque chose.
Siméon releva brusquement les yeux.
— Refuser ?
— Oui.
— Donc ce n'est pas une obligation.
— Non.

Le Sage joignit lentement les mains devant lui.
—
C'est là que les textes ont souvent été mal interprétés. Ils ne parlent
pas de deux êtres condamnés à accomplir une destinée. Ils parlent de
deux êtres auxquels une possibilité sera offerte.
Morgyn murmura :
— Hécate et Weldon.
— Hécate et Weldon.
— Ensemble ?
— Oui.
Chadney demanda alors :
— Et nous ?
Cette fois, personne ne répondit.
Une seconde passa.
Puis deux.
Chadney comprit.
— Non.
Le mot claqua dans la salle.
— Chadney…
— Non.
Il regarda successivement chacun des Sages.
—
Vous êtes en train de me dire qu'un jour vous demanderez à cet enfant
de partir quelque part avec Hécate pour accomplir je ne sais quelle
quête dont personne ne semble vouloir prononcer clairement le nom… et
que nous devrons gentiment attendre leur retour ?
— Ce n'est pas exactement…
— Alors expliquez-moi.

—Hecate was chosen because she is the one who can lead the child to the Threshold.
Chadney fades imperceptibly.
—What Threshold?
No one answered immediately.
Then the Sage pronounced:
—The one from the Last Quest.
The silence became absolute.
Morgyn looked at Siméon.
Siméon already stopped looking at him.
His attention was entirely turned to the Sages.
—And Weldon?
—He is the one who will be able to cross it.
Chadney stood up.
The movement was slow, perfectly controlled.
Even more worrying than a burst of anger.
—Weldon is ten years old.
—We know that.
—So I advise you to choose your next words very carefully.
The Sage sustained his gaze.
—There is no question of him accomplishing anything today.
Chadney remained standing.
—When?
This time, the hesitation was noticeable.
—When he is old enough to understand what will be asked of him. And above all... the age to refuse.
These last words changed something.
Simeon suddenly looked up.
—Refuse?
—Yes.
—So it’s not an obligation.
—No.
The Sage slowly joined hands before him.
—
This is where the texts have often been misinterpreted. They do not
speak of two beings condemned to fulfill a destiny. They talk about two
beings to whom a possibility will be offered.
Morgyn murmured:
—Hecate and Weldon.
—Hecate and Weldon.
—Together?
—Yes.
Chadney then asked:
—And us?
This time, no one answered.
A second passed.
Then two.
Chadney understood.
—No.
The word rang in the room.
—Chadney...
—No.
He looked successively at each of the Sages.
—
You are telling me that one day you will ask this child to go somewhere
with Hecate in order to accomplish I don’t know what quest no one seems
to want to pronounce clearly... and that we will have to kindly wait
for their return?
—That’s not exactly...
—Then explain to me.
Siméon posa doucement une main sur l'avant-bras de Morgyn, l'empêchant d'intervenir.
Le Grand Sage se leva à son tour.
— Lorsqu'ils partiront, s'ils décident de partir, Hécate et Weldon devront être seuls.
Chadney le fixa.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il n'existe que deux places.
— Je ne comprends pas.
Cette fois, ce fut Siméon qui murmura :
— Moi, si.
Tous les regards se tournèrent vers lui.
Il avait pâli.
— Ce n'est pas une expédition.
Le Sage inclina légèrement la tête.
— Non.
— Ce n'est même pas véritablement une quête au sens où nous l'entendons.
— Non.
Siméon regarda Chadney.
— C'est une épreuve de reconnaissance.
Puis il revint aux Sages.
— Le lieu ne s'ouvrira que pour eux.
— Exactement.
Morgyn se redressa.
— Et si quelqu'un les accompagne ?
Nouveau silence.
Beaucoup trop long.
— Le Seuil ne s'ouvrira pas.
Chadney expira lentement.
— Très bien. Alors je les accompagne jusqu'au Seuil.
— Non.
Cette fois, quelque chose de dangereux passa dans son regard.
— Pourquoi ?
— Parce que le chemin lui-même fait partie de la quête.
Cette réponse le frappa plus durement que toutes les autres.
Il se rassit lentement.
Pour la première fois depuis le début de la réunion, Chadney semblait réellement déstabilisé.
— Donc je devrai le laisser partir.
Le Sage le regarda longuement.
— Non, Chadney.
Sa voix s'était adoucie.
— Vous devrez accepter qu'il parte.
La nuance était terrible.
Morgyn baissa les yeux.
Siméon resta silencieux.
— Et s'ils refusent ? demanda finalement Chadney.
Cette fois, la réponse fut immédiate.
— Alors ils ne partiront pas.
— Et les conséquences ?
Le Sage hésita.
— Nous ne les connaissons pas.
Chadney eut un rire bref, sans aucune joie.
— Évidemment.
Puis Siméon posa la question que personne n'avait encore osé formuler.
— Qu'y a-t-il au bout ?
Les visages des Sages se fermèrent.
Et Chadney comprit immédiatement qu'ils venaient d'atteindre la limite.
— Vous le savez, souffla-t-il.
— Une partie seulement.
Simeon gently placed a hand on Morgyn’s forearm, preventing him from intervening.
The Great Sage stood up in turn.
—When they leave, if they decide to leave, Hecate and Weldon will have to be alone.
Chadney stared at him.
—Why?
—Because there are only two spots.
—I don’t understand.
This time, it was Simeon who murmured:
—I do.
All eyes turned to him.
He had paled.
—This is not an expedition.
The Sage inclined his head slightly.
—No.
—It’s not even really a quest in the sense that we understand it.
—No.
Siméon looked at Chadney.
—This is a recognition test.
Then he returned to the Sages.
—The place will open only for them.
—Exactly.
Morgyn sat up.
— And what if someone accompanies them?
New silence.
Way too long.
—The Threshold won’t open.
Chadney expired slowly.
—Very well. So I accompany them to the Threshold.
—No.
This time, something dangerous passed through his eyes.
—Why?
—Because the path itself is part of the quest.
This answer hit him harder than all the others.
He sat down slowly.
For the first time since the beginning of the meeting, Chadney seemed really destabilized.
—So I’ll have to let him go.
The Sage looked at him for a long time.
—No, Chadney.
His voice had softened.
—You’ll have to accept that he leaves.
The nuance was terrible.
Morgyn looked down.
Simeon remained silent.
—What if they refuse? asked Chadney finally.
This time, the response was immediate.
—Then they won’t leave.
—And the consequences?
The Sage hesitated.
—We don’t know them.
Chadney had a short laugh, without any joy.
—Of course.
Then Simeon asked the question that no one had yet dared to formulate.
—What’s at the end?
The faces of the Sages closed.
And Chadney immediately understood that they had just reached the limit.
—You know, he whispered.
—One part only.
— Dites-la.
Le Grand Sage secoua lentement la tête.
— Non.
Chadney se leva de nouveau.
— Pourquoi ?
— Parce que cette réponse n'est pas destinée à vous.
Il marqua une pause.
— Ni à nous.
Puis il ajouta :
— Certaines vérités devront être découvertes par Hécate et Weldon eux-mêmes.
Morgyn fronça les sourcils.
— Pendant la quête ?
— Avant.
Cette fois, même Chadney ne répondit pas.
Le Sage regarda les trois hommes.
—
Voilà ce que vous devez comprendre aujourd'hui. Notre rôle n'est pas de
préparer Hécate et Weldon à accomplir la Dernière Quête.
— Alors quel est-il ? demanda Siméon.
— Faire en sorte qu'ils soient encore libres de choisir lorsqu'elle se présentera à eux.
Un silence.
Puis le Sage regarda Chadney.
— Votre rôle est de protéger Weldon jusque-là.
Son regard glissa vers Morgyn et Siméon.
— Le vôtre est de les aider à devenir suffisamment forts pour ne plus avoir besoin de votre protection.
Enfin, il ajouta, beaucoup plus bas :
— Et le nôtre est de savoir quand nous devrons tous nous retirer.
Personne ne parla.
Car soudain, Chadney comprit ce qui lui faisait peur depuis le début de cette réunion.
Ce n'était pas ce que l'Institut venait de révéler.
C'était ce qu'il refusait encore de révéler.
Et
quelque part, loin de cette salle, Hécate et Weldon poursuivaient
tranquillement leur existence, totalement inconscients qu'un jour
viendrait où personne — ni l'Institut, ni les Grandes Familles, ni
Morgyn, ni Siméon…
pas même Chadney —
ne pourrait faire le chemin à leur place.
— Dites-la.
Le Grand Sage secoua lentement la tête.
— Non.
Chadney se leva de nouveau.
— Pourquoi ?
— Parce que cette réponse n'est pas destinée à vous.
Il marqua une pause.
— Ni à nous.
Puis il ajouta :
— Certaines vérités devront être découvertes par Hécate et Weldon eux-mêmes.
Morgyn fronça les sourcils.
— Pendant la quête ?
— Avant.
Cette fois, même Chadney ne répondit pas.
Le Sage regarda les trois hommes.
—
Voilà ce que vous devez comprendre aujourd'hui. Notre rôle n'est pas de
préparer Hécate et Weldon à accomplir la Dernière Quête.
— Alors quel est-il ? demanda Siméon.
— Faire en sorte qu'ils soient encore libres de choisir lorsqu'elle se présentera à eux.
Un silence.
Puis le Sage regarda Chadney.
— Votre rôle est de protéger Weldon jusque-là.
Son regard glissa vers Morgyn et Siméon.
— Le vôtre est de les aider à devenir suffisamment forts pour ne plus avoir besoin de votre protection.
Enfin, il ajouta, beaucoup plus bas :
— Et le nôtre est de savoir quand nous devrons tous nous retirer.
Personne ne parla.
Car soudain, Chadney comprit ce qui lui faisait peur depuis le début de cette réunion.
Ce n'était pas ce que l'Institut venait de révéler.
C'était ce qu'il refusait encore de révéler.
Et
quelque part, loin de cette salle, Hécate et Weldon poursuivaient
tranquillement leur existence, totalement inconscients qu'un jour
viendrait où personne — ni l'Institut, ni les Grandes Familles, ni
Morgyn, ni Siméon…
pas même Chadney —
ne pourrait faire le chemin à leur place.
—Say it.
The Great Sage slowly shook his head.
—No.
Chadney stood up again.
—Why?
—Because this answer is not meant for you.
He paused.
—Nor to us.
Then he added:
—Some truths will have to be discovered by Hecate and Weldon themselves.
Morgyn knit his brows.
—During the quest?
—Before.
This time, not even Chadney replied.
The Sage looked at the three men.
—This is what you need to understand today. Our role is not to prepare Hecate and Weldon to complete the Final Quest.
—Then what is it? asked Siméon.
—Ensure that they are still free to choose when she comes to them.
A silence.
Then the Sage looked at Chadney.
—Your role is to protect Weldon until then.
His gaze shifted toward Morgyn and Simeon.
—Yours is to help them become strong enough not to need your protection anymore.
Finally, he added, much lower:
—And ours is to know when we all have to retire.
No one spoke.
Because suddenly, Chadney understood what he was afraid of since the beginning of this meeting.
This was not what the Institute had just revealed.
That was what he still refused to reveal.
And
somewhere, far from this room, Hecate and Weldon quietly continued
their existence, completely unaware that a day would come when
nobody—neither the Institute, nor the Great Families, nor Morgyn, nor
Simeon...
not even Chadney—
could not make the way in their place.
—Say it.
The Great Sage slowly shook his head.
—No.
Chadney stood up again.
—Why?
—Because this answer is not meant for you.
He paused.
—Nor to us.
Then he added:
—Some truths will have to be discovered by Hecate and Weldon themselves.
Morgyn knit his brows.
—During the quest?
—Before.
This time, not even Chadney replied.
The Sage looked at the three men.
—This is what you need to understand today. Our role is not to prepare Hecate and Weldon to complete the Final Quest.
—Then what is it? asked Siméon.
—Ensure that they are still free to choose when she comes to them.
A silence.
Then the Sage looked at Chadney.
—Your role is to protect Weldon until then.
His gaze shifted toward Morgyn and Simeon.
—Yours is to help them become strong enough not to need your protection anymore.
Finally, he added, much lower:
—And ours is to know when we all have to retire.
No one spoke.
Because suddenly, Chadney understood what he was afraid of since the beginning of this meeting.
This was not what the Institute had just revealed.
That was what he still refused to reveal.
And
somewhere, far from this room, Hecate and Weldon quietly continued
their existence, completely unaware that a day would come when
nobody—neither the Institute, nor the Great Families, nor Morgyn, nor
Simeon...
not even Chadney—
could not make the way in their place.
be continued
À la Templerie de l’Ordre du Phénix, Dante s’interrogeait.
Depuis quelque temps déjà, une question revenait avec une insistance désagréable.
Que faisait réellement cet enfant auprès de Healers aussi puissants ?
Il
pouvait comprendre l’attachement de Chadney. L’homme avait pris Weldon
sous sa protection, puis sous sa tutelle. Les liens affectifs avaient
cette fâcheuse tendance à brouiller les raisonnements les plus
rationnels.
Morgyn et Siméon, en revanche…
Leur présence continuelle auprès du garçon était plus difficile à expliquer.
Des hommes de leur puissance, de leur connaissance, de leur position ne gravitaient pas ainsi autour d’un enfant sans raison.
Quant à Hécate…
Dante l’écarta presque aussitôt de son raisonnement.
Une herbaliste.
Talentueuse, certes. Remarquablement formée, probablement. Mais une herbaliste malgré tout.
Elle
n’était pas une Healer de grande puissance, ni l’héritière connue d’une
ancienne lignée, encore moins une figure susceptible de bouleverser
l’équilibre entre les Grandes Familles.
Dans cette étrange équation, Hécate lui apparaissait comme un élément secondaire.
Un accessoire.

Et pourtant…
Luna s’intéressait beaucoup trop à elle.
Voilà ce qui dérangeait Dante.
Il
avait d’abord attribué cette fixation à une jalousie toute féminine,
irrationnelle, nourrie par la colère et l’humiliation que Luna traînait
derrière elle depuis Cal.
Mais il connaissait Luna.
Sa rage pouvait l’aveugler.
Sa vengeance pouvait la rendre imprudente.
Elle n’était cependant pas stupide.
Alors pourquoi Hécate ?
Qu’avait-elle vu ?
Qu’avait-elle compris ?
Ou pire…
qu’avait-elle découvert ?
Dante resta longtemps silencieux.
Peut-être Luna avait-elle effectivement mis la main sur quelque chose.
Il n’en était pas convaincu.
Pas encore.
Il ignorait alors les révélations que l’Institut s’apprêtait à faire concernant Hécate et Weldon.
To the Templars of the Order of the Phoenix of the Three Moons
At the Templars of the Order of the Phoenix, Dante was wondering.
For some time now, a question has been coming back with an unpleasant insistence.
What was this child really doing with such powerful Healers?
He
could understand Chadney’s attachment. The man had taken Weldon under
his protection, then under his tutelage. Emotional ties had this
unfortunate tendency to blur the most rational reasoning.
Morgyn and Siméon, on the other hand...
Their continual presence with the boy was more difficult to explain.
Men of their power, of their knowledge, of their position did not gravitate thus around a child without reason.
As for Hecate...
Dante almost immediately removed him from his reasoning.
A herbalist.
Talented, of course. Remarkably well-trained, probably. But a herbalist nonetheless.
She
was not a Healer of great power, nor the known heir of an ancient
lineage, much less a figure likely to upset the balance between the
Great Families.
In this strange equation, Hecate appeared to him as a secondary element.
A prop.
And yet...

Luna was much too interested in her.
That’s what bothered Dante.
He
initially attributed this fixation to a very feminine, irrational
jealousy, nourished by the anger and humiliation that Luna carried
behind her since Cal.
But he knew Luna.
His rage could blind him.
Her revenge could make her reckless.
She wasn’t stupid, though.
So why Hecate?
What had she seen?
What had she understood?
Or worse...
What had she discovered?
Dante remained silent for a long time.
Maybe Luna had actually gotten her hands on something.
He wasn’t convinced.
Not yet.
He was then unaware of the revelations that the Institute was about to make concerning Hecate and Weldon.
Et
surtout, il était très loin d’imaginer que la femme qu’il venait
mentalement de reléguer au rang d’accessoire était peut-être précisément
celle autour de laquelle toute l’affaire finirait par s’articuler.
Pour l’instant, Dante prit une décision beaucoup plus pragmatique.
Il laisserait Luna faire.
Il laisserait évoluer cette rage.
Il observerait.
Après tout, même une obsession pouvait devenir utile.
Et peut-être pourrait-il en tirer quelque profit.

Luna, elle, n’avait rien abandonné.
La tentative de cambriolage de la maison de Chadney avait échoué.
Elle n’avait obtenu ni les documents espérés, ni les réponses qu’elle cherchait.
Mais cet échec avait eu un effet inattendu.
Il avait renforcé sa conviction.
Cet enfant représentait beaucoup plus qu’un simple attachement sentimental.
Elle ne savait simplement pas encore quoi.
Ce
soir-là, dans une autre partie de la Templerie, Luna tournait lentement
autour d’une longue table, réfléchissant à voix haute, reprenant
méthodiquement les événements des derniers mois.
Cal.
Tout revenait toujours à Cal.
Mais pas à l’homme qu’elle avait aimé autrefois.
Cette histoire-là était terminée.
Sa vengeance n’était plus sentimentale.
Elle voulait détruire ce qu’il avait construit après elle.
Ses alliances.
Son influence.
Sa nouvelle famille.
Et surtout ce qu’il préparait pour l’avenir.
Parce que Luna connaissait Cal.
Ou du moins…
elle l’avait connu.
Elle
connaissait ses ambitions, ses rivalités, ses alliances anciennes et
cette obsession presque maladive qu’il avait toujours entretenue autour
de la transmission de son pouvoir.
Et elle savait parfaitement ce qu’il comptait transmettre à son héritière.
Endora.
Cette pensée la ramena brutalement plusieurs années en arrière.
À une conversation qu’elle avait presque oubliée.
À l’époque de leur mariage, Cal avait plusieurs fois évoqué devant elle l’importance d’un héritier.
Pas simplement un enfant.
Un Héritier.
And
above all, he was very far from imagining that the woman he had just
mentally relegated to the rank of accessory was perhaps precisely the
one around whom the whole affair would end up being articulated.
For now, Dante made a much more pragmatic decision.
He would let Luna do it.
He would let this rage evolve.
He would observe.
After all, even an obsession could become useful.
And perhaps he could benefit from it.
Luna, for her part, had given up nothing.
The attempt to break into Chadney’s house had failed.
She did not get the documents she had hoped for, nor the answers she was looking for.
But this failure had an unexpected effect.
He had strengthened his conviction.
This child represented much more than just a sentimental attachment.
She just didn’t know what yet.

That
evening, in another part of the Templerie, Luna was slowly turning
around a long table, reflecting aloud, methodically repeating the events
of the last months.
Cal.
Everything always came back to Cal.
But not to the man she once loved.
That story was over.
His revenge was no longer sentimental.
She wanted to destroy what he had built after her.
His alliances.
His influence.
His new family.
And especially what he was preparing for the future.
Because Luna knew Cal.
Or at least...
she had known him.
She
knew his ambitions, his rivalries, his old alliances and the almost
unhealthy obsession he had always maintained about the transmission of
his power.
And she knew perfectly well what he intended to pass on to his heir.
Endora.
This thought brutally set her back several years.
To a conversation she had almost forgotten about.
At the time of their marriage, Cal had several times spoken to her about the importance of an heir.
Not just a child.
A Heir.
Avec
cette façon étrange qu’il avait parfois de prononcer certains mots
comme s’ils possédaient une signification que lui seul connaissait.
Un soir, il lui avait même parlé d’une ancienne prophétie liée à son clan.
Il n’en avait récité qu'une seule phrase :
« Lorsque l’Héritier aura atteint l’âge du choix, celle qui marche sans couronne devra se tenir auprès de lui… »
Rien de plus.
Luna l’avait interrogé.
Cal avait refusé d’en dire davantage.
À l’époque, elle avait imaginé mille choses.
Une épouse.
Une souveraine.
Une gardienne.
Elle

Puis les années avaient passé.
Et la prophétie était devenue l’une de ces vieilles histoires auxquelles on ne pense plus.
Jusqu’à Béata.
Jusqu’à cette grossesse.
Jusqu’à Endora.
Luna s’immobilisa.
Elle avait longtemps cru que Cal avait choisi Béata.
Peut-être s’était-elle trompée.
Peut-être Béata n’avait-elle jamais été véritablement un choix sentimental.
Peut-être Cal avait-il vu dans sa grossesse quelque chose que les autres ignoraient.
L’accomplissement de la prophétie.
Voilà pourquoi il avait tout bouleversé.
Voilà pourquoi il avait accepté le scandale.
Voilà pourquoi il avait rompu des équilibres anciens et pris autant de risques.
Endora était son héritière.
Et Cal croyait dur comme fer aux anciennes traditions de son clan.
Il préparait quelque chose pour elle.
Quelque chose qui devait assurer sa puissance, sa réussite et probablement la continuité de son pouvoir bien après lui.
Un sourire froid effleura les lèvres de Luna.
Alors elle détruirait cela aussi.
Pas Béata.
Pas seulement.
Pas même Cal.
Son avenir.
Elle détruirait ce qu’il avait construit pour Endora.
Mais presque aussitôt, une autre image traversa son esprit.
Des yeux d’or liquide.
Weldon.
With the strange way he sometimes had to pronounce certain words as if they possessed a meaning that only he knew.
One evening, he had even told her about an ancient prophecy related to his clan.
He had recited only one sentence:
"When the Heir has reached the age of choice, she who walks without a crown must stand with him..."
Nothing more.
Luna had questioned him.
Cal had refused to say more.
At the time, she had imagined a thousand things.
A wife.
A sovereign.
A guardian.
She
Then the years had passed.
And the prophecy had become one of those old stories you don’t think about anymore.

