Un ville si paisible ...
Une ville si paisible
Introduction
Dans les vapeurs pâles de l’aube, la petite ville s’éveillait avec cette lenteur paresseuse propre aux matins ordinaires.
Tout semblait reprendre sa place selon un rituel immuable.
Les premiers camions de livraison remontaient les rues encore humides de rosée. Quelques moteurs ronronnaient devant les commerces endormis tandis que, sur les trottoirs, l’affluence des piétons se faisait encore timide, mais gagnait peu à peu du terrain.
Certains marchaient d’un pas pressé, un café brûlant à la main. D’autres avançaient le regard absent, déjà absorbés par le déroulement de leur journée, planifiant, évaluant, soupesant les heures à venir comme si rien ne pouvait venir troubler l’ordre soigneusement établi de leur existence.
Bientôt, la ville connaîtrait son tumulte habituel.
Les cris des enfants se rendant à l’école se mêleraient aux conversations lancées d’un trottoir à l’autre. La circulation, encore fluide, deviendrait plus dense. Un klaxon impatient déchirerait parfois la rumeur matinale, protestation dérisoire d’un automobiliste en retard contre quelques secondes perdues.
Une matinée comme toutes les autres.
Du moins, en apparence.
Nichée au cœur d’une végétation luxuriante, pimpante et colorée, la petite ville jouissait d’une réputation agréable. On y venait pour ses commerces, ses artisans, ses galeries, ses rues fleuries et les quelques curiosités qui attiraient les touristes durant la belle saison.
Rien d’extraordinaire.
Et c’était précisément ce qui faisait son charme.
Une paisible ville de province où les journées s’écoulaient avec une rassurante régularité. Un endroit où les événements les plus commentés concernaient généralement une ouverture de restaurant, une exposition, quelques travaux interminables sur la place principale ou les querelles parfaitement insignifiantes du voisinage.
Ici, rien de véritablement scandaleux ne se produisait.
In the pale vapors of dawn, the small town awoke with that lazy slowness proper to ordinary mornings.
Everything seemed to take its place according to an unchanging ritual.
The first delivery trucks drove up the streets still wet with dew. Some engines were purring in front of the sleeping shops while, on the sidewalks, the crowding of pedestrians was still timid, but gradually gaining ground.
Some walked with a quick step, a hot coffee in hand. Others advanced with an absent gaze, already absorbed in the unfolding of their day, planning, evaluating, weighing up the hours to come as if nothing could disturb the carefully established order of their existence.
Soon, the city would experience its usual tumult.
The cries of children going to school would mingle with conversations thrown from one sidewalk to another. Traffic, still fluid, would become denser. An impatient horn would sometimes tear apart the morning rumor, a derisory protest from a driver late for a few lost seconds.
A morning like any other.
At least on the surface.
Nestled in the heart of lush vegetation, bright and colorful, the small town enjoyed a pleasant reputation. People came here for its shops, its artisans, its galleries, its flowery streets and the few curiosities that attracted tourists during the summer.
Nothing extraordinary.
And that was precisely what made his charm.
A peaceful provincial town where the days passed with reassuring regularity. A place where the most commented events generally concerned an opening of a restaurant, an exhibition, some interminable works on the main square or perfectly insignificant quarrels in the neighborhood.
Here, nothing truly scandalous happened.
Nothing to worry about.
Rien que l’on puisse raconter longtemps après en baissant instinctivement la voix.
Et pourtant…
Ce fut au milieu de cette quiétude presque parfaite que quelque chose commença à déranger imperceptiblement le tableau.

Dans l’une des rues les plus passantes du centre, les commerces ouvraient progressivement leurs portes. Les rideaux métalliques se levaient les uns après les autres dans un fracas familier. Des enseignes s’illuminaient. On installait des présentoirs sur les trottoirs. Une boulangère disposait ses tables tandis qu’un fleuriste déposait ses premiers bouquets devant sa vitrine.
Mais une boutique demeurait obstinément silencieuse.
Elle était pourtant bien connue.
Pas de tous.
Des connaisseurs.
Des véritables amateurs de pendules anciennes, de montres mécaniques, d’horloges, de boîtes à musique et de ces mécanismes délicats dont les rouages minuscules semblaient appartenir à une époque où le temps lui-même possédait encore une certaine élégance.
On n’y trouvait presque rien de moderne.
Aucun de ces objets froids réglés par quelque technologie invisible, aucune horloge impersonnelle fabriquée par milliers.
Non.
Ici reposaient les objets dont on héritait.
Ceux que l’on remontait encore du bout des doigts.
Ceux dont on reconnaissait le tic-tac depuis l’enfance.
Ceux qui avaient appartenu à un grand-père, puis à un père, avant d’être confiés à un fils avec cette recommandation presque solennelle :
Prends-en soin.
Des objets que l’on ne possédait jamais tout à fait.
On les gardait simplement pour la génération suivante.
Habituellement, le propriétaire ouvrait tôt.
Toujours à la même heure.
Les commerçants voisins le savaient.
Certains auraient même pu régler leur montre sur lui.
Mais ce matin-là, le rideau demeurait baissé.
Nothing that we can tell long after by instinctively lowering our voice.
And yet...
It was in the midst of this almost perfect quietude that something began to imperceptibly disturb the picture.
In one of the busiest streets of the center, shops gradually opened their doors. The metal curtains rose one after another in a familiar crash. Signs lit up. We put up displays on the sidewalks. A baker set up her tables while a florist laid out her first bouquets in front of the shop window.
But a shop remained stubbornly silent.
Yet she was well known.
Not all of them.
Experts.
True lovers of antique clocks, mechanical watches, clocks, music boxes and delicate mechanisms whose tiny gears seemed to belong to an era when time itself still possessed a certain elegance.
There was almost nothing modern about it.
None of these cold objects regulated by some invisible technology, no impersonal clock made by thousands.
No.
Here rested the objects we inherited.
Those that were still traced with the tips of the fingers.
Those whose ticking we recognized since childhood.
Those who had belonged to a grandfather, then to a father, before being entrusted to a son with this almost solemn recommendation:
Take care of it.
Objects that we never quite owned.
We just kept them for the next generation.
Usually, the owner opened early.
Always at the same time.
The neighboring merchants knew it.
Some could even have adjusted their watch on him.
But that morning, the curtain remained down.
À huit heures, personne n’y prêta réellement attention.
À huit heures quinze, la boulangère d’en face leva brièvement les yeux.
À huit heures trente, le fleuriste regarda à son tour la devanture obscure avant de reprendre son travail.
Un retard.
Voilà tout.
Il existait forcément une explication.
Il en existe toujours une, tant que l’on tient absolument à en trouver.
Pourtant, derrière le rideau fermé, aucune lumière ne filtrait.
Aucun mouvement.
Et surtout…
aucun son.
Pas même le tic-tac étouffé des dizaines d’horloges que l’on entendait habituellement jusque sur le seuil lorsque la rue était encore calme.
Rien.
Un silence étrange, presque trop parfait.
Comme si, durant la nuit, quelqu’un avait pénétré dans la boutique et, d’un geste impossible, avait arrêté chaque pendule, chaque montre, chaque mécanisme.
Toutes à la même seconde.
Dehors, pourtant, la ville poursuivait son réveil.
Les passants marchaient.
Les voitures circulaient.
Les enfants riaient.
Les minutes continuaient de s’écouler.
Mais derrière ce rideau obstinément clos…
le temps, lui, semblait s’être arrêté.
At eight o'clock, no one really paid attention.
At fifteen past eight, the baker opposite looked up briefly.
At eight thirty, the florist looked at the dark storefront before resuming his work.
A delay.
That’s all.
There had to be an explanation.
There is always one, as long as we absolutely want to find one.
Yet, behind the closed curtain, no light was filtering through.
No movement.
And above all...
no sound.
Not even the sound of dozens of clocks that we usually heard on the doorstep when the street was still quiet.
Nothing.
A strange silence, almost too perfect.
As if, during the night, someone had entered the shop and, with an impossible gesture, had stopped every clock, every watch, every mechanism.
All at the same second.
Outside, however, the city continued its awakening.
The passersby were walking.
The cars were moving.
The children were laughing.
The minutes kept ticking away.
But behind this obstinately closed curtain...
time, he seemed to have stopped.
Chapitre un
Chapitre un
Comme chaque matin, Alaléna s'éveilla dans cette vaste chambre baignée d'une lumière presque irréelle. Une lumière trop douce pour dissiper les vertiges familiers qui, depuis des mois, accompagnaient chacun de ses réveils comme une présence silencieuse. Ils étaient devenus le rythme secret de sa solitude, une compagne invisible dont elle connaissait parfaitement l'origine.
Elle tourna lentement la tête vers la place vide laissée par son mari, Ylia Vasnev.
Comme toujours.
Il était parti avant l'aube, sans un bruit, sans un mot, veillant à ne jamais troubler son sommeil. Le silence semblait être devenu son langage. Il entrait dans une pièce sans qu'on l'entende, en ressortait de la même manière, laissant derrière lui une absence presque plus pesante que sa présence.
Alaléna repoussa les couvertures et se leva avec précaution. En contrebas, la demeure reprenait doucement vie. Des murmures étouffés montaient du rez-de-chaussée, mêlés au grincement discret d'une porte, au claquement lointain d'une tasse posée sur une table, aux pas mesurés du personnel. Toute cette mécanique quotidienne fonctionnait avec une précision rassurante, comme si rien ne pouvait jamais troubler l'ordre des choses.
Pourtant, ce matin-là, quelque chose résistait.
Au lieu de rejoindre la salle de bain, elle s'arrêta devant l'immense fenêtre qui dominait le jardin.
Son regard glissa lentement sur ce paysage qu'elle avait façonné avec une patience presque obsessionnelle. Les massifs de roses dessinaient des courbes parfaites. Les allées de gravier, soigneusement ratissées, semblaient n'avoir jamais été foulées. La pelouse, taillée avec une minutie presque irréelle, formait un tapis d'un vert éclatant où rien ne dépassait.
Tout respirait l'équilibre.
Tout semblait parfait.
first chapter
As every morning, Alaléna woke up in this vast room bathed in an almost unreal light. A light too soft to dispel the familiar dizziness that, for months, accompanied each of his awakenings as a silent presence. They had become the secret rhythm of her solitude, an invisible companion whose origin she knew perfectly well.
She slowly turned her head to the empty spot left by her husband, Ylia Vasnev.
As always.
He had left before dawn, without a sound, without a word, making sure never to disturb his sleep. Silence seemed to have become his language. He entered a room without being heard, coming out in the same way, leaving behind an absence almost heavier than his presence.
Alaléna pushed back the blankets and stood up carefully. Below, the house slowly came back to life. Muffled whispers rose from the ground floor, mingled with the discreet creaking of a door, the distant crack of a cup placed on a table, and the measured footsteps of the staff. All this daily mechanics worked with a reassuring precision, as if nothing could ever disturb the order of things.
Yet, that morning, something was resisting.
Instead of reaching the bathroom, she stopped in front of the huge window overlooking the garden.
Her gaze slid slowly over this landscape that she had shaped with an almost obsessive patience. The rose beds outlined perfect curves. The gravel paths, carefully raked, seemed to have never been trodden. The lawn, cut with an almost unreal meticulousness, formed a carpet of a bright green where nothing stood out.
Everything breathed balance.
Everything seemed perfect.
Et pourtant, depuis quelque temps, cette perfection la mettait mal à l'aise.
Elle avait parfois l'étrange impression que le jardin la contemplait en retour. Comme si cette harmonie trop parfaite cherchait à masquer quelque chose. Une vérité enfouie. Un souvenir que son esprit refusait obstinément de laisser remonter.
Elle détourna les yeux.
Aujourd'hui, elle avait prévu de passer chez l'horloger, cette petite boutique ancienne dont elle aimait l'odeur mêlée de bois ciré et de vieux mécanismes. Son propriétaire était un homme discret, singulier, toujours d'une bienveillance presque désuète.
Elle devait simplement récupérer la vieille pendule héritée de sa grand-mère.
Une simple révision.
C'était du moins ce qu'elle ne cessait de se répéter.
Car, au fond d'elle-même, Alaléna savait parfaitement que cette horloge n'avait jamais été envoyée en réparation pour une simple panne.
Elle s'était inventé ce prétexte pour ne pas regarder la vérité en face.
Cette vérité qui, nuit après nuit, lui volait le sommeil.
Et dont le tic-tac obstiné résonnait encore dans sa mémoire, longtemps après que les aiguilles ne se soient arrêtées.
And yet, for some time, this perfection made her uncomfortable.
She sometimes had the strange impression that the garden was watching her in return. As if this too perfect harmony sought to mask something. A buried truth. A memory that his mind stubbornly refused to let go up.
She looked away.
Today, she had planned to go to the watchmaker’s shop, this small old shop where she liked the smell mixed with waxed wood and old mechanisms. Its owner was a discreet man, singular, always of an almost obsolete kindness.
She simply had to retrieve the old clock inherited from her grandmother.
A simple review.
At least that was what she kept repeating to herself.
Because, deep down, Alaléna knew perfectly well that this clock had never been sent for repair for a simple breakdown.
She had invented this pretext for not facing the truth.
This truth, night after night, stole his sleep.
And whose obstinate ticking still echoed in his memory, long after the needles had stopped.