Up to Béata.
Until this pregnancy.
Up to Endora.
Luna stopped.
She had long believed that Cal had chosen Beata.
Maybe she was wrong.
Perhaps Béata had never really been a sentimental choice.
Maybe Cal had seen something in his pregnancy that others didn’t know.
The fulfillment of prophecy.
That’s why he had changed everything.
That is why he had accepted the scandal.
That is why he had broken old balances and taken so many risks.
Endora was his heir.

And Cal believed in the old traditions of his clan.
He was preparing something for her.
Something that was to ensure his power, his success and probably the continuity of his power long after him.
A cold smile brushed against Luna’s lips.
Then she would destroy that too.
Not Béata.
Not only.
Not even Cal.
His future.
She would destroy what he had built for Endora.
But almost immediately, another image crossed his mind.
Eyes of liquid gold.
Weldon.
Luna fronça les sourcils.
Pourquoi cet enfant revenait-il sans cesse dans cette histoire ?
Pourquoi Chadney le protégeait-il avec une telle férocité ?
Pourquoi des Healers aussi puissants que Morgyn et Siméon demeuraient-ils autour de lui ?
Et pourquoi…
Son expression changea.
Pourquoi cette insignifiante herbaliste se trouvait-elle toujours là ?
Hécate.
Luna resta immobile.
Quelque chose lui échappait.
Elle le sentait désormais avec une certitude presque physique.
Mais elle commettait encore une erreur.
Une erreur immense.
Parce
qu’en repensant aux paroles de Cal, Luna continuait naturellement
d’associer l’Héritier à Endora et celle qui marche sans couronne à une
femme qui apparaîtrait un jour dans l’avenir de l’enfant.
Elle ne pouvait pas encore envisager une autre possibilité.
Elle
ne pouvait surtout pas imaginer que la prophétie dont Cal lui avait
parlé autrefois ne concernait peut-être pas son héritière du tout.
Et que, quelque part, sous ses yeux depuis des mois, se trouvaient déjà…
l’Héritier.
Et celle qui marche sans couronne.
mais elle ne le savait pas...
a suivre...
Luna frowned.
Why did this child keep coming back to this story?
Why was Chadney protecting him with such ferocity?
Why did powerful healers like Morgyn and Simeon stay around him?
And why...
His expression changed.
Why was this insignificant herbalist always there?
Hecate.

Luna remained motionless.
Something was slipping to him.
She now felt it with an almost physical certainty.
But she was still making a mistake.
A huge mistake.
Because,
thinking back on Cal’s words, Luna naturally continued to associate the
Heir with Endora and the one walking without a crown with a woman who
would one day appear in the child’s future.
She couldn’t yet consider another possibility.
She couldn’t possibly imagine that the prophecy Cal once told her might not be about his heir at all.
And that, somewhere, under his eyes for months, were already...
the Heir.
And the one who walks without a crown.
but she didn’t know it ...
to be continued
Le poids du retour
Le retour des trois garçons fut lourd.
Oppressant.
Ces révélations les avaient ébranlés bien davantage qu’aucun d’eux n’aurait voulu l’admettre.
Ils
marchaient presque en silence, chacun enfermé dans ses propres pensées,
chacun portant à sa manière le poids de ce qu’ils venaient d’apprendre.
Ils auraient pu parler.
Peut-être même auraient-ils dû.
Mais
certains mots deviennent plus difficiles à prononcer lorsqu’ils donnent
une forme trop réelle à ce que l’on préférerait encore considérer comme
une simple crainte.
Alors aucun d’eux ne parla vraiment.
Morgyn, le premier, craignait ce que cette nouvelle quête pouvait signifier pour Hécate.
Il ne doutait pas d’elle. Jamais.
Ils
avaient traversé trop d’épreuves ensemble pour qu’il puisse remettre en
question sa loyauté ou l’affection qu’elle leur portait. Hécate avait
eu mille occasions de partir, de tourner le dos à tout cela, de
reprendre une existence plus simple.
Et pourtant, elle était toujours là.
Mais il connaissait aussi l’attachement profond qu’elle éprouvait pour Weldon.
Il
connaissait surtout cette fougue qui la caractérisait, cette manière
presque déraisonnable qu’elle avait de se jeter tout entière dans ce
qu’elle estimait juste, sans compter les risques, les blessures ou le
prix qu’elle aurait elle-même à payer.
Elle accomplirait cette quête.
Morgyn n’en doutait pas une seconde.
Elle irait jusqu’au bout.
Et c’était précisément ce qui l’effrayait.
Car cette fois, il ne pourrait pas marcher à ses côtés.
Il ne pourrait ni l’accompagner, ni la retenir, ni même se placer devant elle lorsque le danger se présenterait.
Cette fois, il devrait simplement la regarder partir.
Et Morgyn découvrait avec amertume qu’il existait peut-être quelque chose de pire que de craindre pour quelqu’un :
ne rien pouvoir faire pour le protéger.
The burden of feedback
The return of the three boys was heavy.
Oppressive.
These revelations had shaken them far more than any of them would have liked to admit.
They
walked almost in silence, each locked in his own thoughts, each bearing
in his own way the weight of what they had just learned.
They could have talked.
Maybe they should have.
But
some words become more difficult to pronounce when they give a too real
form to what one would prefer to consider as a simple fear.
So none of them really spoke.
Morgyn, the first, feared what this new quest might mean for Hecate.
He did not doubt her. Never.
They
had been through too many trials together for him to question her
loyalty or the affection she held with them. Hecate had a thousand
opportunities to leave, to turn her back on all this, to resume a
simpler existence.
And yet, she was still there.
But he also knew the deep attachment she felt for Weldon.
Above
all, he knew the fiery spirit that characterized her, the almost
unreasonable manner in which she threw herself into what she thought was
right, without taking into account the risks, injuries, or the price
she would have to pay herself.
She would fulfill this quest.
Morgyn didn’t doubt it for a second.

She would go all the way.
And that was precisely what scared him.
Because this time, he couldn’t walk with her.
He could neither accompany her, nor hold her back, nor even stand before her when danger arose.
This time, he should just watch her leave.
And Morgyn bitterly discovered that there might be something worse than fearing for someone:
can do nothing to protect him.
Pour Siméon, l’inquiétude était différente.
Avec le temps, il s’était habitué à la présence de Weldon dans leur vie.
À ses questions incessantes.
À ses idées improbables.
À
cette incroyable faculté qu’avait ce petit trouble-fête de bouleverser
leurs journées et de transformer les situations les plus ordinaires en
aventures dont personne n’avait demandé l’existence.

Weldon faisait désormais partie de leur vie.
De celle de Morgyn.
De la sienne.
Tout simplement.
Alors
apprendre qu’un jour, s’il le choisissait, l’enfant devrait parcourir
une partie de ce chemin sans eux avait laissé en Siméon une sensation
étrange, presque douloureuse.
Bien sûr, Hécate serait là.
Mais cela ne suffisait pas à apaiser son inquiétude.
Il aurait voulu pouvoir participer.
Même de loin.
Observer.
Comprendre.
Prévoir.
Intervenir si quelque chose tournait mal.
Seulement, les règles étaient claires.
Ce chemin appartiendrait à Hécate et à Weldon.
À eux seuls.
Et Siméon n’était pas homme à désobéir simplement parce qu’une décision lui déplaisait.
Pragmatique,
méthodique, habitué à analyser chaque problème jusqu’à en trouver la
faille ou la solution, il se retrouvait cette fois devant quelque chose
qui échappait à toute logique.
Il n’y avait rien à organiser.
Rien à anticiper.
Aucune stratégie à construire.
Seulement attendre.
Accepter.
Et faire confiance.
Trois choses pour lesquelles, à cet instant précis, toute son intelligence ne lui était d’aucun secours.
Pour la première fois depuis longtemps, Siméon se sentait véritablement impuissant.
Et cette impuissance le mettait en colère.
Mais de tous les trois, Chadney était peut-être celui que ces révélations avaient frappé le plus profondément.
Il avait toujours su que ce jour viendrait.
Un jour, Weldon grandirait.
For Simeon, the worry was different.
Over time, he had become accustomed to the presence of Weldon in their lives.
To his incessant questions.
To his improbable ideas.
To
this incredible ability of this little killjoy to disrupt their days
and turn the most ordinary situations into adventures that no one had
asked to exist.
Weldon was now part of their lives.
From that of Morgyn.
Hers.
Quite simply.
Then
to learn that one day, if he chose it, the child would have to walk
part of this path without them had left in Simeon a strange sensation,
almost painful.
Of course, Hecate would be there.
But that was not enough to allay his concern.
He would have liked to be able to participate.
Even from a distance.
Observe.
Understand.
Plan ahead.
Intervene if something goes wrong.
Only, the rules were clear.
This path would belong to Hecate and Weldon.
By themselves.
And Simeon was not the kind to disobey simply because he disliked a decision.
Pragmatic,
methodical, accustomed to analyze each problem until finding the flaw
or the solution, he found himself this time before something that
escaped any logic.
There was nothing to organize.
Nothing to anticipate.
No strategy to build.
Just wait.
Accept.
And trust.

Three things for which, at that precise moment, all his intelligence was of no help to him.
For the first time in a long time, Simeon felt truly powerless.
And this impotence made him angry.
But of the three, Chadney was perhaps the one that these revelations struck most deeply.
He always knew this day would come.
One day, Weldon would grow up.
One day, the little boy he had taken in, protected and now considered his son of heart would no longer need him in the same way.
Chadney had always accepted it.
Un
jour, le petit garçon qu’il avait recueilli, protégé et qu’il
considérait désormais comme son fils de cœur n’aurait plus besoin de lui
de la même manière.
Chadney l’avait toujours accepté.
Du moins, il avait cru l’accepter.
Parce que, dans l’avenir qu’il s’était imaginé,
il était encore là.
À quelques pas derrière Weldon.
Présent sans être envahissant.
Prêt à le conseiller s’il le demandait, à le relever s’il tombait, à l’encourager lorsqu’il douterait.
Il l’avait imaginé devenir adulte.
Il n’avait simplement jamais imaginé devoir le laisser partir avant d’être prêt à le faire.
Et pourtant, c’était exactement ce qu’on lui demandait.
Lâcher prise.
Laisser Weldon choisir.
Le laisser avancer sans intervenir.
Ne pas décider pour lui.
Ne pas le protéger de tout.
Pour Chadney, cela ressemblait presque à un abandon.
Comme
si on lui retirait brutalement une part de cette responsabilité qu’il
avait acceptée sans hésitation le jour où Weldon était entré dans sa
vie.
Comme si quelqu’un lui disait désormais :
Tu l’as protégé jusqu’ici. Maintenant, tu dois apprendre à ne plus le faire.
Et puis…
Il y avait Hécate.
Cette pensée était plus difficile encore.
Savoir
qu’elle allait devoir parcourir ce chemin sans eux, sans leur aide,
peut-être sans leur réconfort, et surtout sans leur protection, faisait
naître en lui une peur qu’il ne parvenait pas à maîtriser.
Une peur sourde.
Violente.
Presque physique.
L’idée qu’elle puisse souffrir loin de lui lui serrait la poitrine.
L’idée qu’elle puisse avoir peur sans qu’il soit là lui était insupportable.
Et celle qu’elle puisse disparaître quelque part sur ce chemin qu’il n’avait pas le droit de suivre…
Chadney chassa aussitôt cette pensée.
Non.
Il refusait même de l’envisager.
Il préféra appeler cela de la frustration.
De l’inquiétude.
Peut-être même ce sentiment d’abandon qu’il éprouvait depuis qu’ils avaient quitté l’Institut.

One
day, the little boy he had taken in, protected and now considered his
son of heart would no longer need him in the same way.
Chadney had always accepted it.
At least, he had believed to accept it.
Because, in the future he had imagined for himself, he was still there.
A few steps behind Weldon.
Present without being intrusive.
Ready to advise him if he asked, to relieve him if he fell, to encourage him when he doubted.
He had imagined him to become an adult.
He just never imagined that he would have to let him go before he was ready to do it.
And yet, it was exactly what he was being asked.
Letting go.
Let Weldon choose.
Let him move forward without intervening.
Don’t decide for him.
Don’t protect him from everything.
For Chadney, it was almost like abandonment.
As
if part of the responsibility he had accepted without hesitation the
day Weldon entered his life was suddenly taken away from him.
As if someone now told him:
You have protected him so far. Now, you must learn not to do it again.
And then...
There was Hecate.
This thought was even more difficult.
Knowing
that she would have to walk this path without them, without their help,
perhaps without their comfort, and especially without their protection,
gave rise to a fear in him that he could not control.
A deaf fear.
Violent.
Almost physical.
The idea that she could suffer far from him pressed her chest.
The idea that she could be afraid without him being there was unbearable for her.
And the one that she could disappear somewhere on this path he had no right to follow...
Chadney immediately dismissed this thought.
No.
He refused even to consider it.
He preferred to call it frustration.
Worry.
Maybe even the feeling of abandonment that he had felt since they left the Institute.
Tout plutôt que de regarder plus profondément en lui-même.
Car derrière sa peur pour Weldon se cachait l’amour évident d’un père de cœur.
Mais derrière cette douleur lorsqu’il pensait à Hécate…
La réponse était beaucoup moins confortable.
Et Chadney n’était pas encore prêt à se poser la question.
Pas encore prêt à reconnaître que ce qu’il redoutait le plus n’était peut-être pas seulement qu’Hécate parte accomplir sa quête.
Mais qu’elle parte…
et qu’elle découvre qu’elle n’avait aucune raison de revenir vers lui.
Everything rather than looking deeper into itself.
Because behind his fear for Weldon was hidden the obvious love of a father at heart.
But behind this pain when he thought of Hecate...
The answer was much less comfortable.
And Chadney was not yet ready to ask himself the question.
Not yet ready to recognize that what he feared the most was perhaps not only that Hecate would go on his quest.
But for her to leave...
and she discovers that she had no reason to go back to him.
Mais derrière ce tourbillon de pensées que les garçons dissimulaient obstinément derrière leur silence, une question demeurait.
Une seule.
La plus difficile de toutes.
Comment allaient-ils annoncer cela à Hécate ?
Aucun
d’eux n’avait encore osé prononcer son nom, comme si le simple fait de
le faire rendrait les révélations de l’Institut plus réelles, plus
cruelles aussi.
Ils connaissaient Hécate.
Ils
connaissaient sa force, son indépendance, cette manière farouche qu’elle
avait d’affronter les épreuves sans jamais demander à quiconque de les
porter à sa place.
Mais ils connaissaient également ses blessures.
Et
cette fois, il ne s’agissait pas de lui annoncer un danger qu’elle
pourrait combattre, un ennemi qu’elle pourrait affronter ou une énigme
qu’elle pourrait résoudre.
Il fallait lui révéler que son existence elle-même semblait liée à celle de Weldon.
Qu’un chemin avait été tracé devant eux bien avant qu’ils en comprennent l’existence.
Et surtout, qu’une partie de ce chemin leur appartenait à eux seuls.
Morgyn baissa les yeux.
Siméon resta immobile.
Quant
à Chadney, son visage demeurait fermé, presque impassible. Pourtant,
derrière cette maîtrise parfaite, une pensée revenait, lancinante.
Ils venaient d’apprendre une vérité capable de bouleverser la vie d’Hécate.
Et maintenant, il leur appartenait de trouver les mots pour la lui offrir…
sans savoir ce qu’ils risquaient de briser en elle.
But behind this whirlwind of thoughts that the boys were stubbornly hiding behind their silence, a question remained.
Only one.
The most difficult of all.
How were they going to announce this in Hecate?
None
of them had yet dared to pronounce his name, as if doing so would make
the revelations of the Institute more real, and even crueler.
They knew Hecate.
They knew her strength, her independence, the fierce way she faced trials without ever asking anyone to carry them in her place.
But they also knew his injuries.
And this time, it was not about telling her a danger she could fight, an enemy she could face or a riddle she could solve.
It was necessary to reveal to him that his very existence seemed linked to that of Weldon.
That a path had been laid before them long before they understood its existence.
And above all, that part of this path belonged to them alone.
Morgyn looked down.
Simeon remained motionless.
As for Chadney, his face remained closed, almost impassive. Yet, behind this perfect mastery, a thought returned, haunting.
They had just learned a truth capable of shaking up the life of Hecate.
And now, it was up to them to find the words to offer it to him...
not knowing what they risked to break in her.
la manoeuvre subtile des Garçons
L’air était lourd, presque oppressant.
Familier et pourtant différent.
C’était cet air si particulier que seuls les mois de septembre semblaient savoir apporter. Ces septembres qui annonçaient la fin d’une saison sans avoir encore tout à fait commencé la suivante. Ces septembres suspendus entre deux mondes, où les derniers souffles de l’été s’attardaient encore tandis que, déjà, quelque chose de plus froid se glissait dans les soirées.
Les jours raccourcissaient.
Les nuits s’étiraient lentement.
Partout, on s’affairait aux moissons, aux récoltes, aux derniers travaux avant les mauvais jours. On remplissait les greniers, on préparait les réserves, on stockait ce qui permettrait de traverser les mois froids et les journées trop courtes de l’hiver.
Une nouvelle saison se préparait.
Et avec elle revenait cette étrange sensation faite d’excitation et d’inquiétude, propre aux temps qui changent.
Puis viendrait la fin de septembre.
Et avec elle, Mabon.
Ce moment particulier où le jour et la nuit s’équilibraient enfin, où l’ombre et la lumière se partageaient le monde à parts égales.
On célébrerait alors les récoltes et le travail accompli. Il y aurait des tables généreuses, des feux, des rires et des fêtes. On remercierait la terre pour ce qu’elle avait donné et, l’espace d’une soirée, chacun tenterait d’oublier cette vieille incertitude que l’approche de l’hiver portait toujours en elle.
Mais cette année, septembre annonçait autre chose.
Il y avait aussi l’anniversaire d’Hécate.
Et pas n’importe lequel.
Celui où une jeune adulte franchissait définitivement le seuil de l’âge adulte.
Un passage.
Un de plus.
Comme si cette année entière n’avait été faite que de seuils à franchir.
Seul sur la plage, Morgyn contemplait la mer.
Les vagues roulaient doucement devant lui, lumineuses encore sous le soleil pâlissant de cette fin d’été. Elles venaient mourir sur le sable avec une régularité presque apaisante.
Presque.
the sweet maneuver of the boys
The air was heavy, almost oppressive.
Familiar and yet different.
It was this air so special that only the months of September seemed to know how to bring. Those septembres that announced the end of a season without having fully started the next one. These septembres suspended between two worlds, where the last breaths of summer still lingered while already something colder crept into the evenings.
The days were getting shorter.
The nights were slowly stretching.
Everywhere, we were busy with the harvests and the last works before the bad days. We filled the attics, we prepared the reserves, we stored what would make it possible to cross the cold months and the too short days of winter.
A new season was coming.
And with her came back that strange sensation of excitement and anxiety, characteristic of changing times.
Then would come the end of September.
And with her, Mabon.
That particular moment when day and night finally balanced, when shadow and light shared the world in equal parts.
We would then celebrate the harvests and the work accomplished. There would be generous tables, fires, laughter, and celebrations. We would thank the earth for what it had given and, for one evening, everyone would try to forget this old uncertainty that the approach of winter still carried in her.
But this year, September announced something else.
There was also Hecate’s birthday.
And not just any.
The one where a young adult definitively crossed the threshold of adulthood.
A passage.
One more.
As if this entire year had only been made of thresholds to cross.
Alone on the beach, Morgyn gazed at the sea.
The waves rolled gently before him, still bright under the fading sun of this late summer. They came to die on the sand with an almost soothing regularity.
Almost.
Car Morgyn ne les voyait pas vraiment.
Son regard errait au loin tandis que ses pensées, elles, retournaient obstinément vers les événements de ces derniers mois.
Vers Hécate.
Vers Weldon.
Et surtout vers les révélations de l’Institut.
Une phrase lui revint.
Une phrase qu’Hécate avait prononcée tant de fois qu’ils avaient fini par ne plus véritablement l’entendre.
Pourquoi moi ?
Pourquoi elle ?
Pourquoi s’était-elle retrouvée mêlée à tout cela ?
Pourquoi Weldon ?
Pourquoi cette quête ?
Pourquoi cette étrange impression que, depuis le commencement, quelque chose les avait conduits les uns vers les autres ?
Ils n’avaient jamais su lui répondre.
Parce qu’eux-mêmes l’ignoraient.
Morgyn baissa les yeux.
Il revit cette nuit.
Cette terrible nuit où Chadney et lui étaient partis chercher Weldon.
Il se souvenait de l’urgence.
De la peur.
De cet enfant pris au milieu d’événements qui le dépassaient et qui, pourtant, avait eu un réflexe d’une simplicité troublante.
Weldon avait appelé au secours.
Mais il ne les avait pas appelés, eux.
Ni Chadney.
Ni Morgyn.
Ni Siméon
Il avait appelé Hécate.
À l’époque, Morgyn n’y avait vu que le geste désespéré d’un enfant cherchant la personne en qui il avait confiance.
Aujourd’hui…
Il n’en était plus aussi certain.

Une vague vint mourir un peu plus haut sur le sable.
Morgyn releva lentement les yeux vers l’horizon.
Et une pensée jaillit.
Fugace.
Brutale.
D’une précision telle qu’elle lui serra la poitrine.
Et si Weldon avait déjà choisi ?
Morgyn resta immobile.
Le vent souleva doucement ses cheveux tandis que son regard se durcissait.
Non.
Pas choisi comme un enfant choisit la personne qu’il préfère.
Pas même comme on choisit celle en qui l’on a le plus confiance.
Quelque chose de plus ancien.
De plus profond.
Quelque chose que Weldon lui-même ne pouvait peut-être ni comprendre ni nommer.
Because Morgyn didn’t really see them.
His gaze wandered into the distance as his thoughts, they, stubbornly returned to the events of recent months.
Towards Hecate.
Towards Weldon.
And especially towards the revelations of the Institute.
A sentence came back to him.
A sentence that Hecate had uttered so many times that they had finally no longer really heard it.
Why me?
Why her?
Why had she become involved in all this?
Why Weldon?
Why this quest?
Why this strange impression that, from the beginning, something had led them to each other?
They had never been able to answer him.
Because they themselves ignored it.
Morgyn looked down.
He relives that night.
That terrible night when he and Chadney went to pick up Weldon.

He remembered the urgency.
Of fear.
Of this child caught in the middle of events that were beyond his control and who, however, had a reflex of an uncanny simplicity.
Weldon had called for help.
But he hadn’t called them.
Ni Chadney.
Ni Morgyn.
ni Siméon
He had called Hecate.
At the time, Morgyn had only seen the desperate gesture of a child seeking the person he trusted.
Today...
He was no longer so certain.
A wave came and died a little higher on the sand.
Morgyn slowly looked up at the horizon.
And a thought springs.
Fugacious.
Brutal.
With such precision that it tightened his chest.
What if Weldon had already chosen?
Morgyn remained motionless.
The wind gently lifted her hair as she looked hard.
No.
Not chosen like a child chooses the person he prefers.
Not even the way we choose the one we trust the most.
Something older.
From deeper.
Something that Weldon himself perhaps could not understand or name.
Morgyn sentit un frisson lui parcourir le dos malgré la douceur persistante de l’air.
L’Institut avait été formel sur un point : lorsque le moment viendrait, certaines décisions devraient appartenir à Hécate et Weldon.
À eux seuls.
Personne ne pourrait choisir à leur place.
Mais si cette décision n’était pas entièrement à venir ?
Si, quelque part, au cours de cette nuit terrible, un premier choix avait déjà été fait ?
Inconsciemment.
Instinctivement.
Bien avant qu’aucun d’entre eux ne comprenne qu’il y avait seulement quelque chose à choisir.
Morgyn fixa longtemps les vagues.
Pour la première fois, la question d’Hécate lui revint avec une résonance différente.
Pourquoi moi ?
Peut-être avaient-ils cherché la réponse au mauvais endroit.
Peut-être la véritable question n’avait-elle jamais été :
Pourquoi Hécate ?
Mais plutôt…
Pourquoi Weldon avait-il choisi Hécate ?
Et cette fois, Morgyn n’était pas certain de vouloir connaître la réponse.
Morgyn felt a shiver run down his back despite the lingering sweetness of the air.
The Institute had been formal on one point: when the time came, some decisions should belong to Hecate and Weldon.
By themselves.
No one could choose in their place.
But what if this decision was not entirely forthcoming?
What if, somewhere during that terrible night, a first choice had already been made?
Unconsciously.
Instinctively.
Long before any of them understood that there was only something to choose from.
Morgyn stared at the waves for a long time.
For the first time, the question of Hecate came back to him with a different resonance.
Why me?
Maybe they had looked for the answer in the wrong place.
Perhaps the real question had never been:
Why Hecate?
But rather...
Why did Weldon choose Hecate?
And this time, Morgyn wasn’t sure he wanted to know the answer.
La réponse vint pourtant bien plus vite qu’il ne l’aurait imaginé.
Derrière lui, des pas se firent entendre.
Assourdis par le sable, presque silencieux, mais réguliers, fermes, reconnaissables entre tous.
Morgyn n’eut pas besoin de se retourner.
Siméon.
Celui-ci s’approcha sans un mot.
Arrivé à sa hauteur, il s’arrêta quelques secondes, comme s’il hésitait à rompre cette solitude dans laquelle Morgyn semblait s’être enfermé. Puis il posa simplement une main sur son épaule.
Un geste léger, mais ferme.
Réconfortant.
Morgyn ne releva pas la tête.
Ses yeux restèrent fixés sur les vagues qui s’étiraient devant eux, brillantes sous les dernières lueurs d’un été qui s’effaçait lentement.
Il attendit.

Siméon connaissait suffisamment Morgyn pour savoir qu’il ne fallait pas le brusquer dans ces moments-là.
Alors il attendit lui aussi.
Quelques secondes.
Peut-être davantage.
Seul le murmure régulier de la mer occupait le silence entre eux.
Puis Morgyn finit par parler.
— Pourquoi Hécate ?
La main de Siméon resta sur son épaule.
— Je me posais exactement la même question.
Morgyn releva enfin légèrement la tête.
— Non… pas comme avant.
Il marqua une pause.
— Nous nous sommes toujours demandé pourquoi elle. Pourquoi l’Institut l’avait envoyée. Pourquoi elle s’était retrouvée mêlée à tout ça. Pourquoi Weldon était entré dans sa vie…
Son regard retourna vers l’horizon.
— Mais je crois que nous nous sommes trompés de question depuis le début.
Siméon fronça légèrement les sourcils.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
Morgyn inspira profondément.
— Cette nuit-là… quand Weldon a eu besoin d’aide…
Il s’interrompit.
Siméon comprit immédiatement.
— Il a appelé Hécate.
Morgyn acquiesça lentement.
— Pas Chadney. Pas moi. Pas toi. Hécate.
Le silence retomba.
Cette fois, il n’avait plus rien d’apaisant.
Siméon retira lentement sa main de l’épaule de Morgyn et vint se placer à côté de lui.
Yet the answer came much faster than he had imagined.
Behind him, footsteps were heard.
Deafened by the sand, almost silent, but regular, firm, recognizable among all.
Morgyn didn’t have to turn around.
Siméon.
He approached without a word.
Reaching his level, he stopped for a few seconds, as if hesitating to break this loneliness in which Morgyn seemed to have locked himself. Then he simply placed a hand on his shoulder.
A light gesture, but firm.

Comforting.
Morgyn did not lift his head.
His eyes remained fixed on the waves that stretched before them, shining under the last gleams of a summer which was fading slowly.
He waited.
Siméon knew Morgyn well enough to know that he should not be rushed at such times.
Then he waited too.
A few seconds.
Maybe more.
Only the regular murmur of the sea occupied the silence between them.
Then Morgyn finally spoke.
—Why Hecate?
Simeon’s hand remained on his shoulder.
—I was asking myself exactly the same question.
Morgyn finally raised his head slightly.
—No... not like before.
He paused.
— We always wondered why she. Why the Institute sent her. Why she got involved in all this. Why had Weldon come into his life...
His gaze turned back towards the horizon.
—But I think we got the question wrong all along.
Simeon frowned slightly.
—What do you mean?
Morgyn breathed in deeply.
—That night... when Weldon needed help...
He interrupted himself.
Siméon understood immediately.
—He called Hecate.
Morgyn nodded slowly.
—Not Chadney. Not me. Not you. Hecate.
The silence fell again.
This time, there was nothing soothing about him.
Simeon slowly withdrew his hand from Morgyn’s shoulder and came to stand beside him.

Tous deux regardèrent la mer.
— C’était un enfant terrifié, murmura-t-il finalement. Il a appelé quelqu’un en qui il avait confiance.
— C’est ce que je pensais aussi.
Siméon tourna la tête vers lui.
— Et maintenant ?
Morgyn hésita.
Puis les mots sortirent, plus bas.
— Maintenant, je me demande s’il n’avait pas déjà choisi.
Siméon se figea.
Un souffle de vent passa entre eux.
— Choisi quoi ?
Morgyn tourna enfin les yeux vers lui.
— Elle.
Siméon ne répondit pas.
Mais quelque chose venait de changer dans son regard.
Morgyn le vit immédiatement.
Cette hésitation.
Cette fraction de seconde durant laquelle Siméon avait cessé d’être surpris.
Comme s’il venait, lui aussi, de se souvenir de quelque chose.
Morgyn se redressa.
— Quoi ?
— Rien.
— Siméon…
— Morgyn.
— Tu viens de penser à quelque chose.
Siméon détourna les yeux vers la mer.
Et cette simple réaction suffit.
Morgyn sentit son inquiétude grandir.
— Qu’est-ce que tu sais ?
Longtemps, Siméon ne répondit pas.
Puis il souffla :
— Je ne sais rien.
Il marqua une pause.
— Mais je crois que toi et moi avons oublié quelque chose d’important.
Morgyn sentit son cœur accélérer.
— Quoi ?
Siméon fixa les vagues.
— Weldon n’a peut-être pas choisi Hécate cette nuit-là.
Il tourna lentement la tête vers Morgyn.
Son expression était devenue grave.
— Il l’avait peut-être choisie bien avant.
Both looked at the sea.
—He was a terrified child, he whispered at last. He called someone he trusted.
—That’s what I thought too.
Simeon turned his head toward him.
—And now?
Morgyn hesitated.
Then the words came out, further down.
—Now, I wonder if he hadn’t already chosen.
Siméon froze.
A breath of wind passed between them.
—What did you choose?
Morgyn finally turned his eyes to him.
—Her.

Simeon did not answer.
But something had just changed in his eyes.
Morgyn saw it immediately.
This hesitation.
That fraction of a second during which Siméon had ceased to be surprised.
As if he, too, had just remembered something.
Morgyn sat up.
—What?
—Nothing.
—Simeon...
—Morgyn.
—You just thought of something.
Simeon turned his eyes to the sea.
And this simple reaction is enough.
Morgyn felt his anxiety growing.
—What do you know?
For a long time, Simeon did not answer.
Then he blew:
—I don’t know anything.
He paused.
—But I think you and I forgot something important.
Morgyn felt his heart speed up.
—What?
Siméon stared at the waves.
—Maybe Weldon didn’t choose Hecate that night.
He slowly turned his head toward Morgyn.
His expression had become serious.
—Maybe he had chosen it long before.
— Je viens de parler à Chadney…
La voix de Siméon se fit plus grave.
Morgyn tourna légèrement la tête vers lui.
— Et ?
Siméon observa un instant la mer avant de répondre.
— On en revient toujours au même point.
Il marqua une pause.
— Weldon s’est approché d’Hécate sur la péninsule. C’est lui qui est allé vers elle. Il l’a laissée s’approcher, entrer dans son espace… Il l’a observée.
Morgyn fronça les sourcils.
— Il la testait ?
— Peut-être.
Le mot resta suspendu entre eux.
Morgyn baissa les yeux, fouillant ses souvenirs.
La péninsule.
Weldon.
Hécate.
Ces premières rencontres auxquelles aucun d’eux n’avait accordé davantage d’importance qu’il ne le fallait à l’époque.
Un enfant solitaire.
Une jeune femme intriguée par lui.
Quelques regards.
Quelques gestes.
Rien qui, alors, leur avait semblé extraordinaire.
Et pourtant…
— C’est vrai… s’entendit murmurer Morgyn.
Il releva brusquement la tête.
— C’est toujours lui.

Siméon ne répondit pas.
— Weldon s’est approché d’elle. Il l’a laissée venir vers lui. Il lui a fait confiance. Et cette nuit-là, quand tout a basculé… c’est encore elle qu’il a appelée.
Morgyn passa une main nerveuse dans ses cheveux.
Tout cela avait été sous leurs yeux.
Depuis le commencement.
Seulement, ils n’avaient jamais pensé à relier ces détails entre eux.
— Et maintenant ? demanda-t-il.
Cette fois, Siméon eut une légère hésitation.
— Maintenant… Chadney a une idée.
Morgyn se tourna franchement vers lui.
— Quel genre d’idée ?
— Une idée qui pourrait, malgré tout, nous permettre de rester dans leur entourage.
Il insista sur les mots suivants :
— Discrètement.
just spoke to Chadney...
Simeon’s voice became more grave.
Morgyn tu—Irned his head slightly towards him.
—And?
Siméon observed the sea for a moment before responding.
—We always come back to the same point.
He paused.
— Weldon approached Hecate on the peninsula. It was he who went to her. He let her approach, enter his space... He observed her.
Morgyn knit his brows.
—Was he testing her?
—Maybe.
The word remained suspended between them.
Morgyn looked down, searching his memories.
The peninsula.
Weldon.
Hecate.
These first meetings to which none of them had given more importance than it was necessary at the time.
A solitary child.
A young woman intrigued by him.
A few glances.
A few gestures.
Nothing that, then, had seemed extraordinary to them.
And yet...
—That’s right... heard Morgyn whisper.
He suddenly raised his head.
—It’s always him.

Simeon did not answer.
— Weldon approached her. He let her come to him. He trusted her. And that night, when everything changed... She’s the one he called again.
Morgyn ran a nervous hand through her hair.
All this had been before their eyes.
From the beginning.
Only, they had never thought to connect these details between themselves.
—And now? he asked.
This time, Simeon had a slight hesitation.
—Now... Chadney has an idea.
Morgyn turned squarely to him.
—What kind of idea?
—An idea that could, despite everything, allow us to stay in their circle.
He insisted on the following words:
—Discreetly.

Le regard de Morgyn se durcit.
— L’Institut a pourtant été très clair. Quand le moment viendra, Hécate et Weldon devront avancer seuls. Nous n’avons pas à intervenir.
— Je sais.
— Et Chadney le sait encore mieux que nous.
Un très léger sourire passa sur les lèvres de Siméon.
— Justement.
Morgyn le dévisagea.
Cette réponse ne le rassurait absolument pas.
Il connaissait son frère.
Chadney respectait les règles.
La plupart du temps.
Mais lorsqu’une règle menaçait quelqu’un qu’il aimait, il possédait cette faculté particulièrement agaçante de trouver exactement l’espace qu’elle n’interdisait pas.
Pas de désobéissance.
Pas vraiment.
Seulement une interprétation… soigneusement choisie.
— Qu’est-ce qu’il prépare ? demanda Morgyn avec méfiance.
— Je préfère le laisser te l’expliquer lui-même.
— Siméon…
Mais celui-ci regardait déjà derrière lui.
Son expression changea.
— De toute façon, il arrive.
Morgyn suivit son regard.
Plus loin sur la plage, une silhouette avançait vers eux d’un pas tranquille et déterminé.

Chadney.
Morgyn plissa légèrement les yeux.
Même à cette distance, quelque chose dans la démarche de son frère lui indiquait qu’il ne venait pas simplement discuter.
Il avait réfléchi.
Et lorsqu’il avançait ainsi, les épaules droites, les mains dans les poches et cette expression beaucoup trop calme…
c’était généralement qu’il avait déjà pris sa décision.
Siméon croisa les bras.
— Laissons-le nous expliquer.
Morgyn regarda son frère approcher.
Puis il murmura :
— Je ne sais pas pourquoi, mais lorsque Chadney a une idée qu’il qualifie de discrète, ça ne me rassure jamais.
Cette fois, Siméon sourit réellement.
Mais son sourire disparut presque aussitôt.
Morgyn’s gaze hardens.
—The Institute has been very clear. When the time comes, Hecate and Weldon will have to move forward alone. We do not need to intervene.
—I know.
—And Chadney knows this even better than we do.
A very slight smile passed over Simeon’s lips.
—Precisely.
Morgyn looked at him.
This answer did not reassure him at all.
He knew his brother.
Chadney respected the rules.
Most of the time.
But when a rule threatened someone he loved, he possessed this particularly annoying ability to find exactly the space that it did not forbid.
No disobedience.
Not really.
Only an interpretation... carefully chosen.
—What is he up to? asked Morgyn with suspicion.
—I prefer to let him explain it to you himself.
—Simeon...
But this one was already looking behind him.
His expression changed.
—Anyway, he’s coming.
Morgyn followed his gaze.
Further down the beach, a figure was advancing towards them with a quiet and determined step.
Chadney.
Morgyn squinched his eyes slightly.
Even at this distance, something in his brother’s approach told him that he was not just coming to talk.
He had thought about it.
And when he was moving forward like that, with his shoulders straight, his hands in his pockets, and that expression much too calm...

it was usually that he had already made his decision.
Simeon folded his arms.
—Let’s let him explain.
Morgyn looked at his brother approaching.
Then he whispered:
—I don’t know why, but when Chadney has an idea that he calls quiet, it never reassures me.
This time, Siméon is actually smiling.
But his smile disappeared almost immediately.
Car tous deux savaient que derrière cette idée se cachait une réalité beaucoup moins légère.
Ils avaient accepté de ne pas accompagner Hécate et Weldon sur le chemin qui les attendait.
Ils avaient accepté de ne pas intervenir.
Mais personne…
personne ne leur avait demandé de cesser de veiller sur eux.
A suivre...
Because both knew that behind this idea was hidden a much less light reality.
They had agreed not to accompany Hecate and Weldon on the journey that awaited them.
They had agreed not to intervene.
But no one...
no one had asked them to stop watching over them.
A suivre ...
Des Rumeurs
Les rumeurs circulaient.
Car, bien sûr, les rumeurs circulent toujours. À quoi serviraient-elles, après tout, si elles avaient la décence de rester là où elles sont nées ?
Partout, on préparait Mabon.
On le préparait avec cette ferveur presque frénétique qui accompagne les grandes célébrations et cette merveilleuse faculté qu’avaient les peuples à se convaincre que, cette fois, tout serait différent.
Cette fois, l’hiver serait doux.
Cette fois, il ne serait qu’une parenthèse, un merveilleux passe-temps entre deux saisons heureuses.
Cette fois…
Pourtant, derrière l’agitation, les préparatifs, les promesses de tables fastueuses et les espoirs que chacun s’appliquait consciencieusement à entretenir, quelque chose s’insinuait.
Quelque chose de beaucoup plus ancien.
De beaucoup plus secret.