À l'autre extrémité de la ville, dans une impasse discrète que peu de gens remarquaient, le jour s'installait lui aussi.
Ici, aucun luxe ostentatoire.
Seulement le calme rassurant d'un quartier où des familles ordinaires reprenaient possession de leur quotidien. Les façades impeccablement entretenues, les jardinets fleuris, les volets qui s'ouvraient les uns après les autres composaient un tableau d'une banalité presque réconfortante. Ici et là, un tricycle abandonné près d'un portail, un ballon oublié dans une pelouse ou une craie colorée sur un trottoir racontaient silencieusement la présence d'enfants et d'une vie paisible.
Du moins, en apparence.
At the other end of the city, in a discreet impasse that few people noticed, the day also settled down.
Here, no ostentatious luxury.
Only the reassuring calm of a neighborhood where ordinary families took back possession of their daily lives. The impeccably maintained facades, the flower gardens, the shutters that opened one after another composed a picture of an almost comforting banality. Here and there, an abandoned tricycle near a gate, a forgotten balloon in a lawn or a colored chalk on a sidewalk silently told the presence of children and a peaceful life.
At least on the surface.
Derrière l'une de ces maisons sans histoire, Fulgent était déjà levé.
Une tasse de café fumante entre les mains, il relisait les dernières conclusions du rapport concernant l'une des affaires les plus déroutantes qu'il eût eu à traiter ces derniers mois.
Une série de vols.
Non pas d'ordinateurs.
Uniquement de leurs disques durs.
Au premier regard, tout laissait croire à de simples vols de données informatiques. Pourtant, plus les investigations progressaient, plus cette hypothèse s'effritait. Les informations dérobées ne semblaient constituer qu'un prétexte, un écran de fumée soigneusement entretenu.
L'affaire était loin d'être résolue.
Le mobile demeurait insaisissable.
Le responsable n'avait laissé derrière lui ni visage, ni empreinte exploitable.
Mais une certitude s'imposait désormais à Fulgent : celui qui orchestrai ces cambriolages ne cherchait pas uniquement à voler des données. Quelque chose de beaucoup plus important se cachait derrière cette succession de disparitions méthodiques.
Quelque chose que personne n'avait encore identifié.
Il consulta l'heure.

Dans moins d'une demi-heure, il retrouverait Lars.
Son coéquipier.
Un enquêteur aussi expérimenté que redoutablement intuitif. Après plus de vingt-cinq années passées dans la police, Lars s'était vu proposer à plusieurs reprises la direction d'une brigade. Il avait toujours décliné.
Les réunions, les tableaux statistiques et les montagnes de formulaires le rendaient presque malade.
L'action, en revanche, était son territoire.
Les scènes de crime, les interrogatoires, les détails que les autres négligeaient : voilà où il excellait.
La paperasse...
Il l'abandonnait avec un plaisir non dissimulé à Fulgent, qui, malgré ses protestations régulières, finissait toujours par rédiger les rapports.
Ce partage des rôles leur convenait parfaitement.
Et, jusqu'à présent, il leur avait rarement fait défaut.
Mais cette enquête-là...
Cette enquête refusait obstinément de suivre les règles.
Behind one of these uneventful houses, Fulgent was already up.
With a steaming cup of coffee in his hand, he was re-reading the report’s latest findings on one of the most puzzling cases he had dealt with in recent months.
A series of thefts.
Not computers.
Only from their hard drives.
At first glance, everything suggested simple theft of computer data. Yet, the more the investigations progressed, the more this hypothesis crumbled. The stolen information seemed to be only a pretext, a carefully maintained smoke screen.
The case was far from resolved.
The motive remained elusive.
The manager had left behind neither a face nor an exploitable imprint.
But Fulgent was now certain that the man who orchestrated these burglaries was not just trying to steal data. Something much more important was hiding behind this succession of methodical disappearances.
Something that no one had yet identified.
He consulted the time.
In less than half an hour, he would find Lars.
His teammate.
An investigator as experienced as he is frighteningly intuitive. After more than twenty-five years in the police force, Lars had been offered several times to head a brigade. He had always declined.
Meetings, statistical tables and mountains of forms almost made him sick.
Action, on the other hand, was his territory.
Crime scenes, interrogations, details that others overlooked: this is where he excelled.
The paperwork...
He abandoned it with undisguised pleasure to Fulgent, who, despite his regular protests, always ended up writing the reports.
This sharing of roles suited them perfectly.
And, until now, it had rarely failed them.
But this investigation...
This investigation stubbornly refused to follow the rules.
Chapitre deux
Lorsque Fulgent franchit, ce matin-là, les portes du commissariat, il comprit immédiatement que quelque chose n’allait pas.
Il ne sut pas dire quoi.
Pas tout de suite.
L’ endroit était pourtant le même. Les mêmes murs aux couleurs administratives, les mêmes néons trop blancs, les mêmes bureaux encombrés de dossiers que chacun promettait de classer un jour. Même l’odeur âcre des cafés matinaux flottait encore dans l’air, mélange familier de caféine brûlée et de nuitstrop courtes.
Et pourtant…
Quelque chose avait changé.
L’atmosphère habituellement studieuse et paisible du commissariat semblait chargée d’une étrangeélectricité. Une tension presque palpable courait d’un bureau à l’autre, dans les gestes trop rapides, lesconversations étouffées, les regards qui se détournaient.
Personne ne riait.
C’était peut-être cela, finalement, qui dérangea le plus Fulgent.
D’ordinaire, à cette heure-ci, les plaisanteries douteuses de ses collègues résonnaient déjà dans lescouloirs — manifestations catastrophiques d’un humour dont l’humanité aurait probablement pu sepasser.
Ce matin-là, rien.
Seulement le bruit sec des claviers.
Quelques sonneries de téléphone.
Des voix basses.

Et ce silence entre elles.
Un silence lourd, oppressant, presque menaçant.
Le commissariat ne ressemblait plus à ce bâtiment tranquille où des hommes et des femmes méthodiques examinaient les faits, confrontaient les témoignages et prenaient des décisions claires,pertinentes, parfois définitives.
Non.
chapter two
When Fulgent walked through the doors of the police station that morning, he immediately realized that something was wrong.
He couldn’t say what.
Not right away.
The place was, however, the same. The same walls with administrative colors, the same neon lights that were too white, the same desks cluttered with files that everyone promised to file one day. Even the pungent smell of morning coffees was still in the air, a familiar mix of burnt caffeine and short nights.
And yet...

Something had changed.
The usually studious and peaceful atmosphere of the police station seemed charged with a strangeness. An almost palpable tension ran from one office to another, in the too fast gestures, the hushed conversations, the looks that turned away.
No one was laughing.
It was perhaps this, in the end, that bothered Fulgent the most.
Ordinarily, at this hour, the questionable jokes of his colleagues were already echoing in the corridors—catastrophic manifestations of a humor that humanity could probably have avoided.
That morning, nothing.
Only the sharp sound of the keyboards.
A few phone ringtones.
Low voices.

And this silence between them.
A heavy, oppressive, almost threatening silence.
The police station no longer resembled this quiet building where methodical men and women examined facts, confronted testimonies and made clear, relevant, sometimes final decisions.
No.
Ce matin-là, Alanéa marchait perdue dans ses pensées, une boîte soigneusement serrée sous son bras.
Elle s’engagea presque machinalement dans cette rue qu’elle connaissait par cœur.
D’ordinaire, à cette heure-ci, elle était bruyante, vivante, presque joyeuse.
Les enfants s’y pressaient sur le chemin de l’école, certains courant avec cet enthousiasme débordant propre aux matins heureux, d’autres traînant derrière eux des cartables trop lourds et une motivation beaucoup plus discutable.
Des femmes hâtaient le pas pour quelques courses de dernière minute avant de rejoindre leur travail ou quelque autre obligation.
Des hommes marchaient vite, consultant nerveusement leur montre, comme si accélérer suffisamment pouvait leur permettre de rattraper les précieuses minutes qu’ils avaient déjà perdues.
C’était une rue ordinaire.
Une rue affairée.
Une rue rassurante dans sa banalité.

Mais pas ce matin-là.
Alanéa ralentit.
Quelque chose était différent.
Les conversations n’étaient plus que chuchotements.
Les passants ne marchaient plus vraiment : ils s’arrêtaient, observaient, se regroupaient par petits cercles. Sur les visages se mêlaient l’inquiétude, la curiosité, la stupeur et, chez certains, cette indignation presque offensée de ceux qui découvrent soudain que les drames n’arrivent pas uniquement aux autres.
La rue semblait avoir perdu sa voix.
Même les enfants parlaient moins fort.
Ce n’était plus cette artère familière dont l’agitation annonçait chaque matin qu’une nouvelle journée commençait.
Quelque chose l’avait arrêtée.
Quelque chose avait brisé son rythme.
Alanéa, jusque-là enfermée dans ses propres pensées sombres, se laissa peu à peu happer par cette atmosphère étrange.
Une inquiétude sourde s’insinua en elle.
D’abord légère.
Puis persistante.
Elle releva la tête.
Que se passait-il ?
Elle continua d’avancer.
Quelques mètres encore.
Puis elle aperçut l’attroupement.
Son pas ralentit.
Des barrières barraient une partie de la rue.
That morning, Alanéa was walking lost in thought, a box neatly packed under her arm.
She almost mechanically entered this street, which she knew by heart.
Ordinarily, at this hour, she was noisy, lively, almost cheerful.
The children were rushing on their way to school, some running with this overflowing enthusiasm typical of happy mornings, others dragging behind them too heavy schoolbags and a much more questionable motivation.
Some women were hastening the pace for a few last-minute errands before joining their work or any other obligation.
Men were walking fast, nervously checking their watches, as if accelerating enough could allow them to make up for the precious minutes they had already lost.
It was an ordinary street.
A busy street.