Et, peu à peu, même l’excitation de Mabon sembla perdre un peu de son innocence.
Il se passait quelque chose.
Personne ne savait exactement quoi.
Une révélation, disait-on.
Une prophétie, murmuraient certains.
Une prophétie que l’on croyait oubliée, perdue quelque part dans les replis du temps et que l’univers tout entier aurait attendue depuis si longtemps que plus personne n’avait réellement cru la voir s’accomplir.
Et pourtant…
Elle avait ressurgi.
Maintenant.
À cet instant précis où personne ne l’attendait plus.
Alors tous écoutaient.
Mortels comme surnaturels.
Certains espéraient.
D’autres chuchotaient.
Quelques-uns priaient.
Et, naturellement, beaucoup calculaient déjà ce qu’ils pourraient tirer de tout cela.
La prophétie s’écoulait insidieusement dans les conversations et les esprits. Elle passait d’une bouche à l’autre, changeant parfois d’un mot, d’une virgule, d’une interprétation.
Mais une phrase, elle, demeurait.
Toujours la même.
« Lorsque l’Héritier aura atteint l’âge du choix, celle qui marche sans couronne devra se tenir auprès de lui… »
Rumors
Rumors were circulating.
Because, of course, rumors still circulate. What purpose would they serve, after all, if they had the decency to stay where they were born?
Everywhere, we were preparing Mabon.
It was prepared with the almost frenetic fervor that accompanies great celebrations and the wonderful ability of peoples to convince themselves that everything would be different this time.
This time, the winter would be mild.
This time, it would only be a parenthesis, a wonderful pastime between two happy seasons.
This time...
Yet, behind the agitation, the preparations, the promises of sumptuous tables and the hopes that everyone was diligently trying to maintain, something crept in.
Something much older.
Much more secret.
And, little by little, even the excitement of Mabon seemed to lose some of his innocence.
Something was happening.
No one knew exactly what.
A revelation, they said.
A prophecy, some whispered.
A prophecy that was thought to have been forgotten, lost somewhere in the folds of time and that the whole universe would have waited so long that no one had really believed to see it fulfilled.
And yet...
She had resurfaced.
Now.
At that precise moment when no one was waiting for him anymore.
So everyone was listening.
Mortal as supernatural.
Some hoped.
Others were whispering.
A few were praying.
And, of course, many were already calculating what they could get out of all this.
The prophecy flowed insidiously through conversations and minds. She went from one mouth to another, sometimes changing a word, a comma, an interpretation.
But one sentence remained.
Always the same one.
"When the Heir has reached the age of choice, she who walks without a crown must stand with him..."
Bientôt, ces quelques mots devinrent le leitmotiv de Mabon.
On les murmurait.
On les commentait.
On tentait de les interpréter.
Et, curieusement, Mabon n’en perdit pas son éclat.
Bien au contraire.
La fête prenait soudain une dimension qu’elle n’avait jamais eue.
Pour beaucoup, cette célébration ne serait plus seulement celle des récoltes, de l’équilibre et du passage vers les mois sombres.
Elle pourrait devenir le couronnement d’une attente vieille de plusieurs générations.
Peut-être même son apothéose.

Quelqu’un avait pourtant laissé échapper ces indiscrétions.
Et ce quelqu’un avait accompli un travail remarquable.
Pas de noms.
Pas encore.
Seulement des fragments.
De minuscules indices soigneusement abandonnés ici et là.
Des détails parfaitement insignifiants pour les non-initiés…
mais lourds de sens pour ceux qui savaient où regarder.
L’Héritier.
Celle qui marche sans couronne.
Deux êtres.
Deux chemins.
Et, quelque part dans l’avenir, un même destin.
Pour certains, ces mots annonçaient enfin la paix.
Pour d’autres, le retour d’un équilibre que l’on croyait définitivement perdu.
Et beaucoup voulurent y voir la promesse que les temps d’incertitude touchaient enfin à leur terme.
Mais personne ne semblait encore se poser la question la plus importante.
Qui étaient-ils ?
Personne, peut-être…
à l’exception de quelques êtres qui commençaient déjà à rapprocher certains événements, certains comportements, certaines coïncidences.
Et bientôt, inévitablement, deux noms finiraient par être murmurés.
Celui d’un enfant aux yeux d’or liquide.

Et celui d’une femme qui, justement, n’avait jamais désiré porter la moindre couronne.
Soon, these few words became Mabon’s leitmotif.
They were whispered.
We were commenting on them.
We were trying to interpret them.
And, curiously, Mabon did not lose his brilliance.
On the contrary.
The party suddenly took on a dimension that it had never had.
For many, this celebration would no longer be only one of the harvests, balance and passage to the dark months.
It could become the crowning achievement of an expectation that has been around for generations.
Maybe even his apotheosis.

Yet someone had let slip these indiscretions.
And this someone had done a remarkable job.
No names.
Not yet.
Only fragments.
Tiny clues carefully abandoned here and there.
Perfectly insignificant details for the uninitiated...
but heavy with meaning for those who knew where to look.
The Heir.
The one who walks without a crown.
Two beings.
Two paths.
And, somewhere in the future, a same destiny.
For some, these words finally announced peace.
For others, the return of a balance that was thought to be definitively lost.
And many wanted to see in it the promise that times of uncertainty were finally coming to an end.

But no one seemed to be asking the most important question yet.
Who were they?
No one, maybe...
with the exception of a few beings who were already beginning to bring certain events, certain behaviors, certain coincidences closer together.
And soon, inevitably, two names would eventually be whispered.
That of a child with liquid golden eyes.
And that of a woman who, precisely, had never desired to wear any crown.
Sur la péninsule, l’automne aussi s’installait.
Lentement.
Presque tendrement.
Les premières couleurs mordorées apparaissaient dans les feuillages, les journées raccourcissaient imperceptiblement et l’air du soir portait déjà cette fraîcheur particulière annonçant la fin prochaine des beaux jours.
Un rituel que Luna avait toujours aimé.
Habituellement, elle aurait savouré cette période. Cette transition lente, cette douceur mélancolique de la fin de l’été, particulièrement clémente cette année.
Mais pas cette fois.
Cette année, son esprit était ailleurs.
Car elle aussi avait entendu les rumeurs.
Qui ne les avait pas entendues ?
Elles couraient désormais partout, se glissaient dans les conversations, franchissaient les frontières, traversaient les territoires humains comme surnaturels.
Et parmi tous ces murmures, quelques mots revenaient avec une insistance particulière.
L’Héritier.
Un enfant.
Un enfant aux yeux d’or liquide.
Luna avait su immédiatement.
Elle savait qui il était.
Weldon.
Son intuition avait donc été bonne.
Excellente, même.
Cette pensée lui arracha un sourire satisfait.
Elle ne comprenait pas encore tout, non. Beaucoup trop de pièces manquaient encore au puzzle pour qu’elle puisse en distinguer l’image entière.
Mais elle possédait quelque chose que tous ces imbéciles occupés à chuchoter, supposer et interpréter n’avaient pas.
Un nom.
Et cela lui donnait de l’avance.
Du moins l’espérait-elle.
Elle ignorait encore précisément ce que représentait Weldon, ce que cette vieille prophétie attendait de lui ou pourquoi elle ressurgissait maintenant.
Mais une chose était certaine : utilisée avec intelligence, cette information pourrait devenir précieuse.
Très précieuse.
Peut-être même pourrait-elle servir sa vengeance.
Plus tard.
Pour l’instant, son silence valait davantage que toutes les révélations.
On the peninsula, autumn was also settling in.
Slowly.
Almost tenderly.
The first bronze colors appeared in the foliage, the days shortened imperceptibly and the evening air already carried this particular freshness announcing the approaching end of the beautiful days.
A ritual that Luna had always loved.
Usually, she would have enjoyed this period. This slow transition, this melancholic sweetness of the end of summer, particularly clement this year.
But not this time.
This year, his mind was elsewhere.
Because she too had heard the rumors.
Who hadn’t heard them?
They now ran everywhere, slipped into conversations, crossed borders, crossed human and supernatural territories.
And among all these whispers, a few words returned with particular insistence.
The Heir.
A child.
A child with eyes of liquid gold.
Luna had known immediately.
She knew who he was.
Weldon.

His intuition had therefore been good.
Excellent, even.
This thought snatched a satisfied smile from her.
She didn’t understand everything yet, no. Far too many pieces were still missing from the puzzle for her to be able to distinguish the entire image.
But she had something that all those idiots busy whispering, assuming and interpreting didn’t have.
A name.
And it gave him a head start.
At least, she hoped it.
She still did not know precisely what Weldon meant, what this old prophecy expected of him or why it now resurfaced.
But one thing was certain: used intelligently, this information could become valuable.
Very valuable.
Perhaps it could even serve his revenge.
Later.
For now, his silence was worth more than all the revelations.
Parce qu’il restait une inconnue.
Et non des moindres.
Celle qui marche sans couronne.
Une femme.
Mais laquelle ?
La mère de Weldon ?
Non.
Elle avait disparu depuis longtemps.
Faern, en revanche, devait en savoir davantage.
Son père avait toujours su beaucoup plus de choses qu’il ne consentait à en révéler.
Malheureusement, lui aussi avait disparu.
Du moins était-ce ce que tout le monde racontait.
Luna plissa légèrement les yeux.
Puis un souvenir lui revint.
Cal.

Et cette conviction presque arrogante qu’il avait toujours affichée.
Il avait été persuadé que son propre héritier serait l’enfant annoncé par la prophétie.
Luna sourit.
Un sourire lent.
Cruel.
— Il doit être terriblement déçu…
Finalement, le destin possédait parfois un sens de l’ironie particulièrement délicieux.
Peut-être n’était-il même pas nécessaire d’organiser de grandes vengeances spectaculaires.
Parfois, il suffisait d’attendre.
De regarder.
Et de laisser le destin reprendre lui-même ce que certains avaient cru posséder.
Tout semblait se mettre en place sans qu’elle ait besoin d’intervenir.
Pourtant, une pensée beaucoup moins agréable traversa son esprit.
Était-ce vraiment suffisant après tout ce qu’elle avait subi ?
Son sourire disparut.
Non.

Elle chassa presque aussitôt cette interrogation.
Ce n’était pas le moment.
Il restait cette seconde partie.
Celle qu’elle ne comprenait pas.
Celle qui, étrangement, l’intriguait bien davantage que l’identité de l’Héritier.
Luna se détourna lentement du paysage automnal.
Les mots de la prophétie lui revinrent.
Lorsque l’Héritier aura atteint l’âge du choix, celle qui marche sans couronne devra se tenir auprès de lui…
Elle les répéta intérieurement.
Une fois.
Puis une seconde.
Celle qui marche sans couronne.
Because he was still a stranger.
And not of the least.
The one who walks without a crown.
A woman.
But which one?
Weldon’s mother?
No.
She was long gone.
Faern, by contrast, had to know more.
His father had always known many more things than he was willing to reveal.
Unfortunately, he too had disappeared.
At least that’s what everyone was saying.
Luna squinched her eyes slightly.
Then a memory came back to him.
Cal.

And this almost arrogant conviction that he had always displayed.
He had been persuaded that his own heir would be the child announced by the prophecy.
Luna smiles.
A slow smile.
Cruel.
—He must be terribly disappointed...
Finally, destiny sometimes had a particularly delightful sense of irony.
Perhaps it was not even necessary to organize spectacular great vendettas.
Sometimes, it was enough to wait.
To watch.
And to let destiny take back itself what some had thought it possessed.
Everything seemed to fall into place without her needing to intervene.
Yet a far less pleasant thought crossed his mind.
Was that really enough after all she had been through?
His smile disappeared.

No.
She almost immediately chased away this question.
It wasn’t the right time.
There was this second part left.
The one she didn’t understand.
The one who, strangely, intrigued him much more than the identity of the Heir.
Luna slowly turned away from the autumn landscape.
The words of the prophecy returned to him.
When the Heir has reached the age of choice, she who walks without a crown must stand with him...
She repeated them internally.
Once.
Then a second.
The one who walks without a crown.
A woman important enough that her existence was announced at the same time as that of the Heir.
A woman who should stand next to Weldon.
une femme se tiendra aupres de Weldon
Pourquoi ?
Pour le protéger ?
Le guider ?
L’accompagner ?
Ou accomplir avec lui quelque chose que la prophétie se gardait encore de révéler ?
Luna fronça les sourcils.
Cette inconnue commençait sérieusement à l’agacer.
Une femme sans couronne…
Elle chercha parmi les noms qu’elle connaissait.
Les Grandes Familles.
Les anciennes lignées.
Les femmes de pouvoir.
Les prêtresses.
Les mages.
Aucune ne semblait véritablement correspondre.
Et pourtant…
Quelque chose venait de traverser son esprit.
Une présence.
Un souvenir presque insignifiant.
Luna s’immobilisa.
Non.

Elle écarta aussitôt cette idée.
C’était ridicule.
Impossible, même.
Elle connaissait cette femme.
Elle savait parfaitement qui elle était.
Une simple herbaliste.
Talentueuse, certes.
Fougueuse.
Insupportablement loyale.
Et beaucoup trop attachée à cet enfant.
Mais rien de plus.
Hécate n’avait rien à voir avec une prophétie.
Luna eut un petit rire et secoua la tête devant l’absurdité de sa propre pensée.
Puis elle regarda de nouveau les feuilles tomber lentement devant elle.
Son sourire s’était pourtant effacé.
Parce qu’une question venait de naître.
Une toute petite question.
Insidieuse.
Dérangeante.
Et qui refusait maintenant de disparaître.
Pourquoi Weldon avait-il choisi Hécate ?
A woman who should stand next to Weldon.
Why?
To protect him?
Guide him?
Accompany him?
Or accomplish with him something that the prophecy was still careful not to reveal?
Luna frowned.
This stranger was seriously starting to annoy him.
A woman without a crown...
She searched among the names she knew.
The Great Families.
The old lineages.
Women of power.
The priestesses.
The mages.
None seemed to really match.
And yet...
Something had just crossed his mind.
A presence.
An almost insignificant memory.
Luna stopped.
No.

She immediately dismissed this idea.
That was ridiculous.
Impossible, even.
She knew this woman.
She knew perfectly who she was.
A simple herbalist.
Talented, of course.
Feisty.
Unbearably loyal.
And much too attached to this child.
But nothing more.
Hecate had nothing to do with a prophecy.
Luna had a small laugh and shook her head at the absurdity of her own thinking.
Then she looked again at the leaves falling slowly in front of her.
His smile had however disappeared.
Because a question had just been born.
A very small question.
Insidious.
Disturbing.
And who now refused to disappear.
Why did Weldon choose Hecate?
des révelations... pas si sure!
En cette fin de septembre, Mabon approchait.
Il aurait dû être beau. Prometteur. Victorieux.
C’était la grande fête des moissons, celle où l’on célébrait ce qui avait poussé, ce qui avait été récolté, et le travail accompli. On remerciait la terre avant de la laisser se reposer.
Mais cette année, l’été ne semblait pas vouloir mourir.
Le soleil était encore haut et ardent. Il frappait les chemins, chauffait les pierres et faisait briller les dernières feuilles vertes avec une force presque insolente. Il y avait dans cette lumière quelque chose de farouche, comme une rage de vivre encore.
Comme si l’été savait que son temps était venu et refusait pourtant de céder.
Car les mois sombres attendaient.
Ils ne se montraient pas encore. Ils n’en avaient pas besoin.
Ils étaient là, derrière les collines, dans les ombres qui s’allongeaient plus tôt au pied des arbres, dans la fraîcheur des matins et dans le silence nouveau des soirs.
Ils viendraient.
Lorelie pensait à cela tandis qu’elle suivait le chemin qui la ramenait chez elle.
Elle marchait lentement.
D’ordinaire, ses yeux rêveurs observaient tout. Un mouvement dans les branches. Une herbe couchée par le vent. Le vol plus bas d’un oiseau. Elle avait appris depuis longtemps à écouter cette nature qui parlait à sa communauté d’une manière que les autres ne comprenaient pas toujours.
Mais ce jour-là, elle regardait sans vraiment voir.
Elle pensait à Hécate.
À leur conversation.
Elle était venue jusqu’à elle avec le poids d’une révélation. Elle avait longtemps réfléchi aux mots qu’elle emploierait. Elle avait imaginé la surprise d’Hécate, peut-être son refus, sa colère ou même sa peur.
Rien ne s’était passé ainsi.
Lorelie avait apporté une révélation.
Et c’était Hécate qui, sans le savoir peut-être, lui en avait offert une autre.
Elle savait.
Ou du moins, elle avait compris depuis longtemps assez de choses pour que la vérité ne la surprenne pas.
Lorelie s’arrêta au milieu du chemin.
At the end of September, Mabon was approaching.
He should have been handsome. Promising. Victorious.
It was the great harvest festival, where people celebrated what had grown, what had been harvested, and the work accomplished. We thanked the earth before letting it rest.
But this year, summer did not seem to want to die.
The sun was still high and burning. He beat the paths, heated the stones and made the last green leaves shine with an almost insolent force. There was something fierce in that light, like a rage to live again.
As if summer knew that its time had come and yet refused to yield.
Because the dark months were waiting.
They hadn’t shown up yet. They didn’t need it.
They were there, behind the hills, in the shadows that stretched earlier at the foot of the trees, in the freshness of mornings and in the new silence of evenings.
They would come.
Lorelie thought about this as she followed the path that brought her home.
She walked slowly.
Ordinarily, his dreamy eyes observed everything. A movement in the branches. A grass lying by the wind. The lower flight of a bird. She had long learned to listen to that nature who spoke to her community in a way that others did not always understand.
But that day, she was watching without really seeing.
She was thinking of Hecate.
To their conversation.
She had come to her with the weight of a revelation. She had long thought about the words she would use. She had imagined Hecate’s surprise, perhaps her refusal, her anger or even her fear.
Nothing had happened like that.
Lorelie had brought a revelation.
And it was Hecate who, perhaps without knowing it, had offered him another.
She knew.
Or at least, she had understood enough things for a long time that the truth would not surprise her.
Lorelie stopped in the middle of the road.
Le vent remua doucement les branches au-dessus d’elle. Une feuille jaune se détacha, tourna lentement dans l’air et vint mourir près de ses pieds.
Elle la regarda.
Puis elle releva les yeux vers le soleil.
Hécate n’avait pas eu peur.
C’était cela qui la troublait le plus.
La prophétie allait bientôt s’éveiller. Weldon était l’Héritier. Hécate était celle qui marchait sans couronne.
Et pourtant, lorsqu’elle avait entendu ces mots, elle n’avait pas reculé.
Comme si, quelque part en elle, elle avait toujours su que ce chemin existait.
Lorelie reprit sa marche.
Mabon approchait.
Le temps des moissons.
Le temps où l’on recueille ce que l’on a semé.
Mais cette année, songea-t-elle, peut-être ne célébreraient-ils pas seulement ce qui s’achevait.
Peut-être célébreraient-ils aussi ce qui allait commencer.
The wind gently stirred the branches above her. A yellow leaf stood out, slowly circled in the air and came to die near her feet.
She looked at her.
Then she looked up at the sun.
Hecate had not been afraid.
That was what troubled her the most.
The prophecy would soon awaken. Weldon was the Heir. Hecate was the one who walked without a crown.
And yet, when she heard these words, she did not back down.
As if, somewhere inside her, she had always known that this path existed.
Lorelie resumed her walk.
Mabon was approaching.
The harvest time.
The time when we gather what we sow.
But this year, she thought, perhaps they would not only celebrate what was ending.
Perhaps they would also celebrate what was about to begin.
Lorelie était inquiète et rassurée à la fois.
C’était étrange, mais la nouveauté créait toujours de l’incertitude. Elle le savait. Elle aurait pu s’en contenter.
Pourtant, tandis qu’elle avançait sur le chemin, une question revenait.
Pourquoi était-elle inquiète ?
Hécate aurait dû l’être.
C’était elle que la prophétie désignait. Elle qui devrait marcher aux côtés de Weldon lorsque viendrait le temps du choix. Elle qui devrait s’engager sur un chemin dont personne, pas même les Grands Sages, ne semblait connaître encore la véritable issue.
Hécate aurait dû avoir peur.
Mais elle n’avait pas eu peur.
Lorelie ralentit.
Se poser la question, c’était déjà connaître la réponse, s’avoua-t-elle.
Ce n’était pas la prophétie qui l’inquiétait.
C’était Hécate.
Son calme.
Cette manière qu’elle avait eue d’accueillir la révélation sans surprise véritable, comme si les paroles de Lorelie n’avaient fait que donner un nom à quelque chose qu’elle portait déjà en elle.
Et les garçons le savaient.
Lorelie en était certaine maintenant.
Chadney, Morgyn et Siméon n’avaient pas seulement choisi de passer par elle parce que l’Institut leur interdisait d’intervenir directement.
Ils savaient.
Peut-être pas tout.
Mais suffisamment.
Lorelie leva les yeux vers le chemin devant elle.
Le soleil brillait toujours avec la même force. Pourtant les ombres s’allongeaient entre les arbres.
Elle reprit sa marche.
Hécate n’avait pas peur de ce qui venait.
Et Lorelie comprit enfin que c’était précisément pour cela qu’eux tous avaient peur pour elle.
Lorelie was both worried and reassured.
It was strange, but the novelty always created uncertainty. She knew it. She could have been content with it.
Yet, as she advanced on the path, a question returned.
Why was she worried?
Hecate should have been.
She was the one designated by the prophecy. She would have to walk alongside Weldon when the time of choice came. She who should be embarking on a path whose true outcome no one, not even the Great Sages, seemed to know yet.
Hecate should have been afraid.
But she had not been afraid.
Lorelie is slowing down.
Asking the question was already knowing the answer, she admitted.
It wasn’t the prophecy that worried him.
It was Hecate.
His calm.
This way she had received the revelation without any real surprise, as if Lorelie’s words had only given a name to something she already carried within her.
And the boys knew it.
Lorelie was certain of it now.
Chadney, Morgyn and Siméon had not only chosen to go through her because the Institute forbade them from intervening directly.
They knew.
Maybe not everything.
But enough.
Lorelie looked up at the path before her.
The sun always shone with the same force. Yet the shadows lengthened between the trees.
She resumed her walk.
Hecate was not afraid of what came.
And Lorelie finally understood that it was precisely for this reason that they were all afraid for her.
À la fin de ce beau mois de septembre viendrait Mabon.
Les dernières récoltes seraient rentrées. Les tables se couvriraient des fruits de la terre, des pommes, des noix, des pains encore chauds et des dernières grappes cueillies sous le soleil. On remercierait la terre pour ce qu’elle avait donné. On célébrerait le travail accompli, les promesses tenues et les greniers pleins avant les longs mois d’hiver.
La lumière et l’obscurité se tiendraient alors un instant à parts égales.
Puis la nuit commencerait à gagner.
Cette année-là, pour Hécate, Mabon marquerait un autre passage.
À la fin de ce beau mois de septembre, elle entrerait dans sa vie d’adulte.