A reassuring street in its banality.
But not that morning.
Alanéa is slowing down.
Something was different.
The conversations were nothing more than whispers.
The passersby no longer really walked: they stopped, observed, gathered in small circles. On the faces mingled concern, curiosity, stupor and, in some, this almost offended indignation of those who suddenly discover that dramas do not only happen to others.
The street seemed to have lost its voice.
Even the children were speaking less loudly.
It was no longer that familiar artery whose agitation announced every morning that a new day was beginning.
Something had stopped her.
Something had broken his rhythm.
Alanéa, hitherto locked in her own dark thoughts, let herself be gradually caught up by this strange atmosphere.
A deep anxiety crept into her.
Light at first.
Then persistent.
She raised her head.
What was happening?
She kept moving forward.
A few more meters.
Then she saw the gathering.
His step slows down.
Barriers barred part of the street.
Un cordon de police dessinait une frontière brutale au milieu du décor familier.
Des voitures de police.
Des uniformes.
Une ambulance.
Et derrière tout cela…
Le magasin de son ami.
L’horloger.
Alanéa s’immobilisa.
Pendant quelques secondes, son esprit refusa simplement d’assembler les éléments.
Elle regarda la devanture.
Les policiers.
L’ambulance.
Puis de nouveau la boutique.
Elle ne comprenait pas.
Ou peut-être ne voulait-elle pas comprendre.
Une angoisse brutale lui serra la poitrine.
Instinctivement, elle resserra les bras autour de la boîte qu’elle transportait.
À l’intérieur reposait sa vieille pendule.
Elle l’avait apportée pour lui.
Parce qu’elle retardait.
Parce qu’elle s’arrêtait parfois sans raison.
Parce que lui seul, disait-il toujours en souriant, savait encore parler aux vieilles mécaniques suffisamment longtemps pour les convaincre de continuer à mesurer le temps.
Alanéa serra davantage la boîte contre elle.
Comme une ancre.
Comme si ce simple objet pouvait encore la rattacher à la normalité de cette matinée qui, quelques minutes auparavant, aurait dû être parfaitement ordinaire.
— Un cambriolage ? murmura-t-elle.
Elle avait parlé si bas qu’elle pensa un instant que personne ne l’avait entendue.
— Non.
La voix venait de sa droite.
Elle tourna lentement la tête.
Son voisin se tenait là, le visage livide. Il regardait la boutique sans réellement la voir.
Puis il avala difficilement sa salive.
— Le vieil horloger a été assassiné.
Le monde sembla soudain se figer.
Alanéa ne répondit pas.
Autour d’elle, les murmures continuaient. Les policiers circulaient derrière les barrières. Une radio grésilla quelque part. Une portière claqua.
Mais elle n’entendait presque plus rien.
Ses yeux descendirent lentement vers la boîte qu’elle tenait toujours contre elle.
À l’intérieur, la vieille pendule continuait de battre.
Tic.
Tac.
Tic.
Tac.
A police cordon drew a brutal border in the middle of the familiar setting.
Police cars.
Uniforms.
An ambulance.
And behind all this...
His friend’s shop.
The watchmaker.
Alanéa stopped.
For a few seconds, his mind simply refused to put the pieces together.
She looked at the front.
The police officers.
The ambulance.
Then again the shop.
She didn’t understand.
Or maybe she didn’t want to understand.
A sudden anguish gripped his chest.
Instinctively, she tightened her arms around the box she was carrying.
Inside lay his old clock.
She had brought it for him.
Because she was late.
Because she would sometimes stop for no reason.
Because only he, he always said with a smile, could still talk to the old mechanics long enough to convince them to continue measuring time.
Alanéa tightens the box against her more.
Like an anchor.
As if this simple object could still relate her to the normality of that morning which, a few minutes earlier, should have been perfectly ordinary.

—A robbery? she murmured.
She had spoken so low that for a moment she thought no one had heard her.
—No.
The voice came from his right.
She slowly turned her head.
His neighbor stood there, livid face. He looked at the shop without actually seeing it.
Then he swallowed his saliva with difficulty.
—The old watchmaker was murdered.
The world suddenly seemed to freeze.
Alanéa did not answer.
Around her, the whispers continued. The police were moving behind the barriers. A radio crackled somewhere. A door slammed shut.
But she could hardly hear anything anymore.
Her eyes slowly descended to the box she was still holding against her.
Inside, the old clock continued to beat.
Tic.
Tac.
Tic.
Tac.
Le temps poursuivait tranquillement sa course.
Indifférent.
Alors que celui du vieil horloger venait de s’arrêter.
Un meurtre.
Ici.
Dans cette rue.
Dans leur ville.
Un crime…
dans une ville si paisible.
The weather quietly continued its course.
Indifferent.
While that of the old watchmaker had just stopped.
A murder.
Here.
On this street.
In their city.
A crime...
in such a peaceful city.
Au commissariat, la nouvelle tomba vite.
Brutale. Inattendue.
Les téléscripteurs se mirent à crépiter presque aussitôt, vomissant leurs lignes noires dans le silence tendu des bureaux. Les conversations s’éteignirent les unes après les autres. Quelques regards se croisèrent. Personne n’osa encore mettre de mots sur ce que tous commençaient à comprendre.
« Dans une rue passante de cette ville si paisible, un événement aussi incroyable que tragique vient de se produire… »

Aux premières heures du jour, alors que la ville s’éveillait à peine dans les brumes du matin naissant, un acte odieux avait été commis.
Pas un accident.
Pas cette fois.
Un crime.
Et la victime n’était pas un inconnu.
C’était le vieil horloger de la rue de l’Aube.
Celui que tout le quartier connaissait. Celui dont la boutique semblait appartenir à la rue depuis toujours, avec ses vitrines encombrées de pendules, ses montres anciennes et ce tintement familier qui accompagnait les passants depuis des années.
À présent, les aiguilles continuaient probablement de tourner derrière la vitrine.
Mais pour leur propriétaire…
le temps, lui, venait de s’arrêter.
Et tandis que les premiers rapports arrivaient au commissariat, une question, encore informulée, commença à s’insinuer dans les esprits.
Dans une ville où, depuis quelque temps, les événements étranges semblaient se multiplier…
la mort du vieil horloger était-elle vraiment un crime isolé ?
Un crime…
dans une ville si paisible.
At the police station, the news came quickly.
Brutal. Unexpected.
The teletypewriters began to crackle almost immediately, vomiting their black lines into the tense silence of the offices. The conversations faded away one after another. A few eyes met. No one yet dared to put into words what everyone was beginning to understand.
"In a busy street of this peaceful city, an incredible and tragic event has just occurred..."

In the early hours of the day, when the city was barely waking up in the morning mists, a heinous act had been committed.
Not an accident.
Not this time.
A crime.
And the victim was not a stranger.
He was the old watchmaker from Rue de l'Aube.
The one everyone in the neighborhood knew. The one whose shop seemed to have always belonged to the street, with its windows cluttered with clocks, its old watches and that familiar tinkling that accompanied passersby for years.
By now, the hands were probably still spinning behind the window.
But for their owner...

Time, however, had just stopped.
And as the first reports arrived at the police station, a question, still unstated, began to creep into people’s minds.
In a city where, for some time, strange events seemed to multiply...
Was the death of the old watchmaker really an isolated crime?
A crime...
in such a peaceful city.
A suivre...
Chapitre trois
Chapitre trois
Le lendemain, l’événement de la rue de l’Aube faisait déjà les gros titres.
La presse locale, puis régionale, s’était emparée de l’affaire avec une avidité presque indécente. Les premières pages rivalisaient de titres toujours plus accrocheurs, mêlant quelques faits avérés à des suppositions beaucoup plus douteuses.
Après tout, lorsqu’on ne savait rien, il restait toujours la possibilité d’inventer.
Du côté des enquêteurs, pourtant, l’affaire n’en était encore qu’à ses balbutiements.
On rassemblait les témoignages.
On recoupait les horaires.
On examinait les indices.
Chaque détail susceptible d’expliquer ce qui s’était réellement passé dans la rue de l’Aube était étudié, classé, comparé.
Qui avait fait cela ?
Pourquoi ?
Et surtout… était-ce réellement un acte isolé ?
À ce stade de l’enquête, personne ne possédait la moindre réponse.
Rien.
Seulement des hypothèses, quelques éléments épars et beaucoup trop de questions.
Le tapage médiatique n’arrangeait rien.
Il faisait du bruit.
Beaucoup de bruit.
Assez pour vendre du papier, alimenter les conversations et maintenir dans une inquiétude grandissante une population qui, jusque-là, n’avait jamais eu à vivre avec ce genre d’incertitude.
Dans cette ville, on était habitué aux petites querelles de voisinage, aux cambriolages occasionnels, aux accidents regrettables dont on parlait quelques jours avant de reprendre le cours tranquille de son existence.
Mais pas à cela.
Personne ne voulait apprendre à vivre avec la peur.
Les habitants voulaient des faits.
Des réponses.
Et, surtout, ils voulaient qu’on leur affirme que tout cela avait une explication.
Pourtant, certains titres n’hésitaient déjà plus à franchir la limite :
« UN SERIAL KILLER DANS UNE PAISIBLE VILLE DE L’OUEST ? »
Une interrogation imprimée en caractères énormes suffisait à transformer une rumeur en menace.
Et une menace répétée suffisamment longtemps finissait toujours par devenir réelle dans l’esprit des gens.
Pendant ce temps, loin de l’agitation des journalistes, Fulgent et Lars se débattaient avec une autre affaire.
Une affaire moins spectaculaire.
Moins sanglante.
Mais peut-être tout aussi inquiétante.
Les étranges vols de données continuaient de les obséder.
Des disques durs disparaissaient.
Des clés de stockage s’évaporaient.
Des fichiers étaient introuvables.
Et, chaque fois, les circonstances semblaient suffisamment banales pour pouvoir être expliquées… mais suffisamment étranges pour qu’aucune explication ne soit réellement satisfaisante.
Quelqu’un cherchait-il quelque chose ?
Ou, au contraire, quelqu’un essayait-il de faire disparaître quelque chose ?
Fulgent commençait sérieusement à se poser la question.
Et désormais, un vieil horloger venait d’être retrouvé mort dans la rue de l’Aube.
Deux affaires.
Deux enquêtes qui, en apparence, n’avaient absolument rien en commun.
En apparence seulement.
Car, en l’espace de quelques semaines, jamais la vie tranquille de cette si paisible ville n’avait été autant bouleversée.
Et personne ne savait encore que le plus inquiétant n’était peut-être pas ce qui venait de se produire…
mais ce qui allait être découvert.
The next day, the event on Rue de l'Aube was already making headlines.
The local, then regional press had seized the case with almost indecent greed. The first pages competed with ever more catchy titles, mixing some proven facts with much more dubious assumptions.
After all, when you didn’t know anything, there was always the possibility to invent.
On the side of the investigators, however, the case was still in its infancy.
We were gathering testimonies.
We were overlapping schedules.
We were looking at the clues.
Every detail likely to explain what really happened in the rue de l'Aube was studied, classified and compared.
Who did that?
Why?
And above all... was it really an isolated act?
At this stage of the investigation, no one had any answers.
Nothing.
Only hypotheses, a few scattered elements and far too many questions.
The media frenzy wasn’t helping.
He was making noise.
A lot of noise.

Enough to sell paper, fuel conversation, and keep a population that has never before had to live with this kind of uncertainty growing in disquiet.
In this town, one was accustomed to the small neighborhood quarrels, the occasional burglaries, the regrettable accidents of which one spoke a few days before resuming the quiet course of one’s existence.
But not to that.
No one wanted to learn to live with fear.
The residents wanted facts.
Answers.
And, above all, they wanted to be told that there was an explanation for all of this.
Yet, some titles already no longer hesitated to cross the line:
"A SERIAL KILLER IN A PEACEFUL WESTERN CITY?"
A question printed in huge characters was enough to turn a rumour into a threat.
And a threat repeated long enough always ended up becoming real in people’s minds.
Meanwhile, far from the agitation of journalists, Fulgent and Lars were struggling with another case.
A less spectacular affair.
Less bloody.
But perhaps just as worrying.
The strange flights of data continued to obsess them.
Hard drives were disappearing.
Storage keys were evaporating.
Some files were not found.
And, each time, the circumstances seemed banal enough to be explained... but strange enough that no explanation is truly satisfactory.
Was anyone looking for something?
Or, on the contrary, was someone trying to make something disappear?
Fulgent was seriously starting to ask himself the question.
And now, an old watchmaker had just been found dead in the rue de l'Aube.
Two cases.
Two investigations that, on the surface, had absolutely nothing in common.
Only in appearance.
Because, in the space of a few weeks, never had the quiet life of this peaceful city been so upset.
And no one yet knew that perhaps the most worrying thing was not what had just happened...
but what was going to be discovered.
Loin de l’agitation qui gagnait peu à peu la ville, la mer poursuivait son éternel mouvement.
En contrebas de la vaste demeure d’Alaléna et d’Ilyas Vasner, les vagues venaient mourir contre les rochers dans un grondement sourd et régulier.
À l’intérieur, pourtant, le silence semblait plus lourd que d’ordinaire.
Assise dans la grande cuisine baignée par la lumière pâle du matin, Alaléna tournait distraitement sa cuillère dans son café.
Encore.
Et encore.
Le liquide était probablement froid depuis longtemps, mais elle ne semblait pas s’en apercevoir.
Ses yeux restaient perdus quelque part devant elle.