Elle avait pourtant déjà fait ses premières armes dans l’existence. Elle en connaissait les joies et les blessures. Elle avait connu les départs, les désillusions et ces choix que l’on doit parfois faire seul. Elle avait appris à tomber et, surtout, à se relever.
Mais jusque-là, elle n’avait eu à porter que sa propre vie.
Désormais, ce serait différent.
Comme les champs autour d’elle, elle arrivait au terme d’une saison.
Il fallait regarder ce qui avait été semé.
Et accepter ce qui avait poussé.
Elle entrerait dans cette nouvelle part de son existence avec un destin qu’elle n’avait pas demandé et une lourde responsabilité dont elle connaissait maintenant le poids.
Elle savait qui était Weldon.
Elle savait ce qu’elle représentait pour lui.
Et elle savait qu’un jour viendrait où l’enfant devrait choisir.
Personne ne pourrait alors choisir à sa place.
Pas même elle.
Ce serait peut-être cela, sa première véritable tâche d’adulte.
Guider un enfant destiné sans faire de son destin une prison.
Lui apprendre à regarder l’obscurité sans lui apprendre à la craindre. Lui montrer la lumière sans lui faire croire qu’elle était toujours bonne. Marcher auprès de lui assez longtemps pour qu’un jour il puisse continuer seul.
At the end of this beautiful month of September, Mabon would come.
The last harvests are said to have come in. The tables would be covered with the fruits of the earth, apples, nuts, loaves still warm and the last grapes picked under the sun. We would thank the earth for what it had given. We would celebrate the work accomplished, the promises kept and the granaries filled before the long winter months.
Light and darkness would then stand for a moment in equal parts.
Then the night would start to win.
That year, for Hecate, Mabon would mark another passage.
At the end of this beautiful month of September, she would enter her adult life.

Yet she had already cut her teeth in life. She knew its joys and wounds. She had known the departures, the disappointments, and those choices that sometimes you have to make alone. She had learned to fall and, above all, to get back up.
But until then, she had only had to carry her own life.
From now on, it would be different.
Like the fields around her, she was reaching the end of a season.
We had to look at what had been sown.
And accept what had grown.
She would enter this new part of her life with a destiny that she had not asked for and a heavy responsibility whose weight she now knew.
She knew who Weldon was.
She knew what she meant to him.
And she knew that one day the child would have to choose.
No one could then choose in his place.
Not even her.
That might be it, his first real adult task.
Guide a destined child without turning his fate into a prison.
Teaching him to look at the darkness without teaching him to fear it. Showing him the light without making him believe that it was still good. Walk with him long enough so that one day he can continue alone.
Mabon enseignait cela aussi.
On ne retenait pas l’été.
On ne suppliait pas le soleil de demeurer.
On recueillait ce qu’il avait donné, puis on acceptait de le voir décliner.
Parce que toute saison devait un jour céder sa place à une autre.
Hécate ferait de même.
Elle laisserait derrière elle une part de sa jeunesse et franchirait le seuil en toute connaissance de cause.
Sans couronne.
Sans certitude.
Sans promesse de victoire.
Mais libre encore.
Et lorsque les feux de Mabon brûleraient dans le soir de septembre, tandis que les dernières lueurs de l’année reculeraient devant la nuit, Hécate commencerait sa vie d’adulte comme on entre dans une saison nouvelle.
En sachant ce qu’elle laissait derrière elle.
En sachant ce qu’elle emportait.
Et avec, marchant quelque part devant elle, un enfant dont le destin n’avait pas encore été récolté.
Mabon taught this too.
We weren’t holding back from summer.
One did not beg the sun to remain.
We collected what he had given, then we accepted to see him decline.
Because every season would one day give way to another.
Hecate would do the same.
She would leave behind a part of her youth and cross the threshold knowingly.
Without a crown.
Without certainty.
With no promise of victory.
But still free.
And when the fires of Mabon would burn in the evening of September, while the last gleams of the year would recede before the night, Hecate would begin her adult life as one enters a new season.
By knowing what she was leaving behind.
By knowing what she was taking with her.
And with her, walking somewhere in front of her, a child whose destiny had not yet been reaped.
Lorelie ne savait pas que penser
Lorelie baissa les yeux vers le chemin.
Elle ne savait toujours pas si elle devait s’en réjouir ou en avoir peur.
Alors elle continua de marcher.
Il restait encore quelques jours avant Mabon.
Quelques jours avant que la lumière et l’ombre ne soient égales.
Après cela, songea-t-elle, quelque chose commencerait.
Et personne ne savait encore quoi.
Lorelie didn’t know what to think
Lorelie looked down at the path.
She still didn’t know whether to rejoice or be afraid.
Then she kept walking.
There were still a few days left before Mabon.
A few days before light and shadow were equal.
After that, she thought, something would begin.
And no one yet knew what.
Lorelie baissa les yeux vers le chemin.
Elle ne savait toujours pas si elle devait s’en réjouir ou en avoir peur. pour son amie
Alors elle continua de marcher.
Après tout, c’était cela, l’avenir.
Connaître son passé et ignorer son futur.
Avancer avec ce que l’on savait, avec ce que l’on avait vécu, et accepter que le reste demeure encore caché.
Les hommes avaient toujours vécu ainsi.
Ils regardaient derrière eux pour comprendre le chemin parcouru, mais devant eux, la route restait inconnue.
C’était peut-être mieux ainsi.
Enfin… normalement.
Lorelie eut un léger sourire. triste car pour Hécate c'était
Car lorsqu’une prophétie décidait de se mêler de votre existence, même cette simple vérité cessait d’en être une.
Elle ne révélait jamais vraiment l’avenir.
Elle en soulevait seulement un coin du voile.
Assez pour savoir que quelque chose vous attendait.
Pas assez pour savoir quoi.
Il restait encore quelques jours avant Mabon.
Quelques jours avant que la lumière et l’ombre ne soient égales.
Et après cela…
Il faudrait simplement avancer.
Lorelie looked down at the path.
She still didn’t know whether to rejoice or be afraid of it. for her friend
Then she kept walking.
After all, that was the future.
Knowing one’s past and ignoring one’s future.
Move forward with what we knew, with what we had experienced, and accept that the rest remains hidden.
Men had always lived like this.
They looked behind them to understand the path taken, but in front of them, the road remained unknown.
Maybe it was better this way.
Finally... normally.
Lorelie had a slight smile. Sad because for Hecate it was
For when a prophecy decided to meddle with your existence, even that simple truth ceased to be one.
She never really revealed the future.
She only lifted a corner of the veil.
Enough to know that something was waiting for you.
Not enough to know what.
There were still a few days left before Mabon.
A few days before light and shadow were equal.
And after that...
We should simply move forward.
le plan diabolique de Luna
Dans le monde de la magie, les rumeurs circulaient plus vite encore que la brise automnale de ces matins de septembre.
Elles se glissaient sous les portes, couraient dans les couloirs des vieilles institutions, franchissaient les frontières des Grandes Familles et se murmuraient à voix basse dans les lieux où, d’ordinaire, personne ne prêtait attention aux murmures.
Aucun nom n’avait pourtant été divulgué.
Ni celui de l’Héritier.
Ni celui de la femme sans couronne.

Mais cela n’empêchait nullement les spéculations d’aller bon train.
La prophétie s’éveillait.
Et avec elle se dessinait la promesse d’un changement que certains attendaient avec un soulagement presque instinctif, tandis que d’autres l’accueillaient avec une peur difficile à dissimuler.
Car tous, ou presque, avaient compris une chose.
Les temps allaient changer.
Quelque chose, dans l’ordre ancien du monde magique, était sur le point de vaciller.
Et au cœur de ce bouleversement se tenaient deux êtres : un jeune héritier arrivé à l’âge du choix… et celle qui marcherait à ses côtés sans jamais porter de couronne.
Ensemble, s’ils le décidaient.
Car là résidait peut-être ce que beaucoup redoutaient le plus : rien ne pourrait leur être imposé.
Le choix leur appartiendrait.
Sur la péninsule, Luna n’avait pas attendu que les rumeurs deviennent des certitudes pour commencer à tirer ses propres conclusions.
Elle avait déjà une idée très précise de ce qu'elles signifiaient.
Son esprit, rongé par la jalousie, la rancœur et cette soif de revanche qui, depuis longtemps, avait cessé d’obéir à la raison, revenait sans cesse vers le même enfant.
Weldon.
Cela ne pouvait être que lui.
L’enfant aux yeux d’or liquide.
L’enfant de Faern.
Celui autour duquel tant de gens puissants semblaient soudain graviter avec une prudence qui, à elle seule, en disait beaucoup trop.
Et si Weldon était l’Héritier…
Alors qui était la femme sans couronne ?
Luna avait longtemps refusé d’envisager l’évidence.
In the world of magic, rumors circulated even faster than the autumn breeze of those September mornings.
They slipped under the doors, ran in the corridors of the old institutions, crossed the borders of the Great Families and murmured at a low voice in places where, ordinarily, no one paid attention to the whispers.
Yet no names had been disclosed.
Nor that of the Heir.

Nor that of the woman without a crown.
But this did not prevent speculation from going on.
The prophecy was awakening.
And with it emerged the promise of a change that some expected with almost instinctive relief, while others welcomed it with a fear hard to conceal.
Because all, or almost all, had understood one thing.
The times were about to change.
Something, in the ancient order of the magical world, was about to falter.
And at the heart of this upheaval were two beings: a young heir who had reached the age of choice... and the one who would walk beside him without ever wearing a crown.
Together, if they decided.
For here perhaps lay what many feared most: nothing could be imposed on them.
The choice would be theirs.
On the peninsula, Luna did not wait for rumors to become certainties to start drawing her own conclusions.
She already had a very precise idea of what they meant.
His mind, consumed by jealousy, resentment, and that thirst for revenge which had long ceased to obey reason, kept returning to the same child.
Weldon.
It could only have been him.
The child with liquid golden eyes.
The child of Faern.
The one around whom so many powerful people suddenly seemed to gravitate with a prudence that, in itself, spoke too much.
And if Weldon was the Heir...
So who was the woman without a crown?
Luna had long refused to consider the obvious.
Hécate.
Cette insignifiante herbaliste.
Cette jeune femme qu’elle avait autrefois cru pouvoir utiliser comme un simple pion avant de la rejeter dès qu’elle ne lui serait plus utile.
Hécate…
Un rire bref, sans joie, effleura ses lèvres.
Comment une femme aussi ordinaire pouvait-elle se retrouver au centre d’une prophétie capable d’ébranler l’équilibre du monde magique ?
Et pourtant…
Plus Luna y réfléchissait, plus les pièces s’assemblaient.
Weldon l’avait choisie.
Il lui faisait confiance.
Et surtout, Hécate possédait auprès de lui quelque chose qu’aucune puissance, aucun titre, aucune magie ancienne ne pouvait exiger par la force.
Sa confiance.
Ce fut précisément cela qui fit naître dans l’esprit de Luna une pensée beaucoup plus sombre.
Elle devrait agir seule.
Dante ne l’aiderait pas.
Elle le connaissait suffisamment pour le savoir.
Aussi protecteur qu’il pût parfois se montrer envers elle, le Grand Commandeur ne sacrifierait jamais la stabilité de l’Ordre à une vengeance personnelle. Il observerait. Il calculerait. Il chercherait avant tout à consolider sa position et à tirer avantage des bouleversements à venir.
Et surtout, il y avait Weldon.
Luna savait parfaitement où Dante avait tracé sa limite.
On ne touchait pas à un enfant.

Soit.
Elle n’avait donc pas besoin de toucher à l’enfant.
Son regard se durcit.
Le problème n’était pas Weldon.
Le problème était celle qui se tenait à ses côtés.
Hécate.
Alors, lentement, une idée commença à prendre forme dans les méandres de son esprit.
Une idée froide.
Patiente.
Effroyablement simple.
Si la prophétie exigeait qu’une femme sans couronne accompagne l’Héritier…
que se passerait-il si cette femme n’était plus en mesure de le faire
Hecate.
This insignificant herbalist.
This young woman whom she had once believed to be able to use as a mere pawn before rejecting her as soon as she would no longer be useful to him.
Hecate...
A brief, joyless laugh brushed against his lips.
How could such an ordinary woman find herself at the center of a prophecy capable of shaking the balance of the magical world?
And yet...
The more Luna thought about it, the more the pieces fit together.
Weldon had chosen her.
He trusted her.
And above all, Hecate had with him something that no power, no title, no ancient magic could demand by force.
His confidence.
It was precisely this that gave rise to a much darker thought in Luna’s mind.
She should act alone.
Dante wouldn’t help him.
She knew him well enough to know.
As protective as he was sometimes towards her, the Grand Commander would never sacrifice the stability of the Order for personal revenge. He would observe. He would calculate. He would seek above all to consolidate his position and take advantage of the upheavals to come.
And above all, there was Weldon.
Luna knew exactly where Dante had drawn his boundary.
We weren’t touching a child.
So be it.

So she didn’t need to touch the child.
His gaze hardens.
The problem was not Weldon.
The problem was the one who stood by his side.
Hecate.
Then, slowly, an idea began to take shape in the twists and turns of his mind.
A cold idea.
Patient.
Frightfully simple.
If the prophecy required a woman without a crown to accompany the Heir...
What if this woman is no longer able to do it?
Il n'était peut-être même pas nécessaire de l'éliminer
Une disparition pouvait suffire.
Un accident.
Une incapacité.
Une faute assez grave pour briser la confiance de Weldon.
N’importe quoi qui écarterait Hécate du chemin avant que l’heure du choix ne soit venue.
Et alors…
une place deviendrait vacante.
Luna demeura longtemps immobile devant sa fenêtre, tandis que les premières feuilles mortes tournoyaient dans le vent de septembre.
Un sourire lent, presque imperceptible, étira ses lèvres.
Pourquoi détruire une prophétie…
quand on pouvait tenter d’en prendre le contrôle ?
Et si Hécate devait disparaître du chemin de l’Héritier…
Luna était désormais convaincue de savoir qui pourrait prendre sa place.
Elle.
It was perhaps not even necessary to eliminate him
A disappearance could be enough.
An accident.
An incapacity.
A mistake serious enough to break Weldon’s trust.
Anything that would keep Hecate out of the way before the time of choice has come.
And then...
a position would become vacant.
Luna remained motionless for a long time in front of her window, while the first dead leaves whirled in the wind of September.
A slow, almost imperceptible smile stretched her lips.
Why destroy a prophecy...
when we could try to take control of it?
And if Hecate were to disappear from the path of the Heir...
Luna was now convinced that she knew who could take her place.
Her.
Forte de ce nouveau dessein, Luna se détendit enfin.
Quelque chose venait de se dénouer en elle.
Elle revivait.
Elle respirait de nouveau.
Cette angoisse sourde qui, depuis plusieurs jours, lui étreignait l’estomac avait disparu, remplacée par une sensation bien plus familière, presque grisante : celle de reprendre le contrôle.
Elle avait un but.
Et pour Luna, avoir un but signifiait déjà commencer à gagner.
Pourtant, elle ne se faisait aucune illusion.
Elle devrait agir avec une prudence extrême.
Ne rien révéler.
Ne rien laisser paraître.
Pas un mot de trop, pas un geste suspect, pas même une colère qui pourrait éveiller l’attention de ceux qui, déjà, observaient les événements avec beaucoup trop d’intérêt.
Car derrière Hécate se dressaient des ombres autrement plus encombrantes.
Il y avait les garçons.
Chadney, Morgyn et Siméon.

Trois hommes dont Luna connaissait suffisamment la loyauté pour savoir qu’ils deviendraient impitoyables si quelqu’un menaçait ouvertement Hécate ou Weldon.
Et puis il y avait cette femme…
Lorelie.
Luna plissa légèrement les yeux à cette pensée.
Elle avait commis l’erreur de ne voir en elle que l’amie d’Hécate, une intermédiaire docile, une présence presque insignifiante gravitant autour de l’Institut.
Une erreur.
Lorelie était bien plus dangereuse que Luna ne le soupçonnait encore.
Derrière son apparente douceur se cachait quelque chose de beaucoup plus difficile à contourner : elle observait, écoutait et, surtout, elle connaissait Hécate suffisamment bien pour sentir le danger avant même que celui-ci ne prenne un visage.
Et au-delà d’eux…
il y avait l’Institut.
Les Grands Sages.
Leurs secrets.
Leur vigilance.
Et Dante.
Dante surtout.
Luna eut un mouvement d’agacement.
Elle ne craignait pas véritablement son Grand Commandeur.
With this new design, Luna finally relaxed.
Something had just unraveled in her.
She was reliving.
She was breathing again.
The deep anguish that had been gripping his stomach for several days had disappeared, replaced by a much more familiar, almost intoxicating sensation: that of regaining control.
She had a purpose.
And for Luna, having a goal already meant starting to win.
Yet she had no illusions.
She should act with extreme caution.
Reveal nothing.
Don’t let it show.
Not a word too much, not a suspicious gesture, not even an anger that could awaken the attention of those who were already watching events with far too much interest.
Because behind Hecate stood shadows that were much more cumbersome.
There were the boys.
Chadney, Morgyn and Siméon.
Three men whose loyalty Luna knew well enough to know that they would become ruthless if someone openly threatened Hecate or Weldon.
And then there was this woman...
Lorelie.
Luna narrowed her eyes slightly at the thought.
She had made the mistake of seeing in herself only the friend of Hecate, a docile intermediary, an almost insignificant presence gravitating around the Institute.
A mistake.

Lorelie was much more dangerous than Luna suspected.
Behind her apparent gentleness was something much more difficult to circumvent: she observed, listened and, above all, knew Hecate well enough to feel the danger even before it took on a face.
And beyond them...
there was the Institute.
The Great Sages.
Their secrets.
Their vigilance.
And Dante.
Dante especially.
Luna made a movement of annoyance.
She did not truly fear her Great Commander.
Mais elle savait qu’il serait dangereux de le sous-estimer.
Dante pouvait fermer les yeux sur bien des choses lorsqu’elles servaient ses intérêts.
Il pouvait même tolérer certaines de ses manœuvres.
Mais jamais il ne lui pardonnerait de mettre l’Ordre en péril pour satisfaire une vengeance personnelle.
Et s’il découvrait ce qu’elle préparait réellement…
Luna préféra chasser cette pensée.
Non.
Personne ne devait savoir.
Personne.
Elle agirait lentement.
Elle observerait.
Elle attendrait.
Elle chercherait la faille.
Car chacun en possédait une.
Même Hécate.
Surtout Hécate.
Un léger sourire revint sur les lèvres de Luna.
Il lui suffisait de la trouver.
Pourtant, une impatience brûlante grondait déjà sous ce calme retrouvé.
Elle ne pouvait rester inactive.
Pas maintenant.