Par un étrange hasard, Ilyas était présent ce matin-là.
Des journaux étaient étalés devant lui, certains ouverts, d’autres repliés à la hâte. Le visage du vieil horloger apparaissait sur plusieurs premières pages, accompagné de ces titres tapageurs qui transformaient déjà sa mort en spectacle.
Il était rare qu’ils prennent leur petit déjeuner ensemble.
Très rare, même.
La plupart du temps, lorsque Alaléna descendait, Ilyas était déjà parti. Son travail, ses responsabilités, son entreprise… Il avait toujours une bonne raison de quitter la maison tôt.
Mais cette nuit-là, elle avait mal dormi.
Encore plus mal qu’à l’ordinaire.
La veille, pourtant, elle s’était presque réjouie à l’idée de revoir le vieil horloger.
Elle avait imaginé leur conversation.
Peut-être même l’avait-elle répétée dans sa tête.
Elle devait lui apporter son cartel et profiter de cette visite pour lui parler.
Mais il n’y avait pas eu de conversation.
Il n’y en aurait jamais.
Ilyas leva enfin les yeux de son journal.
Il observa sa femme en silence.
Cela faisait des mois qu’il remarquait chez elle cette étrange distance.
Ce n’était pas véritablement de la froideur.
Non.
Quelque chose de beaucoup plus subtil.
Comme si leur relation traversait une lente et silencieuse recalibration dont aucun des deux ne connaissait encore l’issue.
Far from the agitation that gradually reached the city, the sea continued its eternal movement.
Below the vast abode of Alaléna and Ilyas Vasner, waves came to die against the rocks in a dull and steady rumble.
Inside, however, the silence seemed heavier than usual.
Sitting in the large kitchen bathed by the pale morning light, Alaléna absentmindedly turned her spoon in her coffee.
Again.
And again.
The liquid had probably been cold for a long time, but she didn’t seem to notice.
Her eyes remained lost somewhere in front of her.
By a strange coincidence, Ilyas was present that morning.
Newspapers were spread out before him, some open, others hastily tucked away. The face of the old clockmaker appeared on several first pages, accompanied by those flashy titles that already turned his death into a spectacle.

It was rare for them to have breakfast together.
Very rare, even.
Most of the time, when Alaléna came down, Ilyas had already left. His work, his responsibilities, his company... He always had a good reason to leave the house early.
But that night, she slept badly.
Even worse than usual.
The day before, however, she had almost rejoiced at the idea of seeing the old watchmaker again.
She had imagined their conversation.
Maybe she had even repeated it in her head.
She had to bring him her cartel and take advantage of this visit to talk to him.
But there had been no conversation.
There would never be any.
Ilyas finally looked up from his diary.
He observed his wife in silence.
It had been months since he noticed this strange distance in her.
It wasn’t really coldness.
No.
Something much more subtle.
As if their relationship were going through a slow and silent recalibration, the outcome of which neither of them knew yet.
Ils continuaient à vivre ensemble.
À se parler.
À partager certaines choses.
Et pourtant, quelque part entre eux, un espace s’était installé.
Un espace qu’Ilyas ne savait plus comment franchir.
Mais ce matin-là, c’était différent.
Alaléna n’était pas seulement distante.
Elle était bouleversée.
— Tu as vu les nouvelles ? demanda-t-il prudemment.
La cuillère cessa enfin de tourner.
Alaléna releva les yeux vers lui.
Pendant quelques secondes, elle ne répondit rien.
Puis elle regarda les journaux étalés sur la table.
— Je devais déposer mon cartel hier…
Sa voix s’éteignit légèrement.
— Mais quand je suis arrivée, c’était déjà trop tard.
Ilyas la fixa.
Il aimait cette femme.
Dieu, comme il l’aimait.
Et c’était peut-être justement cela qui rendait les choses si difficiles.
Parce qu’il ne savait plus comment l’atteindre.
Cela n’avait pas toujours été ainsi.

Il y avait eu entre eux des années de complicité, des instants de partage absolu, des conversations interminables où aucun sujet n’était interdit.
Pas de frontière.
Pas de fossé.
Pas cette prudence absurde avant de prononcer la moindre phrase.
Alors, dans cette cuisine trop grande, devant cette femme qu’il connaissait depuis si longtemps et qui lui semblait soudain si lointaine, Ilyas comprit qu’il aurait dû faire quelque chose.
Se lever.
La rejoindre.
Poser simplement une main sur son épaule.
Lui demander ce que le vieil horloger devait lui dire.
Ou peut-être ne rien demander du tout.
Seulement être là.
Il faillit le faire.
Mais il resta assis.
Figé.
Et une question étrange lui traversa l’esprit.
De quoi avait-il donc peur ?
Alaléna détourna les yeux.
Elle repoussa doucement sa tasse, se leva et quitta la cuisine sans ajouter un mot.
Ilyas ne la retint pas.
Quelques instants plus tard, la vaste demeure avait retrouvé son silence.
Ils partiraient chacun vers leurs propres obligations.
Alaléna retrouverait son violon.
Ilyas, son entreprise.
They continued to live together.
To talk to each other.
To share certain things.
And yet, somewhere between them, a space had settled.
A space that Ilyas no longer knew how to cross.
But that morning, it was different.

Alaléna was not only distant.
She was upset.
— Did you see the news? he asked carefully.
The spoon finally stopped spinning.
Alaléna looked up at him.
For a few seconds, she did not answer anything.
Then she looked at the newspapers spread on the table.
—I was supposed to drop off my cartel yesterday...
His voice faded slightly.
—But when I arrived, it was already too late.
Ilyas stared at her.
He loved this woman.
God, how he loved him.
And maybe that was precisely what made things so difficult.
Because he didn’t know how to reach her anymore.
It had not always been this way.
There had been years of complicity between them, moments of absolute sharing, endless conversations where no subject was forbidden.
No border.
No ditch.
Not this absurd prudence before uttering the slightest sentence.

Then, in this too big kitchen, in front of the woman he had known for so long and who suddenly seemed so far away, Ilyas understood that he should have done something.
Get up.
Join her.
Simply place a hand on his shoulder.
Ask him what the old watchmaker had to tell him.
Or maybe don’t ask for anything at all.
Just to be there.
He almost did it.
But he remained seated.
Frozen.
And a strange question crossed his mind.
What was he so afraid of?
Alaléna looked away.
She gently pushed back her cup, stood up and left the kitchen without adding a word.
Ilyas did not hold her back.
A few moments later, the vast residence had regained its silence.
They would each leave towards their own obligations.
Alaléna would find his violin again.
Ilyas, his company.
Deux existences qui, autrefois, semblaient n’en former qu’une et qui, depuis quelque temps, avaient commencé à suivre deux lignes presque parallèles.
Presque.
Car quelque chose les reliait encore.
Quelque chose de suffisamment fort pour qu’Ilyas ait peur de le perdre.
Et peut-être suffisamment ancien pour qu’Alaléna elle-même ne sache plus exactement ce qu’elle cherchait à retrouver.
Sur la table, les journaux étaient restés ouverts.
Le visage du vieil horloger les observait toujours.
Et sous sa photographie, en caractères noirs, une question attendait encore une réponse.
Two existences that once seemed to be one, and which for some time had begun to follow two almost parallel lines.
Almost.
Because something still connected them.
Something strong enough for Ilyas to be afraid of losing it.
And perhaps old enough for Alaléna herself to no longer know exactly what she was looking for.
On the table, the newspapers had remained open.
The face of the old watchmaker was still watching them.
And under his photograph, in black characters, a question was still waiting for an answer.
To be continued
Chapitre quatre
Alaléna ne se dirigea pas vers son violon.
Non.
Ce matin-là, quelque chose d’autre l’attirait.
Elle quitta la maison et marcha jusqu’à la rue de l’Aube, cette même rue où, la veille encore, elle avait cru pouvoir passer un moment agréable en compagnie d’un vieil homme passionné, un homme qui semblait avoir consacré sa vie entière à une tâche impossible : empêcher le temps de disparaître.
Une pensée étrange lui traversa l’esprit.
Pour une fois, son attention n’était pas tournée vers ses propres problèmes.
Ni vers ses inquiétudes.
Ni vers toutes ces questions qui, depuis quelque temps, semblaient s’accumuler autour d’elle.
Non.
Elle était simplement là, debout sur le trottoir, immobile dans la fraîcheur du matin, les yeux fixés de l’autre côté de la rue.
Sur la boutique de l’horloger.
Elle repensa aux moments passés derrière cette vitrine, au tic-tac presque assourdissant des dizaines de pendules, aux gestes méticuleux du vieil homme, à cette façon qu’il avait de manipuler les mécanismes minuscules comme si chacun d’eux renfermait quelque chose de précieux.
Tout cela semblait soudain appartenir à un autre temps.
La foule de la veille avait disparu.
Plus de badauds agglutinés devant la boutique, poussés par la curiosité, l’effroi ou cette fascination morbide que les drames exercent parfois sur les vivants.
Il ne restait que les barrières.
Les rubans tendus devant l’entrée.
Et ces quelques mots froids qui suffisaient désormais à résumer toute une existence :
SCÈNE DE CRIME — INTERDICTION D’ENTRER.
Quelques journalistes rôdaient encore.
Certains photographiaient la devanture sous tous les angles. D’autres tentaient d’arrêter les passants, micro tendu, à la recherche d’un témoignage, d’une phrase, de n’importe quoi qui puisse remplir quelques lignes supplémentaires.
Mais les habitants détournaient la tête.
Ils pressaient le pas.
Personne ne semblait avoir envie de parler.
Chapter four
Alaléna did not go to his violin.
No.
That morning, something else was attracting him.
She left the house and walked to the Rue de l'Aube, the same street where, just the day before, she had thought she could have a good time in the company of an old passionate man, a man who seemed to have devoted his whole life to an impossible task: to prevent time from disappearing.
A strange thought crossed his mind.
For once, his attention was not turned to his own problems.
Nor to his concerns.
Nor to all those questions that, for some time, seemed to have been piling up around her.
No.
She was simply there, standing on the sidewalk, motionless in the cool of the morning, her eyes fixed on the other side of the street.
On the watchmaker’s shop.
She thought back to the moments spent behind this window, to the almost deafening ticking of dozens of clocks, to the meticulous gestures of the old man, to the way he had to handle the tiny mechanisms as if each of them contained something precious.
All this suddenly seemed to belong to another time.
The crowd from the day before had disappeared.
More onlookers crowded in front of the shop, driven by curiosity, dread, or that morbid fascination that dramas sometimes exert on the living.
Only the barriers remained.
The stretched ribbons in front of the entrance.
And those few cold words that were now enough to sum up an entire existence:
CRIME SCENE—NO TRESPASSING.
A few journalists were still on the prowl.
Some people photographed the storefront from all angles. Others tried to stop the passers-by, with a tense microphone, looking for a testimony, a sentence, anything that could fill a few more lines.
But the inhabitants turned away their heads.
They were pressing their pace.
No one seemed to want to talk.
Comme si, dans cette rue habituellement si tranquille, les mots eux-mêmes étaient devenus dangereux.
Le téléphone d’Alaléna vibra dans sa poche.
Elle sursauta légèrement avant de le sortir.
Un message d’Ilyas.
Ce soir, dîner tous les deux. Tranquille. Tu m’expliqueras.
Elle resta quelques secondes à contempler l’écran.
Puis, derrière elle, des pas résonnèrent sur le trottoir.
Alaléna ne se retourna pas immédiatement.
Elle connaissait ces pas.
Précis.
Fermes.
Réguliers.
Des pas qu’elle aurait reconnus entre mille.
Ils se rapprochèrent, puis s’arrêtèrent juste derrière elle.
Une voix calme s’éleva.
— Ah… tu es là.
Alaléna releva lentement les yeux.
Une femme se tenait devant elle.
Belle, élégante, de longs cheveux blonds encadrant un visage lumineux et de grands yeux gris qui, malgré le sourire posé sur ses lèvres, trahissaient une légère inquiétude.
Une femme terriblement vivante devant cette boutique où, quelques heures auparavant, un homme avait cessé de l’être.
Elle observait Alaléna avec cette impatience familière qu’elle connaissait depuis toujours.
Dominique.
Sa grande sœur.
Dominique allait lui poser une question lorsque, de nouveau, le téléphone d’Alaléna vibra.
Un bourdonnement bref.
Presque agaçant.
Alaléna baissa les yeux vers l’écran.
Encore Ilyas.
Cette fois, le message était court. Laconique. Sans explication inutile.
Problèmes à l’entreprise.
Dîner reporté. Ne m’attends pas.
Alaléna fixa les quelques mots un instant.
Puis elle souffla, davantage pour elle-même que pour sa sœur :
— Bien sûr…
Dominique avait eu le temps de lire le message par-dessus son épaule.
Elle haussa légèrement les sourcils, mais ne fit aucun commentaire sur Ilyas.
— Pas grave. Alors allons dîner toutes les deux.
Alaléna rangea son téléphone dans sa poche.
— D’accord.
Dominique ne bougea pas.
Son regard resta posé sur sa sœur quelques secondes, attentif, presque scrutateur.
— Et tu me diras ce que tu as sur le cœur.
As if, in this street usually so quiet, the words themselves had become dangerous.
Alaléna’s phone vibrated in her pocket.
She jumped slightly before taking it out.
A message from Ilyas.
Tonight, dinner for both of you. Relax. You’ll explain to me.
She stayed a few seconds to contemplate the screen.
Then, behind her, footsteps echoed on the pavement.
Alaléna did not turn around immediately.
She knew these steps.
Precise.
Farms.
Regular.
Steps she would have recognized between a thousand.
They approached, then stopped just behind her.
A calm voice rose.
—Ah... you’re here.
Alaléna slowly looked up.
A woman stood before her.
Beautiful, elegant, with long blond hair framing a bright face and large gray eyes that, despite the smile on her lips, betrayed a slight concern.
A woman terribly alive in front of this shop where, a few hours earlier, a man had ceased to be.
She observed Alaléna with that familiar impatience that she had always known.
Dominique.
His big sister.