Pas alors que Mabon approchait.
Pas alors que la prophétie semblait commencer à s’éveiller.
Chaque journée perdue rapprochait Weldon de son destin et renforçait peut-être davantage encore le lien qui l’unissait à Hécate.
Il fallait donc commencer quelque part.
Discrètement.
Sans menace.
Sans violence.
Sans laisser la moindre trace qui puisse remonter jusqu’à elle.
Luna se détourna lentement de la fenêtre.
Avant d’écarter Hécate…
elle devait découvrir pourquoi la prophétie l’avait choisie.
Car c’était bien cela qui la tourmentait encore.
Pourquoi elle ?

Pourquoi cette herbaliste sans titre, sans couronne, sans appartenance à l’une des puissantes lignées qui gouvernaient silencieusement le monde magique ?
Luna venait peut-être de trouver son premier objectif.
Elle ne frapperait pas Hécate.
Pas encore.
Elle commencerait par fouiller son passé.
Et si quelque chose y avait été enterré…
elle le déterrerait.
But she knew that it would be dangerous to underestimate him.
Dante could turn a blind eye to many things when they served his interests.
He could even tolerate some of his maneuvers.
But he would never forgive him for putting the Order in jeopardy to satisfy a personal revenge.
And if he found out what she was really up to...
Luna preferred to put that thought aside.
No.
No one was supposed to know.
Nobody.
She would act slowly.
She would observe.
She would wait.
She would look for the flaw.
Because everyone had one.
Even Hecate.
Especially Hecate.
A slight smile returned to Luna’s lips.
All he had to do was find her.
Yet, a burning impatience was already rumbling under this regained calm.
She could not remain inactive.
Not now.
Not while Mabon was approaching.
Not when the prophecy seemed to be beginning to awaken.
Every lost day brought Weldon closer to his destiny, and perhaps further strengthened the bond that bound him to Hecate.
So we had to start somewhere.
Quietly.
Without threat.
Without violence.
Without leaving any trace that could go back to her.
Luna slowly turned away from the window.
Before dismissing Hecate...
she had to find out why the prophecy had chosen her.
For that was indeed what still tormented her.
Why her?

Why this herbalist without title, without crown, without belonging to one of the powerful lineages that silently ruled the magical world?
Luna may have just found her first goal.
She would not strike Hecate.
Not yet.
She would start by digging into his past.
And if something had been buried there...
she would dig him up.

Mabon et l anniversaire d'Hécate
Mabon
et l anniversaire
d'Hécate
C’était Mabon.
Le jour singulier où le jour et la nuit se tenaient encore face à face, égaux pour quelques heures, avant que la lumière ne s’incline doucement et ne cède davantage de place aux longues nuits à venir.
Partout, on célébrait la fin d’un cycle.
Les dernières récoltes rentraient dans les granges, les paniers débordaient de fruits, les réserves se remplissaient en prévision de l’hiver. On remerciait la terre pour ce qu’elle avait offert, on dressait les tables, on allumait les premières lanternes.
Mabon n’était pas une fête triste.
Bien au contraire.
C’était le temps de l’abondance, du partage et de la gratitude. Le moment où l’on regardait derrière soi avant d’accepter de franchir, ensemble, le seuil d’une nouvelle saison.
Et cette année, pour eux tous, Mabon avait une saveur particulière.
Car c’était aussi l’anniversaire d’Hécate.
Au milieu de cette agitation joyeuse se trouvait Weldon.

L’intrépide petit garçon semblait plus impatient encore qu’à l’ordinaire. Pourtant, depuis quelques jours, quelque chose avait changé en lui.
Presque rien.
Une sensation fugitive.
Un frémissement qu’il aurait été incapable d’expliquer.
Il le sentait parfois au fond de lui, comme si quelque chose de très ancien s’éveillait lentement et attendait son heure. Il ne savait pas ce que c’était. Il n’en avait même pas réellement peur.
Il savait seulement que c’était là.
Mais aujourd’hui, cela n’avait aucune importance.
Toute son attention était tournée vers la fête.
Et surtout vers Hécate.
Il serait présent.
Chadney le lui avait promis.
Mieux encore : il avait obtenu la confirmation officielle — et absolument exceptionnelle — que, ce soir-là, il n’y aurait pas d’heure pour aller se coucher.
Mabon and
Hécate birthday
It was Mabon.
The singular day when day and night were still facing each other, equal for a few hours, before the light gently tilted and gave more room to the long nights to come.
Everywhere, people celebrated the end of a cycle.
The last harvests were returning to the barns, the baskets overflowed with fruit, and the reserves were filling up in anticipation of winter. They thanked the earth for what it had offered, set the tables, and lit the first lanterns.
Mabon was not a sad party.
On the contrary.
It was a time of abundance, sharing and gratitude. The moment when we looked behind ourselves before agreeing to cross, together, the threshold of a new season.
And this year, for all of them, Mabon had a special flavor.
Because it was also Hecate’s birthday.
In the midst of this joyful turmoil was Weldon.
The intrepid little boy seemed even more impatient than usual. Yet, in recent days, something had changed in him.
Almost nothing.
A fleeting sensation.
A tremor that he would have been unable to explain.
He sometimes felt it deep inside him, as if something very old was slowly waking up and waiting for its time. He didn’t know what it was. He wasn’t even really afraid of it.
He only knew it was there.
But today, it didn’t matter.
All his attention was turned to the party.
And especially towards Hecate.
He would be present.
Chadney had promised him.
Even better: he had obtained the official confirmation—and absolutely exceptional—that, that evening, there would be no time to go to bed.
Aucune.
Weldon avait d’ailleurs pris soin de faire répéter cette information à Chadney, probablement afin de pouvoir la lui rappeler plus tard si celui-ci était soudain frappé d’une regrettable crise d’autorité parentale.
Il pourrait assister à toute la célébration.
Jusqu’au bout.
Cette perspective suffisait à son bonheur.
Pourtant, lorsqu’il observait Chadney, son sourire s’effaçait parfois.
Parce qu’il avait remarqué quelque chose.
Une tension.
Pas véritablement de la peur. Chadney n’était pas homme à montrer facilement sa peur, et Weldon le connaissait suffisamment désormais pour savoir faire la différence.
C’était autre chose.
Une inquiétude plus silencieuse, plus profonde.
Comme si une pensée revenait sans cesse troubler son esprit malgré tous ses efforts pour l’écarter.

Weldon aurait voulu lui dire de ne pas s’inquiéter.
Il était là.
Hécate était là.
Ils étaient tous là.
Alors, forcément, tout irait bien.
De leur côté, Morgyn et Siméon s’affairaient avec Lorelie, orchestrant les préparatifs avec une minutie presque inquiétante.
Tout devait être parfait.
Et surtout, Hécate ne devait intervenir sous aucun prétexte.
C’était une surprise.
Du moins… ils espéraient encore qu’elle le resterait.
Car organiser une surprise pour Hécate relevait moins de la préparation d’un anniversaire que d’une discipline magique expérimentale aux résultats notoirement imprévisibles.
Elle avait le don de surgir là où elle n’aurait pas dû être, de comprendre ce qu’on cherchait à lui cacher et, pire encore, de proposer son aide.
Et cela, ils ne pouvaient absolument pas le permettre.
Parce qu’au fond d’eux-mêmes, Morgyn, Siméon et Lorelie partageaient une crainte beaucoup plus immédiate que toutes les prophéties du monde :
les goûts d’Hécate.
Son imagination.
Son enthousiasme.
Et surtout cette conception très personnelle qu’elle avait de la sobriété.
Cette fois, ils avaient décidé de rester fermes.
Ce serait élégant.
Chaleureux.
Automnal.
None.
Weldon had taken care to repeat this information to Chadney, probably in order to be able to remind him of it later if he was suddenly struck by a regrettable crisis of parental authority.
He could attend the entire celebration.
All the way.
This prospect was enough for his happiness.
Yet when he looked at Chadney, his smile sometimes faded away.
Because he had noticed something.
A tension.
Not really fear. Chadney was not a man to show his fear easily, and Weldon now knew him well enough to know the difference.
It was something else.
A quieter, deeper worry.
As if a thought kept coming back to trouble his mind despite all his efforts to keep it out.

Weldon would have liked to tell him not to worry.
He was there.
Hecate was there.
They were all there.
So, obviously, everything would be fine.
For their part, Morgyn and Siméon were busy with Lorelie, orchestrating the preparations with an almost alarming meticulousness.
Everything had to be perfect.
And above all, Hecate was not to intervene under any circumstances.
It was a surprise.
At least... they were still hoping she would stay that way.
Because organizing a surprise for Hecate was less about preparing an anniversary than a magical experimental discipline with notoriously unpredictable results.
She had the gift to appear where she should not have been, to understand what was being hidden from her and, even worse, to offer her help.
And this, they absolutely could not allow.
Because deep down, Morgyn, Siméon, and Lorelie shared a much more immediate fear than all the prophecies of the world:
the tastes of Hecate.
His imagination.
His enthusiasm.
And above all, the very personal conception she had of sobriety.
This time, they had decided to remain firm.
That would be elegant.
Warm.
Autumn.
Absolument sobre.
Du moins était-ce ce qu’ils se répétaient avec une conviction grandissante tandis que les tables se couvraient peu à peu des couleurs de Mabon, que les lanternes apparaissaient entre les branches et que les premières lumières dorées du soir glissaient sur les feuilles rougies par septembre.
Bientôt, Apolinarius les rejoindrait.
Bientôt, les rires remplaceraient les préparatifs.
Et bientôt Hécate découvrirait ce qu’ils avaient préparé pour elle.
Pour quelques heures, il n’y aurait ni Institut, ni Grandes Familles, ni prophétie.
Il n’y aurait ni femme sans couronne, ni Héritier, ni destin à accomplir.
Seulement une jeune femme entourée de ceux qui l’aimaient.
Une jeune femme arrivée au terme d’une saison de son existence et qui, sans encore mesurer tout ce que l’avenir lui réservait, s’apprêtait à en commencer une nouvelle.
Et tandis que Mabon étendait lentement son manteau d’or et de cuivre sur le monde, le jour et la nuit se rencontrèrent enfin.
En parfait équilibre.
Comme si, pour quelques instants encore, le temps lui-même avait accepté de suspendre sa marche.
Pour Hécate.
Absolutely sober.
At least it was what they were repeating with growing conviction as the tables were gradually covered with the colors of Mabon, as the lanterns appeared between the branches and the first golden evening lights glided over the leaves reddened by September.
Soon, Apolinarius would join them.
Soon, laughter would replace the preparations.
And soon Hecate would discover what they had prepared for her.
For a few hours, there would be no Institute, no Great Families, and no prophecy.
There would be no woman without a crown, no heir, and no destiny to fulfill.
Only a young woman surrounded by those who loved her.
A young woman who has come to the end of one season of her life and who, without yet measuring all that the future had in store for her, was about to begin a new one.
And as Mabon slowly spread his mantle of gold and copper over the world, day and night finally met.
In perfect balance.
As if, for a few more moments, time itself had agreed to suspend its march.
For Hecate.
La fête battait désormais son plein.
Les lanternes suspendues aux branches diffusaient leur lumière dorée entre les feuillages d’automne, les tables débordaient de mets, de fruits et de douceurs, et les conversations se mêlaient aux rires et à la musique.
Même Typhon était de la fête.
Pour l’occasion, Hécate avait jugé absolument indispensable de le vêtir d’un petit manteau automnal qui, à son grand désespoir, le faisait davantage ressembler à une adorable peluche qu’au redoutable et héroïque raton laveur qu’il était persuadé d’être.
Après avoir passé une bonne partie de la soirée à manifester son indignation, Typhon avait finalement décidé de préserver ce qui lui restait de dignité en faisant ce qu’il savait faire de mieux :
des bêtises.

Et dans ce domaine, Weldon s’était révélé un adversaire particulièrement redoutable.
Tous deux rivalisaient désormais d’imagination, chacun encourageant l’autre dans une surenchère qui promettait probablement quelques catastrophes avant la fin de la soirée.
Ils étaient heureux.
Tous.
Un peu à l’écart, Chadney les regardait.
Il avait rarement pris le temps de contempler ainsi ce petit monde qui s’était construit autour de lui au fil des années.
Cette étrange famille qu’il n’avait pas choisie tout entière et qui, pourtant, était devenue la sienne.
Il y avait Morgyn.
Son adorable petit frère.

Celui qu’il avait protégé autrefois, parfois maladroitement, souvent avec trop de force, et qu’il regardait aujourd’hui devenir un homme sans jamais cesser, quelque part au fond de lui, de voir le garçon qu’il avait été.
Il y avait Apolinarius.
Son frère de cœur.
Installé près du piano, troublant quelques notes, les abandonnant, les reprenant aussitôt, composant pour Hécate une mélodie qu’il refusait encore de faire entendre entièrement.
Il souriait.
Détendu.
Heureux lui aussi.
The party was now in full swing.
The lanterns hanging from the branches diffused their golden light between the autumn foliage, the tables overflowed with food, fruit and sweets, and conversations mingled with laughter and music.
Even Typhon was at the party.
For the occasion, Hecate had deemed it absolutely essential to dress him in a small autumn coat which, to her great despair, made him look more like an adorable stuffed animal than the formidable and heroic raccoon he was convinced of being.
After spending a good part of the evening expressing his outrage, Typhoon finally decided to preserve what remained of his dignity by doing what he knew how to do best:
nonsense.
And in this area, Weldon had proved to be a particularly formidable opponent.

Both were now competing in imagination, each encouraging the other in a bidding war that probably promised some disasters before the end of the evening.
They were happy.
All of them.
A little out of the way, Chadney watched them.
He had rarely taken the time to contemplate this little world that had been built around him over the years.
This strange family that he had not chosen entirely and which, however, had become his own.
There was Morgyn.
Her adorable little brother.

The one he had once protected, sometimes awkwardly, often with too much force, and who today watched him become a man without ever ceasing, somewhere deep inside him, to see the boy he had been.
There was Apolinarius.
His soul brother.
Installed near the piano, disturbing a few notes, abandoning them, picking them up immediately, composing for Hecate a melody that he still refused to play entirely.
He was smiling.
Relaxed.
Happy him too.
Puis Siméon, qui, pour une fois, semblait avoir laissé quelque part sa réserve naturelle. Il riait franchement avec Morgyn, oubliant pour quelques heures ses recherches, ses inquiétudes et les mystères qu’il cherchait toujours à comprendre.
Lorelie, elle, était partout à la fois.
Brillante, vive, spontanée.

Elle parlait, riait, intervenait dans une conversation avant de disparaître dans une autre, telle une petite étincelle impossible à retenir.
Et Weldon…
Chadney s'attarda sur lui.
L’enfant riait aux éclats tandis que Typhon tentait manifestement de lui voler quelque chose.
Son enfant, songea-t-il presque.
Cette pensée lui arracha un sourire.
Oui.
Chadney regardait cette famille qu’il avait, d’une certaine manière, recomposée autour de lui.
Puis son regard glissa ailleurs.
Vers Hécate.
Et il s’y attarda.
Un peu.
Puis beaucoup trop longtemps.
Elle riait.
La lumière des lanternes jouait dans ses cheveux blonds tandis qu’elle protestait contre quelque chose que Lorelie venait de lui dire. Elle semblait heureuse, simplement heureuse, débarrassée pour quelques heures du poids des prophéties, des secrets et de cette étrange destinée qui venait de se refermer autour d’elle.
Chadney ne détourna pas immédiatement les yeux.
Il aurait dû.
Il ne le fit pas.
Quelque chose de doux et d’infiniment paisible se glissa en lui.
Voilà.
C’était cela.
Cette vie-là.
Ces rires.
Ces disputes absurdes.
Ces repas trop longs.
Weldon et Typhon préparant probablement une catastrophe.
Morgyn et Siméon.
Apolinarius derrière son piano.
Lorelie virevoltant au milieu de tous.
Et Hécate.
Toujours Hécate.
Voilà la vie qu’il souhaitait pour les siens.
Une vie ordinaire, autant qu’une vie pouvait l’être lorsqu’elle était peuplée de mages, de prophéties, d’enfants aux yeux d’or liquide et de ratons laveurs susceptibles.
Une vie où personne n’aurait besoin de protéger personne.
Où ils pourraient simplement…
vivre.

Then Siméon, who, for once, seemed to have left somewhere his natural reserve. He laughed frankly with Morgyn, forgetting for a few hours his research, his worries and the mysteries that he was always trying to understand.
Lorelie, she was everywhere at once.
Brilliant, lively, spontaneous.
She spoke, laughed, intervened in a conversation before disappearing into another, like a small spark impossible to retain.
And Weldon...
Chadney lingered on him.
The child laughed loudly as Typhon clearly tried to steal something from him.
His child, he almost thought.
This thought made him smile.
Yes.

Chadney was looking at this family that he had, in a way, recomposed around him.
Then his gaze shifted elsewhere.
Towards Hecate.
And he lingered there.
A little.
Then much too long.
She was laughing.
The light of the lanterns played in her blond hair as she protested against something that Lorelie had just said to her. She seemed happy, simply happy, freed for a few hours from the weight of prophecies, secrets and this strange destiny that had just closed around her.
Chadney did not immediately look away.
He should have.
He didn’t.
Something gentle and infinitely peaceful crept into him.
There.
That was it.
That life.
Those laughs.
These absurd arguments.
These meals are too long.
Weldon and Typhoon probably preparing for a disaster.
Morgyn and Siméon.
Apolinarius behind his piano.
Lorelie twirling in the middle of everyone.
And Hecate.
Still Hecate.
This is the life he wished for his own.
An ordinary life, as much as a life could be when it was populated by mages, prophecies, children with eyes of liquid gold and susceptible raccoons.
A life where no one would need to protect anyone.
Where they could just...
live.
Mais…

Son sourire s’effaça à peine.
Parce qu’au milieu de cette soirée parfaite, une pensée venait de traverser son esprit.
Brève.
Dérangeante.
Presque douloureuse.
Il connaissait désormais la signification de la femme sans couronne.
Il savait qu’un jour Hécate devrait accompagner Weldon là où aucun d’entre eux ne pourrait les suivre.
Il savait également qu’il avait promis de respecter cela.
De ne pas intervenir.
De ne pas franchir cette limite.
Et, jusque-là, Chadney avait cru que ce serait difficile.
Ce soir-là, en regardant Hécate rire sous les lanternes de Mabon, il comprit soudain que ce serait peut-être bien davantage que cela.
Son regard resta posé sur elle.

Une seconde de trop.
Encore.
Puis Hécate tourna brusquement la tête dans sa direction.
Leurs regards se croisèrent.
Elle lui sourit.
Un sourire simple, lumineux, sans arrière-pensée.
Chadney lui répondit presque aussitôt.
Et repoussa cette étrange sensation au plus profond de lui.
Pas ce soir.
Ce soir était à elle.
Aux rires.
À Mabon.
À cette famille improbable qu’ils avaient construite.
Demain, il redeviendrait celui qui réfléchissait, anticipait et protégeait.
Mais ce soir…
Ce soir, Chadney voulait seulement croire que certaines choses pouvaient durer éternellement.