Dominique was about to ask him a question when, again, Alaléna’s phone vibrates.
A brief hum.
Almost annoying.
Alaléna looked down at the screen.
Ilyas again.
This time, the message was short. Laconic. Without any unnecessary explanation.
Problems at the company.
Dinner postponed. Don’t wait for me.
Alaléna stared at the few words for a moment.
Then she breathed, more for herself than for her sister:
—Of course...
Dominique had had time to read the message over her shoulder.

She raised her eyebrows slightly, but made no comment on Ilyas.
—Not a big deal. So let’s go have dinner together.
Alaléna put his phone in his pocket.
—Okay.
Dominique did not move.
His gaze remained fixed on his sister for a few seconds, attentive, almost scrutinizing.
— And you’ll let me know what’s on your mind.
Alaléna allait protester, mais Dominique tourna lentement la tête vers l’autre côté de la rue.
Vers la boutique de l’horloger.
Les rubans de la police remuaient doucement dans le vent.
Alaléna suivit son regard.
Elle comprit.
Dominique la connaissait trop bien pour se laisser tromper par quelques mots ou un haussement d’épaules.
Un silence passa entre elles.
— D’accord, finit par répondre Alaléna. Ce soir. Vingt heures.
Dominique acquiesça simplement.
Puis son regard revint une dernière fois vers l’horlogerie.
Elle ne posa aucune question.
Pas encore.
De l’autre côté de la ville, loin du calme trompeur de la rue de l’Aube, la zone industrielle s’éveillait dans le grondement des camions et le bourdonnement continu des machines.
Ilyas Vasnev arriva à l’entreprise l’esprit encore occupé par sa courte conversation avec Alaléna.
Il s’en voulait.
Il aurait dû lui poser davantage de questions.
Il avait parfaitement senti que quelque chose n’allait pas, mais, comme trop souvent ces derniers temps, il avait laissé passer l’instant.
Ce soir, il se rattraperait.

Il lui parlerait.
Il lui demanderait ce qui s’était réellement passé.
Arrivé devant les ascenseurs, il sortit son téléphone et commença à taper un message pour lui proposer de le rejoindre dans la soirée.
Il venait à peine de l’envoyer lorsqu’une voix précipitée retentit derrière lui.
— Monsieur Vasnev !
Ilyas se retourna.
Son assistant arrivait presque en courant.
À son visage, Ilyas comprit immédiatement que quelque chose s’était passé.
— On a un problème.
Ilyas rangea son téléphone.
— Grave ?
— Non… enfin, normalement non. Rien n’a été compromis. Mais quelqu’un a essayé de pénétrer nos systèmes de sécurité cette nuit.
Alaléna was about to protest, but Dominique slowly turned his head towards the other side of the street.
Towards the watchmaker’s shop.
The police ribbons were gently moving in the wind.
Alaléna followed his gaze.
She understood.

Dominique knew her too well to be deceived by a few words or a shrug of the shoulders.
A silence passed between them.
—Alright, finally answers Alaléna. Tonight. Eight o'clock.
Dominique simply nodded.
Then his gaze returned one last time to watchmaking.
She didn’t ask any questions.
Not yet.
On the other side of the city, far from the deceptive calm of Rue de l'Aube, the industrial area was waking up in the rumble of trucks and the continuous humming of machines.
Ilyas Vasnev arrived at the company still thinking about his short conversation with Alaléna.
He blamed himself.
He should have asked her more questions.
He had perfectly sensed that something was wrong, but, as so often lately, he had let the moment pass.
Tonight, he would make up for it.
He would talk to her.

He would ask him what really happened.
Arriving in front of the elevators, he took out his phone and began to type a message to suggest that he join him in the evening.
He had just sent it when a rushed voice rang out behind him.
—Mr. Vasnev!
Ilyas turned around.
His assistant was almost running in.
From his face, Ilyas immediately understood that something had happened.
—We have a problem.
Ilyas put away his phone.
—Serious?
—No... well, normally no. Nothing was compromised. But someone tried to penetrate our security systems tonight.
Ilyas se figea.
Toute trace de distraction disparut de son visage.
— Continuez.
— Ils ont tenté d’accéder à plusieurs serveurs. D’après les premières vérifications, ils cherchaient probablement à extraire des données. La tentative a échoué, mais…
Il hésita.
— Mais quoi ?
— Ce n’était pas une attaque faite au hasard, monsieur. Quelqu’un savait ce qu’il cherchait.
Le regard d’Ilyas se durcit.
— L’équipe de sécurité est là ?
— Oui, monsieur.
— Prévenez la police. Et activez le protocole de sécurité ultime.
Son assistant eut un bref mouvement de tête.
— Déjà fait, monsieur.
Ilyas le fixa une seconde.
— Alors allons-y.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent.
Tous deux entrèrent.
Pendant que les portes se refermaient, Ilyas ressortit son téléphone.
Quelques secondes plus tôt, il avait proposé à Alaléna de dîner avec lui.
Il effaça les mots qu’il avait commencé à écrire et tapa rapidement :
Problèmes à l’entreprise.
Dîner reporté. Ne m’attends pas.
Il hésita une fraction de seconde avant d’envoyer.
Il lui expliquerait plus tard.
L’ascenseur commença son ascension.
Ilyas rangea son téléphone et releva les yeux vers les chiffres lumineux qui défilaient au-dessus des portes.
Son esprit avait déjà basculé ailleurs.
Quelqu’un avait essayé de voler les données de son entreprise.
Quelqu’un qui, manifestement, savait où chercher.
Et tandis que l’ascenseur montait vers les étages sécurisés, une question commença lentement à s’imposer à lui.
Qu’espéraient-ils trouver ?
Ilyas froze.
All traces of distraction disappeared from his face.
— Keep going.
— They tried to access several servers. According to initial checks, they were probably trying to extract data. The attempt failed, but...
He hesitated.
—But what?
— It wasn’t a random attack, sir. Someone knew what they were looking for.
Ilyas' gaze hardens.
—Is the security team here?
—Yes, sir.
—Notify the police. And activate the ultimate security protocol.
His assistant had a brief head movement.
—Already done, sir.
Ilyas stared at him for a second.
—So let’s go.

The elevator doors opened.
Both entered.
As the doors closed, Ilyas pulled out his phone.
A few seconds earlier, he had proposed to Alaléna that he should have dinner with him.
He erased the words he had started to write and quickly typed:
Problems at the company.
Dinner postponed. Don’t wait for me.
He hesitated for a split second before sending.
He would explain it to her later.
The elevator began its ascent.
Ilyas put away his phone and looked up at the luminous numbers that were scrolling above the doors.
His mind had already shifted elsewhere.
Someone had tried to steal his company’s data.
Someone who, obviously, knew where to look.
And as the elevator climbed to the secure floors, a question slowly began to take hold of him.
What were they hoping to find?
to be continued...
chapitre cinq
C’était comme si, parfois, le monde n’avait vraiment aucun sens.
Mais en cherchant bien, tout avait une raison. Aussi infime ou discrète fût-elle, elle était là.
Parfois même si visible que personne n’osait la soupçonner. Pire encore : la croire.
Mais souvent, il fallait la chercher. Fouiller. Sonder. Se tromper et recommencer.
Car entre le doute, l’ignorance et la réalité, la frontière demeurait tangible, quelque part au bout du chemin.
C’était précisément ce que se disait Fulgent lorsqu’il arriva au commissariat.
Il avait à peine franchi la porte que Lars se précipita vers lui.
Depuis plusieurs jours, il avait cette étrange sensation que quelque chose se dessinait devant eux. Quelque chose qu’ils avaient peut-être déjà sous les yeux sans parvenir à le reconnaître.
Il n’eut pas le temps de pousser plus loin sa réflexion.
Lars déboula dans le bureau, un café déjà tiède à la main.
— On y va.