But...
Her smile faded barely.
Because in the middle of that perfect evening, a thought had crossed his mind.
Brief.
Disturbing.
Almost painful.
He now knew the meaning of the woman without a crown.
He knew that one day Hecate would accompany Weldon where none of them could follow.
He also knew that he had promised to respect this.
Not to intervene.
Not to cross this line.
And, until then, Chadney had believed that it would be difficult.
That evening, looking at Hecate laughing under the lanterns of Mabon, he suddenly understood that it might be much more than that.
His gaze remained on her.
One second too much.
Again.
Then Hecate abruptly turned her head in his direction.
Their eyes met.
She smiles at him.
A simple, bright smile, without ulterior motives.
Chadney replied to him almost immediately.
And pushed this strange sensation away from him.
Not tonight.
Tonight was hers.
To laughter.
To Mabon.
To that unlikely family they had built.
Tomorrow, he would once again become the one who reflected, anticipated, and protected.
But tonight...
Tonight, Chadney only wanted to believe that some things could last forever.
eh oui il y a un mais....
Tapis dans l ombre ; le chaos se préparait, cruel et sans empathie
Là dans l ombre se tenait luna, enregistrant tout, le bonheur, la joie; la complicite de ces personnes qui s apprécient..
Mais ce qu elle avait surtout remarquer c 'était le regard de Chadney sur Hécate, ses yeux sur elle, possessifs et remplis de désir et de respects
voila c'était ce qu' elle cherchait, la faiblesse, le point de levier qu elle avait besoin pour mener à bien ses projets :
évincer Hécate de la vie de Weldon
-prendre sa place dans la prophétie auprès du "Choisi"
et pourquoi pas aupres de Chadney aussi
yes, there is a but...
Carpet in the shade; the chaos was getting ready, cruel and without empathy
There in the shadow stood Luna, recording everything, happiness, joy; the complicity of these people who appreciate themselves.
But what she had especially noticed was Chadney’s gaze at Hecate, his eyes on her, possessive and filled with desire and respect
That’s what she was looking for, the weakness, the point of leverage she needed to carry out her projects:
to oust Hecate from the life of Weldon
-to take its place in the prophecy with the "Chosen One"
and why not near Chadney too
to be continued
LES JOURS REPRENNENT ...
La fête de Mabon s’était merveilleusement bien passée.
Ce temps suspendu, quelque part entre le bonheur simple et l’ivresse de l’amitié, avait été un de ces rares moments de grâce que l’on voudrait pouvoir retenir éternellement.
Ils étaient tous rentrés chez eux le cœur léger, rempli de souvenirs qu’ils conserveraient longtemps, bien après que les dernières notes de musique se seraient éteintes dans la nuit.
Au matin, la vie avait repris son cours.
Tranquille. Douce. Presque rassurante.
Les jours raccourcissaient, les nuits devenaient plus froides et, peu à peu, septembre abandonnait ses dernières douceurs à l’automne.
Tout allait bien.
Du moins, c’était ce qu’ils croyaient.
Apolinarius repartirait bientôt pour ses concerts, laissant derrière lui des amis qu’il savait retrouver à son retour.

Hécate retournerait à ses potions, ses philtres, ses plantes et cette montagne invraisemblable de documents qu’elle seule semblait capable de ranger selon une logique qui n’appartenait qu’à elle.
Morgyn resterait Morgyn, aussi espiègle qu’imprévisible, tandis que Siméon continuerait de lui opposer son calme et son sérieux.
Lorelie veillerait, discrète et attentive, toujours soucieuse de la sécurité d’Hécate.
Et Chadney…
Chadney, ce farouche gardien, reprendrait ses missions aussi secrètes qu’impénétrables, avec cette assurance tranquille de ceux qui pensent encore pouvoir tenir le danger à distance.
Quant à Weldon, il avancerait.
Tranquillement.
Sûrement.
Entouré d’adultes qui connaissaient désormais l’importance de sa sécurité et qui, chacun à leur manière, étaient prêts à tout pour le protéger.
Oui.
Mabon avait marqué un tournant décisif dans l’équilibre de ce groupe d’amis.
Ils étaient plus proches.
Plus unis.
Peut-être même plus forts.
Et c’était précisément là que résidait leur faiblesse.
The days are starting up again
Mabon’s party had gone wonderfully well.
This suspended time, somewhere between simple happiness and the intoxication of friendship, had been one of those rare moments of grace that one would like to be able to retain eternally.
They had all returned home with light hearts, filled with memories that they would keep for a long time, long after the last notes of music had gone out in the night.
In the morning, life had resumed its course.
Quiet. Gentle. Almost reassuring.
The days were getting shorter, the nights were getting colder and, little by little, September was giving up its last sweets in autumn.
Everything was fine.
At least, that’s what they believed.
Apolinarius would soon leave for his concerts, leaving behind friends he knew he would meet again when he returned.
Hecate would return to her potions, her philtres, her plants, and this incredible mountain of documents that she alone seemed capable of storing according to a logic that belonged only to her.
Morgyn would remain Morgyn, as mischievous as he was unpredictable, while Siméon would continue to oppose him with his calm and seriousness.
Lorelie would keep watch, discreet and attentive, always concerned about the safety of Hecate.
And Chadney...

Chadney, this fierce guardian, would resume his missions as secret as impenetrable, with the quiet assurance of those who still think they can keep the danger at bay.
As for Weldon, he would move forward.
Quietly.
Surely.
Surrounded by adults who now knew the importance of his safety and who, each in their own way, were ready to do anything to protect him.
Yes.
Mabon had marked a decisive turning point in the balance of this group of friends.
They were closer.
More united.
Maybe even stronger.
And that was precisely their weakness.
Car tandis qu’ils reprenaient leurs vies, rassurés par cette parenthèse heureuse, quelque chose s’était déjà refermé autour d’eux.
Dans l’ombre, la patience avait remplacé la colère.
La manipulation avait remplacé la précipitation.
Quelqu’un avait observé leurs sourires, leurs gestes, leurs regards.
Quelqu’un avait compris ce qui les liait.
Et surtout…
ce qui pourrait les détruire.
Mabon avait été une fête.

Pour eux.
Pour d’autres, elle avait été une formidable occasion d’apprendre.
Désormais, la cruauté savait où frapper.
Et elle avait tout son temps.
For while they resumed their lives, reassured by this happy parenthesis, something had already closed around them.
In the shadows, patience had replaced anger.
Manipulation had replaced rushing.
Someone had observed their smiles, their gestures, their looks.
Someone had understood what bound them together.
And above all...
which could destroy them.
Mabon had been a party.
For them.
For others, it had been a great opportunity to learn.
From now on, cruelty knew where to strike.
And she had all her time.
Pourtant, au milieu de cette harmonie presque idyllique, la réalité pouvait parfois se révéler bien plus cruelle à interpréter.
Ce fut au cours d’une soirée particulièrement douce et sereine.
Le ciel baignait encore dans les tendres couleurs du crépuscule. Les dernières lueurs du jour glissaient lentement derrière l’horizon et, partout, le monde semblait s’abandonner paisiblement à la nuit.
Puis les écrans s’allumèrent.

Presque simultanément.
Dans les bureaux de l’Institut Violeta.
Dans les demeures des Grandes Familles.
Dans certains lieux dont l’existence même demeurait inconnue du commun des mortels.
Sur les ordinateurs réservés aux initiés des différents royaumes, une alerte apparut.
Quelques mots seulement.
Le genre de message que personne ne voulait recevoir.
Le genre d’alerte que beaucoup pensaient ne jamais voir apparaître de leur vivant.
ALERTE DE SÉCURITÉ MAJEURE
Plusieurs protections du monde magique ont été violées.
Pendant quelques secondes, personne ne réagit.
Parce que ces protections n’étaient pas de simples barrières.
Elles étaient anciennes.
Complexes.
Certaines existaient depuis des siècles.
Elles protégeaient des lieux, des archives, des passages… mais également des secrets dont la connaissance pouvait bouleverser l’équilibre fragile entre les différents royaumes.
Et quelqu’un venait de les franchir.

La question n’était déjà plus de savoir si une menace existait.
Mais qui avait été capable d’accomplir une telle chose.
Comment.
Et surtout…
qu’était-on venu chercher ?
Yet, in the midst of this almost idyllic harmony, reality could sometimes turn out to be much more cruel to interpret.
It was during a particularly sweet and serene evening.
The sky was still bathed in the tender colors of twilight. The last light of day slowly slid behind the horizon and, everywhere, the world seemed to abandon itself peacefully to the night.
Then the screens turned on.
Almost simultaneously.
In the offices of the Violeta Institute.
In the mansions of the great families.
In some places whose very existence remained unknown to ordinary people.
On the computers reserved for insiders from different realms, an alert appeared.
A few words only.
The kind of message that no one wanted to receive.
The kind of alert that many thought would never appear in their lifetime.
MAJOR SECURITY ALERT
Several protections of the magical world have been violated.
For a few seconds, no one reacts.
Because these protections were not mere barriers.
They were old.
Complexes.
Some had existed for centuries.
They protected places, archives, passages... but also secrets whose knowledge could upset the fragile balance between the different kingdoms.
And someone had just crossed them.
The question was no longer whether a threat existed.
But who had been able to accomplish such a thing.
How.
And above all...
What were we coming to get?
to be continued
Pourquoi ces intrusions ?
À l’Institut, l’incompréhension était à son comble.
Oui, il y avait eu une alerte.
Mais derrière cette alerte se dissimulaient plusieurs tentatives d’intrusion, aussi différentes dans leur exécution qu’étrangement prévisibles dans leurs objectifs.
L’une concernait des renseignements sur l’Enfant de la Prophétie.
Une autre avait visé des archives beaucoup plus anciennes, presque oubliées : celles consacrées à la Femme sans Couronne.
Et une troisième avait cherché à atteindre ce que l’Institut protégeait avec le plus de précautions :
la Prophétie elle-même.
Trois recherches différentes.
Trois portes que quelqu’un avait tenté d’ouvrir.
Et pourtant, toutes conduisaient au même endroit.
La Prophétie.
À ce qu’elle annonçait.
À ceux qu’elle désignait.
Et surtout… aux changements qu’elle pourrait provoquer.
Les Sages commençaient à se poser une question autrement plus inquiétante.
Weldon et Hécate étaient-ils véritablement les cibles ?
Ou n’étaient-ils que les maillons indispensables d’un événement beaucoup plus vaste ?
Les tentatives d’intrusion n’étaient pas inhabituelles à l’Institut. Elles étaient même, d’une certaine manière, presque rassurantes.
Malgré son anonymat, malgré les protections accumulées au fil des siècles et la discrétion absolue entourant son existence, l’Institut était connu.
Redouté par certains.
Convoité par d’autres.
Que quelqu’un cherche à pénétrer ses secrets prouvait simplement qu’il demeurait ce qu’il avait toujours été : un gardien de connaissances que beaucoup auraient préféré posséder.
Mais cette fois, quelque chose était différent.
Car la Prophétie n’était pas une simple archive.
Elle n’était ni une légende que l’on pouvait interpréter à sa convenance, ni un vieux texte oublié au fond d’une bibliothèque.
Elle était inscrite dans le destin du monde magique.
Why these intrusions?
At the Institute, the misunderstanding was at its peak.
Yes, there had been an alert.
But behind this alert were concealed several intrusion attempts, as different in their execution as strangely predictable in their objectives.
One concerned information about the Child of Prophecy.
Another had aimed at much older, almost forgotten archives: those devoted to the Woman without a Crown.
And a third had sought to achieve what the Institute protected with the greatest care:
the Prophecy itself.
Three different searches.
Three doors that someone had tried to open.
And yet, they all drove to the same place.
The Prophecy.
To what she was announcing.
To those she designated.
And above all... to the changes it could cause.
The Sages were beginning to ask themselves a far more worrying question.
Were Weldon and Hecate really the targets?
Or were they only the indispensable links of a much larger event?
The attempts at intrusion were not unusual in the Institute. They were even, in a way, almost reassuring.
Despite its anonymity, the protections accumulated over centuries and the absolute discretion surrounding its existence, the Institute was known.
Feared by some.
Coveted by others.
That someone sought to penetrate his secrets simply proved that he remained what he had always been: a guardian of knowledge that many would have preferred to possess.
But this time, something was different.
Because the Prophecy was not just an archive.
It was neither a legend that could be interpreted at one’s convenience, nor an old text forgotten in the back of a library.
She was inscribed in the destiny of the magical world.
Elle annonçait un changement.
Peut-être même un bouleversement.
Et lorsqu’elle s’accomplirait, l’Institut aurait un devoir : la protéger, l’accompagner et veiller à ce que nul ne détourne son accomplissement au profit de ses propres ambitions.
Or, jusqu’à présent, l’Institut s’était cru relativement à l’abri.
À l’exception de quelques rumeurs, l’identité des protagonistes de la Prophétie n’avait jamais été officiellement révélée.
Weldon n’aurait pas dû être connu.
Hécate encore moins.
Et le lien entre l’Héritier, la Femme sans Couronne et la Prophétie aurait dû demeurer enfoui derrière des siècles de silence.
Pourtant, quelqu’un avait cherché l’enfant.
Quelqu’un avait cherché la femme.
Et quelqu’un avait cherché la Prophétie.
Peut-être s’agissait-il de la même personne.
Peut-être pas.
C’était précisément ce qui inquiétait désormais les Sages.
Car une conclusion, lentement, s’imposait à eux.
La Prophétie n’avait jamais été aussi oubliée qu’ils l’avaient cru.
Et quelque part, au-delà des murs de l’Institut, d’autres semblaient attendre son réveil depuis bien plus longtemps qu’eux.

Elle annonçait un changement.
Peut-être même un bouleversement.
Et lorsqu’elle s’accomplirait, l’Institut aurait un devoir : la protéger, l’accompagner et veiller à ce que nul ne détourne son accomplissement au profit de ses propres ambitions.
Or, jusqu’à présent, l’Institut s’était cru relativement à l’abri.
À l’exception de quelques rumeurs, l’identité des protagonistes de la Prophétie n’avait jamais été officiellement révélée.
Weldon n’aurait pas dû être connu.
Hécate encore moins.
Et le lien entre l’Héritier, la Femme sans Couronne et la Prophétie aurait dû demeurer enfoui derrière des siècles de silence.
Pourtant, quelqu’un avait cherché l’enfant.
Quelqu’un avait cherché la femme.
Et quelqu’un avait cherché la Prophétie.
Peut-être s’agissait-il de la même personne.
Peut-être pas.
C’était précisément ce qui inquiétait désormais les Sages.
Car une conclusion, lentement, s’imposait à eux.
La Prophétie n’avait jamais été aussi oubliée qu’ils l’avaient cru.
Et quelque part, au-delà des murs de l’Institut, d’autres semblaient attendre son réveil depuis bien plus longtemps qu’eux.
She was announcing a change.
Maybe even a disruption.
And when it was accomplished, the Institute would have a duty: to protect it, to accompany it and to ensure that no one diverts its accomplishment in favor of its own ambitions.
Yet, until now, the Institute had thought itself relatively sheltered.
Except for a few rumors, the identity of the protagonists of the Prophecy had never been officially revealed.
Weldon should not have been known.
Hecate even less.
And the link between the Heir, the Uncrowned Woman and the Prophecy should have remained buried behind centuries of silence.
Yet, someone had been looking for the child.
Someone had been looking for the woman.
And someone had sought the Prophecy.
Maybe it was the same person.
Maybe not.
That was precisely what the Sages now worried about.
Because a conclusion was slowly imposed on them.
The Prophecy had never been so forgotten as they believed.
And somewhere, beyond the walls of the Institute, others seemed to have been waiting for his awakening much longer than they did.

Worried, the Institute had summoned the three boys.
Hecate, on the other hand, had been deliberately kept away.
Too involved in the events that had just occurred, too directly concerned by some of the research carried out in the archives, she should, for now, remain outside this investigation.
In the strategic room of the Violeta School, Chadney had naturally taken control.
Standing before the reports scattered on the large table, he gave his orders in a calm and precise voice.
He was tense.
Focused.
Entirely in his role as protector.
Pour l’instant, une seule certitude s’imposait : Hécate et Weldon devaient être considérés comme des cibles potentielles.
Et pour Chadney, cela suffisait à justifier toutes les précautions.
Il fallait comprendre qui avait tenté de pénétrer les défenses de l’Institut, ce que ces personnes cherchaient réellement et, surtout, jusqu’où elles étaient capables d’aller pour l’obtenir.
Les trois hommes se mirent au travail avec cette efficacité complice qu’ils avaient acquise au fil du temps.
Pourtant, plus leurs recherches avançaient, plus les résultats semblaient s’entremêler.
Oui, plusieurs tentatives d’intrusion avaient bien eu lieu.
Mais rien ne permettait d’affirmer qu’elles étaient liées.
Les méthodes différaient.
Les traces laissées derrière elles également.
Même les failles exploitées ne correspondaient pas.
Trois intrusions.
Trois recherches différentes.
Trois chemins qui, pourtant, finissaient tous par conduire à la même chose :
la Prophétie.
Dans cette atmosphère fébrile, f
aite de rapports, d’hypothèses
et de conclusions aussitôt remises en question, une autre évidence
finit par s’imposer.
Il leur manquait quelqu’un.
Non pas parce qu’Hécate aurait possédé davantage de réponses qu’eux.
Bien au contraire.
Mais son absence privait leur petit groupe de cette voix directe, parfois agaçante, souvent tranchante, qui avait l’art de réduire leurs raisonnements les plus complexes à une question terriblement simple.
À plusieurs reprises, Morgyn sembla sur le point de faire une remarque.
Siméon aussi.
Aucun des deux ne le fit.
Ils savaient pourquoi Hécate n’était pas là.
Et ils savaient surtout qu’elle ne devait pas l’être.
Siméon finit par rompre le silence.
— Trois intrusions. Trois méthodes différentes.
Morgyn releva les yeux de ses notes.
— Donc trois personnes.
She was announcing a change.
Maybe even a disruption.
And when it was accomplished, the Institute would have a duty: to protect it, to accompany it and to ensure that no one diverts its accomplishment in favor of its own ambitions.
Yet, until now, the Institute had thought itself relatively sheltered.
Except for a few rumors, the identity of the protagonists of the Prophecy had never been officially revealed.
Weldon should not have been known.
Hecate even less.
And the link between the Heir, the Uncrowned Woman and the Prophecy should have remained buried behind centuries of silence.
Yet, someone had been looking for the child.
Someone had been looking for the woman.
And someone had sought the Prophecy.
Maybe it was the same person.
Maybe not.
That was precisely what the Sages now worried about.
Because a conclusion was slowly imposed on them.
The Prophecy had never been so forgotten as they believed.
And somewhere, beyond the walls of the Institute, others seemed to have been waiting for his awakening much longer than they did.

Worried, the Institute had summoned the three boys.
Hecate, on the other hand, had been deliberately kept away.
Too involved in the events that had just occurred, too directly concerned by some of the research carried out in the archives, she should, for now, remain outside this investigation.
In the strategic room of the Violeta School, Chadney had naturally taken control.
Standing before the reports scattered on the large table, he gave his orders in a calm and precise voice.
He was tense.
Focused.
Entirely in his role as protector.
Siméon tourna lentement la tête vers lui.
— Je n’ai pas dit ça.
— Tu l’as pensé.
Siméon soupira.
— J’ai envisagé cette possibilité. Ce qui est très différent.
Un léger sourire passa sur les lèvres de Morgyn.
— Évidemment.
Chadney, lui, ne participait plus à leur échange.
Depuis plusieurs minutes, il fixait les rapports étalés devant lui.
Quelque chose le dérangeait.
Les méthodes étaient différentes.
Les accès également.
Mais les recherches, elles, étaient beaucoup trop précises.
L’Enfant de la Prophétie.
La Femme sans Couronne.
La Prophétie elle-même.
Chadney se redressa lentement.
— Vous regardez ce qu’ils ont cherché.
Morgyn cessa de sourire.
Siméon leva les yeux vers lui.
Chadney posa la main sur les trois dossiers.
— Moi, je veux savoir ce qu’ils savaient avant
de commencer à ch
ercher.
Le silence retomba.
Cette fois, personne ne répondit.
Parce que la question changeait tout.
Pour chercher l’Enfant, encore fallait-il savoir qu’il existait.
Pour chercher la Femme sans Couronne, encore fallait-il connaître son rôle.
Et pour tenter d’atteindre la Prophétie elle-même…
il fallait peut-être en savoir beaucoup plus que l’Institut ne l’avait imaginé.
Et voilà comment, après quelques jours passés dans cette sérénité fragile que Mabon semblait leur avoir offerte, tout paraissait une fois encore compromis.
Simeon slowly turned his head towards him.
—I didn’t say that.
—You thought so.
Siméon sighed.
—I considered this possibility. Which is very different.
A slight smile passed over Morgyn’s lips.
—Of course.
Chadney was no longer involved in their exchange.
For several minutes, he had been staring at the reports spread before him.
Something bothered him.
The methods were different.
Access as well.
But the research was far too precise.
The Child of Prophecy.
The Woman without a Crown.
The Prophecy itself.
Chadney sat up slowly.