Fulgent leva les yeux.
— Où ?
L’une des plus importantes entreprises de la région — une de celles dont dépendaient, directement ou indirectement, des centaines de familles — venait de signaler un incident particulièrement inquiétant.
Quelqu’un avait tenté de pénétrer son système informatique.
Et il ne s’agissait pas d’une simple alerte automatique.
Une partie des dispositifs de sécurité avait bel et bien été violée.
Fulgent et Lars, déjà chargés de cette énigmatique enquête qui semblait chaque jour s’éloigner un peu plus de toute logique, furent immédiatement prévenus.
Quelques minutes plus tard, ils quittaient le commissariat, accompagnés de deux techniciens spécialisés venus tout spécialement de Nantes.
Dans la voiture, personne ne parla pendant un moment.
La ville défilait derrière les vitres.
Toujours la même.
Les mêmes rues tranquilles, les mêmes commerces, les mêmes passants pressés.
Une ville si paisible…
Du moins en apparence.
Lars consulta une nouvelle fois les quelques informations qu’ils avaient reçues. Comme toujours, son visage demeurait parfaitement neutre.
Pourtant, Fulgent le connaissait assez pour reconnaître les signes.
Cette immobilité presque excessive.
Cette façon de relire deux fois la même ligne.
Cette légère tension dans la mâchoire.
Chapter five
It was as if, sometimes, the world really made no sense.
But in searching carefully, everything had a reason. As insignificant or discreet as it was, it was there.
Sometimes even so visible that no one dared to suspect it. Worse still: believe it.
But often, we had to look for her. Search. Sound out. Make a mistake and start over.
Because between doubt, ignorance and reality, the border remained tangible, somewhere at the end of the road.
That was precisely what Fulgent said to himself when he arrived at the police station.
He had hardly crossed the door when Lars rushed towards him.
For several days, he had this strange feeling that something was taking shape in front of them. Something they might have already had in front of their eyes but failed to recognize.
He did not have time to take his reflection further.
Lars rushed into the office, a coffee already lukewarm in hand.
—Let’s go.
Fulgent looked up.
—Where?
One of the largest companies in the region – one on which hundreds of families depended, directly or indirectly – had just reported a particularly concerning incident.
Someone had tried to penetrate his computer system.
And it was not just an automatic alert.
Some of the security features had indeed been breached.
Fulgent and Lars, already in charge of this enigmatic investigation which seemed to move further away from any logic each day, were immediately informed.
A few minutes later, they left the police station, accompanied by two specialized technicians from Nantes.
In the car, no one spoke for a moment.
The city was parading behind the windows.
Always the same one.
The same quiet streets, the same shops, the same busy passersby.
A city so peaceful...
At least on the surface.
Lars consulted once again the few pieces of information they had received. As always, his face remained perfectly neutral.
Yet, Fulgent knew him well enough to recognize the signs.
This almost excessive immobility.
This way of rereading the same line twice.
This slight tension in the jaw.
Chez Lars, cela équivalait presque à de l’excitation.
Il releva enfin les yeux.
— On avance.
Fulgent tourna lentement la tête vers lui.
— Oui.
Puis, après quelques secondes :
— Mais vers où ?
Lars ne répondit pas.
Et, curieusement, son silence fut plus inquiétant que n’importe quelle hypothèse.
Quelques instants plus tard, il reprit :
— Vasnec, c’est du gros. Du très gros. Il va falloir y aller à pas feutrés et marcher sur des œufs.
— Il paraît, répondit Fulgent, qui commençait malgré lui à se laisser gagner par l’enthousiasme de son collègue.
Lars se rapprocha légèrement.
— Vasnec & Co a plusieurs contrats sensibles avec le gouvernement.
Fulgent lui lança un regard.
— On va déjà dégrossir ce qu’on a avant de partir dans tous les sens.
Puis il regarda les deux spécialistes assis avec eux.
Lars suivit son regard et se pencha vers lui.
— On verra ce qu’ils trouvent. Mais j’ai un ancien collègue, Sétieux, qui travaille à l’ANCI. S’il le faut, il pourra peut-être nous donner un coup de main. Un type brillant. Toujours plongé dans ses algorithmes, mais excellent.
Fulgent acquiesça sans répondre.
Lars retourna vers la vitre et son regard dériva vers les rues qui défilaient.
Son instinct de fin limier était aux abois.
C’était cela qui le passionnait dans ce métier : cette montée d’adrénaline, ce moment particulier où les éléments épars d’une enquête commençaient lentement à s’assembler sans que l’on puisse encore deviner l’image qu’ils formaient.
Et cette affaire-là prenait une tournure étrangement passionnante.
Peut-être même un peu trop.
At Lars, it was almost like excitement.
He finally looked up.
—We’re making progress.
Fulgent slowly turned his head toward him.
—Yes.
Then, after a few seconds:
—But where to?
Lars didn’t answer.
And, curiously, his silence was more worrying than any hypothesis.
Moments later, he went on:
—Vasnec, this is big stuff. Very big stuff. We’re going to have to go slowly and walk on eggshells.
—It seems, replied Fulgent, who was beginning to be won over by his colleague’s enthusiasm.
Lars moved slightly closer.
—Vasnec & Co has several sensitive contracts with the government.
Fulgent gave him a look.
—We’ll already rough out what we have before leaving in every way.
Then he looked at the two specialists sitting with them.
Lars followed his gaze and leaned towards him.
— We’ll see what they find. But I have a former colleague, Sétieux, who works at the ANCI. If necessary, he might be able to give us a hand. A brilliant guy. Still immersed in his algorithms, but excellent.
Fulgent nodded without answering.
Lars returned to the window and his gaze drifted towards the streets that passed by.
His sleuth instinct was at bay.
That was what fascinated him in this profession: the adrenaline rush, that particular moment when the scattered elements of an investigation slowly began to assemble without one being able to guess the image they formed.
And that case was taking a strangely exciting turn.
Maybe even a little too much.
Fulgent reporta son regard vers la route.
Lui aussi le sentait.
Ce n’était encore qu’une impression, quelque chose de trop diffus pour être formulé, encore moins inscrit dans un rapport.
Mais son instinct lui soufflait qu’un seuil venait d’être franchi.
Le vieil horloger.
Les vols de disques durs.
Les événements étranges qui s’accumulaient.
Et maintenant, cette tentative d’intrusion au cœur de l’une des entreprises les plus importantes de la ville.
Peut-être n’y avait-il aucun rapport.
Peut-être.
Mais Fulgent commençait sérieusement à ne plus croire aux coïncidences.
Il observa les rues défiler derrière la vitre.
Cette ville avait toujours semblé si tranquille.
Si ordinaire.
Si prévisible.
Et pourtant, depuis quelque temps, chaque nouvelle porte qu’ils ouvraient semblait donner sur un couloir plus sombre que le précédent.
Pour la première fois, une pensée désagréable traversa l’esprit de Fulgent.
Et si, depuis le début, ils ne menaient pas plusieurs enquêtes ?
Et si tout cela n’en formait qu’une seule ?
Une enquête dont ils ignoraient encore jusqu’à l’existence.
La voiture poursuivit sa route.
Et quelque part devant eux les attendait peut-être la première pièce d’un puzzle qu’ils n’avaient pas encore compris qu’ils étaient en train d’assembler.
Fulgent looked back at the road.
He felt it too.
It was still only an impression, something too diffuse to be formulated, let alone recorded in a report.
But his instinct told him that a threshold had just been crossed.
The old watchmaker.
Theft of hard drives.
The strange events that were piling up.
And now, this attempt to intrude into the heart of one of the most important companies in the city.
Maybe there was no connection.
Maybe.
But Fulgent was seriously starting to stop believing in coincidences.
He watched the streets pass by behind the window.
This city had always seemed so quiet.
So ordinary.
So predictable.
And yet, for some time, each new door they opened seemed to open onto a darker corridor than the previous one.
For the first time, an unpleasant thought crossed Fulgent’s mind.
What if, from the beginning, they didn’t conduct several investigations?
What if all of this is one?
An investigation that they didn’t even know existed.
The car continued on its way.
And somewhere in front of them was perhaps waiting for the first piece of a puzzle that they had not yet understood that they were assembling.
Au commissariat, c’était la confusion totale.
En quelques jours à peine, la capitaine se retrouvait confronté à deux événements sans précédent dans cette ville qu’il connaissait pourtant depuis presque toute sa carrière.
Et cela ne lui plaisait pas.
C’était un homme logique, tenace, profondément terre à terre. À quelques mois de la retraite, il pensait avoir à peu près tout vu : les querelles de voisinage qui dégénéraient, les cambriolages maladroits, les violences familiales, les petits trafics que l’on retrouvait jusque dans les villes les plus tranquilles.
Mais ça...
Ça n’entrait dans aucune de ses cases.
D’un côté, l’assassinat du vieil horloger.
Un homme discret, apprécié, sans ennemi connu et dont la mort soulevait davantage de question
De l’autre, ces vols de données.
Des données logistiques.
Pas d’argent.
Pas de secrets industriels évidents.
Pas même, à première vue, d’informations suffisamment sensibles pour justifier les moyens employés pour les obtenir.
Et maintenant, quelqu’un venait de tenter de pénétrer le système informatique de l’une des entreprises les plus importantes de la ville.
Le capitaine posa brutalement les deux mains sur son bureau.
Deux enquêtes.
Un assassinat et des vols de données logistiques.
Deux affaires qui, en toute logique, n’avaient absolument rien à voir l’une avec l’autre.
Alors pourquoi avait-il cette désagréable impression qu’elles commençaient à se regarder ?
Il détestait les impressions.
Une enquête se construisait avec des faits, des preuves, des témoignages.
Pas avec des pressentiments.
Il se redressa et contempla l’agitation derrière la vitre de son bureau. Des policiers allaient et venaient, les téléphones sonnaient, des dossiers changeaient de mains tandis que les premières informations provenant de l’entreprise arrivaient déjà.
À deux doigts de la retraite...
Il eut un sourire sans joie.
Il avait passé presque toute sa carrière dans une ville où il ne se passait jamais rien.
Et voilà que cette maudite ville semblait avoir décidé de lui réserver ses secrets pour la fin.
anf If ?
At the police station, it was total confusion.
In just a few days, the captain was confronted with two unprecedented events in this city that he had known for almost all his career.
And he didn’t like it.
He was a logical man, tenacious, deeply down to earth. A few months before retirement, he thought he had seen just about everything: neighborhood squabbles that were getting out of hand, clumsy burglaries, domestic violence, small-scale trafficking found even in the quietest cities.
But that...
It didn’t fit in any of his boxes.
On one side, the assassination of the old watchmaker.
A discreet man, appreciated, without known enemy and whose death raised more questions
On the other hand, these data thefts.
Logistics data.
No money.
No obvious trade secrets.
Not even, at first glance, information sufficiently sensitive to justify the means used to obtain it.
And now, someone had just tried to penetrate the computer system of one of the most important companies in the city.
The captain brutally placed both hands on his desk.
Two investigations.
An assassination and logistical data thefts.
Two cases that, logically speaking, had absolutely nothing to do with each other.
So why did he have this unpleasant feeling that they were starting to look at each other?
He hated impressions.
An investigation was built with facts, evidence, and testimonies.
Not with presentiments.
He stood up and contemplated the agitation behind the window of his office. Police officers were coming and going, phones were ringing, files changed hands while the first information from the company was already arriving.
On the verge of retirement...
He had a smile without joy.
He had spent most of his career in a city where nothing ever happened.
And now this cursed city seemed to have decided to keep its secrets for his job end
and if ?
to be continued
Chapitre 6
Il existe des certitudes que l’on ne songe jamais à remettre en question.
Non parce qu’elles ont été éprouvées, vérifiées ou démontrées.
Mais simplement parce qu’elles font partie de nous depuis si longtemps qu’imaginer leur contraire semblerait absurde.
La confiance est ainsi.
Elle ne fait pas de bruit. Elle ne réclame aucune preuve lorsqu’elle est entière. Elle s’installe doucement, au fil des gestes, des regards et des années, jusqu’à devenir une évidence sur laquelle on construit tout le reste.
Et peut-être est-ce précisément pour cela que certaines vérités font si mal lorsqu’elles apparaissent.
Parce qu’elles ne détruisent pas seulement ce que l’on croyait savoir.
Elles nous obligent à regarder autrement ce dont, jusque-là, nous n’avions jamais douté.
Ce jour-là pourtant, Dominik continua sa journée comme à son habitude, dans cette ville paisible et sûre où les heures semblaient encore pouvoir s’écouler sans histoire.
Mais son esprit était ailleurs.
Sa sœur, sa petite sœur, gardait au fond d’elle un secret qui la dévorait et la consumait peu à peu. Dominik le sentait. Elle ignorait encore ce qu’Alaléna cherchait à lui cacher, mais ce n’était pas le secret lui-même qui l’inquiétait le plus.
C’était son silence.
Parce qu’Alaléna ne faisait jamais cela.
Jamais.
Ce soir, elle saurait.
Dominik en avait fermement l’intention.
Pas brutalement. Cela ne fonctionnait pas avec Alaléna et elle le savait mieux que quiconque. Elle irait doucement, tranquillement. Elle lui laisserait le temps, l’espace nécessaire pour trouver ses mots.
Alaléna était ainsi.
Une artiste avant tout.
Une violoniste qui s’était construit une jolie réputation au fil des années. Elle donnait ses cours au petit conservatoire de la ville et, si elle n’était pas une grande vedette internationale, elle participait
There are certainties that we never dream of questioning.
No, because they have been proven, verified or demonstrated.
But simply because they have been part of us for so long that to imagine their opposite would seem absurd.
Trust is like that.
She makes no noise. She does not claim any proof when she is whole. It settles gently, over the gestures, looks and years, until becoming an evidence on which we build everything else.
And perhaps this is precisely why some truths hurt so much when they appear.
Because they don’t just destroy what we thought we knew.
They force us to look differently at what, until then, we had never doubted.
That day, however, Dominik continued his day as usual, in this peaceful and safe city where the hours still seemed to flow without history.
But his mind was elsewhere.
Her sister, her little sister, kept a secret deep within her that devoured and consumed her little by little. Dominik could feel it. She still did not know what Alaléna was trying to hide from her, but it was not the secret itself that worried her the most.
It was his silence.
Parce qu’Alaléna ne faisait jamais cela.
Jamais.
Ce soir, elle saurait.
Dominik en avait fermement l’intention.
Pas brutalement. Cela ne fonctionnait pas avec Alaléna et elle le savait mieux que quiconque. Elle irait doucement, tranquillement. Elle lui laisserait le temps, l’espace nécessaire pour trouver ses mots.
Alaléna était ainsi.
Une artiste avant tout.
Une violoniste qui s’était construit une jolie réputation au fil des années. Elle donnait ses cours au petit conservatoire de la ville et, si elle n’était pas une grande vedette internationale, elle participait
régulièrement à des récitals où son talent, sa sensibilité et sa maîtrise ne laissaient personne indifférent.
Dominik était sa plus grande admiratrice.
Et Ilyas aussi.
Ilyas adorait sa femme.
Elle était son oxygène, son équilibre, peut-être même sa raison de vivre au-delà de cette entreprise qui occupait une si grande place dans son existence.
Dominik le savait et n’en avait jamais douté.
Elle appréciait ce beau-frère parfois froid, toujours réservé, souvent absorbé par mille préoccupations qu’il ne partageait avec personne. Mais elle avait vu trop souvent son regard glisser vers Alaléna pour se tromper sur ce qu’elle y lisait.
De la tendresse.
Du respect.
Et cette forme d’adoration silencieuse dont certains hommes ne parlent jamais.
Because Alaléna never did that.
Never.
Tonight, she would know.
Dominik was firmly intent on it.
Not brutally. It didn’t work with Alaléna and she knew it better than anyone. She would go quietly, calmly. She would give him the time and space he needed to find his words.
Alaléna was like that.
An artist above all.
A violinist who had built a nice reputation over the years. She taught at the small conservatory of the city and, although she was not a major international star, she participated
regularly at recitals where his talent, sensitivity and mastery left no one indifferent.
Dominik was his greatest admirer.
And Ilyas too.
Ilyas adored his wife.
She was his oxygen, his balance, maybe even his reason to live beyond this company that occupied such an important place in his existence.
Dominik knew this and never doubted it.
She appreciated this sometimes cold, always reserved brother-in-law, often absorbed by a thousand concerns that he did not share with anyone. But she had seen her gaze slip too often towards Alaléna to be mistaken about what she was reading.
Tenderness.
Respect.
And that form of silent worship that some men never talk about.
Il n’y avait rien de possessif dans sa manière de l’aimer. Ilyas ne regardait pas Alaléna comme quelque chose qui lui appartenait.
Il la regardait comme quelqu’un d’infiniment précieux.
Comme la seule chose qu’aucune réussite, aucun contrat, aucune opération stratégique de Vasnec Tech ne pourrait jamais remplacer.
Dominik en était certaine.
Ils étaient sa famille.
Son ancre.
Et elle les protégerait, quoi qu’il arrive.
Ce fut avec cette conviction que sa journée se poursuivit, dans la tranquille certitude que certaines choses pouvaient vaciller autour d’eux sans jamais atteindre ce qui les unissait.
Ce soir, elle comprendrait ce qui rongeait sa sœur.
Ce soir, Alaléna finirait par lui confier ce qu’elle n’osait encore avouer.
Dominik en était persuadée.

Sans savoir que, quelques heures plus tard, un événement profondément troublant allait faire vaciller bien davantage que la confiance qu’elle plaçait en son beau-frère.
Il allait l’obliger à douter de quelque chose qu’elle n’avait, jusque-là, jamais même pensé à questionner :
sa propre certitude de connaître les siens.
De son côté, Alaléna prit le chemin du conservatoire.
Elle devait commencer à organiser le prochain récital, prévu pour le printemps. Choisir les œuvres, réfléchir au programme, retrouver ses élèves et leurs hésitations, leurs progrès, leurs enthousiasmes parfois débordants.
Quelque chose de concret.
De constructif.
De positif.
Son esprit avait besoin de cela.
There was nothing possessive about the way he loved her. Ilyas did not regard Alaléna as something that belonged to him.
He looked at her as someone infinitely precious.
As the only thing that no success, no contract, no strategic operation of Vasnec Tech could ever replace.
Dominik was certain of it.
They were his family.
His anchor.
And she would protect them, no matter what.
It was with this conviction that his day continued, in the quiet certainty that some things could vacillate around them without ever reaching what united them.
Tonight, she would understand what was gnawing at her sister.
Tonight, Alaléna would end up confiding to her what she had not yet dared to admit.
Dominik was convinced of it.
Without knowing that, a few hours later, a deeply disturbing event would make her trust her brother-in-law much more than she ever wanted to.
He was going to make her doubt something that she had never even thought of questioning until then:
his own certainty of knowing his own.
For his part, Alaléna took the path of the conservatory.
She had to start organizing the next recital, scheduled for spring. Choose the works, reflect on the program, find his students and their hesitations, their progress, their sometimes overflowing enthusiasm.
Something concrete.
Constructive.
Positive.
His mind needed this.
Et pourtant, derrière ces pensées volontairement tournées vers l’avenir, tant d’autres continuaient de se bousculer.
Allait-elle enfin avouer à sa sœur ce qui la tourmentait ?
En aurait-elle seulement le courage ?
Elle le voulait.
Plus que tout, elle aurait aimé retrouver cette complicité simple qu’elle avait toujours eue avec Dominik, pouvoir lui parler sans réfléchir, sans surveiller chaque mot ni craindre ce qu’il pourrait provoquer.
Mais elle connaissait sa sœur.
Même en lui faisant promettre de garder le secret, Dominik finirait par laisser échapper quelque chose. Pas volontairement. Certainement pas par indiscrétion. Mais un regard un peu trop insistant, une question posée au mauvais moment, une attention inhabituelle...
Un indice.
Et Alaléna n’était pas encore prête à prendre ce risque.
Pas encore.
Il y avait aussi la disparition de cet homme.
Peu à peu, presque sans qu’elle s’en aperçoive, il avait pris une place étrange dans sa vie.
Ils n’étaient pas vraiment devenus amis. Du moins, Alaléna n’aurait probablement jamais employé ce mot pour parler de leur relation.
Il y avait simplement eu ses silences entendus.
And yet, behind these deliberately forward-looking thoughts, so many others continued to jostle.
Would she finally admit to her sister what was tormenting her?
Would she even have the courage?
She wanted it.
More than anything, she would have liked to find this simple complicity that she had always had with Dominik, to be able to talk to him without thinking, without watching every word or fearing what it could provoke.
But she knew her sister.
Even if he promised to keep the secret, Dominik would eventually let something slip. Not willingly. Certainly not through indiscretion. But a look that was a bit too insistent, a question asked at the wrong moment, an unusual attention...
A clue.
And Alaléna was not yet ready to take that risk.
Not yet.
There was also the disappearance of this man.
Little by little, almost without her noticing, he had taken a strange place in her life.
They hadn’t really become friends. At least, Alaléna probably never would have used that word to talk about their relationship.
There had simply been his heard silences.
Ses blagues parfois douteuses, mais toujours bon enfant.
Et surtout cette discrétion qu’elle avait fini par apprécier.
Jamais de questions déplacées.
Jamais de jugement.
Aucune curiosité insistante.
Seulement des conversations agréables, parfois légères, parfois plus sérieuses, qui avaient cette qualité devenue rare de ne rien exiger en retour.
Et maintenant, tout avait disparu.
Alaléna ne savait plus quoi faire.
Elle ne pouvait pas continuer à tenir Dominik à distance. Elle le savait. Mais lui parler signifiait aussi prendre le risque qu’Ilyas finisse par découvrir ce qu’elle cachait.
Et à cela non plus, elle n’était pas prête.
Pas encore.
D’ailleurs, Ilyas semblait avoir des préoccupations autrement plus importantes en ce moment.

Alors Alaléna continua tranquillement son chemin vers le conservatoire, d’un pas volontairement décidé, comme si savoir exactement où elle allait suffisait à remettre un peu d’ordre dans ce qu’elle ressentait.
Elle espérait pouvoir garder encore quelque temps ce qui la rongeait.
Encore un peu.
His sometimes questionable jokes, but always good-natured.
And above all, the discretion she had come to appreciate.
Never any inappropriate questions.
Never a judgment.
No insistent curiosity.
Only pleasant conversations, sometimes light, sometimes more serious, which had this quality become rare to demand nothing in return.
And now, all was gone.
Alaléna didn’t know what to do anymore.
She couldn’t keep Dominik at bay. She knew it. But talking to her also meant taking the risk that Ilyas would eventually discover what she was hiding.
And to that as well, she was not ready.
Not yet.
By the way, Ilyas seemed to have much more important concerns at the moment.
Then Alaléna quietly continued her way to the conservatory, with a deliberate step, as if knowing exactly where she was going was enough to put things in order in what she felt.
She hoped to be able to keep for some time what was eating her.
A little more.
Elle parlerait après.
Elle déciderait après.
Elle affronterait tout cela après.
Après.
Comme si ce simple mot pouvait encore contenir une promesse.
Comme si « après » signifiait nécessairement qu’il y aurait un avenir dans lequel tout pourrait enfin être arrangé.
Ce soir-là, Alaléna et Dominik se retrouvèrent devant un petit bistrot à l’atmosphère cosy et chaleureuse.
Rien à voir avec ces établissements élégants où Ilyas avait parfois l’habitude de les emmener toutes les deux.
Dominik avait choisi elle-même cet endroit.
Quelque chose de plus intime.
De plus discret.
Un de ces lieux où les conversations pouvaient se prolonger sans que personne ne semble y prêter attention, où les confidences trouvaient naturellement leur place entre deux verres et quelques lumières tamisées.
Parce que si elle devait réussir à faire parler sa petite sœur de ce qui la tourmentait, ce serait ici.
Doucement.
Sans la brusquer.
Lorsqu’elles entrèrent, Dominik sut immédiatement qu’elle avait fait le bon choix.
La salle était chaleureuse sans être bruyante. Quelques conversations se mêlaient au tintement discret des verres et des couverts. Les tables étaient suffisamment espacées pour préserver cette impression d’intimité qu’elle recherchait.
Un endroit confortable.
She would talk afterwards.
She would decide afterwards.
She would face all this afterwards.
After.
As if this simple word could still contain a promise.
As if "after" necessarily meant that there would be a future in which everything could finally be arranged.
That evening, Alaléna and Dominik found themselves in front of a small bistro with a cozy and warm atmosphere.
Nothing to do with those elegant establishments where Ilyas sometimes used to take both of them.
Dominik had chosen this place herself.
Something more intimate.
More discreet.
One of those places where conversations could go on without anyone seeming to pay attention, where confidences naturally found their place between two glasses and a few dim lights.
Because if she were to succeed in making her little sister talk about what was tormenting her, it would be here.
Gently.
Without rushing her.
When they entered, Dominik immediately knew that she had made the right choice.
The room was warm without being loud. A few conversations blended with the discreet clinking of glasses and cutlery. The tables were spaced far enough apart to maintain the sense of intimacy that she sought.
A comfortable place.
Paisible.
Parfait pour parler.
Alaléna, elle, n’était pas dupe.
Elle connaissait suffisamment sa sœur pour avoir parfaitement compris pourquoi Dominik avait choisi cet endroit plutôt qu’un autre.
Mais elle ne dit rien.
Pas encore.
Elles suivirent tranquillement la personne qui les conduisait jusqu’à leur table.
Détendues en apparence.
Presque confiantes.
Puis, machinalement, leurs regards parcoururent la salle.
Et elles le virent.
Ilyas.
Il était assis quelques tables plus loin.
Souriant.
Concentré sur la conversation qui semblait l’occuper, en compagnie de deux hommes et d’une femme.
Une très belle femme.
Élégante.
Assurée.