—You look at what they’ve been looking for.
Morgyn stopped smiling.
Simeon looked up at him.
Chadney put his hand on the three folders.
—I want to know what they knew before starting to look.
The silence fell again.
This time, no one answered.
Because the question changed everything.
To seek the Child, it was still necessary to know that he existed.
To seek the Woman without a Crown, it was still necessary to know her role.
And to try to reach the Prophecy itself...
perhaps we needed to know much more than the Institute had imagined.
And that’s how, after a few days spent in this fragile serenity that Mabon seemed to have offered them, everything once again seemed compromised.
COALITION
Coalition
Au manoir d'Apolinarius, les rumeurs avaient fini par franchir les murs.
Insidieuses, persistantes, elles circulaient désormais comme autant d'avertissements dont personne ne semblait véritablement mesurer la portée.
Kanchésit et Vlad n'aimaient guère cela.
Depuis quelque temps, l'équilibre déjà fragile de leur monde semblait ne plus dépendre uniquement des décisions de l'Institut Violeta. Une prophétie, longtemps demeurée dans l'ombre, occupait désormais les esprits et attisait des convoitises dont il devenait difficile de discerner les véritables motivations.
L'intérêt ? Sans doute.
La cupidité ? Très certainement.
Mais il existait peut-être autre chose. Quelque chose de moins évident, de plus obscur, dont les contours se dérobaient à quiconque tentait de les saisir.
Comme beaucoup, les deux hommes ignoraient encore qui se trouvait réellement au cœur de cette prophétie.
Cela ne les empêchait pas d'en mesurer les dangers.
Car dans leur monde, les rumeurs précédaient rarement les catastrophes par hasard.
Et certaines méritaient qu'on s'y intéresse avant qu'il ne soit trop tard.
Ce fut précisément à cette période que Dante prit contact avec Kanchésit.
Le maître de l'Ordre du Phénix avait, lui aussi, de sérieuses raisons de s'inquiéter.
Mais les siennes étaient d'une tout autre nature.
Depuis quelque temps, le comportement de Luna avait sensiblement évolué.
Rien de véritablement spectaculaire. Aucune imprudence manifeste, aucun changement suffisamment brutal pour éveiller immédiatement les soupçons.
Et pourtant…
Elle affichait désormais une assurance nouvelle. Une confiance presque tranquille, comme celle d'une personne qui, après avoir longtemps attendu, venait enfin de trouver le moyen de mettre son projet à exécution.
Dante connaissait suffisamment Luna pour ne pas négliger ce genre de détail.
Il aurait pu évoquer ses doutes avec Kanchésit. Lui parler de cette évolution, de ses inquiétudes, de cette impression persistante que quelque chose se préparait.
Coalition
At the manor of Apolinarius, rumors had finally crossed the walls.
Insidious, persistent, they were now circulating as so many warnings that no one seemed to really measure the scope.
Kanchésit and Vlad didn’t like it.
For some time now, the already fragile balance of their world seemed to no longer depend solely on the decisions of the Violeta Institute. A prophecy, which had long remained in the shadows, now occupied the minds and attracted lusts whose true motivations were becoming difficult to discern.
The interest? No doubt.
Greed? Most certainly.
But maybe there was something else. Something less obvious, more obscure, whose contours eluded anyone trying to grasp them.
Like many, the two men still did not know who was really at the heart of this prophecy.
This did not prevent them from measuring the dangers.
Because in their world, rumors rarely preceded disasters by chance.
And some deserved attention before it was too late.
It was precisely at this time that Dante made contact with Kanchésit.
The master of the Order of the Phoenix also had serious reasons to worry.
But his were of a completely different nature.
For some time, Luna’s behavior had changed significantly.
Nothing truly spectacular. No manifest recklessness, no change sudden enough to arouse suspicion immediately.
And yet...
She was now displaying a new assurance. An almost tranquil confidence, like that of a person who, after having waited for a long time, had finally found the means to put his project into action.
Dante knew Luna well enough not to overlook such details.
He could have discussed his doubts with Kanchésit. Tell him about this development, his worries, this persistent impression that something was coming.
Mais un autre élément le préoccupait davantage.
Une impression plus diffuse, presque insaisissable.
Comme si les mouvements qu'il observait ne répondaient plus à une seule volonté.
Comme si, derrière les ambitions de Luna, d'autres intérêts commençaient à se manifester.
D'autres acteurs.
D'autres desseins.
Et cette possibilité changeait considérablement la nature du problème.
Dante n'était pas homme à redouter facilement les affrontements. Il savait reconnaître un adversaire, mesurer ses ambitions et, lorsque cela devenait nécessaire, lui opposer ses propres moyens.
Mais encore fallait-il savoir à qui l'on avait affaire.
Or, cette fois, il n'en était plus tout à fait certain.
Ce que ni Dante, ni Kanchésit, ni même Vlad ne mesuraient encore, c'était qu'un allié de poids se trouvait déjà parmi eux.
Apolinarius.
Le pianiste n'avait aucune intention de prendre parti dans les querelles de pouvoir qui agitaient leur monde.
Les ambitions des uns, les rivalités des autres, les jeux d'influence et les alliances opportunistes ne l'intéressaient guère.
En revanche, il existait des êtres pour lesquels il était prêt à s'engager sans hésitation.
Chadney. Morgyn.
Et, par extension, ceux qui comptaient profondément pour eux.
Hécate et Weldon en faisaient partie.
Non par intérêt, ni par quelque attachement mystérieux à la prophétie, mais simplement parce qu'il connaissait la place qu'ils occupaient dans le cœur de ses amis.
Et parce qu'il existait des fidélités qui ne se négociaient pas.
Pour Chadney, cette loyauté avait cependant une résonance plus intime.
Apolinarius l'aimait.
D'un amour discret, profond, qu'il n'avait jamais cherché à imposer ni à transformer en dette.
Il savait depuis longtemps qu'il ne serait probablement jamais celui que Chadney choisirait.
Cette évidence n'avait rien d'agréable. Elle avait parfois cette cruauté silencieuse des vérités que l'on accepte sans parvenir tout à fait à les apprivoiser.
Mais elle n'avait rien changé à son affection.
But there was something else that concerned him more.
A more diffuse impression, almost elusive.
As if the movements he observed no longer responded to a single will.
As if, behind Luna’s ambitions, other interests were beginning to manifest themselves.
Other actors.
Other plans.
And this possibility changed the nature of the problem considerably.
Dante was not a man to be easily afraid of confrontations. He knew how to recognize an adversary, measure his ambitions and, when necessary, oppose him with his own means.
But it was also necessary to know who we were dealing with.
But this time, he was no longer entirely certain.
What neither Dante, nor Kanchésit, nor even Vlad had yet measured was that a powerful ally was already among them.

Apolinarius
The pianist had no intention of taking sides in the power struggles that agitated their world.
The ambitions of some, the rivalries of others, the games of influence and opportunistic alliances did not interest him.
On the other hand, there were beings for whom he was ready to commit himself without hesitation.
Chadney. Morgyn.
And, by extension, those who mattered deeply to them.
Hecate and Weldon were among them.
Not out of interest, nor out of some mysterious attachment to prophecy, but simply because he knew the place they occupied in the hearts of his friends.
And because there were loyalties that could not be negotiated.
For Chadney, however, this loyalty had a more intimate resonance.
Apolinarius loved him.
Of a discreet, deep love, which he had never sought to impose or turn into debt.
He had known for a long time that he would probably never be the one Chadney chose.
This evidence was not pleasant. She sometimes had this silent cruelty of truths that one accepts without quite managing to tame them.
But she had not changed anything in his affection.
Chadney lui-même n'avait pas encore pleinement conscience de la profondeur de ses sentiments pour Hécate.
Apo, lui, en percevait déjà certains signes.
Il aurait pu en éprouver de l'amertume.
Il aurait pu prendre ses distances.
Il n'en fit rien.
Car aimer quelqu'un ne signifiait pas nécessairement vouloir le posséder.
Et si le bonheur de Chadney devait se trouver auprès d'Hécate, alors Apolinarius ferait tout ce qui était en son pouvoir pour que ce bonheur puisse exister.
C'était ainsi qu'il concevait la loyauté.
Une conception héritée de cette éducation singulière que Mamy Bro leur avait inculquée, faite de fidélité, de respect et d'une certaine idée de l'honneur.
Apo y demeurait attaché avec la même sincérité, la même passion qu'il consacrait à sa musique.
Sans grands discours.
Sans promesses solennelles.
Simplement parce qu'il ne savait pas être autrement.

Pourtant, ce ne furent ni les inquiétudes de Dante, ni les sentiments d'Apolinarius qui provoquèrent le premier véritable mouvement.
Ce fut un détail.
Un de ces faits presque insignifiants que l'on remarque à peine, jusqu'au moment où leur répétition finit par éveiller une curiosité inattendue.
Depuis quelque temps, des demandes de renseignements concernant Béata parvenaient périodiquement jusqu'au manoir.
Rien de particulièrement alarmant, du moins en apparence.
Quelques questions. Des informations recherchées ici ou là. Des démarches suffisamment espacées pour ne pas sembler coordonnées.
Kanchésit n'y avait d'abord prêté qu'une attention distraite.
Après tout, Béata avait récemment connu des bouleversements assez importants pour susciter quelques curiosités.
Mais Vlad, lui, avait remarqué autre chose.
Un soir, alors qu'ils évoquaient différentes affaires, il interrompit brusquement leur conversation.
— Dis-moi, Kanchésit… Qui peut bien s'intéresser suffisamment au sort de Béata pour chercher ainsi à se renseigner sur elle ?
Kanchésit releva la tête.
Chadney himself was not yet fully aware of the depth of his feelings for Hecate.
Apo, on the other hand, already perceived some signs of it.
He could have felt bitterness.
He could have distanced himself.
He did nothing.
Because loving someone didn’t necessarily mean wanting to own them.
And if Chadney’s happiness were to be found with Hecate, then Apolinarius would do everything in his power so that this happiness could exist.
That was how he conceived loyalty.
A conception inherited from this singular education that Mamy Bro had instilled in them, made up of fidelity, respect and a certain idea of honor.
Apo remained attached to it with the same sincerity, the same passion he devoted to his music.
Without big speeches.
Without solemn promises.
Simply because he didn’t know it was anything else.
Yet it was neither Dante’s worries nor Apolinarius' feelings that provoked the first real movement.
That was a detail.
One of those almost insignificant facts that we barely notice, until their repetition ends up awakening an unexpected curiosity.
For some time, requests for information about Beata had periodically reached the manor.
Nothing particularly alarming, at least in appearance.
A few questions. Information sought here or there. Steps sufficiently spaced out not to seem coordinated.
Kanchésit had at first paid only distracted attention.
After all, Béata had recently experienced quite significant upheavals that aroused some curiosity.
But Vlad had noticed something else.
One evening, while they were discussing various matters, he abruptly interrupted their conversation.
—Tell me, Kanchesrit... Who could be interested enough in Béata’s fate to seek information about her?
Kanchésit raised his head.
— Pourquoi cette question ?
Vlad ne répondit pas immédiatement.
Il demeura silencieux un long moment, comme s'il pesait l'utilité de ce qu'il allait dire.
Puis, d'une voix parfaitement calme, il lâcha :
— Cherche. Et trouve.
Ce fut tout.
Kanchésit connaissait assez son père pour comprendre qu'il ne s'agissait pas d'une simple remarque.
Chez Vlad, certaines paroles avaient valeur d'avertissement.
Et lorsqu'il estimait nécessaire d'attirer l'attention sur un détail, mieux valait ne pas le négliger.
Kanchésit entreprit donc quelques recherches.
D'abord par respect pour le jugement de son père.
Puis par curiosité.
Et enfin, parce que les premières informations recueillies lui donnèrent de sérieuses raisons de poursuivre.
Ce qu'il découvrit
le stupéfia.
—Why this question?
Vlad did not answer immediately.
He remained silent for a long time, as if he were weighing the usefulness of what he was about to say.
Then, in a perfectly calm voice, he let go:
—Search. And find.
That was all.
Kanchésit knew his father well enough to understand that it was not a simple remark.
At Vlad’s, some words were meant as a warning.
And when he thought it necessary to draw attention to a detail, it was better not to neglect it.

Kanchésit therefore undertook some research.
First, out of respect for his father’s judgment.
Then out of curiosity.
And finally, because the first information collected gave him serious reasons to continue.
What he discovered amazed him.
Lorsque la visite de Dante fut annoncée, Kanchésit et Vlad disposaient désormais d'éléments dont ils n'avaient pas soupçonné l'existence quelques jours auparavant.
Ils attendaient leur invité avec un intérêt renouvelé.
Dante viendrait exposer ses inquiétudes, évoquer certaines menaces, peut-être même proposer une forme de collaboration.
Mais jusqu'où serait-il disposé à se confier ?
Et surtout, quelles raisons choisirait-il de leur présenter ?
Car dans leur monde, les véritables motivations se dissimulaient souvent derrière des arguments parfaitement honorables.
Les deux maisons avaient pourtant tout intérêt à s'entendre.
Une alliance devenait envisageable.

Une coalition, peut-être.
Non pour servir les ambitions de l'Institut, ni pour satisfaire celles de l'Ordre, mais pour préserver un équilibre dont les fondations semblaient chaque jour un peu plus fragiles.
Et, au cœur de toutes ces incertitudes, demeurait cette étrange prophétie.
Cette femme sans couronne dont on parlait désormais à voix basse.
Une femme qu'il faudrait peut-être protéger.
When the visit of Dante was announced, Kanchesit and Vlad now had at their disposal elements that they had not suspected a few days before.
They waited for their guest with renewed interest.
Dante would come to expose his concerns, evoke certain threats, perhaps even propose a form of collaboration.

But how far would he be willing to confide?
And above all, what reasons would he choose to present to them?
Because in their world, the real motivations were often hidden behind perfectly honorable arguments.
Yet the two houses had every interest in getting along.
An alliance was becoming possible.
A coalition, maybe.
Not to serve the ambitions of the Institute, nor to satisfy those of the Order, but to preserve a balance whose foundations seemed a little more fragile each day.
And, at the heart of all these uncertainties, remained this strange prophecy.
This woman without a crown, of whom we now spoke in hushed tones.
A woman who maybe should be protected.
Une femme dont personne, parmi ceux qui s'apprêtaient à unir leurs forces, ne connaissait encore l'identité.
Ils ignoraient également jusqu'où cette alliance pourrait les conduire.
Et surtout, s'ils auraient encore le temps d'agir lorsqu'ils comprendraient enfin ce qui se jouait véritablement.
A woman whose identity was still unknown among those who were about to join forces.
They also did not know how far this alliance could take them.
And above all, if they still had time to act when they finally understood what was really at stake.
to be continued
Les doutes
Ce que Kanchesís n'avait révélé à personne, hormis Vlad et Apolinarius, c'était que les archives retrouvées leur avaient permis de lever une partie du voile sur l'identité de la femme sans couronne.
Mais ce n'était pas cette révélation qui le préoccupait le plus.
C'étaient ses origines.
Au fil de ses longues années de recherches, il avait déjà entendu murmurer le nom de cette lignée. Une lignée de lanceurs de sorts si ancienne que son histoire semblait se confondre avec les premiers âges de la magie.

On lui prêtait des pouvoirs singuliers, une force héritée de la naissance, et surtout une capacité que bien peu possédaient : celle d'accompagner un enfant au destin exceptionnel et de supporter les épreuves qu'une telle mission imposait inévitablement.
Longtemps, Kanchesís avait considéré ces récits comme de simples légendes.
Aujourd'hui, il n'en était plus aussi certain.
Et les révélations de Dante concernant l'obsession grandissante de Luna pour cet enfant, ainsi que son hostilité envers celle qui devait l'accompagner, ne faisaient que renforcer ses inquiétudes.
Pourquoi Luna s'intéressait-elle autant à eux ?
Que savait-elle réellement ?
Et surtout, jusqu'où était-elle prête à aller ?
Kanchesís avait pris sa décision. Pour l'instant, il ne divulguerait rien de ses découvertes.
Certaines vérités exigeaient davantage que de la prudence. Elles exigeaient du silence.
Quant à Dante, les accords conclus entre eux ne souffraient aucune ambiguïté.
Il lui appartenait désormais de surveiller les agissements de Luna et de s'assurer qu'elle ne franchirait pas certaines limites.
Car si les archives disaient vrai, cette affaire dépassait de très loin les ambitions d'une femme déterminée à parvenir à ses fins.
What Kanchesís had not revealed to anyone except Vlad and Apolinarius was that the found records had allowed them to lift part of the veil on the identity of the woman without a crown.
But it was not this revelation that concerned him the most.
Those were his origins.
During his long years of research, he had already heard the name of this lineage whispered. A line of spellcasters so ancient that its history seemed to merge with the early ages of magic.
He was attributed singular powers, a force inherited from birth, and above all an ability that very few possessed: the ability to accompany a child with an exceptional destiny and to endure the trials that such a mission inevitably imposed.
For a long time, Kanchesís had considered these stories as mere legends.
Today, he wasn’t so sure.
And Dante’s revelations about Luna’s growing obsession with the child, as well as his hostility to her intended companion, only heightened his concerns.

Why was Luna so interested in them?
What did she really know?
And above all, how far was she willing to go?
Kanchesís had made his decision. For now, he would not disclose anything of his findings.
Some truths required more than caution. They demanded silence.
As for Dante, the agreements made between them were unambiguous.
It was now up to him to monitor Luna’s actions and ensure that she did not cross certain boundaries.
Because if the archives were true, this case far exceeded the ambitions of a woman determined to achieve her ends.
Après le départ de Dante, les trois hommes échangèrent un long regard. Un regard lourd de significations, de doutes et de secrets inavoués.
Ce que Kanchesís avait omis de préciser, c'était que les archives avaient été manipulées. Non pas falsifiées, mais soigneusement réorganisées, puis volontairement soustraites aux regards indiscrets.
Dans quel but ? Par qui ? Et surtout… pourquoi ?
Vlad remarqua l'expression pensive de son fils.
After Dante’s departure, the three men exchanged a long look. A look heavy with meanings, doubts, and unspoken secrets.
What Kanchesís had failed to mention was that the archives had been manipulated. Not falsified, but carefully reorganized, then deliberately hidden from prying eyes.
For what purpose? By whom? And above all... why?
Vlad noticed his son’s pensive expression.
— Qu'y a-t-il ?
Kanchesís demeura silencieux un instant avant de répondre.
— Ce n'est pas son identité qui m'inquiète. C'est le soin que l'on a pris à la faire disparaître.
Vlad fronça les sourcils.
— Si cette ancienne lignée existe toujours, cela signifierait-il que la prophétie ne peut s'accomplir qu'en présence d'une telle femme aux côtés de l'Élu ?
— Une telle femme ? répéta doucement Apolinarius.
Pour lui, ces quelques mots prenaient une tout autre dimension.
Car Apolinarius connaissait déjà l'identité de celle qui se tenait auprès de Weldon.
Et, tandis que son père et Vlad s'interrogeaient encore sur l'existence de cette mystérieuse descendante, il mesurait avec effroi ce que de telles révélations pourraient signifier.

Kanchesís reprit, songeur :
— Crois-tu que cette femme connaisse ses véritables origines ? Car, d'après ce que nous avons découvert, tout semble indiquer qu'elles lui ont été volontairement dissimulées.
— Pour la protéger, peut-être ? suggéra Vlad.
— De qui ?
La question resta suspendue dans l'air.
C'était bien là le plus troublant.
Personne ne détenait les réponses. Du moins, pour l'instant.
Un silence pesant s'installa entre les trois hommes. Un de ces silences où les questions deviennent plus inquiétantes encore que les réponses.
Et, tandis que chacun mesurait à sa manière la portée de leurs découvertes, une évidence commençait à s'imposer.
Protéger une prophétie n'était peut-être pas la seule tâche qu'ils s'étaient fixée.
—What is it?
Kanchesís remained silent for a moment before replying.
—It’s not her identity that worries me. It’s the care we took to make her disappear.
Vlad frowned.
—If this ancient lineage still exists, would it mean that the prophecy can be fulfilled only in the presence of such a woman alongside the Chosen One?
—Such a woman? repeated softly Apolinarius.
For him, these few words took on a whole new dimension.
For Apolinarius already knew the identity of the one who stood with Weldon.
And, while his father and Vlad were still wondering about the existence of this mysterious descendant, he measured with horror what such rev
elations could mean.
Kanchesís resumed, pondering:
— Do you think this woman knows her true origins? Because, from what we have discovered, everything seems to indicate that they were deliberately concealed from her.
—To protect her, maybe? suggested Vlad.
—From whom?
The question hung in the air.
That was indeed the most disturbing part.

No one had the answers. At least, for now.
A heavy silence fell between the three men. One of those silences where questions become even more worrying than answers.
And, while everyone was measuring in their own way the scope of their discoveries, an obvious fact began to prevail.
Protecting a prophecy was perhaps not the only task they had set for themselves.

to be continued
La nuit de Samhain





















































































j'adore les photos des lieux et des personnages, tout semble si irréel parfois 😍👏👏
RépondreSupprimermerci c est gentil
RépondreSupprimery'a pas à dire, Luna a ce petit quelque chose d'indéfinissable qui la rend inquiétante. Les photos sont sublimes 😍
RépondreSupprimeron va de surprise en surprise ! 😯
RépondreSupprimerj'adore les moments passés avec Mamie Bro, mais j'ai toujours aimé les séniors dans les Sims ☺️
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