Séduisante sans même paraître chercher à l’être.
Elle était tournée vers Ilyas.
Et sa main reposait sur son avant-bras.
Un geste tranquille.
Naturel.
Presque possessif.
Ilyas ne l’avait pas retirée.
Pendant quelques secondes, ni Dominik ni Alaléna ne bougèrent.
Elles regardèrent la même scène.
La même femme.
La même main.
Puis le regard qu’elle posa sur Ilyas.
Peaceful.
Perfect for talking.
Alaléna, she was not fooled.
She knew her sister well enough to understand perfectly why Dominik had chosen this place over another.
But she doesn’t say anything.
Not yet.
They quietly followed the person who was leading them to their table.
Apparently relaxed.
Almost confident.

Then, mechanically, their eyes scanned the room.
And they saw him.
Ilyas.
He was sitting a few tables away.
Smiling.
Focused on the conversation that seemed to occupy him, in the company of two men and a woman.
A very beautiful woman.
Elegant.
Insured.
Attractive without even appearing to seek to be so.
She was turned towards Ilyas.
And his hand rested on his forearm.
A quiet gesture.
Natural.
Almost possessive.
Ilyas had not removed it.
For a few seconds, neither Dominik nor Alaléna moved.
They watched the same scene.
The same woman.
The same hand.
Then the look she gave to Ilyas.
Et ce fut peut-être cela, plus que tout le reste, qu’elles remarquèrent.
Son regard.
And it was perhaps this, more than anything else, that they noticed.
Her look.
to be continued
Chapitre 7
Ylias retira doucement son bras
Le geste avait été presque imperceptible, mais suffisamment net pour ne laisser aucune place à l'équivoque.
Anne Darny, responsable de la communication de son entreprise, venait d'y poser la main avec une familiarité qu'il ne lui connaissait pas.
Il n'avait rien contre cette femme. Elle était compétente, efficace, et savait généralement faire preuve d'une parfaite maîtrise des convenances. Mais ce soir, dans les circonstances qui les réunissaient, cette marque d'attention lui paraissait singulièrement malvenue.
Ce dîner n'avait rien d'une rencontre mondaine. Il avait été improvisé dans l'urgence, pour répondre à une situation préoccupante qui exigeait des décisions rapides.
Ylias n'avait aucune intention de laisser
s'installer une quelconque amb
iguïté.
Les deux hommes assis à leur table avaient remarqué l'incident. Aucun ne fit de commentaire.
Ce fut en détournant les yeux, davantage par agacement que par réel intérêt pour ce qui l'entourait, qu'Ylias aperçut deux silhouettes familières à l'autre bout de la salle.
Alaléna et Dominik.
Elles venaient de s'installer à une table.
Il se leva presque aussitôt, s'excusa brièvement auprès de ses collaborateurs et se dirigea vers elles.
Ce départ inattendu attira naturellement l'attention des trois personnes restées à table.
Anne suivit discrètement son déplacement du regard.
Les deux femmes qu'il semblait vouloir rejoindre avaient une élégance naturelle, assez différente l'une de l'autre, mais qui ne passait guère inaperçue.
Monsieur Tanguy, responsable de la sécurité, esquissa un sourire.
— Tiens donc ! Madame Vasnec… Toujours aussi jolie !
Anne observa les deux femmes avec davantage d'attention.
Ylias n'était plus qu'à quelques mètres de leur table lorsqu'un homme l'intercepta.
Grand, barbu, le regard vif derrière une expression plutôt avenante, il semblait avoir quelque chose à lui dire.
Monsieur Lerolle, jusque-là silencieux, reconnut immédiatement le nouvel arrivant.
— Ah, l'inspecteur ! Voilà qui est intéressant. Ils semblent prendre cette affaire au sérieux.
— J'ai eu l'occasion de discuter avec lui et son collègue, répondit Tanguy. Ils m'ont paru plutôt efficaces. Espérons simplement qu'ils trouveront quelque chose. Et rapidement.
La conversation reprit sur des considérations plus générales. Il leur faudrait attendre le retour d'Ylias pour aborder les décisions stratégiques qui les avaient réunis.
Ylias gently withdrew his arm.
The gesture had been almost imperceptible, but sharp enough to leave no room for ambiguity.
Anne Darny, responsible for the communication of her company, had just put his hand to it with a familiarity that he did not know.
He had nothing against this woman. She was competent, efficient, and generally knew how to demonstrate perfect propriety. But tonight, in the circumstances that brought them together, this mark of attention seemed singularly undesirable to him.
That dinner was nothing like a social gathering. It had been improvised in case of emergency, to respond to a worrying situation that required quick decisions.
Ylias did not intend to let any ambiguity arise.
The two men sitting at their table had noticed the incident. Neither of them made any comment.
It was looking away, more out of annoyance than genuine interest in what surrounded him, that Ylias saw two familiar silhouettes at the other end of the room.
Alaléna and Dominik.
They had just settled down at a table.
He got up almost immediately, briefly apologized to his colleagues and advanced towards them.
This unexpected departure naturally attracted the attention of the three people left at the table.

Anne discreetly followed the movement of his gaze.
The two women he seemed to want to join had a natural elegance, quite different from each other, but which did not go unnoticed.
Mr. Tanguy, the head of security, smiled.
—Well, well! Mrs. Vasnec... As beautiful as ever!
Anne watched the two women more closely.
Ylias was only a few meters from their table when a man intercepted him.
Tall, bearded, with a sharp look behind a rather pleasant expression, he seemed to have something to say to her.
Mr. Lerolle, until then silent, immediately recognized the new arrival.
—Ah, the inspector — Ah, the inspector! That’s interesting. They seem to be taking this matter seriously.
— I had the opportunity to talk with him and his colleague, replied Tanguy. They seemed rather effective. Let’s just hope they find something. And quickly.
The conversation resumed on more general considerations. They would have to wait for the return of Ylias to address the strategic decisions that had brought them together.
Anne, cependant, n'écoutait plus que d'une oreille.
Son regard revenait obstinément vers les deux femmes.
Une question, en apparence insignifiante, venait d'éveiller sa curiosité.
Laquelle des deux était Madame Vasnec ?
À quelques pas de là, Fulgent venait de rejoindre Ylias.
Après un bref échange, celui-ci le présenta à Alaléna et Dominik.
La conversation ne dura que quelques minutes. Quelques paroles courtoises, des questions échangées, rien qui pût véritablement retenir l'attention des autres clients du restaurant
Puis Fulgent prit congé et regagna le fond de la salle, où Lars l'attendait.
Le vieux policier n'avait pas quitté sa place.
Il avait suivi la scène avec cette tranquillité particulière des hommes qui ont appris, au fil des années, que les détails les plus anodins méritent parfois davantage d'attention que les grandes déclarations.

Les regards, les silences, les mouvements autour des tables…
Il n'avait rien perdu de ce petit ballet improvisé.
Et si Fulgent revenait avec quelques informations supplémentaires, Lars, lui, commençait déjà à entrevoir les contours d'une situation qui pourrait bien se révéler autrement plus complexe qu'elle n'en avait l'air.
Anne, however, listened with only one ear.
His gaze returned obstinately to the two women.
A seemingly insignificant question had just aroused his curiosity.
Which of the two was Mrs. Vasnec?
A few steps from there, Fulgent had just joined Ylias.
After a brief exchange, he introduced him to Alaléna and Dominik.
The conversation lasted only a few minutes. A few courteous words, questions exchanged, nothing that could really hold the attention of the restaurant’s other customers.
Then Fulgent took his leave and went back to the back of the room, where Lars was waiting for him.
Le temps que Fulgent regagne sa place auprès de Lars, il y eut cet instant suspendu, presque irréel, où Ilyas tendit la main vers la joue de la très jolie femme brune.
Délicatement, comme un geste d'apaisement, son pouce suivit la courbe de sa pommette.
Il ne la quittait pas des yeux.
L'espace de quelques secondes, tout ce qui les entourait sembla disparaître. Le restaurant, les conversations, les convives… Plus rien n'existait.
Il n'y avait plus que ces deux regards perdus l'un dans l'autre, et cette tendresse profonde qui n'avait nul besoin de mots.
Ilyas murmura encore quelques paroles, sans détourner les yeux de sa femme, puis regagna sa table, où ses confrères l'attendaient.

Anne n'avait pas perdu une seconde de cet échange.
Elle avait tout vu. Ce geste infiniment tendre, cette façon qu'il avait de regarder Alaléna, comme si, pendant un instant, le monde entier avait cessé d'exister.
Il n'y avait rien à dire. Rien à commenter.
Tout avait été dit. Sans un mot. Sans une explication.
As soon as Fulgent regained his place with Lars, there was this moment suspended, almost unreal, when Ilyas stretched out his hand to the cheek of the very pretty brunette woman.
Delicately, as a gesture of appeasement, his thumb followed the curve of his cheekbone.
He didn’t take his eyes off her.
For a few seconds, everything around them seemed to disappear. The restaurant, the conversations, the guests... Nothing existed anymore.
There was nothing left but these two lost glances one into the other, and this deep tenderness that needed no words.
Ilyas murmured a few more words, without turning away his wife’s eyes, then went back to his table, where his colleagues were waiting for him.
Anne had not lost a second of this exchange.
She had seen everything. This infinitely tender gesture, the way he looked at Alaléna, as if, for a moment, the whole world had ceased to exist.
There was nothing to say. Nothing to comment on.
Everything had been said. Without a word. Without an explanation.
Looks, silences, movements around the tables...
He had lost nothing of this little improvised ballet.
Et si Fulgent revenait avec plus d’informations, Lars commençait déjà à voir les contours d’une situation qui pourrait s’avérer bien plus complexe qu’il n’y paraît. Le vieux policier n’avait pas quitté sa place.
Il avait suivi la scène avec cette tranquillité particulière des hommes qui ont appris, au fil des années, que les détails les plus triviaux méritent parfois plus d’attention que les grandes déclarations.
And if Fulgent came back with some more information, Lars was already beginning to see the outlines of a situation that could turn out to be much more complex than it seemed.The old policeman had not left his place.
He had followed the scene with that particular tranquility of men who have learned, over the years, that the most trivial details sometimes deserve more attention than grand declarations.
to be continued
Chapitre 8
Le lendemain de cette rencontre aussi révélatrice qu'inopinée, survenue au cours d'une soirée conviviale entre Fulgent et lui, Lars était là, enfoncé dans son fauteuil, au quartier général de la police.
L'atmosphère était pesante, presque oppressante. Dehors, la pluie ruisselait sur les vitres, mais Lars, perdu dans ses pensées, ne s'en souciait guère.
Il réfléchissait. Il analysait.
Et quelque part, au fond de lui-même, il savait que cette enquête était bien plus compliquée, voire plus dangereuse, qu'elle ne le laissait paraître.
Il avait besoin de Sétieux.
Cet homme toujours perdu dans son ordinateur, cet homme de l'ANCI avec lequel il avait déjà travaillé par le passé.
Oui, il avait réellement besoin de lui.
Car Fulgent, avec toute sa fougue et ses impulsions, avait besoin d'un garde-fou, de quelqu'un capable de lui imposer certaines limites.









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Merci d’avoir pris le temps de lire ❤️ Vos impressions, théories et soupçons sont toujours les bienvenus… mais attention, dans mes histoires, les apparences sont parfois trompeuses. 😉